Dans
la zone de santé d’Alimbongo, en territoire de Lubero, au Nord-Kivu, les
autorités sanitaires et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) renforcent la
sensibilisation communautaire pour freiner la propagation de la maladie à virus
Bundibugyo, une forme de maladie à virus Ebola.
À
Nduta, des centaines de fidèles de la 55ème Communauté évangélique baptiste au
Congo Est (CEBCE) ont été sensibilisés aux mesures de prévention, à la
détection précoce des cas suspects et à l’importance de signaler rapidement les
décès inhabituels. Les responsables religieux sont appelés à devenir des relais
de confiance pour combattre les rumeurs et encourager la collaboration avec les
équipes de santé.
Ce
qui devait être une célébration spirituelle à l’occasion du départ à la
retraite d’un responsable religieux de la 55ème CEBCE s’est transformé en une
mobilisation communautaire contre la maladie à virus Bundibugyo. Sur
l’esplanade de la paroisse de Nduta, dans la zone de santé d’Alimbongo, des
centaines de fidèles, de responsables religieux et de leaders communautaires
ont suivi les messages de prévention transmis par les équipes sanitaires.
Cette
activité, organisée par la Division provinciale de la santé du Nord-Kivu avec
l’appui de l’OMS, à travers le pilier Communication des risques et engagement
communautaire (CREC), vise à renforcer la vigilance de la population face à la
circulation du virus.
Dans
cette région de l’est de la République démocratique du Congo, confrontée à des
crises sanitaires, sécuritaires et humanitaires récurrentes, les autorités
sanitaires estiment que la lutte contre l’épidémie doit également se mener au
sein des familles et des villages, au-delà des structures de soins.
La
détection précoce, un enjeu majeur pour freiner la transmission
Pour
le médecin chef de zone de santé d’Alimbongo, le Dr Thadée Kaveho Masumbuko,
l’implication de la population est déterminante dans la riposte.
« Le
combat contre la maladie à virus Bundibugyo se remporte surtout dans les
communautés, lorsque les populations signalent rapidement les malades,
recherchent les soins sans délai et adoptent les mesures de prévention ».
L’objectif
est d’encourager les habitants à reconnaître les signes suspects, à se rendre
rapidement dans une structure sanitaire et à alerter les services compétents
sans attendre une aggravation de l’état du malade. Le Dr Pablo Kanyamihigo,
membre du pilier CREC, a également insisté sur la responsabilité individuelle
et collective dans la prévention.
Selon
lui, la reconnaissance rapide des symptômes, le recours immédiat aux soins et
l’alerte des services de santé contribuent à protéger non seulement la personne
malade, mais aussi sa famille et son entourage.
Les
responsables religieux mobilisés contre les rumeurs
À
Nduta, les autorités sanitaires misent particulièrement sur l’influence des
responsables religieux, dont la parole est écoutée par de nombreuses familles.
Ces
derniers sont appelés à transmettre des informations fiables, à rassurer les
fidèles et à combattre les rumeurs susceptibles d’alimenter la peur ou de
provoquer la méfiance envers les équipes sanitaires.
« Nos
églises rassemblent des milliers de personnes. Nous avons la responsabilité de
transmettre les informations correctes, de rassurer nos fidèles et de les
encourager à collaborer avec les agents de santé », a déclaré Alexandre Kamabu,
acteur communautaire et responsable ecclésiastique à Nduta.
Cette
approche vise à instaurer un climat de confiance entre les populations et les
intervenants sanitaires. Elle doit également faciliter le signalement des cas
suspects et réduire les résistances qui peuvent retarder la prise en charge des
malades.
Lavage
des mains, consultation rapide et signalement des décès
Au
cours de la séance, les agents de santé ont rappelé plusieurs mesures
essentielles pour limiter les risques de transmission du virus. Parmi les
recommandations figurent le lavage régulier des mains à l’eau propre et au
savon, l’évitement des contacts physiques à risque, ainsi que le recours
immédiat aux structures sanitaires en présence de symptômes suspects.
Les
participants ont également été sensibilisés à l’importance de signaler
rapidement tout décès inhabituel dans leur communauté.
La
Dre Micheline Feza Malira, épidémiologiste de l’OMS et membre de l’équipe de
riposte déployée à Alimbongo, a souligné les risques liés aux décès qui ne sont
pas signalés aux services compétents.
Elle
a expliqué qu’une alerte rapide permet aux équipes sanitaires de mener les
investigations nécessaires et d’organiser des funérailles dignes et sécurisées,
tout en réduisant les risques de transmission.
Une
riposte renforcée dans les communautés d’Alimbongo
La
sensibilisation organisée à Nduta s’inscrit dans un dispositif plus large
déployé par les autorités sanitaires congolaises, avec le soutien de l’OMS et
de ses partenaires.
Depuis
l’apparition de l’épidémie dans la zone de santé d’Alimbongo, plusieurs actions
sont menées, notamment le renforcement de la surveillance communautaire, la
formation des prestataires de santé, l’accompagnement des comités de santé et
la recherche active des alertes.
Quelques
jours avant cette rencontre, l’OMS avait déjà appuyé une séance préparatoire
destinée aux infirmiers titulaires et aux présidents des comités de santé.
Cette activité visait à améliorer leurs capacités en matière de détection
précoce et de notification rapide des cas suspects.
L’approche
retenue repose sur une mobilisation à plusieurs niveaux : les professionnels de
santé assurent la surveillance et la prise en charge, tandis que les leaders
communautaires et religieux contribuent à la diffusion des messages de
prévention et à l’alerte précoce.
Chaque
village appelé à devenir un acteur de la prévention
À
travers ces initiatives, les autorités sanitaires et l’OMS veulent faire de
chaque village un maillon actif de la riposte contre la maladie à virus
Bundibugyo.
L’ambition
est de permettre à chaque habitant de connaître les principales mesures de
prévention, de savoir comment réagir devant des symptômes suspects et de
comprendre l’importance d’une collaboration rapide avec les équipes de santé.
À la
fin de la rencontre de Nduta, le message transmis aux fidèles était clair : la
lutte contre l’épidémie ne dépend pas uniquement des médecins, des infirmiers
et des équipes d’intervention. Elle nécessite également la vigilance
quotidienne des familles et l’engagement des communautés.
Dans
la zone de santé d’Alimbongo, la confiance entre les populations et les
services sanitaires apparaît ainsi comme un levier essentiel pour améliorer la
détection des cas et limiter la transmission du virus.
L’implication
des responsables religieux pourrait contribuer à faire circuler les bonnes
informations et à encourager les comportements susceptibles de sauver des vies.

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