La
Dynamique chrétienne pour la défense des droits humains et de l’environnement
(DCDHE) salue la décision du ministre d’État, ministre de la Justice, portant
suspension provisoire de l’admission de nouveaux détenus à la Prison centrale
de Makala, à Kinshasa.
Dans
un communiqué de presse publié le 22 octobre 2026, cette organisation estime
toutefois que cette mesure d’urgence doit être accompagnée de réformes
structurelles pour lutter durablement contre la surpopulation carcérale et les
détentions arbitraires en République Démocratique du Congo.
Makala
: un établissement conçu pour 1.500 personnes, mais qui en accueille plus de
16.000
Pour
la DCDHE, la suspension des nouvelles admissions constitue une mesure
conservatoire importante face à une situation carcérale alarmante. Selon les
chiffres officiels cités par l’organisation, la Prison centrale de Makala,
prévue pour accueillir 1.500 détenus, en compte actuellement 16.155.
Si la
décision du ministère de la Justice est saluée par les défenseurs des droits
humains, elle ne saurait, à elle seule, résoudre les problèmes structurels du
système pénitentiaire congolais.
La
DCDHE pointe notamment le non-respect des garanties constitutionnelles et
procédurales par certains magistrats, ainsi que le recours excessif à la
détention préventive. Ces pratiques contribuent, selon elle, à faire de la
privation de liberté le principe et de la liberté l’exception.
Renforcer
les mécanismes de contrôle contre les arrestations arbitraires
Pour
répondre à cette crise, l’organisation, présidée par Me Carlos Mupili,
préconise, à court terme, le renforcement des mécanismes d’inspection et de
contrôle des lieux de détention.
L’objectif
est de permettre aux avocats et aux défenseurs des droits humains de disposer
de mécanismes efficaces pour signaler les arrestations arbitraires, les
détentions irrégulières et les éventuelles violations des droits fondamentaux
des personnes privées de liberté.
Dans
son intervention, Carlos Mupili compare la suspension des admissions à un
traitement symptomatique qui, bien qu’utile dans l’urgence, ne s’attaque pas
aux causes profondes de la crise.
«
Cette mesure a la valeur de l’aspirine contre la fièvre et doit être
accompagnée d’un traitement efficace », souligne-t-il, insistant sur la
nécessité de mettre en place des solutions durables.
Introduire
un juge d’instruction et un juge des libertés et de la détention
À
plus long terme, la DCDHE plaide pour une réforme de l’organisation judiciaire
et du Code de procédure pénale. Elle propose notamment l’introduction des
fonctions de juge d’instruction et de juge des libertés et de la détention.
Cette
réforme viserait à renforcer les garanties entourant les procédures judiciaires
et à mieux encadrer le recours à la détention préventive, tout en préservant
les missions légales du ministère public en matière d’enquête et de poursuite.
Pour
l’organisation, une telle évolution contribuerait à mieux protéger les droits
de la défense et à garantir que toute privation de liberté respecte les
exigences constitutionnelles et procédurales.
Vers
un cadre de concertation réunissant les institutions judiciaires et
sécuritaires
Dans
l’attente de réformes législatives, Carlos Mupili propose également que le
ministre de la Justice coordonne la mise en place d’un cadre de concertation
réunissant les principales institutions concernées par la protection des droits
humains.
Cette
plateforme pourrait rassembler le président de la Cour constitutionnelle, le
premier président de la Cour de cassation, le procureur général près la Cour de
cassation, le président de la Commission nationale des droits de l’homme
(CNDH), les organisations de défense des droits humains ainsi que les
responsables des services de sécurité.
Parmi
les structures évoquées figurent notamment l’Agence nationale de renseignements
(ANR), les services de sécurité de la police, la DEMIAP et les structures
compétentes en matière de cybersécurité.
Selon
le président national de la DCDHE, cette concertation permettrait aux
différents acteurs d’échanger sur les pratiques en vigueur, d’identifier les
dysfonctionnements et de définir des mesures concrètes pour assurer un meilleur
respect des droits humains en RDC.
La
DCDHE appelle à des mesures qui s’attaquent aux causes profondes
Au-delà
de la situation de Makala, la DCDHE invite le Gouvernement à dépasser les
réponses ponctuelles et à engager une réforme approfondie du système judiciaire
et pénitentiaire.
L’organisation
estime que le désengorgement des prisons ne peut être durable sans une
meilleure application de la Constitution, le respect des droits de la défense
et la reconnaissance du caractère exceptionnel de la détention préventive.
Pour
la DCDHE, lutter contre la surpopulation carcérale, c’est aussi prévenir les
arrestations arbitraires, mettre fin aux détentions irrégulières et renforcer
l’État de droit en République Démocratique du Congo.
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