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lundi 21 novembre 2011

Durban doit déboucher sur la feuille de route qui mènera à un accord mondial sur le climat


Par Connie Hedegaard, membre de la Commission européenne, chargé de l'action pour le climat
Novembre 2011 - La conférence des Nations unies sur le climat qui réunira en Afrique du Sud à la fin du mois des ministres et négociateurs du monde entier sera une étape cruciale pour progresser dans la lutte internationale contre le changement climatique.
Certains pourraient penser: ne peut-on pas attendre un peu et faire face aux enjeux climatiques une fois seulement que nous aurons résolu la crise de la dette en Europe, quand la croissance aura repris? La réponse est non. Les inondations en Thaïlande ou les sécheresses au Texas et dans la Corne de l’Afrique ne sont que quelques-uns des récents événements qui nous rappellent que relever les défis du changement climatique reste une urgence car celui-ci ne fait que s'aggraver. Le récent rapport de l’Agence internationale de l'énergie - AIE - sur les Perspectives énergétiques mondiales est également très clair: le temps presse et la facture s'alourdira si nous n’agissons pas dès maintenant.
Alors, à quoi pouvons-nous prétendre à Durban? Si l'on se fie aux médias, on pourrait avoir l'impression qu'il n'y a qu'un critère de succès: obtenir des pays développés qu'ils s'enrôlent pour une deuxième période d'engagement au titre du protocole de Kyoto pour faire suite à la première période qui se termine en 2012.
Comprenez-moi bien: l’UE soutient le protocole de Kyoto. Nous avons fondé notre propre législation sur ses principes. Nous sommes la région qui s'est fixé l'objectif le plus ambitieux au titre de Kyoto et nous allons l'atteindre. En fait, nous sommes sur le point de dépasser notre objectif.
Mais le protocole de Kyoto repose sur une distinction claire entre les pays développés et les pays en développement et il n'exige des efforts que des pays développés.  Ne pensez-vous pas que les changements intervenus dans l'économie mondiale au cours des deux dernières décennies rendent cette distinction de plus en plus floue?
Prenons  l'exemple de Singapour et de la Corée du Sud. Leurs économies reposent largement sur l'exportation, bénéficient d'industries compétitives et occupent un rang impressionnant dans le classement établi par les Nations unies selon l'indice de développement humain. Et pourtant, dans le cadre du protocole de Kyoto, ces pays sont considérés comme des pays en développement. Prenons encore l'exemple d'une économie émergente dynamique comme celle du Brésil. Elle dispose d'industries florissantes, recèle d'immenses ressources naturelles et bénéficie d'un revenu par tête nettement plus élevé que celui par exemple de la Roumanie ou de la Bulgarie.
L'évolution de la pollution elle aussi brouille cette distinction entre pays développés et pays en développement. Selon l’AIE, aujourd’hui, l’augmentation des émissions de CO2 est essentiellement le fait des économies émergentes dépendantes du charbon.  Et cette tendance ne fera qu'augmenter. Jusqu’en 2035, 90 % de l’augmentation de la demande d’énergie viendra de pays qui ne font pas partie de l'OCDE. Si l'on considère par exemple la Chine, ses émissions liées à l’énergie ont triplé depuis 1990, ce qui en fait le plus gros émetteur au monde. En moyenne, un citoyen chinois émet désormais davantage qu'un Portugais, une Suédoise ou un Hongrois.  Il est donc évident que le monde ne peut tout simplement pas lutter efficacement contre le changement climatique sans la Chine et les autres économies émergentes.
Un autre défi tient à ce que les États-Unis n'ont pas adhéré au protocole de Kyoto – et ne le feront jamais – et à ce que le Japon, la Russie et le Canada ne cachent pas qu’ils n’ont nullement l’intention de signer pour une deuxième période d'engagement. En résumé, cela signifie que, si l'UE devait s'engager pour une deuxième période avec quelques autres économies développées, cela couvrirait au plus 16 % des émissions mondiales, alors que la première période de Kyoto couvrait près du tiers des émissions à l'échelle planétaire. Pourrait-on alors parler de succès pour le climat?
Autrement dit, ce critère n'a aucune chance de maintenir la hausse de la température en deçà de 2°C (ou 3,6°F), ce que la communauté internationale estime devoir être notre objectif commun.
Pour avoir une chance d'atteindre cet objectif, ce qu'il nous faut est un cadre d'action à l'échelle planétaire auquel participent toutes les grandes économies mondiales, qu'elles soient développées ou en développement. Un cadre d'action qui reflète véritablement le monde du XXIème siècle et dans lequel toutes les promesses de dons auront le même poids juridique.
L'Union européenne est favorable à une deuxième période de Kyoto, pour autant que l'intégrité environnementale du protocole soit améliorée et que la conférence de Durban débouche sur un accord concernant une feuille de route et un calendrier qui soient clairement établis en vue de la finalisation de ce cadre au cours des prochaines années et de sa mise en œuvre au plus tard en 2020.
J’espère que tous les pays feront preuve de volonté politique et prendront les initiatives nécessaires pour engager un tel processus à Durban. À Copenhague, les dirigeants s'étaient engagés à maintenir la hausse de la température mondiale en deçà de 2°C. Il est temps aujourd'hui de montrer qu'ils ont véritablement l'intention de tenir leur engagement.

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