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vendredi 23 octobre 2026

Surpopulation à la Prison Centrale de Makala : la DCDHE réclame une réforme judiciaire

La Dynamique chrétienne pour la défense des droits humains et de l’environnement (DCDHE) salue la décision du ministre d’État, ministre de la Justice, portant suspension provisoire de l’admission de nouveaux détenus à la Prison centrale de Makala, à Kinshasa.

Dans un communiqué de presse publié le 22 octobre 2026, cette organisation estime toutefois que cette mesure d’urgence doit être accompagnée de réformes structurelles pour lutter durablement contre la surpopulation carcérale et les détentions arbitraires en République Démocratique du Congo.

Makala : un établissement conçu pour 1.500 personnes, mais qui en accueille plus de 16.000

Pour la DCDHE, la suspension des nouvelles admissions constitue une mesure conservatoire importante face à une situation carcérale alarmante. Selon les chiffres officiels cités par l’organisation, la Prison centrale de Makala, prévue pour accueillir 1.500 détenus, en compte actuellement 16.155.

Si la décision du ministère de la Justice est saluée par les défenseurs des droits humains, elle ne saurait, à elle seule, résoudre les problèmes structurels du système pénitentiaire congolais.

La DCDHE pointe notamment le non-respect des garanties constitutionnelles et procédurales par certains magistrats, ainsi que le recours excessif à la détention préventive. Ces pratiques contribuent, selon elle, à faire de la privation de liberté le principe et de la liberté l’exception.

Renforcer les mécanismes de contrôle contre les arrestations arbitraires

Pour répondre à cette crise, l’organisation, présidée par Me Carlos Mupili, préconise, à court terme, le renforcement des mécanismes d’inspection et de contrôle des lieux de détention.

L’objectif est de permettre aux avocats et aux défenseurs des droits humains de disposer de mécanismes efficaces pour signaler les arrestations arbitraires, les détentions irrégulières et les éventuelles violations des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

Dans son intervention, Carlos Mupili compare la suspension des admissions à un traitement symptomatique qui, bien qu’utile dans l’urgence, ne s’attaque pas aux causes profondes de la crise.

« Cette mesure a la valeur de l’aspirine contre la fièvre et doit être accompagnée d’un traitement efficace », souligne-t-il, insistant sur la nécessité de mettre en place des solutions durables.

Introduire un juge d’instruction et un juge des libertés et de la détention

À plus long terme, la DCDHE plaide pour une réforme de l’organisation judiciaire et du Code de procédure pénale. Elle propose notamment l’introduction des fonctions de juge d’instruction et de juge des libertés et de la détention.

Cette réforme viserait à renforcer les garanties entourant les procédures judiciaires et à mieux encadrer le recours à la détention préventive, tout en préservant les missions légales du ministère public en matière d’enquête et de poursuite.

Pour l’organisation, une telle évolution contribuerait à mieux protéger les droits de la défense et à garantir que toute privation de liberté respecte les exigences constitutionnelles et procédurales.

Vers un cadre de concertation réunissant les institutions judiciaires et sécuritaires

Dans l’attente de réformes législatives, Carlos Mupili propose également que le ministre de la Justice coordonne la mise en place d’un cadre de concertation réunissant les principales institutions concernées par la protection des droits humains.

Cette plateforme pourrait rassembler le président de la Cour constitutionnelle, le premier président de la Cour de cassation, le procureur général près la Cour de cassation, le président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), les organisations de défense des droits humains ainsi que les responsables des services de sécurité.

Parmi les structures évoquées figurent notamment l’Agence nationale de renseignements (ANR), les services de sécurité de la police, la DEMIAP et les structures compétentes en matière de cybersécurité.

Selon le président national de la DCDHE, cette concertation permettrait aux différents acteurs d’échanger sur les pratiques en vigueur, d’identifier les dysfonctionnements et de définir des mesures concrètes pour assurer un meilleur respect des droits humains en RDC.

La DCDHE appelle à des mesures qui s’attaquent aux causes profondes

Au-delà de la situation de Makala, la DCDHE invite le Gouvernement à dépasser les réponses ponctuelles et à engager une réforme approfondie du système judiciaire et pénitentiaire.

L’organisation estime que le désengorgement des prisons ne peut être durable sans une meilleure application de la Constitution, le respect des droits de la défense et la reconnaissance du caractère exceptionnel de la détention préventive.

Pour la DCDHE, lutter contre la surpopulation carcérale, c’est aussi prévenir les arrestations arbitraires, mettre fin aux détentions irrégulières et renforcer l’État de droit en République Démocratique du Congo.


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