APO

mardi 29 septembre 2020

À l'occasion de Huawei Connet 2020, l’entreprise a lancé la plateforme d'AI ModelArts 3.0, ainsi qu'un ensemble de suites de développement destinées à une base croissante de quelques 1,8 million de développeurs. Pour aider à cultiver les talents pour l'industrie informatique. Huawei s'est associé à 72 universités pour assurer une base de futurs talents pour l'innovation informatique.

Lors de son discours, M. Zheng Yelai, Président de Huawei Cloud, rejoint par M. Deng Taihua, Président de la ligne de produits Huawei Computing, a présenté 20 développeurs qui font partie du programme Huawei Developer Program 2.0 pour l’année 2020. La plateforme a pour ambition de devenir l'un des principaux outils pour le développement d'applications. En effet, Huawei fournit aux développeurs les capacités nécessaires à la création d'applications en s'appuyant sur des technologies les plus poussées.

La clé du succès pour les développeurs est le déploiement rapide, la promotion et la monétisation des applications spécifiques aux différents contextes. Pour cela, Huawei propose deux grandes plateformes de distribution d'applications : Huawei Cloud Marketplace et Huawei AppGallery. Celles-ci permettront aux applications d'atteindre rapidement des clients et des utilisateurs potentiels dans le monde entier. Elles offrent de solides programmes de soutien aux entreprises.

M. Zheng Yelai a déclaré lors de l’événement : « Huawei Cloud s'engage à libérer la puissance de l'IA, des données et des applications pour créer la meilleure plateforme de l'industrie pour le développement d'applications. Cette solution permettra aux développeurs de travailler dans les meilleures conditions, et nous attendons avec impatience l'occasion de servir de partenaire de confiance pour les développeurs du monde entier. »

Dans l’objectif de continuer à innover, Huawei dévoile la carte mère Kunpeng 2.0 sous forme de carte de base + carte d'extension + BIOS/BMC. Ce nouveau modèle d'ouverture matérielle aide les partenaires à innover et à répondre à des exigences différenciées. Huawei souhaite également intensifier des efforts d'innovation en matière de logiciels à source ouverte en lançant la version OpenEuler 20.09 LTS qui combine une puissance de calcul diversifiée aux performances optimales, une sécurité et une fiabilité sans égales.

M. Deng Taihua a conclu son discours en soulignant : « Huawei continuera à travailler avec des partenaires et des développeurs pour faire progresser l'écosystème de l'industrie informatique. Nous souhaitons nous joindre à chaque développeur et ouvrir la voie, en favorisant ensemble un écosystème inclusif pour une informatique diversifiée. »

La culture des talents à l'ère numérique est basée sur des théories de base et doit tenir compte des dernières tendances technologiques et des exigences du marché de l'industrie. La culture des talents nécessite la collaboration de plusieurs parties pour créer un écosystème de talents de premier ordre, où chaque partie tire parti de ses avantages respectifs pour dynamiser l'éducation de base et promouvoir des pratiques spécifiques à l'industrie. Pour Huawei, le développement des talents a toujours été la priorité dans le développement de l'industrie informatique.

À propos de Huawei

Huawei est l'un des principaux fournisseurs mondiaux d'infrastructures et d'appareils intelligents dans le domaine des technologies de l'information et des communications (TIC). Avec des solutions intégrées dans quatre domaines clés - réseaux de télécommunications, IT, dispositifs intelligents et services Cloud - nous nous engageons à apporter le numérique à chaque personne, foyer et organisation pour un monde entièrement connecté et intelligent. Le portefeuille de produits, de solutions et de services de bout en bout de Huawei est à la fois compétitif et sécurisé. Grâce à une collaboration ouverte avec des partenaires de l'écosystème numérique, nous créons une valeur durable pour nos clients, en travaillant à responsabiliser les individus, à enrichir la vie familiale et à inspirer l'innovation dans les organisations de toutes tailles et de toutes formes. Chez Huawei, l'innovation se concentre sur les besoins des clients. Nous investissons massivement dans la recherche fondamentale, en nous concentrant sur les percées technologiques qui font avancer le monde. Nous comptons plus de 194 000 employés et nous sommes présents dans plus de 170 pays et régions. Fondée en 1987, Huawei est une société privée entièrement détenue par ses employés.

À propos de Huawei Connect 2020

Huawei Connect 2020 est un événement annuel phare organisé par Huawei pour l'industrie mondiale des TIC. Il se tiendra à Shanghai du 23 au 26 septembre2020. Huawei Connect est une plateforme ouverte conçue dans le but d'aider nos clients et partenaires à s'adapter à ces changements, à partager leur expérience et à travailler ensemble afin de créer une nouvelle valeur. Lors de l'événement de cette année, nous explorerons les tendances et les opportunités dans le domaine de la numérisation industrielle ; nous présenterons des technologies, des produits et des solutions TIC avancés ; nous vous donnerons un aperçu des fruits de l'innovation conjointe ; et nous partagerons les meilleures pratiques en matière de transformation numérique. Notre objectif ultime est de créer un écosystème industriel ouvert et sain qui profitera à toutes les parties prenantes et créera une nouvelle valeur pour toutes les industries.

  

jeudi 24 septembre 2020

La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) est vivement choquée et préoccupée par la détention prolongée de Israël Kaseya Cidinda à la Prison Centrale de Makala à Kinshasa-Selembao en République Démocratique du Congo depuis son arrestation en mai 2020.

Engagé comme fonctionnaire à Access Bank depuis 2012, Israël Kaseya a rempli normalement ses fonctions à la grande satisfaction de son employeur qui l’a gratifié pour cela en avril 2019.  Cependant, les relations entre lui et le management de la Banque ont commencé à se gâter au moment où il s’oppose, début 2019, lors des réunions avec l’Administrateur de la Banque aux retenues « illégales et frauduleuses » des frais sur les comptes des clients de la Banque.

Le comportement de Israël Kaseya Cidinda envers son employeur a été motivé par des plaintes récurrentes des clients dont il était le gestionnaire des comptes. En décembre 2019, il est suspendu de ses fonctions pour raison d’enquêtes avant qu’il lui soit demandé de reprendre le service sans que curieusement les raisons desdites enquêtes ne lui soient communiquées. En février 2020, il est enlevé au sein de la Banque par des personnes non autrement identifiées munies d’aucun mandat ni autres documents. Placé en détention au Tribunal de Paix de Kinshasa-Gombe pendant 48 heures, il est libéré sans autres formes de procès et a repris son service. 

En dépit des intimidations et autres harcèlements, Israël Kaseya Cidinda a également dénoncé l’astuce de la Banque à vouloir traiter avec les sociétés fictives d’un homme d’affaires sanctionné par le trésor américain. Cette dénonciation a enflammé le courroux du Management d’Access Bank au point d’être licencié sans préavis le 11 mai 2020, sous prétexte de traitement et montage frauduleux des crédits des salaires d’une société.

Une semaine après son licenciement, Israël est menacé à travers les appels téléphoniques par le Conseiller juridique d’Access Bank le sommant ainsi de cesser toute dénonciation sur les irrégularités des frais s’il espérait encore vivre. Pour cela, la victime avait saisi le top Management du Groupe d’Access basé au Nigéria qui aurait fait des reproches à Access Bank/RD Congo.

Le 21 mai 2020, vers 6h00 du matin, Israël Kaseya Cidinda est arrêté à son domicile avec une brutalité inouïe par des agents du Parquet munis d’un mandat d’amener du Parquet Général de Kinshasa/Gombe. Amené manu militari, il est placé sous mandat d’arrêt provisoire à la Prison Centrale de Makala jusqu’à ce jour.  

Tout en dénonçant avec la dernière énergie la politique visant à décourager les personnes intègres et soucieuses de l’intérêt général de la population, la VSV exige la libération immédiate et sans conditions de Israël Kaseya Cidinda et la réparation de tous les préjudices qu’il a subis depuis son licenciement illégal.


Face au risque élevé de la propagation de la maladie à virus Ebola entre les deux pays, le deux Congo renforcent les mécanismes de la collaboration transfrontalière

La République Démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo (RC) ont convenu le 24 septembre 2020, lors d’une visioconférence entre les deux ministres de la Santé facilitée par la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, de renforcer la collaboration transfrontalière pour la surveillance, la détection rapide des cas et les interventions multidisciplinaires immédiates en cas de la survenue de la maladie à virus Ebola dans les Districts ou Départements (RC) à haut risque partageant la frontière avec la province touchée de l’Equateur (RDC). 

‘‘Il est désormais important que les mécanismes de coordination de la préparation à la maladie à virus Ebola soient activés et que les capacités opérationnelles soient également renforcées, en utilisant les ressources disponibles, y compris en tirant parti des ressources débloquées au titre de la lutte contre la COVID-19. Cela nécessite par ailleurs une collaboration transfrontalière accrue en matière de surveillance d’Ebola, conformément au Règlement sanitaire international (2005) et de la prévention d’une importation éventuelle de cette maladie dans les pays voisins,’’ a souligné la Dr Matshidiso Moeti.

Depuis le 1er juin 2020, la RDC fait face à sa 11ème épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Equateur, avec un cumul de 124 cas (118 confirmés et 6 probables) dont 50 décès (létalité de 40,3 %) ainsi que 62 personnes déjà guéries. A ce jour, plus de 40 aires de santé sont touchées, réparties dans 12 zones de santé.

Selon le ministre de la Santé de la Rd Congo, Dr Eteni Longondo, ‘‘un engagement politique de haut niveau est une priorité absolue pour cette collaboration transfrontalière ; ce qui va nous permettre de mettre en place des mécanismes conjoints de prévention et de gestion des cas du virus Ebola, à travers notamment la surveillance, le partage des informations, la vaccination des contacts et la prise en charge des cas, tout en facilitant la mobilité des équipes d’intervention nationales et internationales entre nos deux pays’’.

‘‘Cet engagement de haut niveau pour mutualiser les efforts transfrontaliers dans la lutte contre la maladie à virus Ebola a été balisé la semaine dernière à Kinshasa par les deux Chefs d’Etat, M. Félix-Antoine Tshisekedi et son hôte de marque, M. Denis Sassou Nguesso en marge de sa visite en RDC,’’ a précisé Mme Jacqueline Lydia Mikolo, Ministre de la Santé, de la population, de la promotion de la Femme et de l’intégration de la Femme au développement de la République du Congo.

En dépit de la fermeture des frontières pour des raisons de la crise sanitaire du nouveau coronavirus, COVID-19, la question des traversées irrégulières des populations transfrontalières via des points d’entrée non officiels constitue un problème majeur pour les pays voisins, qu’il importe de résoudre – en augmentant les capacités de réponse, entre autres le contrôle sanitaire, pour les Districts les plus à risque autant que possible, selon le principe du renforcement des capacités locales par le transfert de compétences.

‘‘Des investigations sur les alertes ont été faites ainsi que des efforts déployés pour retrouver des contacts [venus de la RDC] dans la Likouala, mais ces alertes ont été négatives,’’ a dit la ministre de la Santé de la République du Congo. Pour une approche d’urgence efficace, Mme Mikolo a salué le partage régulier d’information par les équipes de la riposte de Mbandaka (RDC), et les capacités d’anticipation de son pays pour détecter les contacts, grâce au déploiement des équipes d’intervention sur le terrain depuis plus d’un mois, à la révision et à l’actualisation du plan de préparation et de la riposte à Ebola et à l’activation des comités locaux pour la riposte aux épidémies dans les Districts à haut risque.  

Un délai de quatorze jours a été unanimement accepté par les deux parties pour élaborer un protocole de collaboration sanitaire entre les deux pays, avec la facilitation de l’OMS. Pour consolider une vision d’ensemble qui débouche sur une stratégie de collaboration transfrontalière à venir, les experts de l’OMS (Bureaux Pays de la RDC, de la RC et du Bureau régional AFRO) vont rédiger une note conceptuelle relative au protocole de collaboration transfrontalière susmentionné et partager les termes de référence avec les deux ministères de la santé.  

  

vendredi 4 septembre 2020

« L’armée est censée protéger la population contre les forces négatives et n’intègre pas les forces négatives »

Beaucoup d’éléments venant des groupes armés ces 20 dernières années ont été intégrés dans l’armée nationale. Malheureusement, leur intégration n’a pas résolu le problème de l’insécurité dans l’Est de la République Démocratique du Congo. La représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies en Rdc, Leila Zerrougui, a abordé cette question le 2 septembre 2020 au cours de sa conférence de presse, la première après le déconfinement.


Leila Zerrougui, la cheffe de la Monusco

La cheffe de la Monusco a souligné clairement que « si le processus qui mène à l’intégration dans l’armée ou à discuter de grades, la MONUSCO n’est pas concernée par cela. Ça, c’est entre le Gouvernement et les groupes armés ».

« Nous, nous avons dit que nous nous impliquons s’il y a intégration communautaire. Nous avons beaucoup travaillé pour convaincre les bailleurs, pour convaincre les partenaires parce que comme vous le savez, ce n’est pas la MONUSCO qui est un organe de développement qui va mettre en œuvre des projets. Nous, on a de petits projets de CVR [Réduction de la violence communautaire], mais ce sont les bailleurs, les partenaires, c’est la Banque mondiale, ce sont les partenaires qui vont mettre en œuvre des projets qui permettent l’intégration communautaire », a-t-elle déclaré.

Pourquoi on a parlé d’intégration communautaire ?

Depuis combien de temps on intègre des groupes armés ? Est-ce que cela réduit ce phénomène ? Au contraire, chaque année, vous avez plus de groupes armés qui opèrent sur le terrain parce que c’est devenu un business, c’est devenu un mode de promotion : « Moi, je ne vais pas à l’école, je ne me casse pas la tête, je ne me forme pas, je ne fais rien. Et puis, je deviens général, pourquoi, [parce que] je vais tuer, je vais violer, je vais brûler des écoles et des maisons, puis je deviens général. Si ça ne me plait plus, je sors, je reprends un groupe armé et puis, je négocie et je deviens Général-major cette fois... ».

Donc, je pense que vous en tant que journalistes, vous formez l’opinion, et nous en tant que partenaires du Gouvernement, et tout le monde, nous devons dire : « [Si vous] prenez les armes contre la République, vous ne pouvez pas être récompensés pour cela. Les gens qui souffrent par vos actes, ce sont eux qui doivent être pris en charge ».

L’intégration communautaire, ça veut dire quoi ? Cela veut dire que les populations, les victimes doivent bénéficier de projets utilitaires, des projets qui vont aider la communauté à vous pardonner ce que vous avez fait, parce que vous allez contribuer au développement dans la communauté. On va faire des projets qui vont permettre aux communautés de se relever. Puis, on va faire un travail de réconciliation communautaire pour ceux qui ont été induits en erreur, mais ceux qui ont commis des crimes graves doivent rendre compte.

Il faut un processus qui est conscient de la difficulté, parce qu’on prend les armes parce qu’il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas normalement, c’est pour cela qu’on prend les armes facilement. On doit identifier et travailler sur les causes profondes. Quelles sont les causes qui sont à l’origine de l’instabilité dans l’Est du pays depuis maintenant 20 ans ? Quelles sont ces causes, on doit les identifier. Vous avez un groupe armé qui prétend représenter une communauté, mais quand il vient

sur la table de négociations, c’est quoi son agenda ? C’est l’amnistie et les grades, et il prétend représenter une communauté. Je suis désolée, ce n’est pas vrai. Donc, il faudrait que vous-mêmes, vous dénonciez cela. Il faudrait qu’on travaille pour que ces groupes armés cessent de prendre en otage des communautés fragilisées par l’éloignement, par la pauvreté et l’absence de l’autorité de l’état.

Donc, la première chose, c’est renforcer l’autorité de l’état. C’est quoi l’autorité de l’Etat ? Ce n’est pas uniquement un militaire avec AK [Kalachnikov]. L’autorité de l’Etat, c’est la justice, c’est la police, c’est l’administration locale, ce sont les routes qui désenclavent les gens, c’est le travail-, je gagne ma vie parle travail et pas en allant piller le voisin.

Et bien évidemment, ce sont des longs processus, on comprend cela. Si on commence à mettre les choses petit à petit, dans peut-être quelques années, on va tourner cette page. Mais on ne peut continuer à récompenser des tueurs, des gens qui vont tuer. Est-ce que vous trouvez normal que le jour de l’examen quelqu’un aille tuer les enfants ? Et après on va lui donner un grade dans l’armée ? Est-ce que vous croyez que la population va se sentir en sécurité lorsque ce Monsieur va devenir général et va venir représenter l’Etat ?

Pourquoi alors, vous, vous étudiez, vous vous cassez la tête ? Vous rentrez dans l’armée, vous passez un concours, et on vous apprend à aimer votre pays, on vous apprend à vous sacrifier pour votre pays et on crée une synergie entre la population et vous.

Donc, nous, dans la mesure où on est dans cette logique, on travaille comme ça. On est partie prenante, on essaie de faire le plaidoyer. Je pense qu’il y a eu cette prise de conscience très claire, qu’il faut arrêter cette intégration systématique dans l’armée et cette distribution des grades, à travers les massacres, les tueries et les viols.

est-ce que vous n’avez pas l’impression que de la MONUC à la MONUSCO, il y a un peu du surplace, du moins en ce qui concerne l’insécurité à l’Est. Et ce serait peut-être par la faute des Nations Unies elles-mêmes, parce que vous aviez à l’époque des soldats entraînés dans la guérilla, des Guatémaltèques, vous avez renvoyé ces soldats. Cela fait qu’aujourd’hui, il y a du surplace, il y a l’insécurité à Beni et dans les autres régions du pays. A qui la faute ? Aux Nations Unies ou au Gouvernement ?

Je voudrais d’abord souligner que quand on est partenaire, on doit assumer sa part de responsabilité, on n’est pas en train de rejeter la responsabilité sur les autres. Mais je dois aussi souligner que la MONUSCO qui était MONUC présente sur tout le territoire de la RDC, elle n’est présente aujourd’hui que dans six provinces. Dans les six provinces, nous sommes en train de démilitariser et aussi de fermer des bureaux dans d’autres zones, où justement nous nous préparons dans le cadre du prochain mandat et nous verrons ce que le Conseil de sécurité va demander. La MONUSCO est en train de céder la main aux autorités.

La responsabilité première de la protection est d’abord celle du Gouvernement dans tous les pays du monde, c’est comme ça. Une Mission de maintien de la paix n’est pas déployée dans un pays pour faire la guerre. Et c’est cela que les gens ne comprennent pas. Les gens s’imaginent qu’une mission de maintien de la paix est déployée pour faire la guerre et finir l’ennemi. Une Mission de maintien de la paix s’appelle « maintien de la paix ». Notre objectif, c’est d’aider le Gouvernement, les institutions nationales, les forces de sécurité nationales, à assumer la responsabilité de protection de leurs populations, de leur territoire, de leurs frontières.

Bien évidemment, c’est nécessaire d’opérer comme on le fait aujourd’hui. Opérer avec les autorités. Les Guatémaltèques, on ne les a pas fait partir, ils sont toujours là. Nous avons même ramené des Brésiliens. L’objectif n’est pas, pour ces gens, de faire la guerre mais d’aider les FARDC, de former les FARDC aux techniques de guerre dans la forêt et à faire face à des groupes armés qui utilisent des techniques subversives, terroristes, et qui sont cachés dans les forêts.

Donc, la première mission quand on parle de protection, c’est la protection à long terme, c’est la protection par la justice, c’est la protection dans les communautés, parce que pour la plupart des situations en RDC, on fait face à des groupes armés qui sont basés à l’intérieur du territoire, qui côtoient les populations, qui vivent avec les populations.

Donc, ce n’est pas par la guerre seule que vous allez régler les problèmes. Vous allez régler les problèmes lorsque l’Etat est renforcé, présent partout. Lorsque [vous allez résoudre] les causes profondes. Pas lorsque vous avez des groupes armés qui accaparent des richesses du sous-sol du Gouvernement, qui exportent ces ressources sans donner un seul centime aux caisses de l’Etat. Pas lorsque des tonnes d’or, de coltan, de cassitérite qui constituent la richesse de ces zones [ne sont pas contrôlées par l’état], c’est sur cela qu’il faut travailler. Pas lorsque les gens n’ont pas la garantie d’exploiter leurs terres et d’être protégés sur leurs terres et donc, ils ne les exploitent pas. Et donc, des millions d’hectares arables qui peuvent ramener beaucoup d’argent de la RDC sont laissés à l’abandon, parce que les gens sont dans des camps, parce qu’ils ont peur d’y aller parce qu’ils ne sont pas protégés.

Donc, je pense qu’il faut qu’on soit d’accord lorsqu’on parle de la protection des civils parce que j’ai l’impression que parfois il y a une confusion et il y a une mauvaise interprétation de ce qu’une Mission de maintien de la paix vient faire dans un pays. [On croit qu’] elle vient faire la protection des civils, elle vient faire la guerre. On va bombarder, on va tuer des centaines de Congolais, et puis, si les Congolais sont morts, et on tue en plus de civils, ce sont des dommages collatéraux, donc c’est cela guerre, c’est normal. Est-ce que vous pensez qu’une Mission de la paix peut faire cela ? Est-ce que vous pensez que nous sortirions vivants si on allait bombarder avec un avion, tuer des femmes congolaises ou des enfants ?

Leila Zerrougui

Vous, vous allez venir m’attaquer ici. Vous allez venir me dire : vous êtes venus nous protéger pas pour bombarder des gens, vous avez tué des civils... Donc, nous ne pouvons pas nous comporter comme une armée normale. Nous avons comme rôle de veiller, on fait de la prévention, on ne fait pas de la réaction. Même si parfois, on est obligé de réagir, on le fait et on l’a fait.

Notre rôle premier, c’est de renforcer les capacités régaliennes de l’Etat, de l’armée congolaise, de la police congolaise, de la justice, de travailler ensemble à renforcer la société civile qui peut aider justement à ce qu’on identifie les problèmes, à ce qu’on sanctionne autrement. Ce n’est pas seulement par la guerre. La guerre, c’est toujours en dernier ressort. Il ne faut pas l’oublier, la guerre détruit. Après la guerre, il vous faut des décennies pour reconstruire ce que la guerre peut détruire.

Donc, notre objectif, c’est de travailler ensemble, pour justement réduire la nuisance de ceux quipensent encore qu’ils peuvent s’imposer par la force, faire en sorte que l’Etat soit suffisamment fort pour imposer son autorité là où la menace existe.

J’aimerais revenir sur l’aspect qui concerne l’avenir des miliciens qui déposent les armes. Tout à l ’heure, vous avez épinglé et martelé que la MONUSCO ne peut pas prendre en charge, ni participer à la prise en charge de ces miliciens parce qu’ils ont commis des crimes et ce qu’ils ont fait a des répercussions sur la population qui vit à l’est de la RDC. Et vous êtes en train de lutter pour qu’ils ne soient ni amnistiés, ni incorporés dans l’armée congolaise. Mais concernant l’aspect d’être traqués par la justice, je peux estimer que c’est depuis très longtemps que vous êtes en train de mener ce combat. Mais, est-ce que devons-nous considérer que vos cris ne sont pas considérés par les autorités nationales ?

Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en RDC [Leila Zerrougui] : Vous savez, quand je dis qu’il ne faut pas récompenser les crimes, il ne faut pas que quelqu’un qui viole, qui tue, qui massacre les populations civiles, puisse venir exiger. Généralement, le processus d’amnistie existe à la fin de la guerre : dans les guerres de libération, dans les guerres où il y a eu des belligérants qui se sont faits la guerre. Je comprends qu’en 2006, il y ait eu amnistie pour pouvoir tourner la page, faire des élections et tourner la page, entre des belligérants qui se sont fait la guerre. Bon, je n’aime pas l’amnistie parce que l’amnistie, c’est effacer les faits. Je ne l’aime pas. Je suis juge de carrière. Donc, je n’aime pas qu’on efface des faits. Je trouve qu’on doit regarder la vérité et on peut pardonner.

Cela ne veut pas dire qu’on doit mettre tout le monde en prison. Ce n’est pas l’objectif. Par exemple,vous vous souvenez en Afrique du Sud, ils ont décidé d’avoir un processus de justice transitionnelle. La société peut décider et dans la justice africaine, on peut venir dire qu’est-ce qu’on a fait, demander pardon, réparer la victime. Cela peut être une réponse. Ce n’est pas seulement l’enfermement ou la prison.

Mais, il faut qu’il y ait une forme de justice réparatrice, demander pardon, reconnaitre ses torts...ça dépend, chaque pays a son modèle, et on peut discuter des modèles. Mais quand l’amnistie se proroge... En 2006, on a fait une amnistie qui a couvert la période 1993 à2006. Et puis en 2009, j’étais ici chez vous, on a prorogé l’amnistie pour intégrer le CNDP, n’est-ce pas, jusqu’en 2009. Et puis, en 2013, moi je n’étais plus là, on a prolongé encore pour intégrer le M23.

Et puis maintenant on a encore le FRPI, il faut encore prolonger de 2013 à aujourd’hui. Et demain, il y aura quelqu’un autre, donc il n’y aura jamais la paix puisque je sais qu’à la fin, je négocie et je suis amnistié. C’est pourquoi je dis que nous, en tant que Nations Unies, mais aussi en voyant l’expérience qui n’a pas réglé ce problème-là, n’a pas réduit les groupes armés, n’a pas permis au pays de tourner la page où c’est tout le pays qui était embrasé. Donc nous, ce que nous disons, c’est que nous comprenons les difficultés. Pourquoi on accepte de céder ? Parce qu’on n’a pas d’autres moyens pour imposer la paix.

Mais je pense qu’aujourd’hui, l’Etat ne doit pas céder. D’abord, il est suffisamment fort et en mesure de ne pas céder à cela. On peut travailler pour tourner la page et faire la paix, une fois que les gens ont accepté le principe que ce sont d’abord les victimes et les populations qui doivent être prises en charge. Nous avons dit que nous sommes prêts à travailler sur l’intégration communautaire, sur les programmes économiques parce que quand on fait une route, on ouvre un village et on permet l’accès.

On va rapprocher la paix lorsqu’on va aider une population à pouvoir gagner ses moyens pour vivre, lorsqu’on peut dire qu’on va travailler pour tourner la page. On peut travailler pour ramener la paix, la sérénité, le pardon et tout cela. Il ne faut pas l’exigence au départ : « Moi je ne fais rien et je dis juste que je veux déposer les armes et je veux l’amnistie, et je veux des grades que je n’ai pas mérités, sauf en tuant d’autres gens et je rentre dans l’armée ».

L’armée est censée protéger la population contre les forces négatives. Elle n’intègre pas les forces négatives. Cela a été fait par le passé, je pense qu’il faut savoir tourner cette page. Je pense que c’est une demande qui vient même des autorités. Je l’ai senti dans le Nord-Kivu, dans le Sud-Kivu, dans l’Ituri, même auprès des autorités.

Je pense qu’il faut qu’on encourage ce processus et qu’on tourne définitivement la page des gens qui prennent les armes et qui demandent à réintégrer, à rentrer dans l’armée. Vous allez voir que cela va couper les appétits. Vous allez voir que les gens vont réfléchir par deux fois avant de dire « je vais prendre les armes » parce qu’ils sauront qu’il n’y aura pas de récompense.


jeudi 3 septembre 2020

Une augmentation des violations des droits de l'homme de 10 % au mois de juillet par rapport au mois de juin (Rapport BCNUDH)

Dans le cadre de son mandat, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en République démocratique du Congo (RDC) assure un suivi étroit de la situation des droits de l’homme et procède à des analyses des tendances y relatives dans le pays. Ces tendances sont régulièrement partagées avec les autorités afin qu’elles prennent les actions nécessaires, y compris traduire en justice les auteurs présumés des violations des droits de l’homme documentées, et sont présentées mensuellement à la conférence de presse bimensuelle des Nations Unies.

En juillet 2020 le BCNUDH a documenté 739 violations des droits de l’homme sur tout le territoire de la RDC, soit une augmentation de 10 % par rapport au mois de juin (670 violations). Cette augmentation reflète une hausse du nombre de violations attribuables à des agents de l’Etat (+13 %) ainsi que du nombre d’atteintes commises par des combattants de groupes armés (+8 %). En particulier, des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont été responsables en juillet d’un nombre croissant de violations dans les provinces du Nord-Kivu, du Tanganyika et du Kasaï Central.

Sur l’ensemble du territoire, les agents de l’Etat sont responsables de 44 % des violations documentées, dont les exécutions extrajudiciaires de 55 personnes, dont au moins 11 femmes et deux enfants, tandis que 56 % ont été commises par des combattants de groupes armés, dont les exécutions sommaires de 248 personnes, dont au moins 34 femmes et 11 enfants.

Plus de 94 % des violations documentées en juillet ont été commises dans les provinces affectées par les conflits (695 violations), entrainant la mort d’au moins 294 civils, dont au moins 43 femmes et 13 enfants. Les groupes armés restent les principaux auteurs avec 59 % des atteintes documentées. Parmi toutes les parties au conflit, les principaux auteurs sont les militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) (24 %), tandis que parmi les groupes armés ce sont les combattants Nyatura qui ont commis la majorité des atteintes aux droits de l’homme documentées (22 %). La province du Nord-Kivu demeure la plus affectée (383 violations, soit 55 % des violations commises dans les provinces en conflit). Elle est suivie de l’Ituri (95 violations), des trois provinces du Kasaï (81 violations), du Tanganyika (59 violations) et du Sud-Kivu (51 violations) En juillet, 30 femmes ont été victimes de violences sexuelles liées aux conflits, une diminution par rapport au mois précédent (52 victimes).

Dans les provinces non affectées par les conflits, 44 violations des droits de l’homme (6 % du total) ont été documentées. Les agents de la Police nationale congolaise (PNC) en sont les principaux responsables (57 % des violations). Les violations commises dans ces provinces ont été enregistrées dans le Kongo Central (14 violations), le Haut-Katanga (13 violations), à Kinshasa (11 violations), dans la Lualaba (cinq violations) et le Haut-Lomami (une violation).

En juillet 2020, le BCNUDH a documenté 85 violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales en lien avec l’espace démocratique sur l’ensemble du territoire, un chiffre similaire au mois précédent (89 violations). Les principaux auteurs de ces violations demeurent les agents de la PNC (39 violations) suivis des militaires des FARDC (24 violations). Les violations les plus rapportées concernent le droit à la liberté d’opinion et expression (22 violations) et le droit à la liberté et la sécurité de la personne (17 violations). Les membres d’organisations de la société civile (36 victimes) ont été le plus ciblés.

En juillet 2020, le BCNUDH a continué d’appuyer les juridictions militaires et civiles dans le cadre de la lutte contre l’impunité. A titre indicatif, cinq militaires des FARDC, deux agents de la PNC et 13 membres de groupes armés ont été condamnés pour des violations des droits de l’homme sur l’ensemble du territoire de la RDC.

En juillet 2020, le BCNUDH a organisé ou pris part à au moins cinq activités de renforcement de capacités des organisations de la société civile et des acteurs étatiques et non-étatiques sur les droits de l’homme, parfois conjointement avec d’autres sections de la MONUSCO et des partenaires externes. Au total, 336 personnes dont au moins 5 % de femmes ont participé à ces activités.

Enfin, dans le cadre de son programme de protection, le BCNUDH a traité, sur l’ensemble du territoire de la RDC, 31 cas de menaces et violations des droits de l’homme à l’encontre de 55 personnes dont huit femmes, parmi lesquelles 36 défenseurs des droits de l’homme, 11 journalistes et huit victimes.


mercredi 2 septembre 2020

Déclarer la guerre contre la faim Militariser l’agriculture

Par Didier Mumengi (Sénateur et écrivain)

La faim est l’ennemi national numéro un. Elle est la racine, la source et l’origine de tous les malheurs qui endeuillent la République Démocratique du Congo. Ce pays qui crève de faim aujourd’hui comptait, en 1948, plus de 15.000 entreprises industrielles, commerciales et agricoles. Le pays possédait près de 3 millions d’hectares de terrains agricoles répartis entre 135.000 « fermettes » en région forestière et 250.000 « fermettes » en région de savane. Il a exporté plus de 8.500 tonnes de riz en 1950, dont près de 1.500 tonnes à destination de la Belgique. En 1947, 340.000 têtes de bovins ont produit 4.400 tonnes de lait, 75 tonnes de beurre et 15 tonnes de fromage. En 1959, le Congo a produit 1.500.000 tonnes de farine de manioc, ce qui le classait jusqu’à cette date, parmi les dix premiers pays producteurs mondiaux de manioc. Il a aussi produit 1.590.000 tonnes de bananes, 560.000 tonnes de maïs, 250.000 tonnes de paddy (Riz non décortiqué), 15.000 tonnes de caoutchouc, 1.500 tonnes d’écorces de quinquina, 30.000 tonnes de sucre, 39.000 tonnes de production globale de café (robusta et arabica), 143.000 tonnes de coton graine… Le Congo a exporté 297 tonnes de miel en 1947… En 1948, les cultures d’exportation représentaient 48 % de la valeur totale des exportations. En 1953, par exemple, le Congo assurait 20 % des importations totales belges des produits agricoles, dont 96% des importations belges d’huile de palme, 97 % des noix de palme, 41% du caoutchouc, 15 % du coton, 12 % du café et 11 % pour le cacao…

Hélas, avec l’accession du pays à l’indépendance, commence une descente aux enfers qui n’en finit pas. Dès la fin de l’année 1960, la production moyenne du maïs ainsi que sa surface moyenne cultivée ont baissé respectivement de l’ordre de 75 % et de 96 %. Dès 1961, la République Démocratique du Congo a cessé d’exporter le maïs et en est devenu, depuis, importateur. Les études les plus sérieuses estiment qu’à la fin de cette année 2020, le déficit de la balance commerciale agricole atteindra 90 % contre 60 % en 2015. Une sombre perspective quand on sait que la RDC qui totalise environ 80 millions de personnes aujourd’hui, hébergera plus de 100 millions d’habitants en 2030 et 140 millions en 2050. Il y a donc un impératif de l’état d’urgence agricole… La RDC doit décisivement sortir du cycle d’éternel recommencement qui fait de nous des Sisyphes travaillant éternellement à remonter une roche agricole croulante.

Il faut changer le mode opératoire

Depuis 40 ans, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, avec une production moyenne annuelle de 1.200.000 tonnes, soit 41 % de l’offre mondiale. Cette production cacaotière mobilise près de 1 million de producteurs ivoiriens, fournit 14 % du PIB de l’économie ivoirienne, représente 40 % de recettes d’exportation, finance 10% du budget de l’Etat, et plus de 6.000.000 de personnes vivent directement des revenus tirés de la production du cacao. Comble des paradoxes, les plants du cacao qui sont à la base du boom cacaoyer ivoirien viennent du Centre de Recherche Agronomique de Yangambi, à 100 km à l’ouest de Kisangani, au nord-est de la RDC. Ce Centre était, jusqu’en 1964, le plus grand centre de recherche en agronomie tropicale du monde. Aujourd’hui, la République Démocratique du Congo est réduite au rang d’un tout petit producteur de cacao, avec seulement 6 000 tonnes de cacao produites chaque année, en dépit d’un potentiel de production de loin plus important que celui de la Cote d’Ivoire.

Deuxième grand paradoxe : le boom de la production du palmier à huile en Malaisie est également dû à des plants mis au point en République Démocratique du Congo, toujours au Centre de Recherche Agronomique de Yangambi. Aujourd’hui, la Malaisie est l’un des plus grands producteurs et exportateurs d’huile de palme dans le monde, avec près de 16,5 millions de tonnes exportées en 2018, soit 39 % de la production mondiale. Le palmier à huile fait vivre plus de 500.000 familles malaisiennes, représente 11 % du produit intérieur brut (PIB) malaisien et se cultive sur cinq millions d’hectares de plantations. Si en 1960, la RDC produisait autour de 270.000 tonnes d’huile de palme l’an, et était le premier exportateur d’huile de palme en Afrique et le deuxième dans le monde, avec environ 170.000 tonnes exportées, cette production oscille aujourd’hui autour de 50.000 tonnes seulement. La vérité qu’il faut oser affronter aujourd’hui est que la République Démocratique du Congo n’est plus au bord du gouffre. Notre pays est au fond du gouffre. Les gouvernements se succèdent et tous se cantonnent à des vieux outils agronomiques inopérants et à des vieilles solutions agropastorales infertiles, qui se montrent chaque fois incapables de mettre un terme à la faim, à la malnutrition, et plus généralement à l’insécurité alimentaire nationale. Que faut-il alors préconiser pour changer cette réalité qui, davantage, hypothèque un avenir déjà incertain ? À l’évidence, les méthodes pour penser la révolution agricole et les stratégies opérationnelles pour gérer une production agricole décisive nécessitent une révolution radicale des pratiques et des process de production agro-pastorale. Nourrir la population est ce qui fait la raison d’être d’un Etat. Ainsi, la question de la faim et de l’agriculture mérite d’être posée à son niveau le plus adéquat, celui du sens de l’Etat. Autrement dit : le sens du service public au regard de l’intérêt national. Ce niveau n’exclut pas l’action privée, ni n’évacue les enjeux économiques de la production agricole, mais pose en première exigence, la question du volontarisme étatique et les ambitions des dirigeants pour le bien-vivre ensemble national. Cette affirmation invite à poser la question du sens de l’Etat en RDC par le prisme de la capacité des institutions de la République à vaincre la faim, la malnutrition et l’extrême pauvreté de masse. En rompant avec l’économie paléolithique de la chasse et de la cueillette, il y a 10.000 ans, nos lointains ancêtres ont inventé l’Etat par la sédentarisation, d’où ont émergé la socialisation progressive des peuples, l’invention des outils, les religions, les arts, les professions, les hiérarchies sociales... mais surtout l’agriculture et l’élevage. Ainsi, l’histoire de l’humanité coïncide avec l’histoire de l’agriculture qui nourrit les évolutions civilisationnelles, étant donné que c’est en travaillant la terre que les sociétés humaines soutiennent la complexité progressive de leur existence. D’ailleurs, la croissance économique n’est qu’un système dialectique où les besoins requièrent le travail ainsi que l’organisation sociétale, et débouchent sur des inventions qui, elles-mêmes, appellent des améliorations, des ajustements, des innovations ou d’autres inventions qui ramènent toujours à l’activité de la terre. Par conséquent, la force agricole détermine la force de chaque Etat comme la faillite de la production agricole est le miroir de la faillite des Etats. Aussi, étant donné que la sécurité nationale dépend de la sécurité alimentaire, les moyens dont dispose un Etat pour nourrir sa population constituent le nerf moteur de la souveraineté nationale, et conditionnent le positionnement de la République dans le concert des nations. Qu’on le veuille ou non, la crise de la pandémie de coronavirus a créé les conditions d’un renouveau sociétal tous azimuts. C’est l’occasion ou jamais de prendre des distances radicales avec le monde d’hier, faire peau neuve, rétablir l’Etat dans son rôle de protecteur de la nation, et engager une dynamique guerrière dans la façon de faire l’agriculture et de produire les aliments. Aux grands maux les grands remèdes : déclarons la guerre contre la faim. Comment faudrait-il s’y prendre? Il n’y a pas trente-six solutions : militarisons la production agricole !

Une Force Militaire Agricole dans l’armée

L’enjeu est de créer, au-delà des trois principales forces qui structurent l’armée congolaise, à savoir la « Force terrestre », la « Force aérienne » et la « Force navale », une quatrième force : la « Force Militaire Agricole ». Ses missions seront : préparer et assurer en tout temps et en toutes circonstances la sécurité alimentaire nationale ; être le bras armé de l’autosuffisance alimentaire nationale et la « cheville ouvrière » de l’entrepreneuriat agricole national; défendre la partie contre toute forme de famine ; et entreprendre un développement agricole martial, sous le commandement de la théorie de l’autodétermination nationale. En s’appuyant sur des agriculteurs militairement organisés ou des militaires organisés en agriculteurs, la militarisation de l’agriculture permettra non seulement d’expérimenter une façon totalement inédite d’assurer le développement de la production agro-pastorale, mais aussi et surtout, de construire les fondements d’une économie agricole qui nourrit le peuple tout en protégeant la nation.

Du camp militaire au Village Agro-Militaire (VAM)

La perméabilité de toutes les 9 frontières de la RDC, laquelle favorise des mouvements transfrontaliers maffieux, bellicistes ou terroristes, tels que les incursions de la SPLA, de la LRA, du FDLR, de l’ADF-NALU, des MBORORO, etc., constitue un défi majeur qui menace sérieusement la sécurité et l’intégrité du pays. Mais aussi, les vastes espaces inoccupés le long des frontières s’offrent en lieux de retranchement des groupes incontrôlés internes et externes qui d’ores et déjà mettent à mal la sécurité des populations congolaises. Ainsi, pour répondre énergiquement et durablement à cette absence quasi récurrente de la présence humaine autochtone aux frontières, et relever le défi du peuplement stratégique des espaces nationaux sensibles inhabités ou abandonnés, les Villages Agro-Militaires (VAM) formeront la première ceinture de la défense des frontières de la République. Chaque Village Agro-Militaire sera bifonctionnel : à la fois regroupement militaire opérationnel et regroupement professionnel agricole. En militaires réguliers des FARDC, tous les soldats des VAM s’entrainent afin d’être prêts le jour où ils devront aller en mission avec les forces régulières, autant ils travaillent comme des vrais professionnels de l’agriculture, en entretenant une culture de travail à la hussarde , comme « gardes-frontières» et «soldats agricoles». Chaque Village Agro-Militaire est donc un « Bataillon Agricole de Défense Avancée du Congo », dont le commandant – Chef du VAM –est un officier supérieur, chef des cultures. Celui-ci devra à la fois être Commandant de « Bataillon de Vigie Militaire et d’Alerte, chargé d’observation et de surveillance des frontières», et un Moniteur Agricole.

Le Commandement du Village Agro-Militaire devra donc être compétent pour administrer une vie de « Bataillon » dorénavant en phase avec les exigences de productivité agropastorale intensive. Le VAM, regroupant entre 300 et 1.200 soldats agricoles, est structuré en plusieurs compagnies de cultures et de métiers. Il sera organisé sur la base de la propriété commune des biens, préconisant le travail individuel, mais axé sur la coopérativité dans les différents domaines de la production, de la consommation, de l’éducation, de la culture et de la vie sociale. Chaque VAM va fonctionner selon le principe que tous les revenus générés par ses Agri-Soldats soient versés dans un compte commun, auprès de la Banque Militaire du Développement Agricole et Rural (BAMDAR). Ces revenus serviront au fonctionnement du VAM, à faire des investissements et à assurer une prime salariale à tous les membres du VAM (selon la taille des familles, pondéré par les primes de responsabilité) et ce, indépendamment de leur emploi ou de leur position. En matière d’éducation, tous les enfants auront les mêmes chances, les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le VAM sera régi par un système participatif direct dans la discipline militaire : tout le monde devra participer directement aux questions touchant à la vie de la communauté. Chaque VAM sera structuré de manière à être entièrement autonome, l’esprit d’entreprise communautaire ainsi que l’éthique du travail jouant un rôle majeur. Chaque membre doit avoir son domicile permanent au sein du VAM. Il doit, d’une part, mettre sa force de travail et son savoir-faire à la disposition de son VAM, et procéder, chaque jour, chaque heure, en tant que militaire, à la surveillance du territoire national à partir de son VAM (patrouille de surveillance du territoire, dispositifs de recherche et de renseignement, missions de sécurité publique, etc.). Tous les VAM seront conçus sur un même modèle : au centre, les édifices communs tels que la cantine, un auditorium, les écoles, le petit périmètre de commerce, des bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres. Légèrement décentrés seront installés les bâtiments et les équipements sportifs, les champs, les vergers, les fermes, les entrepôts, et les bâtiments industriels enfin se trouveront à la périphérie. Tout sera fait pour que cet espace géographique axial abrite des aménagements adéquats d’entrainement militaire, d’encadrement professionnel et de stimulation du travail productif, où devront se dérouler, de façon holistique, les activités de développement agro-pastoral touchant tous les secteurs de base de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, de la foresterie, de l’agro-industrie et des infrastructures socio-économiques capables de transformer la vie du « Bataillon Agricole » en socle de la dynamique du développement intégral du pays. N.B. Chaque VAM sera soumis à la « Sommation de Production», par saison agricole, en guise de feuille de route saisonnière des obligations productives, édictée par l’Etat-Major de la « Force Agricole Militaire ».

Le Régiment est un « Groupement Agro-Militaire » (GAM)

Le Groupement Agro-Militaire a vocation de fédérer et de regrouper l’ensemble des acteurs des « Villages Agro-Militaires » du Groupement, pour mieux planifier le cycle cultural entre lesdits VAM, et définir un système de culture cohérent, harmonieux et enthousiasmant. Le GAM gère et rassemble, au sein d’un seul et même lieu, l’ensemble des produits et des services dont les VAM ont besoin pour développer durablement leurs diverses activités, et ce, en couvrant l’ensemble des segments de la chaîne de valeur agro-pastorale.

Le cheftenat du GAM ou l’état-major du « Régiment agricole » est un commandement de planification agro-pastorale stratégique, constitué d’un colonel mais aussi du capitaine qui lui est adjoint, de l’officier payeur ou lieutenant de détail, du lieutenant officier d’approvisionnement, du médecin-major chef du service, du lieutenant porte-drapeau et du chef de vie culturelle. Ils ont mission de faciliter l’accessibilité des services agricoles divers et des équipements ruraux dans une optique d’équité territoriale. Le Colonel, Chef du GAM et son adjoint, sont des « Agro-Planificateurs ». Ils s’assurent que toutes les activités secondaires et tertiaires relevant de l’agriculture sont prises en considération dans le plan général des activités agro-pastorales des VAM. En fonction de cette position agricole, ils engagent des actions d’amélioration de la desserte rurale de base sur le territoire commun du GAM. Ainsi, chaque « Régiment agricole » devra abriter une « Centrale Agricole Générale du Régiment » (CAGR). La mission de la CAGR est de répondre aux défis auxquels les « Bataillons agricoles » sont confrontés au quotidien. Des espaces par maisons thématiques y seront aménagés, à savoir : « Maison d’intrants agricoles », « Maison de matériels agricoles et petits outillages », « Comptoir de services de formation », « Bureau de services financiers et assurantiels », « Local de vétérinaires », « Maison du Fermier Combattant », « Bureau du service de mise en relation avec le marché », etc.

L’objectif du GAGR est notamment de : • Faciliter la coopération entre tous les acteurs de la chaîne de valeur agro-pastorale du « Régiment agricole » ; • Garantir l’accessibilité des intrants agricoles, des divers autres produits liés à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche, ainsi que des équipements, mais aussi l’accès aux financements et à la formation ; • Promouvoir la mécanisation, l’innovation, la solidarité productive locale, les valeurs d’excellence avec des produits et des services de qualité/à forte valeur ajoutée ; • Développer la diffusion des bonnes pratiques agricoles, facteur clé du développement du secteur ; • Contribuer à la structuration des filières agricoles militaires, en couvrant l’ensemble des segments de la chaîne de valeur agricole, des intrants à la mise en relation avec le marché, en passant par les équipements agricoles, la formation et les services financiers.

La « Brigade » est un « District Agro-industriel Militaire » (DAIM)

C’est au niveau de la « Brigade Agro-Industrielle » que devront s’élaborer les programmes de développement rural fondés sur les besoins des VAM, et portant sur les cinq priorités suivantes : • favoriser le transfert de connaissances et l’innovation dans les secteurs de l’agriculture et de la foresterie, ainsi que dans les zones rurales civiles; • améliorer la viabilité et la compétitivité de tous les types d’agriculture, et promouvoir les technologies agricoles innovantes et la gestion durable des forêts; • promouvoir l’organisation de la chaîne de production agro-alimentaire industrielle (recherche, usines de conservation et de conditionnement, etc.), le bien-être des animaux et la gestion des risques dans l’agriculture; restaurer, préserver et renforcer les écosystèmes liés à l’agriculture et à la foresterie; • promouvoir l’inclusion sociale, la réduction de la pauvreté et le développement économique dans les zones rurales civiles.

 La mission du « District Agro-industriel Militaire » est d’accompagner de manière concrète la mutation économique aussi bien des territoires ruraux civils que des VAM. Il tient compte de leur diversité et veille à adapter les outils à la situation particulière de chaque territoire et de chaque VAM. Chaque DAIM est armé d’une « Directive relative au développement des VAM et des territoires ruraux civils.

Cette « Directive » renferme les possibilités d’intervention de la « Force Agricole Militaire » sur quatre axes stratégiques :

1. l’amélioration de la productivité des secteurs agricole et forestier ;

2. l’amélioration de la gestion des espaces ruraux civils et des VAM;

3. la diversification de l’économie rurale et la qualité de vie en milieu rural et au niveau de chaque VAM;

4. la mise en œuvre de stratégies de développement agro-pastoral des territoires ruraux.

L’objectif est la mise en mouvement d’une politique de cohésion agricole, économique, sociale et territoriale, qui améliore la compétitivité de tous les villages, de tous les territoires ainsi que de tous les VAM, à travers les différentes grandes priorités ci-contre : • L’économie de la connaissance agro-pastorale et de la mécanisation des activités agricoles ; • L’amélioration des conditions d’accès aux services et aux équipements modernes en milieu rural (logements convenables, éducation, emplois, santé, services énergétiques abordables, desserte en téléphonie mobile et en Internet haut-débit, etc.) • Le renforcement des capacités professionnelles des populations rurales afin qu’elles puissent prendre en charge les actions en faveur de leur propre développement; • Le soutien aux activités civiles génératrices de revenu dans les secteurs de la production, de la transformation et de la commercialisation des biens alimentaires; • L’accroissement des productions végétale, pastorale et halieutique par l’introduction de variétés améliorées adaptées et l’approvisionnement en intrants ; • La sécurisation des productions par la maitrise de l’eau, la gestion de la fertilité des sols, la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles; • L’amélioration du système de séchage et stockage des céréales en particulier mais surtout de tous les biens alimentaires ; • La facilitation de l’accès des populations rurales aux services et produits financiers adaptés à leurs besoins ; • L’amélioration de la maitrise technique des productions, de la gestion économique et de l’accès à l’innovation ; • Le renforcement des capacités de production et de valorisation des produits des exploitations agro-pastorales familiales ou communautaires… Le Général de Brigade, commandant du DAIM, devra être un Ingénieur Agronome. C’est-à-dire : un Développeur agricole.

Une Plate-forme d’Incubateurs Militaires Agro-Alimentaires

La plate-forme est un plateau d’intégration dans la profession agricole et dans le réseau agropastoral local. Sa mission : intégrer l’aspirant agriculteur militaire ou civil dans une spécialité agricole donnée, à travers les structures de l’Incubateur du « DAIM ». Il s’agit, pour l’Incubateur militaire, en définissant un parcours d’apprentissage, d’accompagner le soldat couvé ou le civil en apprentissage agro-pastoral militaire, à l’acquisition des compétences par le vécu de cette expérience, et ainsi, de le guider progressivement vers l’entrepreneuriat paramilitaire agro-pastoral. Le porteur de projet agricole, soldat ou civil couvé à la hussarde, reçoit une formation dans plusieurs domaines à savoir : maraîchage, arboriculture, grande culture (arachides, riz, maïs…), aviculture, embouche, production laitière, apiculture, pisciculture, action agricole collective, maniement des engins agricoles, gestion financière d’une exploitation agricole, etc. L’Incubateur comprendra trois volets : une terre-école, un service de maillage entre agriculteurs en activité et aspirants agriculteurs, ainsi qu’un service d’accompagnement global de projets agricoles. Il offrira aux aspirants et aux producteurs agricoles une assistance technique sur le terrain ainsi que de l’encadrement paramilitaire, ce qui les aidera à consolider leurs compétences et leurs aptitudes en agriculture militaire. La terre-école proposera aux intéressés la location de parcelles de culture et d’équipements ainsi que l’accès à une serre. Les futurs entrepreneurs agricoles paramilitaires pourront bénéficier d’un accompagnement technique, d’un suivi au champ, d’un appui dans l’élaboration de leur plan d’affaires et d’un encadrement par un comité d’experts du DAIM afin de mener leur projet à terme.

Le Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise Agricole Paramilitaire (CAPEAP)

Le CAPEAP est un outil de croisement d’itinéraires : celui de l’agriculteur civil qui sollicite l’appui des structures militaires agricoles et celui du militaire qui ambitionne l’entrepreneuriat agricole autonome. Ils forment tous le corps des réservistes de la « Force Agricole Militaire ». Le CAPEAP permet de contractualiser l’entrée du futur réserviste - porteur de projet- dans l’incubation du DAIM. C’est un contrat par lequel la structure d’incubation s’engage à fournir au bénéficiaire un programme d’actions en mettant à disposition un appui pédagogique, des moyens logistiques, des conseils personnalisés et la formation paramilitaire.

L’incubation comprendra généralement un appui à : • La clarification du projet (finalités, composantes...) et la réalisation d’étude économique prévisionnelle, demande de financement ou d’accès à la surface à exploiter, demande de crédit-équipement, etc. ; • La définition des besoins de formation et d’acquisition de compétences complémentaires ; • L’insertion des porteurs de projet dans leur environnement professionnel par la mise en relation avec un réseau de professionnels notamment par le recours au tutorat d’agriculteurs militaires et l’accès à divers ressources de la « Force Agricole Militaire » (données techniques et commerciales, débouchés, annonces de foncier...).

A ce titre, chaque DAIM devra développer un réseau de paysans-ressources pour apporter systémiquement un soutien aux porteurs de projet (sur le plan technique, choix des équipements, de la terre, etc.), mais aussi une bibliothèque participative en libre accès regroupant des ouvrages sur l’agriculture. L’incubation peut aussi privilégier une dynamique collective (groupe de travail ou formation rassemblant plusieurs porteurs de projet) jusqu’à parfois même favoriser entrepreneuriat collectif, l’entraide ou toutes autres formes d’agriculture paramilitaire de groupe.

L’Etat-Major de la « Force Agricole Militaire »

Dirigé par un général, qui portera le titre de commandant de force, assisté d’un chef d’état-major et de trois sous-chefs d’état-major, l’Etat-Major de la « Force Agricole Militaire » sera subdivisé en Cinq unités spécialisées, chacune gérée par un officier supérieur ou général, à savoir :

1. L’Unité des Etudes et de Planification Agricole Stratégique (UEPA) ;

2. L’Unité des Statistiques Agricoles et de l’Information sur les Produits Agricoles Congolais (USAIPAC) ;

3. L’Unité de Recherche Agronomique Militaire (URAM) ;

4. L’Unité de l’Agro-Industrialisation et de la Sécurité Alimentaire Nationale (UAISAN) ;

5. L’Unité du Génie Agricole Militaire (UGAM). Cette unité aura en son sein un « Corps d’ingénieurs militaires d’infrastructures et de machines agricoles (CIMIMA).

6. Le domaine d’application du CIMIMA sera très vaste.

Il comprendra notamment : • le gros œuvre agricole en général, quel que soit le type de construction ou d’aménagement des infrastructures agricoles (infrastructures d’élevage, aménagement et gestion des points d’eau, installation de l’hydraulique villageoise et pastorale, création d’opportunités locales d’énergie solaire, éolienne ou hydraulique ou mix-énergie, etc.). Ce domaine recouvre deux catégories distinctes : le dimensionnement d’une structure nouvelle, et la réhabilitation d’une structure existante, appelé aussi conservation d’ouvrages existants (expertise et/ou projet d’intervention) ; • les constructions industrielles : usines, entrepôts, réservoirs, etc. ; • les infrastructures de transport : routes, voies ferrées, ouvrages d’art, canaux, ports, tunnels, ponceaux pour la mobilité rurale, etc. ; • les constructions hydrauliques : barrages, digues, jetées, etc. ; • Réglementation des boisements, c’est-à-dire des semis, plantations et replantations d’essences forestières pour une meilleure répartition des terres entre l’agriculture, la forêt, les habitations, les espaces de loisirs et la préservation des milieux naturels et des paysages remarquables; • Construction des micro-infrastructures socio-économiques communautaires (marchés, magasins de stockage, centres de santé, etc.) ; • Mise en valeur des terres incultes ou sous-exploitées et gestion stratégique des ressources naturelles.

Trois dispositifs stratégiques de la « Force Agricole Militaire »

Création de la « Banque Militaire du Développement Agricole et Rural » (BAMDAR). Missions principales : le développement du secteur agricole et la promotion du monde rural. Elle devra être la première banque à réseau militaire au niveau national, avec une agence dans chaque Territoire, soit 145 agences, et 26 directions provinciales (une direction dans chaque Chef-lieu de province). 2. Création de la « Grande Ecole Agricole Militaire », pour former les agri-soldats (AS ou soldats agriculteurs) et les officiers ingénieurs agroalimentaires (OIA). Le défi consiste à mettre en place un système d’enseignement qui repose stratégiquement sur l’éthique martiale et la discipline militaire, en vue de rattraper à la hussarde notre retard sur les savoirs et savoir-faire nécessaires à l’essor décisif des activités agroalimentaires. C’est-àdire : du travail de la terre à la fabrication des engins agricoles, en passant par la recherche agroalimentaire, l’intelligence de construction des ponts et chaussées, ainsi que tous les métiers vitaux à la réalisation du bien-vivre national. 3. Mise sur pied d’une « Unité Spéciale de la Force Agricole Militaire » chargée de l’aménagement et de l’entretien des étangs de pisciculture, de fabrication des navires de pêche ainsi que de conception, de construction et des modifications des ports et sites de débarquement pour les navires de pêche.

Deux niveaux de formations

1. Formations pour l’Agri-Soldat (AS)

Il s’agit des formations techniques et économiques de base, théoriques et pratiques, utiles pour comprendre le fonctionnement d’une exploitation agricole.

A travers le principal diplôme, qui est le CAPA (Certificat d’Aptitude Professionnelle en Agriculture), l’agri-soldat pourra : • Réaliser des opérations de culture de plein champ (labour, semis, épandage, récolte); • Utiliser et entretenir les machines agricoles ; • Assurer la maintenance de l’équipement et des installations agricoles ; • Optimiser la production de fourrages ; • Distribuer manuellement ou à l’aide de machines spécifiques les rations alimentaires appropriées aux animaux ; • Surveiller les femelles en gestation et participer au vêlage; • Veiller au bon comportement du troupeau, détecter et traiter les maladies courantes; • Transformer les produits de la ferme ; • Participer aux activités annexes de l’exploitation (préparation des sols, opérations post récolte, collecte, séchage et stockage des céréales, conditionnement…) ; Etc.

2. Formations pour l’Agri-Officier (AI)

agro-militaire supérieur aura vocation à former des ingénieurs spécialisés dans les domaines de l’agronomie, de l’agriculture, des industries agricoles et alimentaires, de la forêt et du bois, de l’environnement, de l’eau, de l’horticulture et du paysage, de la gestion des risques environnementaux et sanitaires, de l’aménagement durable du territoire, et de la médecine vétérinaire. La particularité de cette « Grande Ecole Agricole Militaire » sera un enseignement de haut niveau, en lien avec la recherche, autour des formations agricoles supérieures ci-après : • Le Génie Agricole L’acquisition de ce mélange de techniques d’ingénierie et de biologie appliqué au domaine de l’agriculture, aura pour but d’aider l’officier agri-ingénieur à remplir sa mission qui est de mener à bien des projets, par exemple : la conception de machines et de structures agricoles, l’élaboration de méthodes de conservation des sols et de l’eau, l’amélioration de la transformation des produits agricoles, etc. • Le Génie Rural Cette formation a pour but de rendre l’étudiant capable notamment : - De réaliser la planification, la conception et la supervision de la construction des systèmes d’irrigation, de drainage, de régularisation et d’utilisation rationnelle des eaux; - De planifier, concevoir et superviser la construction des bâtiments agricoles et des installations de stockage comme les constructions pour le bétail, les serres, les silos et de manutention de manière générale ; - De concevoir et évaluer le matériel utilisé pour la préparation du sol, l’ensemencement, la pulvérisation, la récolte et le transport des produits agricoles ; - De mener des recherches afin de concevoir des nouvelles structures et des nouveaux systèmes novateurs dans les domaines de l’hydraulique et du machinisme agricole ; - De mener des recherches afin d’élaborer des nouvelles technologies et des nouvelles pratiques de gestion pour la production agricole, qui protègent les ressources environnementales ; etc. • Le Génie agro-mécanique Pendant cette formation, l’étudiant est initié à connaître les pièces, les composantes, les structures et procédés d’usinage et de fabrication, de même que les avantages et les limites de la machinerie et des équipements agricoles : machines de travail de sol, de récolte, de conservation, d’entreposage, systèmes de traite, d’alimentation, de ventilation, de gestion forestière ou d’aménagement paysager, etc. • La formation vétérinaire. A l’issue de la cinquième année en formation initiale agro-militaire supérieure, l’étudiant soutient une thèse d’exercice vétérinaire qui donne le titre de Docteur vétérinaire. Autres possibilités : des formations conduisant aux diplômes de spécialisation vétérinaire par la voie professionnelle, correspondant à des certificats d’études approfondies vétérinaires et à des diplômes d’études spécialisées vétérinaires. • Formation paysagiste. Cette formation, cruciale pour un pays de paysages, va s’articuler autour d’un enseignement en atelier où les étudiants seront mis en situation de projet et encadrés par des professeurs paysagistes et des professionnels concepteurs. Une autre possibilité d’accès à cette formation sera la validation des acquis de l’expérience et l’apprentissage pratique.

Toute la singularité de ce concept d’enseignement agro-militaire, c’est des programmes des enseignements à la fois théoriques et pratiques, à objectif professionnalisant, délivrés dans un contexte de discipline militaire, chaque étudiant devant développer la conscience qu’il est en apprentissage d’un métier de salut national. A l’aune de cette militarisation de la production agricole, d’ici cinq ans, la République Démocratique du Congo accomplit sa sécurité alimentaire nationale et devient la première puissance agricole de l’Afrique centrale.