La
cité de Lukala, dans le territoire de Mbanza-Ngungu, au Kongo Central, fait
face depuis quelque temps à des épisodes récurrents d’insécurité, notamment des
braquages nocturnes, des vols à main armée et des actes d’extorsion.
Face
à cette situation, des habitants ont constitué des groupes d’autodéfense et de
vigilance communément appelés « Wazalendo », organisés dans plusieurs quartiers
de la cité. Leur objectif affiché est de contribuer à la surveillance des
quartiers et de prévenir les actes criminels, particulièrement durant la nuit.
Selon
les membres de ces groupes, leur action aurait initialement contribué à
améliorer la sécurité locale. Mais ils affirment aujourd’hui être eux-mêmes
devenus la cible de menaces, après une intervention dans une affaire de
braquage impliquant, selon eux, des policiers.
Un
braquage nocturne qui déclenche une enquête citoyenne
Les
faits remontent au 6 octobre 2026 lorsqu’un habitant de Lukala aurait été
victime d’un braquage devant la porte de sa parcelle. Selon le récit livré par
un membre des Wazalendo, les faits se seraient produits aux alentours de 21h30.
Les suspects étaient, d’après le témoignage, vêtus d’uniformes de la police.
Alertés,
les membres du groupe d’autodéfense décident alors de mener leurs propres
recherches afin de tenter d’identifier les auteurs présumés. « Nous sommes
entrés sur le terrain pour mener l’enquête », explique le témoin, qui affirme
que les recherches se sont poursuivies pendant plusieurs heures.
Les
Wazalendo disent avoir suivi différentes pistes jusqu’à environ 1h30 du matin,
avant d’aboutir à un établissement hôtelier où ils auraient retrouvé plusieurs
personnes qu’ils soupçonnaient d’être liées au braquage.
Des
policiers parmi les personnes retrouvées, selon les Wazalendo
D’après
ce témoignage, trois policiers, un conducteur de moto ainsi qu'une femme
présentée comme leur compagne se trouvaient dans l’hôtel.
Le
conducteur de la moto aurait été retrouvé à l’extérieur de l’établissement. Le
témoin affirme que lorsque les membres des Wazalendo ont commencé à exercer une
pression sur lui, deux des policiers présents dans l’hôtel auraient pris la
fuite. Un troisième policier serait toutefois resté sur place et aurait été
interpellé.
Le
suspect a ensuite été remis aux autorités judiciaires compétentes. Selon les
informations communiquées par les Wazalendo, le dossier se trouve désormais
entre les mains de l’Auditorat militaire, en raison de la qualité de policier
du suspect.
Les
circonstances exactes du braquage, l'identité des personnes interpellées ainsi
que leur éventuelle implication devront être établies par l'enquête judiciaire.
Le
dossier transféré à l’Auditorat militaire
La
saisine de la justice militaire s'explique par le fait que les personnes mises
en cause sont présentées comme des agents de la Police nationale congolaise
(PNC).
En
RDC, lorsqu’un militaire ou un policier est poursuivi pour une infraction
commise dans l’exercice de ses fonctions ou dans des circonstances relevant de
la compétence de la justice militaire, le dossier peut être pris en charge par
les juridictions militaires.
Dans
le cas présent, les faits évoqués concernent un présumé braquage à main armée,
mais la qualification juridique définitive des infractions et la responsabilité
individuelle des personnes mises en cause relèvent de l'enquête et, le cas
échéant, du tribunal compétent. Selon les Wazalendo, le policier interpellé
devait être conduit à Mbanza-Ngungu dans le cadre de la procédure judiciaire.
Les
Wazalendo dénoncent des menaces
C’est
précisément cette intervention qui aurait provoqué, selon les membres du groupe
d’autodéfense, une dégradation de leurs relations avec certains éléments de la
police locale. « Nous sommes devenus les ennemis de tous les policiers locaux
», affirme le témoin.
Les
membres des Wazalendo disent désormais craindre pour leur sécurité. Ils
rapportent avoir reçu des menaces de mort et affirment que certains policiers
auraient promis de les éliminer « un par un ». Ces accusations sont graves et
nécessitent, à ce stade, d’être établies ou infirmées par une enquête
indépendante. Aucun élément présenté dans le témoignage ne permet, à lui seul,
d’étendre ces accusations à l’ensemble des policiers de Lukala.
Une
situation qui pose la question de l’encadrement des groupes d’autodéfense
Cette
affaire relance également le débat sur la présence de groupes de vigilance
citoyenne dans les zones confrontées à l’insécurité. Le terme « Wazalendo »,
qui signifie « patriotes » en swahili, désigne historiquement des groupes de
volontaires d’autodéfense particulièrement présents dans l’est de la RDC. Il
est toutefois utilisé dans d’autres régions du pays par certains comités locaux
de vigilance pour désigner des jeunes participant à des patrouilles
communautaires.
À
Lukala, ces groupes affirment agir pour répondre à l’insécurité ressentie par
la population. Mais leur intervention dans des enquêtes criminelles et dans
l’interpellation de suspects soulève également la question de leur cadre légal,
de leur encadrement par les autorités et de la préservation des prérogatives
des services de sécurité et de la justice.
Entre
lutte contre l’insécurité et risque de confrontation
Pour
les habitants, l’objectif demeure la sécurisation de leurs quartiers. Mais
l'affaire actuelle illustre les risques auxquels peuvent être confrontés des
groupes de vigilance lorsqu'ils se retrouvent impliqués directement dans des
opérations d’interpellation et d’enquête.
À
Lukala, les Wazalendo disent désormais craindre des représailles après
l’arrestation présumée d’un policier. Ils demandent implicitement que leur
sécurité soit garantie, tandis que la justice militaire est appelée à établir
les responsabilités dans le dossier du braquage.
L’enjeu
est désormais de faire toute la lumière sur le braquage dénoncé et prévenir une
éventuelle escalade entre les groupes d’autodéfense et les forces de l’ordre
dans cette cité du territoire de Mbanza-Ngungu.
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