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jeudi 25 octobre 2012

 
LE XIVème Sommet de la Francophonie de Kinshasa
Le 14ème Sommet de la francophonie qui s'est clôturé le 14 octobre dernier a continué d'alimenter le débat en termes d'évaluation. Signe s'il en faut d'une réelle vitalité politique et de l'existence d'un espace d'expression plurielle des libertés dans notre pays.
Ce Sommet qui s'est déroulé à Kinshasa a été un vrai succès tant sur le plan de la participation que des résolutions qui en sont sortis. La RDC est fière d’avoir pu abriter sans encombres une si importante manifestation internationale avec tout ce que cela comporte de défis logistiques, d'exigences sécuritaires et de capacités managériales.

On peut, à l’heure du bilan, regretter au nom de la rationalité républicaine cette tendance observée chez certains de nos compatriotes à vouer leur pays aux mille diables pour peu que leurs intérêts particuliers ne sont pas satisfaits. Certains appellent cela faire de la politique. Il s’agit à notre point de vue d’attitudes égocentriques qu’il serait désastreux de léguer à la postérité. La légitimité d’une ambition politique ne peut se mesurer qu’à l'aune des Intérêts Nationaux. Le gouvernement engage ceux des nôtres dans la classe politique qui appellent à tout bout de champ la foudre sur leur propre pays au motif qu’ils ne sont pas au pouvoir à penser de temps en temps à tous leurs compatriotes qui ont en partage la RDC avec eux et qu’ils auront un jour ou un autre à gouverner.

Nous avons noté par ailleurs un activisme débridé de quelques acteurs de médias étrangers décidés coûte que coûte à obtenir et propager un tableau apocalyptique de la RDC. C’est une réalité quotidienne depuis que les institutions politiques en place au Congo ont pris la résolution de prendre le destin du pays, particulièrement à la faveur des préparatifs des élections de novembre 2011. On a entendu récemment quelqu'un confesser sur une chaîne de radio confessionnelle, qu’au début des années 90' le groupement politique auquel il appartenait avait reçu un financement extérieur pour acheter des vivres sur les bateaux approvisionnant Kinshasa à hauteur du port de Maluku et les déverser dans le fleuve pour maintenir la capitale Kinshasa dans une pénurie propice à un changement de type révolutionnaire qui leur aurait profité.

Un véritable crime contre l’humanité car ce qu’on a vu en réalité, c’est une disette qui a emporté des milliers de pauvres kinois tandis que le régime Mobutu s’adjugeait encore un plein septennat jusqu’à sa mise à l’écart par l’AFDL en 1997. Ceux qui cherchent avec leurs réseaux extérieurs à rééditer la démocratie des embargos et des boycotts feraient bien de s’en souvenir et cesser de tourmenter notre peuple dans son cheminement vers la démocratie.

Des évaluations en sens divers ont été faites de ce sommet de la francophonie. Nous y voyons une manifestation de l’existence d’un débat démocratique dont on ne dira pas qu’il fait déficit ici. Certains ont dit que ce grand rendez-vous a révélé un problème de déliquescence de l'Etat et de déficit de leadership responsable.

Il y a eu effectivement dans ce pays une période de déliquescence de l'Etat. C'est connu. Mais les choses n’en sont pas restées là, loin s’en faut. Les paramètres ont singulièrement évolué dans les domaines les plus variés et notamment dans ceux de la démocratie des droits de l’homme quoiqu’on ait voulu faire croire à un de nos illustres visiteurs peu au fait de nos réalités. Lentement mais sûrement, la RDC se relève et ce n’est certainement pas à un leadership irresponsable qu’on le doit.

Et c’est à juste titre que le Président de la République a balayé les prétentions manichéistes de ceux qui voulaient mettre à profit le sommet francophone de Kinshasa pour nous inoculer moult complexes en la matière. À Kinshasa, nos invités ont palpé du doigt les réalités d’un pays vivant et en voie de modernisation, un pays dans lequel les libertés sont exercées plus que partout ailleurs dans notre espace géographique.

Un Congolais qui aime le Congo n’a pas à s’offusquer du succès enregistré par son pays sur la scène internationale. Pareil succès ne concerne pas que le Président de la République et les animateurs des institutions nationales en place. C’est au peuple congolais dans toutes ses composantes que les lauriers de cette performance doivent être tressés. Le président de la République française, Monsieur François Hollande qui, avant sa visite à Kinshasa avait déclaré la situation congolaise « tout à fait inacceptable » (citation) en matières de démocratie et des droits de l’Homme, a pu mieux appréhender au contact des réalités de la RDC que des progrès, bien que timides, étaient évidents dans tous ces domaines. Il s’agit d’une évaluation faite après quelques heures seulement d’observation. Nul doute qu'une observation plus approfondie des réalités congolaises aurait renforcé cette perception.
Vous et moi avons entendu le président de la France affirmer que grâce à son action (pressions), la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) « avait commencé à se réunir, de même que la Commission nationale des droits de l’Homme ». Pourtant, au moment ou il prenait la parole, ni la Commission électorale relookée, ni la Commission nationale des droits de l’homme n’étaient en mesure de se réunir pour la simple raison qu’elles n’étaient pas encore constituées. La Ceni attendait, et attend toujours, un accord entre la majorité et l’opposition parlementaires sur les amendements à la loi qui l’organise.

Quant à la Commission nationale des droits de l’Homme, elle n’a pas pu se réunir avant la promulgation par le Président de la loi l’instituant et le recrutement subséquent de ses membres. Un peu plus de modestie et d’écoute ne feraient du mal à personne. On mettra dans le même panier de l’ignorance et de la méconnaissance des réalités congolaises cette demande saugrenue d’un groupe de députés français accompagnant le président Hollande à Kinshasa et qui, s’adressant au président de notre Assemblée nationale Aubin Minaku, lui demandèrent sans rire de « faire libérer » MM. Diomi Ndongala et Roger Lumbala, deux députés de l’opposition pour lesquels une demande d’autorisation de poursuites pénales introduite par le Parquet général de la République n’ayant pas encore été examinée étaient… en liberté, l’un chez lui dans les hauteurs de Kinshasa (Diomi) et l’autre en cavale à Paris (Lumbala).

Manifestement obnubilés par des besoins d’image irrépressibles, ces messieurs en venant au Congo n’avaient pas pris la peine de bien lire leurs dossiers.

En tout état de cause, le gouvernement congolais tient à exprimer sa satisfaction après avoir entendu Monsieur le Président de la République française placer en tête des thèmes qu’il a développé à Kinshasa une dénonciation claire de l'agression dont est victime la RDC sur son flanc oriental ainsi que la réaffirmation de l’intangibilité des frontières congolaises ce qui rejoint la préoccupation primordiale des Congolaises et des Congolais en ces temps d’une agression extérieure à l’Est vécue comme un poignard au cœur des hommes et des femmes de ce pays. Un des dirigeants de lopposition congolaise, qui se dit muselée, a dénoncé à haute et intelligible voix le Président de la République pour n’avoir pas cité nommément le président rwandais et son pays en dénonçant l’agression dont la RDC fait l’objet lors de son allocution devant l’Assemblé générale des Nations Unies alors que son ministre porte-parole du gouvernement ne s’empêche pas de le faire. « Qui croire ? », a-t-il fait semblant de s’interroger comme s’il n’avait pas entendu le chef de l’Etat affirmer à Kinshasa que l’agression de la RDC par le Rwanda était « un secret de polichinelle ». C’est un véritable débat sur le sexe des anges. Lorsqu’un chef d’Etat affirme que la paix est troublée à l'Est par des forces négatives avec l’appui extérieur d'un État voisin et que son ministre vient identifier les ainsi dites forces négatives et le pays extérieur en question, on ne voit vraiment pas où se niche la contradiction.


De fait, entre la communication du Chef de l’Etat et celle d’un Ministre qui se déroulent à deux niveaux différents, il faut plutôt voir une complémentarité à la manière d'une partition musicale dans laquelle on ne peut pas reprocher au maestro de ne pas jouer de tous les instruments ou au baryton de ne pas exécuter les mêmes notes que le soprano, l'alto ou la basse. C'est l'ensemble qui fait la symphonie.


II. RAPPORT FINAL DES EXPERTS DES N.U. SUR L’EST DE LA RDC


Les conclusions finales du rapport des Experts des Nations Unies sur la violation de l’embargo à l’Est de la RD Congo sont d’ores et déjà connues. Le gouvernement en prend acte.

Pour l'essentiel, ce rapport ne nous surprend guère car il confirme ce qui était déjà connu des services du gouvernement congolais à savoir que nos voisins rwandais continuent sans désemparer leur agression contre notre pays en se dissimulant derrière le groupe par procuration qu’ils ont créé et qu’ils commandent directement. Le rapport final des Experts onusiens est fort précis sur la description de la chaîne de commandement effective de cette force qui change de nom au gré des directives des stratèges de Kigali. Elle comprend « le général Bosco Ntaganda et culmine avec le ministre rwandais de la Défense, le général James Kabarebe ». Il appert donc clairement que le gouvernement rwandais est impliqué ès qualité dans l'agression dont la RDC est victime au Nord-Kivu.

Le rapport final stipule en outre que "De hauts fonctionnaires du Gouvernement de l'Ouganda ont également fourni un appui aux M23 sous la forme de renforts directs de troupes dans le territoire de la RDC (Congo), de livraisons d'armes, l'assistance technique, la planification conjointe des opérations, des conseils politiques et l'assistance diplomatique".

Fort de ces informations, le Gouvernement de la RDC attend en ce moment des explications de la part des autorités ougandaises au sujet de ces graves allégations. Il s’agit pour nous d'établir les responsabilités et d’élucider s'il s'agit d'une implication personnelle de criminels agissant individuellement ou d'une action délibérée du gouvernement de ce pays à l’instar de ce qui s’observe avec le Rwanda.

C’est le lieu de dire trois choses sur la récente admission du Rwanda au titre de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le compte du groupe Afrique de l’Est, une décision de l’Assemblé générale des Nations Unies qui a défrayé la chronique.
Le Gouvernement de la RDC déplore l’admission du Rwanda en qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité pour deux ans car cette décision constitue un très mauvais signal en ce qu’elle banalise l’horrible situation créée par ce pays en République démocratique du Congo où il continue à perturber la paix et la sécurité ;
Il faut noter toutefois que le Rwanda, seul candidat aligné par la sous région Afrique de l’Est à ce poste, pouvait difficilement ne pas occuper ce siège, sauf à priver l’Afrique d’un représentant dans cet organe des Nations Unies, une situation inédite dans les annales de l’organisation mondiale. Cela ne constitue nullement une raison pour les Congolais de se croiser les bras. Il est indispensable qu’à l’instar du Gouvernement, toutes les forces vives de la Nation et les amis du Congo partout en Afrique et dans le monde fassent connaître leur réprobation à qui de droit ;
L’occupation par le Rwanda d’un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies n’exonère pas ce pays des obligations découlant de son appartenance à la communauté des Nations. Parmi celles-ci - faut-il le rappeler ? figure celle de ne pas agresser un Etat tiers.



Le peuple congolais continuera donc à se défendre contre cette agression et en appelle dans le même temps la communauté internationale à consolider les timides sanctions prises ou envisagées à l’encontre de l’agresseur.


LYNCHAGE MEDIATIQUE AUTOUR DE L’AFFAIRE CHEBEYA


Quelques jours après la fin du sommet de la francophonie et des polémiques qui l’ont traversé, une véritable campagne de lynchage médiatique a été lancée contre la RD Congo et son président, Joseph Kabila à partir des médias publics français (RFI et France 24). Des animateurs de ces médias ne se sont pas embarrassés des principes déontologiques au sujet desquels ils ne cessent de nous harceler.

C’est RFI qui a ouvert les hostilités le 17 octobre avec des révélations exclusives sur l’affaire Chebeya, du nom de l’activiste congolais des droits de l’homme retrouvé mort dans la banlieue de Kinshasa début juin 2010. Une affaire dont le procès en appel reprend aujourd’hui devant la justice militaire congolaise. Une personne, parlant à visage couvert mais se présentant comme l’ancien Major de la Police nationale congolaise Paul Mwilambwe, formule des accusations graves contre le chef suspendu de la police congolaise le Général John Numbi mais aussi contre le président de la RD Congo Joseph Kabila. Selon le personnage qui se cache tout en multipliant des preuves de sa « véritable » identité en brandissant son passeport à l’écran, Floribert Chebeya et son compagnon Fidèle Bazana auraient été assassinés sur ordre du général Numbi qui exécutait une instruction reçue du président Joseph Kabila à cette fin.

C’était la deuxième fois que le présumé « Major Mwilambwe » s’exprimait dans les médias étrangers. Sa première déclaration avait été faite à Thierry Michel, un cinéaste - documentariste belges au lendemain d’une décision de refoulement de ce dernier par les services congolais de l’immigration à l’aéroport international de N’Djili pour faux et usage de faux sur son passeport. À l’évidence, la coïncidence n’était pas fortuite. Beaucoup de Congolais n’étaient pas loin de croire que Michel avait ainsi utilisé cette interview pour prendre sa revanche sur un Etat d’où il avait été expulsé.

La dernière sortie de Mwilambwe est intervenue dans les jours qui ont suivi la polémique entre François Hollande et Joseph Kabila au sommet de la francophonie et à moins d’une semaine de la reprise de la procédure judiciaire sur l’affaire Chebeya. Le Gouvernement de la République ne croit pas à un simple effet du hasard.

Nous ne sommes pas loin de croire que les objectifs poursuivis par cette action sont (i) d’influencer les juges chargés de dire le droit sur le dossier Chebeya qui reprend son cours ce 23 octobre 2012 et (ii) de discréditer le Président de la République Démocratique du Congo, et les institutions politiques en place à Kinshasa coupables d’avoir osé tenir tête à ceux qui, en dépit de leurs propos lénifiants sur la fin des pratiques détestables de la françafrique, s’autorisent toujours ce paternalisme suranné que nous ne supportons plus. Force est de constater en effet à cet égard que l’interview du dénommé Mwilambwe diffusée par RFI fait littéralement « cadeau » aux juges en charge du dossier de l’assassinat de M. Chebeya d’un « témoin à distance », un concept inédit dans l’histoire de la justice.

Ce que le cinéaste Thierry Michel et la journaliste Stéphanie Braquehais de RFI ont fait n’est pas défendable, juridiquement et déontologiquement. Ils ont pour ainsi dire d’eux mêmes conduit de bout en bout l’enquête judiciaire, identifié un témoin parmi les condamnés fugitifs, qu’ils ont « interrogé » sur antenne et à l’écran avant de livrer les conclusions aux spectateurs et auditeurs de leurs médias sous forme d’un verdict désignant des « coupables » qu’ils n’ont pas jugé utile d’entendre et ce, concomitamment au vrai procès judiciaire qui se poursuit sans désemparer. M. Michel et Mme. Braquehais prennent de toute évidence des libertés avec les principes d’une bonne administration de la justice comme la présomption d’innocence, la plénitude de l’action réservée à la seule magistrature (et pas à des cinéastes ou des journalistes). Ils n’ont aucun respect pour l’indépendance du pouvoir judiciaire rappelée du reste avec force par M. le Président de la France en réponse à un dirigeant africain qui lui reprochait sa mise en cause par des juges de l’hexagone dans l’affaire dite des Biens mal acquis.

Peut-on en même promouvoir l’indépendance de la justice en France tout en multipliant les oukases sur un Chef d’Etat africain pour le contraindre à faire dire le droit selon le bon vouloir d’hommes d’Etat et de journalistes européens ?

Sur ce procès dont le cours reprend aujourd’hui, le Gouvernement de la République n’a rien à dire. Il comprend la préoccupation de l’instance en charge d’éviter toute procédure expéditive car une justice expéditive est un déni de justice. De nombreux précédents historiques fondent la prudence observée dans ce pays à cet égard.

Il en fut ainsi de l’affaire Dreyfus, qui mena à une condamnation infamante et injuste un jeune officier français « coupable » de… ses origines juives alors qu’il s’était agi d’un montage grotesque.

Qui dans notre pays, ne se souvient pas de cette autre affaire, plus récente, du fameux massacre des étudiants de l’Université de Lubumbashi, qui affaibli sans le faire tomber le régime du défunt président Mobutu Sese Seko tout en plongeant notre peuple dans un profond marasme en raison de l’embargo imposé à notre pays et de la rupture de la quasi-totalité des accords de coopération qui le liaient à ses partenaires à l’étranger depuis lors ?

Ce micmac cynique est à la base de la désarticulation du tissu économique et des structures de l’Etat que notre pays essaye encore aujourd’hui de conjurer. Alors qu’un seul étudiant avait perdu la vie dans une bagarre entre factions, la petite histoire nous apprend qu’un professeur de cette Université en quête d’une carte de résident en Europe où il était arrivé peu après les événements s’était entendu dire qu’il ne pouvait obtenir le précieux sésame qu’à la condition (sine qua non) de décliner devant la presse un (faux) témoignage sur le prétendu massacre de plus de soixante étudiants par la garde civile de Mobutu. Chose qu’il fit à la satisfaction de ses commanditaires.

Pour la plupart des Congolais qui ont suivi les entretiens de Paul Mwilambwe dans le documentaire sur Chebeya et sur RFI et France 24, le 17 octobre la méthodologie de Thierry Michel et Stéphanie Braquehais n’est pas sans rappeler à certains égards ces pratiques de lynchage médiatique qui sont aux antipodes non seulement des règles déontologiques mais aussi des fondamentaux du fonctionnement des institutions. Lorsque le présumé Mwilambwe affirme avoir plus ou moins assisté à la mise à mort de Floribert Chebeya, la journaliste lui demanda pourquoi il n’était pas intervenu pour le sauver, ignorant donc que dans la police ou dans n’importe quel corps habillé du monde, on obéît aux ordres. Un point c’est tout. Et qu’en admettant que les choses se soient passés de cette manière, n’ayant pas reçu l’ordre d’interférer, le Major Mwilambwe ne pouvait en aucune façon le faire.

Le récit servi par le Mwilambwe qui a parlé le 17 octobre est particulièrement cocasse lorsqu’il prétend avoir exigé et obtenu des explications en pleine exécution du crime par celui qu’il présente comme l’assassin de Chebeya, le Major Christian Ngoy.

Il est tout à fait invraisemblable que l’assassin (ou les assassins) ai(en)t tué le chauffeur de Chebeya, M. Bazana, pour éliminer un témoin gênant en ne faisant pas subir le même sort au Major Mwilambwe, si tant est que, étranger au complot, il aurait eu la témérité de se présenter de sa propre initiative sur les lieux du forfait pour exiger des explications aux exécutants.

Autre invraisemblance dans la réponse attribuée à l’exécutant Christian Ngoy selon laquelle le général Numbi, le grand patron de la police en RDC se serait senti obligé d’expliquer à ce Major qui était de très loin son subalterne que l’ordre qu’il lui donnait venait du président de la République Joseph Kabila. L’autorité personnelle de Numbi ne suffisait-elle pour faire exécuter un ordre par cet officier qui était sous son commandement ? Il est assez difficile de croire que ce général que M. Michel et Mme Braquehais dépeignent comme un chef militaire puissant sur la scène congolaise en ait été réduit à mendier pratiquement l’exécution de son ordre auprès d’un sous-fifre, au point de devoir révéler à ce dernier que cet ordre provenait du Chef de l’Etat en personne. Quelle peut être en définitive la valeur des aveux recueillis sur un policier condamné en cavale et dont l’identité est du reste sujette à caution ? L’homme que l’on présente comme témoin de l’assassinat de Floribert Chebeya a soutenu sur les antennes de RFI, qui l’a répété en boucle que le Général John Numbi et le Président de la République étaient les commanditaires de l’assassinat de Chebeya sans que rien dans sa propre relation des faits ne permette de dire qu’il ait vu ou entendu l’une quelconque de ces personnalités faire ou dire quoi que ce soit. Il est permis de se poser la question de la crédibilité de la qualité de témoin lui attribué par Michel et Braquehais du moins sur la partie des faits attribués au chef de la Police et surtout au Président de la RDC. Le Milambwe de RFI renseigne en effet, qu’il n’avait vu que son collègue, le Major Christian Ngoy conduisant feu Chebeya cagoulé. Il ajoute avoir entendu Christian Ngoy un autre condamné en fuite - lui dire que c’est John Numbi qui lui aurait intimé l’ordre de mise à mort et qui lui aurait dit avoir reçu cet ordre du Président de la République. C’est donc un quidam qui aurait dit à un autre qu’un troisième lui aurait dit que le président lui aurait dit…

Cet interminable chapelet de ragots venant de surcroît d’une personne condamné en premier ressort pour son rôle dans l’assassinat de Floribert Chebeya en juin 2012 méritait-il quelque considération que ce soit de la part de professionnels ? Comme si le simple fait de dire les pires vilenies sur Joseph Kabila rendait une source crédible à leurs yeux, Thierry Michel et Stéphanie Braquehais ont fait une telle confiance à leur interlocuteur qu’ils ont gobé et diffusé sans ciller la légende d’un écran de surveillance émettant un son particulier uniquement lorsque la caméra à laquelle il est branché filme des images de maltraitance ou de tortures ! Un tel gadget existe peut-être déjà à la PJ de Liège ou de Paris mais il n’est pas certain que les services de la police nationale congolaise se le soient déjà procurés.

Des sources proches du QG de la Police nient l’existence d’un tel équipement et signalent qu’aucune caméra n’a jamais été installée dans le local de la réception où le récit diffusé localise la scène macabre du meurtre par étouffement auquel il aurait assisté par le biais de son écran renifleur. Mais la justice militaire nous en dira plus.

Nombreux sont ceux qui pensent à Kinshasa que les graves accusations contre le président Joseph Kabila, répercutées sans le moindre début de preuve et avec une rare légèreté par RFI et France 24 s’inscrivent dans le cadre d’une campagne de dénigrement. Un lynchage médiatique conçu pour livrer un dirigeant africain de plus à la vindicte de l’opinion avant de lui régler son compte. Après Patrice Lumumba en 1961, Mzee Laurent-Désiré Kabila en 2001, est-ce le tour de Joseph Kabila Kabange ?

Tout s’est passé en effet comme si le but poursuivi par ces médias publics de l’Hexagone d’un pays étranger était d’intoxiquer aussi bien la justice que l’opinion publique avec une fausse information sur une culpabilité du chef de l’Etat de la RDC dans une affaire criminelle dans laquelle il n’a été à aucun moment cité. On se trouve en face d’un cas d’école d’instrumentalisation de médias étrangers auxquels nous avons ouvert nos fréquences dans un souci de rendre l’information plurielle pour déstabiliser nos institutions et leurs animateurs. Cela est inacceptable.

La RDC et son peuple ont, depuis les années d’indépendance, déjà payé un lourd tribut en vies humaines pour s’affranchir du colonialisme et de tout ce qui, de près ou de loin, s’apparente au néo-colonialisme. C’est le cas de cette survivance anachronique que l’on a nommé la Françafrique. Un disfonctionnement relationnel dont trois chefs de l’Etat français ont annoncé l’enterrement, sans que nous en voyions des effets sur nos relations quotidiennes.

Selon les dernières informations parvenues au gouvernement depuis quelques jours, des doutes sérieux viennent de surgir sur l’identité de la personne qui a parlé sur RFI et France 24 en se présentant comme Paul Mwilambwe. Des officiers connaissant bien le major en fuite à Kinshasa avaient déjà alerté justice en entendant la diction continue et fluide de celui que Thierry Michel présentait comme leur collègue Paul Mwilambwe pourtant affublé d’un bégaiement aggravé dans son élocution. Depuis Lubumbashi où elle vit, la famille biologique de Paul Mwilambwe vient de jeter un pavé dans la marre en dénonçant ce qui lui apparaît comme une substitution de personne.

Après avoir suivi l’interview de Mwilambwe sur RFI, ses grand-parents, son cousin, son oncle et plusieurs autres membres de sa famille ont approché la RTNC/Katanga pour dénoncer sans ambages le subterfuge. La volubilité de celui qui se présentait comme le Major Paul Mwilambwe les avaient surpris car leur petit-fils, neveu et cousin Mwilambwe était incapable d’aligner deux mots sans s’empêtrer dans le halètement caractéristique des grands bègues. « Ce monsieur qui parle à la radio n’est pas Paul Mwilambwe, a déclaré son cousin germain. Nous demandons à ceux qui ont organisé cette tricherie de nous dire où se trouve notre frère disparu depuis deux ans ».

Tant d’incohérences et d’approximations font penser à une mise en scène. L’interview du présumé Mwilambwe résulterait dans cette hypothèse d’un arrangement proposé à n’importe quel demandeur d’asile en Occident comme condition pour lui faciliter le voyage vers le « paradis » de l’exil et de l’assister dans les démarches en vue de régulariser sa situation et ainsi légaliser son séjour.

L’objectif est de compléter utilement le tableau d’infamie pour discréditer l’indocile Joseph Kabila et donner une justification morale à ceux qui pourrait se charger de le neutraliser. Comme ce fut le cas avec Patrice Lumumba et Mzee Laurent Désiré Kabila.

Enfin, on peut relever que le prétexte Chebeya, dont veulent se servir certains en Occident pour diaboliser Joseph Kabila, se fonde sur une fausse prémisse dû à une totale méconnaissance du contexte : celle qui consiste à croire que l’activiste des droits de l’homme assassiné en juin 2010 disposait de révélations fort gênantes pour les autorités congolaises sur les affaires Bundu Dia Kongo au Bas-Congo, et Enyele dans l’Equateur. Des renseignements que pour rien au monde, le Gouvernement Kabila n’aurait tenu à voir divulguer. Fausse prémisse parce qu’il est erroné de croire que sur ces deux affaires, des organisations autrement plus organisées et mieux outillées que l’ONG la Voix des Sans Voix, comme la section des droits de l’homme de la Monusco ou Human Right Watch, avaient consacré des rapports plus que fouillés qui ont permis au gouvernement d’appréhender et faire juger plusieurs officiers de la police nationale ainsi que quelques terroristes du mouvement Bundu dia Kongo. Il serait très étonnant que la Voix des Sans Voix fasse mieux si longtemps après les faits.

Du reste, aujourd’hui, plus de deux ans après l’assassinat de M. Chebeya, ni Thierry Michel et Stéphanie Braquehais, ni l’organisation la Voix des Sans Voix ne sont en mesure de dire ce que seraient devenues ces si accablantes révélations pour lesquelles le militant auraient été « tué par le président Kabila » et dont nul ne croira qu’il ait pu se rendre à son rendez-vous fatal (si rendez-vous il y avait eu) sans en confier quelques exemplaires à des mains sûres.

On peut se poser la question de savoir pourquoi un tel rapport n’a jamais été publié ou à tout le moins versé au dossier en instruction à la Cour Militaire où il aurait pu éclairer les débats ?

Mais il n’est pas impossible, et je vais m’arrêter là, que Thierry Michel et Stéphanie Braquehais aient été abusés du fait de leur propension à céder à cette illusion du savoir immédiat qui entraîne certains médias peu rigoureux à des contradictions flagrantes et des appréciations complètement erronées des faits abordés avec les œillères de la passion ou des intérêts particuliers. Les dernières conclusions du procès que nous devons laisser la justice congolaise mener seule jusqu’à son terme nous le diront.

Je vous remercie.


Lambert MENDE OMALANGA
Ministre des Médias, chargé des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté

Porte-parole du Gouvernement

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