APO

vendredi 24 décembre 2010

Réduction sensible de l’aide pour combattre le sida, des Ong tirent la sonnette d’alarme pour le financement


Le rejet des financements du Fonds Mondial risque d’être la peine de mort
pour des milliers de Congolais. C’est ce qu’annonce un communiqué de l’organisation humanitaire médicale internationale Médecins sans frontières, MSF. Pendant sa réunion du 13 au 15 décembre, le Fonds Mondial pour la
lutte contre le Sida, la tuberculose et la malaria a rejeté la proposition
de la Rdc dans le plus récent des ‘rounds’ de financements pour le Vih et
Sida. Avec plus de 283.000 Congolais en besoin dès aujourd’hui de thérapie antirétrovirale (ARV), un  financement pour combler ce manque doit
impérativement être mise en place le plus rapidement possible.
« Cette nouvelle est vraiment désastreuse parce que 86 % des fonds actuels alloués pour la lutte contre le Vih et Sida en Rdc proviennent des fonds internationaux, dont le Fonds Mondial est le principal bailleur », constate Corinne Benazech, responsable du programme Sida de MSF à Kinshasa. « MSF a souligné, plusieurs fois, l’importance des financements du ‘Round 10’ du Fonds Mondial pour le Vih en Rdc. Sans ce financement, des milliers de personnes en besoin de traitement n’en recevront pas et par conséquent, au lieu de vivre une vie normale pendant des années grâce aux traitements ARV, elles sont condamnées à mourir ».
Ce dernier choc tombe à un moment où les bailleurs traditionnels réduisent
leur appui financier pour la lutte contre le Vih et Sida. La Banque Mondiale
clôture son projet Map, qui a financé durant 5 ans des activités Vih en Rdc,
en mars 2011. Si d’autres bailleurs réduisent leur appui financier, la
situation dans le pays, déjà plus que troublante, deviendra cauchemardesque.

« La situation dans la lutte contre le Vih en Rdc est déjà dramatique, » explique Mme Benazech. « Seulement 12 % des personnes en besoin actuel traitement ARV en reçoivent et près de 82.000  personnes séropositives meurent chaque année en Rdc faute d’un accès au traitement essentiel à leur survie. Pour les 283.000 Congolais en attente de traitement, le rejet de la proposition pour les financements du ‘Round 10’ a, assurément, réduit leurs espoirs à néant ».
« De plus, en RDC seulement 2,2 % des femmes enceintes Vih positives accèdent aux services qui existent pour empêcher la transmission du virus au bébé. Les financements du Round 10 du Fonds Mondial auraient visé, entre autres, l’augmentation et l’amélioration de ces services. Ce serait une tragédie de voir une génération d’enfants nés séropositifs quand on sait que c’est évitable ».
«  La lutte contre le VIH en RDC est l’affaire de tous. Le rejet du ‘Round 10’ a monté l’urgence d’un cran. MSF lance un appel au Fonds Mondial et aux autres bailleurs à ne pas relâcher les efforts et à s’investir davantage
dans la lutte contre le VIH/SIDA ».
C’est essentiel que la RDC puisse accéder aux fonds nécessaires pour
augmenter les services de dépistage et de traitement pour ceux et celles qui
en ont besoin. Malheureusement, la prochaine opportunité de recevoir un
financement du Fonds Mondial – le ‘Round 11’ – a été remise à mi-décembre 2011. MSF lance un appel urgent au Fonds Mondial afin d’avancer la date du ‘Round 11’ pour que la RDC et d’autres pays qui n’ont pas reçu les financements de l’actuel ‘Round 10’ puissent soumettre de nouvelles propositions sans perdre de temps.
MSF demande également aux gouvernements d’appuyer davantage les financements du Fonds Mondial. Durant la conférence du 4 et 5 octobre à New York sur la reconstitution des ressources du Fonds Mondial, les maigres promesses des bailleurs ont conduit à un déficit de 8,3 milliards de dollars américains, entraînant  un manque de financements essentiels pour les pays comme la RDC. Entre les bailleurs qui appuient la santé en RDC, des pays comme la Belgique, le Canada, l’Espagne, la Hollande et la Suède ont réduit fortement leur contribution ou n'ont pas encore financé le nouveau budget du Fonds Mondial. Ces pays ont dès lors contribué à ce déficit et MSF leur demande de s’engager à jouer leur rôle pour combler le déficit de financements du Fonds Mondial.
MSF demande, par ailleurs, aux bailleurs tels les pays de l’Union
Européenne, la Banque mondiale, le Pepfar et l’Onusida, d’élaborer d’urgence  des politiques de financement de lutte contre le Vih et Sida en Rdc et de les mettre en place dès 2011.
Selon l’Ong Human Rights wacht
Reprise d’enrôlement des enfants dans les groupes armés à l’Est de la Rdc
Des officiers de l’armée congolaise menant des actions autonomes ainsi que divers groupes armés dans l’est de la Rdc enrôlent et entraînent de force des centaines de jeunes hommes et de garçons dans le cadre de nouveaux efforts visant à gonfler leurs rangs, a indiqué Human Rights Watch dans un communiqué diffusé lundi à Goma. Cette vague de recrutement militaire, qui a commencé autour du mois de septembre 2010, pourrait augurer d’un éventuel effondrement du processus de paix dans la partie orientale de la Rdc..

Human Rights Watch a interrogé des dizaines de jeunes recrues ayant réussi à s'échapper, des enseignants, des dirigeants locaux et des agents de la protection de l’enfance, qui ont décrit le recrutement forcé et illégal de plus de 1.000 jeunes hommes et garçons depuis septembre. Au moins 261 d’entre eux avaient moins de 18 ans. Parmi ces mineurs, plusieurs ont été enrôlés à nouveau après s’être échappés ou après avoir été démobilisés.

« Les groupes armés dans l’est de la RD Congo viennent chercher des jeunes dans les écoles, les maisons ou les champs et les forcent à combattre », a expliqué Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le gouvernement congolais devrait de toute urgence faire cesser ces enrôlements et traduire les responsables en justice ».
Les lois nationales et internationales applicables en Rdc interdisent le recrutement forcé et l’enrôlement d’enfants de moins de 18 ans dans des groupes armés.

Recrutement par d’anciens rebelles
D’après des témoignages recueillis par Human Rights Watch, le général et ancien chef rebelle Bosco Ntaganda et certains officiers acquis à sa cause, parmi lesquels le lieutenant-colonel Innocent Zimurinda et le colonel Baudouin Ngaruye, seraient responsables de l’enrôlement forcé de centaines de jeunes hommes et de garçons au cours des derniers mois dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Au moins 121 des nouvelles recrues seraient mineures, bien que les témoignages recueillis par Human Rights Watch indiquent que ce nombre est probablement beaucoup plus élevé.

Ntaganda était le chef militaire du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), ancien groupe rebelle soutenu par le Rwanda qui a combattu l’armée congolaise à partir de 2006. En janvier 2009, suite à un accord passé entre les présidents congolais et rwandais, le CNDP a accepté de mettre un terme à sa rébellion et de rejoindre les rangs de l’armée congolaise. Or, le fait d’intégrer d’anciens ennemis dans l’armée régulière a été une source continue de tensions.

Bien qu’il soit officiellement membre de l’armée congolaise, Ntaganda continue de diriger en parallèle une chaîne de commandement indépendante de la hiérarchie militaire de l’armée. D’anciennes unités du CNDP sont allées plus loin en mettant fin à leur participation au processus d’intégration. De nouvelles recrues sont enrôlées de force dans les troupes parallèles commandées par Ntaganda.

Un jeune homme de 17 ans, originaire de la région de Nyanzale, a déclaré que les officiers de l’armée congolaise qui l’avaient recruté de force étaient d’anciens membres du CNDP et lui avaient dit qu’il allait rejoindre l’armée de Ntaganda. Il a ensuite été mis en prison et n'avait le droit de sortir qu'une fois par jour, pour l'entraînement militaire. « Les officiers disaient qu’on ne combattrait pas le gouvernement tant que le Général Ntaganda n’en donnait pas l’ordre », a-t-il confié à une chercheuse de Human Rights Watch, après avoir réussi à s’échapper. « Dès que Ntaganda donnera l’ordre de commencer la guerre, elle commencera. Pour l’instant, nous attendons. »

Des témoins interrogés par Human Rights Watch ont affirmé que début octobre, d’anciens commandants du CNDP intégrés à l’armée congolaise avaient appelé les jeunes hommes et les garçons des zones d’Ufumandu et de Ziralo à participer à au moins sept rencontres, sous prétexte d’aborder des questions liées au développement. Ceux qui y ont assisté se sont rapidement rendu compte que le réel motif de ces rencontres était de les enrôler dans le CNDP afin de combattre le gouvernement. La somme de 60 dollars américains a été promise à chacun d’entre eux, avec une augmentation de salaire et d’autres avantages « une fois que la guerre serait remportée. »

Mi-novembre, dans la région de Kitchanga, des officiers placés sous le commandement du lieutenant-colonel Innocent Zimurinda se sont rendus dans des écoles, afin de dresser la liste des élèves de sexe masculin âgés de 15 à 20 ans. Au cours des semaines qui ont suivi, des soldats de l’armée congolaise fidèles à Ntaganda ont enlevé les jeunes hommes alors qu’ils étaient en classe, chez eux, dans les champs ou alors qu’ils marchaient sur le chemin de l’école. Au village de Charamba, sept jeunes hommes ont été enlevés le 15 novembre alors qu’ils se trouvaient sur un terrain de football avant un match. On ne les a pas revus depuis ce jour.

Ceux qui résistent risquent de graves représailles ou même la mort. Des soldats du CNDP ont tiré  le 23 novembre sur un jeune homme de 22 ans  à Burungu alors qu’il essayait de s’échapper. Celui-ci est mort juste après être arrivé à l’hôpital. Dans d’autres cas, ceux qui ont résisté ont été violemment frappés, mis en prison pendant plusieurs jours ou semaines puis enrôlés de force.

Des témoins ont expliqué à Human Rights Watch qu’aujourd’hui, dans les régions touchées, de nombreux jeunes se cachaient dans la forêt ou tentaient de s'échapper vers des villes plus grandes pour échapper au recrutement forcé.

Les recherches effectuées par Human Rights Watch indiquent que Ntaganda et d’autres anciens officiers du CNDP proches de lui étaient responsables du recrutement dans les zones d’Ufumandu, de Kitchanga, de Kalembe et de Mpati, dans le territoire de Masisi, mais aussi dans les zones de Bwiza et Nyanzale, dans le territoire de Rutshuru  dans le Nord-Kivu) et dans la zone de Ziralo, dans le territoire de Kalehe dans le Sud-Kivu. L’entraînement militaire des nouvelles recrues se déroule dans les zones de Bwiza, de Muheto, de Nyamitaba et d’Ufumandu.

Ntaganda a déjà été impliqué dans des affaires de recrutement forcé et d'entraînement d’enfants et de jeunes hommes au combat. En 2006, La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt à son encontre pour crimes de guerre pour avoir procédé à l'enrôlement et à la conscription d’enfants soldats et à les avoir fait participer à des hostilités en Ituri, à l’est du Congo. Le gouvernement congolais a refusé d’exécuter ce mandat d’arrêt sous prétexte que l’arrestation de Ntaganda nuirait au processus de paix.

Des officiers de l’armée congolaise au Nord-Kivu ont confié à Human Rights Watch qu’ils avaient reçu des rapports les informant que des hommes de Ntaganda avaient effectué de nouveaux recrutements, et qu’ils avaient ouvert une enquête. Ils ont affirmé avoir averti les officiers placés sous leur commandement que l’enrôlement forcé ne serait pas toléré.

Anneke Van Woudenberg a exprimé ses inquiétudes en ces termes : « Il est choquant qu’un individu recherché par la Cour pénale internationale  puisse continuer de commettre exactement le même genre de crimes dont il est accusé. Le gouvernement congolais devrait non seulement mettre un terme au recrutement illégal de jeunes hommes et garçons, mais aussi arrêter Ntaganda immédiatement, au lieu de se réfugier derrière le prétexte que cet homme serait indispensable au processus de paix. »
Human Rights Watch a également rassemblé des preuves sur des récents cas de recrutement forcé de jeunes hommes ou de mineurs par les Fdlr dont les membres sont en majorité des Rwandais Hutus et dont certains dirigeants ont participé au génocide rwandais. Human Rights Watch a dénombré au moins 83 enfants congolais mineurs récemment recrutés par les Fdlr, dont certains sont âgés de seulement 14 ans. Plusieurs d’entre eux avaient déjà fait partie des Fdlr, s’étaient échappés, puis ont été retrouvés alors qu’ils étaient retournés dans leur famille.
Un jeune homme de 17 ans interrogé par Human Rights Watch, qui avait été enfant soldat au sein des Fdlr et d’autres groupes alliés depuis l’âge de 7 ans, a réussi à s’échapper au mois d’août et à rejoindre sa famille. Au mois de  novembre, il a été à nouveau enrôlé de force par les Fdlr. Il s’est échappé une deuxième fois au bout de quelques semaines.
« Ils m’ont attrapé alors que je rentrais chez moi à pied, m’ont attaché, puis m’ont emprisonné », a-t-il raconté à Human Rights Watch au sujet de son second enrôlement forcé. « Au bout de trois jours, ils m’ont donné un uniforme et une arme... J’ai finalement pu m’échapper alors qu’ils m’avaient envoyé voler une chèvre tout seul. De nombreux autres enfants congolais se trouvent encore dans les rangs des Fdlr. Ils veulent partir mais ils ont peur. Les commandants tueront tous ceux qui sont soupçonnés de vouloir s’échapper. »
Plusieurs groupes armés locaux, connus sous le nom de Maï-Maï et restant à l’écart du processus d’intégration à l’est du Congo, recrutent de force de jeunes hommes et des garçons et retiennent dans leurs rangs des enfants enrôlés lors de précédentes vagues de recrutement.
Parmi ces milices figurent l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), Maï-Maï Kirikicho, Maï-Maï Sheka et des factions des Patriotes résistants congolais (PARECO). Au moins 57 enfants de moins de 18 ans ont récemment été recrutés par ces groupes armés.

Human Rights Watch a interrogé un garçon de 14 ans qui, après avoir fait partie de l’APCLS depuis l’âge de 6 ans, a réussi à s’échapper. « Il y a des enfants de mon âge ou plus jeunes à chaque poste de l’APCLS », a-t-il déclaré. « Les enfants qui refusent de devenir soldats sont tués ».
Inquiétude des travailleurs chargés de la protection de l’enfance
Des travailleurs chargés de la protection de l’enfance ont confié à Human Rights Watch que le nombre d’enfants qui fuient le recrutement forcé dans l’est du Congo a considérablement augmenté depuis le mois de septembre, en particulier parmi ceux qui ont été démobilisés avant d’être à nouveau pour être enrôles de force. Les agents de la protection de l’enfance ont décompté au moins 193 cas d’enfants recrutés une deuxième fois depuis septembre.
De nombreux anciens rebelles intégrés à l’armée congolaise début 2009 ont caché des enfants dans leurs rangs plutôt que de les démobiliser. Selon un rapport récent du Groupe d’experts sur la RD Congo de l’ONU, presque deux tiers des soldats de l’armée congolaise impliqués dans des opérations militaires conjointes avec l’ONU n’ont pas pu être examinés par les agents chargés de la protection de l’enfance, alors qu’ils souhaitaient vérifier qu’aucun enfant soldat n’y prenait part.
En janvier 2009, le gouvernement congolais a adopté un code de protection de l’enfant interdisant le recrutement d’enfants âgés de moins de 18 ans dans les forces et groupes armés. Les recruteurs s’exposent à 20 ans d’emprisonnement, mais peu d’entre eux ont été jugés pour répondre de ces accusations. Le Congo a également ratifié le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant portant sur la participation d’enfants à un conflit armé, qui interdit le recrutement d’enfants de moins de 18 ans par les groupes armés.

« Les groupes armés et les intrus au sein de l’armée congolaise ciblent sans relâche les garçons, en les forçant à intégrer l’armée », a soutenu Anneke Van Woudenberg. « Ces enfants ont désespérément besoin d’être protégés par leur gouvernement et par les Casques bleus ».

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