APO

samedi 10 octobre 2026

Kongo Central : les Wazalendo se disent menacés après l'arrestation présumée des policiers dans une affaire de braquage

La cité de Lukala, dans le territoire de Mbanza-Ngungu, au Kongo Central, fait face depuis quelque temps à des épisodes récurrents d’insécurité, notamment des braquages nocturnes, des vols à main armée et des actes d’extorsion.

Face à cette situation, des habitants ont constitué des groupes d’autodéfense et de vigilance communément appelés « Wazalendo », organisés dans plusieurs quartiers de la cité. Leur objectif affiché est de contribuer à la surveillance des quartiers et de prévenir les actes criminels, particulièrement durant la nuit.

Selon les membres de ces groupes, leur action aurait initialement contribué à améliorer la sécurité locale. Mais ils affirment aujourd’hui être eux-mêmes devenus la cible de menaces, après une intervention dans une affaire de braquage impliquant, selon eux, des policiers.

Un braquage nocturne qui déclenche une enquête citoyenne

Les faits remontent au 6 octobre 2026 lorsqu’un habitant de Lukala aurait été victime d’un braquage devant la porte de sa parcelle. Selon le récit livré par un membre des Wazalendo, les faits se seraient produits aux alentours de 21h30. Les suspects étaient, d’après le témoignage, vêtus d’uniformes de la police.

Alertés, les membres du groupe d’autodéfense décident alors de mener leurs propres recherches afin de tenter d’identifier les auteurs présumés. « Nous sommes entrés sur le terrain pour mener l’enquête », explique le témoin, qui affirme que les recherches se sont poursuivies pendant plusieurs heures.

Les Wazalendo disent avoir suivi différentes pistes jusqu’à environ 1h30 du matin, avant d’aboutir à un établissement hôtelier où ils auraient retrouvé plusieurs personnes qu’ils soupçonnaient d’être liées au braquage.

Des policiers parmi les personnes retrouvées, selon les Wazalendo

D’après ce témoignage, trois policiers, un conducteur de moto ainsi qu'une femme présentée comme leur compagne se trouvaient dans l’hôtel.

Le conducteur de la moto aurait été retrouvé à l’extérieur de l’établissement. Le témoin affirme que lorsque les membres des Wazalendo ont commencé à exercer une pression sur lui, deux des policiers présents dans l’hôtel auraient pris la fuite. Un troisième policier serait toutefois resté sur place et aurait été interpellé.

Le suspect a ensuite été remis aux autorités judiciaires compétentes. Selon les informations communiquées par les Wazalendo, le dossier se trouve désormais entre les mains de l’Auditorat militaire, en raison de la qualité de policier du suspect.

Les circonstances exactes du braquage, l'identité des personnes interpellées ainsi que leur éventuelle implication devront être établies par l'enquête judiciaire.

Le dossier transféré à l’Auditorat militaire

La saisine de la justice militaire s'explique par le fait que les personnes mises en cause sont présentées comme des agents de la Police nationale congolaise (PNC).

En RDC, lorsqu’un militaire ou un policier est poursuivi pour une infraction commise dans l’exercice de ses fonctions ou dans des circonstances relevant de la compétence de la justice militaire, le dossier peut être pris en charge par les juridictions militaires.

Dans le cas présent, les faits évoqués concernent un présumé braquage à main armée, mais la qualification juridique définitive des infractions et la responsabilité individuelle des personnes mises en cause relèvent de l'enquête et, le cas échéant, du tribunal compétent. Selon les Wazalendo, le policier interpellé devait être conduit à Mbanza-Ngungu dans le cadre de la procédure judiciaire.

Les Wazalendo dénoncent des menaces

C’est précisément cette intervention qui aurait provoqué, selon les membres du groupe d’autodéfense, une dégradation de leurs relations avec certains éléments de la police locale. « Nous sommes devenus les ennemis de tous les policiers locaux », affirme le témoin.

Les membres des Wazalendo disent désormais craindre pour leur sécurité. Ils rapportent avoir reçu des menaces de mort et affirment que certains policiers auraient promis de les éliminer « un par un ». Ces accusations sont graves et nécessitent, à ce stade, d’être établies ou infirmées par une enquête indépendante. Aucun élément présenté dans le témoignage ne permet, à lui seul, d’étendre ces accusations à l’ensemble des policiers de Lukala.

Une situation qui pose la question de l’encadrement des groupes d’autodéfense

Cette affaire relance également le débat sur la présence de groupes de vigilance citoyenne dans les zones confrontées à l’insécurité. Le terme « Wazalendo », qui signifie « patriotes » en swahili, désigne historiquement des groupes de volontaires d’autodéfense particulièrement présents dans l’est de la RDC. Il est toutefois utilisé dans d’autres régions du pays par certains comités locaux de vigilance pour désigner des jeunes participant à des patrouilles communautaires.

À Lukala, ces groupes affirment agir pour répondre à l’insécurité ressentie par la population. Mais leur intervention dans des enquêtes criminelles et dans l’interpellation de suspects soulève également la question de leur cadre légal, de leur encadrement par les autorités et de la préservation des prérogatives des services de sécurité et de la justice.

Entre lutte contre l’insécurité et risque de confrontation

Pour les habitants, l’objectif demeure la sécurisation de leurs quartiers. Mais l'affaire actuelle illustre les risques auxquels peuvent être confrontés des groupes de vigilance lorsqu'ils se retrouvent impliqués directement dans des opérations d’interpellation et d’enquête.

À Lukala, les Wazalendo disent désormais craindre des représailles après l’arrestation présumée d’un policier. Ils demandent implicitement que leur sécurité soit garantie, tandis que la justice militaire est appelée à établir les responsabilités dans le dossier du braquage.

L’enjeu est désormais de faire toute la lumière sur le braquage dénoncé et prévenir une éventuelle escalade entre les groupes d’autodéfense et les forces de l’ordre dans cette cité du territoire de Mbanza-Ngungu.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire