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jeudi 12 avril 2012

Une religieuse congolaise aide des femmes victimes de violences de la LRA


Article d'actualité, 5 avril 2012
DUNGU, République démocratique du Congo, 5 avril (HCR) – sœur Angélique est bien connue à Dungu car elle circule à vélo dans cette ville poussiéreuse pour se rendre auprès des femmes qui la considèrent comme une bénédiction du ciel.
Elle les aide à se remettre des traumatismes subis lors de leur enlèvement et des abus subis de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe rebelle ougandais redouté qui terrorise les civils dans le nord-est de la République démocratique du Congo, depuis des années.
« Depuis 2008, je prends soin de jeunes filles qui sortent de la brousse après avoir été enlevées par la LRA », a indiqué cette religieuse catholique âgée de 45 ans, tout en aidant trois jeunes femmes à cuire du pain dans le centre qu'elle dirige à Dungu pour aider les victimes à la réintégration et à reconstruire leur vie. Son organisation financée par le HCR travaille également à leur redonner espoir pour l'avenir.
L'association Dynamic Women for Peace dispense des cours d'alphabétisation en lingala ainsi qu'un large éventail de formations professionnelles visant à aider les femmes victimes de la LRA. Parmi ces formations, il y a des cours de couture, de pâtisserie, de cuisine, de fabrication du savon et d'agriculture. Le partenaire opérationnel local du HCR, le Centre d'Intervention Psychologique, a  fourni des équipements et des outils.
Toutes les victimes n'ont pas la possibilité de se rendre à Dungu et c'est pourquoi la bicyclette de sœur Angélique est très utile. Elle s'en sert pour aller voir des femmes qui vivent dans les installations de déplacés internes ayant vu le jour près de Dungu. Depuis janvier, plus de 4000 personnes ont rejoint ces sites après des attaques de la LRA.
Rose* vit dans l'un de ces sites appelé Bangapili, où elle suit des cours de langue assurés par l'organisation de sœur Angélique affiliée à Dynamic Women for Peace. Rose, la quarantaine, a été brièvement retenue en otage par la LRA, après une attaque meurtrière menée contre la ville de Duru il y a cinq ans.
« Ils ont tué trois personnes dans ma maison – mon fils aîné qui avait 21 ans, ma plus jeune sœur et mon oncle », a-t-elle expliqué. « Puis ils m'ont emmenée avec eux dans la brousse. Mais, comme j'étais enceinte, le commandant a dit que je n'étais pas utile et ils m'ont relâchée après deux jours. » Depuis, elle n'a plus revu son mari. Après sa libération, Rose a retrouvé ses enfants rescapés qui se
cachaient dans un champ et elle a fui avec eux vers Dungu, à 45 kilomètres de là.
Elle explique que le lingala n'est pas sa langue maternelle, alors les leçons lui sont très utiles pour l'aider à s'intégrer. « J'ai toujours eu de grands problèmes avec les femmes ici au marché, car nous ne pouvions pas communiquer. Désormais, je me sens mieux. J'aime apprendre à lire et à écrire. J'aimerais aussi apprendre autre chose », a-t-elle ajouté. Elle est ouvrière agricole pour gagner de l'argent, mais elle prévoit de suivre une formation professionnelle pour améliorer son avenir en terme de moyens d'existence.
Sœur Angélique a indiqué que les formations offertes par son organisation ont bénéficié non seulement aux victimes de la LRA, mais aussi aux veuves ou aux femmes élevant seules de grandes familles. Elle a indiqué qu'une fois la formation terminée, l'association accorde un petit crédit aux femmes pour qu'elles puissent acheter le matériel de base et lancer leur petite affaire. Elles remboursent l'emprunt lorsqu'elles commencent à gagner de l'argent.
« Nous devons les aider à gagner suffisamment chaque jour pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs enfants plutôt que de se disperser à gagner un peu d'argent çà et là ou de mendier auprès de leurs voisins pour un travail éreintant dans les champs », a souligné la sœur.
A Dungu, Madeleine, âgée de 22 ans, n'est pas une victime de la LRA mais elle se démène seule pour élever ses trois enfants, y compris celui de sa sœur décédée il y a un an. Elle a suivi une formation professionnelle de pâtisserie offerte par Dynamic Women for Peace et elle gagne désormais l'équivalent de 20 dollars environ par semaine pour sa petite famille.
« Je me suis achetée ces chaussures, ce pagne et des habits pour mes enfants », a-t-elle expliqué, tout en montrant fièrement le pagne coloré. « Je suis heureuse, mais si j'ai assez d'argent, je voudrais entamer des études de médecine pour devenir infirmière », a ajouté la jeune femme, dont l'éducation s'est brusquement arrêtée lorsqu'elle a quitté l'école à 16 ans après être tombée enceinte.
Sœur Angélique est fière des femmes qui sont venues à son centre et elle est heureuse d'avoir pu les « aider à les rendre autonomes. » Elle est enchantée que « le service de restauration collective que nous avons établi avec les plats cuisinés des élèves soit célèbre à travers toute la ville. Nous avons une forte demande de plats cuisinés pour des événements et des séminaires. »
La sœur a indiqué que les femmes changent beaucoup durant leur formation auprès de son organisation. « Certaines avaient peur de sortir mais, aujourd'hui, grâce à leurs activités, elles se sont ouvertes aux autres », a-t-elle expliqué, ajoutant avec un sourire : « Elles parlent avec vivacité et confiance. »
Mais il y a eu beaucoup de travail pour arriver à ce résultat, a admis sœur Angélique. « Nous manquons de moyens pour arriver à faire tout ce qui serait nécessaire pour aider ces femmes. Souvent, cela prend du temps pour certaines femmes de bien comprendre la formation », a-t-elle expliqué. « Parfois, avant d'aller dormir, je me demande pourquoi je continue et alors je pense que quelqu'un se doit d'aider ces femmes. Je dois faire ce sacrifice. Quand elles me racontent leur vécu, je me force parfois à ne pas fondre en larmes. »
* Noms fictifs pour des raisons de protection
Par Céline Schmitt à Dungu, République démocratique du Congo

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