Le
Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) veut renforcer
la lutte contre le piratage des contenus audiovisuels en République
Démocratique du Congo. Réunis à Kinshasa, jeudi 15 octobre 2026, à l’occasion
d’un colloque national consacré à cette problématique, des responsables du
régulateur, des représentants de l’industrie audiovisuelle et des acteurs
judiciaires ont plaidé pour une application effective des textes existants, une
modernisation du cadre légal et une coopération institutionnelle renforcée.
Au
cœur des échanges : la protection des droits d’auteur et des droits voisins, la
lutte contre la concurrence déloyale, la préservation des investissements et le
développement d’une industrie audiovisuelle congolaise viable.
LaLiga
alerte sur les pertes économiques liées au piratage
Intervenant
à distance, le directeur général de LaLiga pour l’Afrique, Trésor Penku, a
souligné les conséquences économiques du piratage sur l’ensemble de
l’écosystème du football. Selon les estimations présentées par le responsable,
le manque à gagner imputable à ce phénomène pour LaLiga se situe entre 600 et
700 millions d’euros par an.
Pour
lui, le visionnage illégal d’un match ne constitue pas seulement un préjudice
pour le diffuseur qui a acquis les droits de retransmission. Il affecte
également les clubs, les joueurs, les entraîneurs, les journalistes, les
techniciens, les partenaires commerciaux et les structures de formation.
«
Protéger les droits audiovisuels, ce n’est pas simplement protéger un signal de
télévision », a-t-il expliqué en substance. Il s’agit aussi de préserver les
investissements qui permettent de développer les clubs, les académies, les
infrastructures sportives et la formation des jeunes talents.
Trésor
Penku a rappelé que la République Démocratique du Congo dispose d’un important
potentiel footballistique, illustré par le parcours de plusieurs joueurs
congolais ayant évolué ou évoluant dans des clubs européens.
Il a
cité, entre autres, Cédric Bakambu, Chadrac Akolo, Gédéon Kalulu, Théo
Bongonda, Omenuke Mfulu et Silas Katompa Mvumpa, ainsi que Claude Makélélé,
ancien international français né à Kinshasa.
Le
responsable de LaLiga a également salué le parcours des Léopards de la RDC et
leur qualification pour la Coupe du monde 2026, présentée dans son intervention
comme un retour du pays à cette compétition après 52 ans d’absence.
La
formation des jeunes, un investissement pour l’avenir
Pour
illustrer l’importance de la protection des droits audiovisuels, le directeur
général de LaLiga pour l’Afrique a évoqué le modèle espagnol, dans lequel les
structures de formation contribuent au développement des joueurs et génèrent
des retombées économiques.
Selon
les données avancées dans son intervention, 25 des 26 joueurs sélectionnés par
l’Espagne pour la Coupe du monde 2026 étaient passés par des structures de
formation avant d’atteindre le plus haut niveau. Il a également fait état de
plus de 460 millions d’euros générés en indemnités de transfert au bénéfice des
clubs formateurs au cours des carrières des joueurs concernés.
En
Afrique, LaLiga affirme avoir accompagné plus de 3.000 jeunes joueurs et
entraîneurs à travers différentes initiatives de développement et de formation.
Des programmes de détection de talents ont notamment été organisés dans
plusieurs pays, avec des perspectives de collaboration en République
Démocratique du Congo.
Pour
Trésor Penku, ces initiatives ne peuvent cependant se développer durablement
sans un environnement économique capable de rémunérer les investissements
consentis par les détenteurs de droits, les clubs et les diffuseurs.
Il a
ainsi salué l’initiative du CSAC ainsi que l’engagement de Canal+, détenteur
des droits exclusifs de diffusion de LaLiga en français en RDC, appelant
l’ensemble des acteurs à s’impliquer dans la lutte contre les retransmissions
non autorisées.
Le
parquet rappelle les sanctions prévues par les textes
Le
procureur François Akaya a présenté les principaux fondements juridiques
susceptibles d’être mobilisés contre les auteurs de piratage audiovisuel en
RDC.
Il a
rappelé que la reproduction, la diffusion ou la mise à disposition publique
d’une œuvre protégée sans autorisation peut engager la responsabilité de son
auteur, selon la nature des faits et les dispositions légales applicables.
Le
magistrat a notamment évoqué l’ordonnance-loi n° 86-033 du 5 avril 1986
relative à la protection des droits d’auteur et des droits voisins, ainsi que
l’ordonnance-loi n° 23/010 du 13 mars 2023 portant Code du numérique.
Selon
les circonstances et la qualification juridique retenue, les contrevenants
peuvent s’exposer à des peines d’emprisonnement, à des amendes, à la saisie ou
à la confiscation de supports concernés, ainsi qu’à des mesures de réparation
du préjudice subi par les titulaires de droits.
Le
procureur a cité l’article 175 du Code du numérique, présenté au cours de son
intervention comme une disposition susceptible de s’appliquer à certaines
atteintes aux droits d’auteur et aux droits voisins commises à une échelle
commerciale au moyen de systèmes informatiques.
Les
montants des amendes et les peines évoquées doivent toutefois être appréciés au
regard de la version officielle des textes, de leurs éventuelles modifications
et des éléments constitutifs de chaque infraction.
François
Akaya a également souligné que la retransmission non autorisée d’événements
sportifs, la commercialisation de programmes piratés ou la revente de contenus
obtenus frauduleusement peuvent donner lieu à des poursuites, sous réserve de
la qualification retenue par les autorités judiciaires.
Le
CSAC face aux limites du cadre légal actuel
Au-delà
des sanctions, les participants ont relevé les difficultés auxquelles le
régulateur est confronté face à l’évolution rapide des technologies et des
plateformes numériques.
Les
dispositions légales encadrant les compétences du CSAC ne permettraient pas
toujours de répondre efficacement aux nouvelles pratiques de piratage. Les
intervenants ont ainsi plaidé pour une révision des textes afin de renforcer
les pouvoirs de sanction de l’institution et de mieux adapter le dispositif
juridique aux réalités du secteur.
L’enjeu
concerne notamment les contenus diffusés sur les réseaux sociaux, les
plateformes en ligne et les services numériques dont les responsables ou les
infrastructures techniques peuvent se trouver hors du territoire congolais.
Les
intervenants ont estimé qu’une action limitée aux frontières nationales risque
de se révéler insuffisante lorsque les auteurs utilisent des logiciels, des
serveurs ou des services hébergés à l’étranger.
Ils
recommandent, par conséquent, de renforcer la coopération entre le CSAC, le
ministère du Numérique, le ministère de la Communication et des Médias, les
parquets, les services d’enquête et les professionnels de l’industrie
audiovisuelle. Une coopération internationale serait également nécessaire pour
faciliter l’identification des auteurs, la collecte des preuves et le
traitement des dossiers transfrontaliers.
La
formation des magistrats et la conservation des preuves numériques en question
La
lutte contre le piratage audiovisuel pose également la question des capacités
techniques des institutions judiciaires.
Les
participants ont relevé les difficultés liées à la conservation des preuves
numériques, à l’identification des auteurs et à la conduite des enquêtes dans
un environnement technologique en constante évolution.
Une
formation continue des magistrats, des avocats, des défenseurs judiciaires, des
inspecteurs et des officiers de police judiciaire a ainsi été présentée comme
une nécessité pour améliorer le traitement des infractions commises au moyen
des outils numériques.
Le
procureur François Akaya a, de son côté, insisté sur l’importance de
l’application des textes déjà en vigueur. Selon lui, les lacunes du cadre légal
ne doivent pas empêcher les autorités compétentes d’engager des poursuites
lorsque les faits sont constitutifs d’une infraction.
Il a
également encouragé les titulaires de droits lésés à saisir les autorités
judiciaires et à assurer le suivi de leurs plaintes. L’absence de démarches
soutenues de la part des victimes peut, selon lui, compliquer le traitement de
certains dossiers.
Le
magistrat a enfin plaidé pour que les procédures aboutissent à des décisions
judiciaires effectives, susceptibles de contribuer à la construction d’une
jurisprudence en matière de piratage des contenus médiatiques.
Vers
une réponse collective et une réforme du dispositif juridique
Au
terme des échanges, un constat s’est dégagé : la lutte contre le piratage
audiovisuel ne peut reposer uniquement sur la multiplication des textes ou
l’alourdissement des sanctions.
Elle
nécessite également un régulateur disposant de moyens techniques adaptés, des
services judiciaires mieux préparés aux infractions numériques, une coopération
institutionnelle efficace et une implication accrue des titulaires de droits.
Pour
les acteurs réunis à Kinshasa, la protection des contenus audiovisuels
constitue un enjeu économique et culturel majeur. Elle contribue à préserver la
rémunération des créateurs, à sécuriser les investissements des diffuseurs et à
favoriser l’émergence d’une industrie audiovisuelle congolaise plus
compétitive.
Le
colloque national organisé par le CSAC aura ainsi permis de mettre en évidence
l’urgence d’une réponse coordonnée, à l’échelle nationale et internationale,
afin de mieux lutter contre les réseaux de piratage et de garantir une
protection effective des œuvres dans l’environnement numérique.
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