Le
président Félix-Antoine Tshisekedi a présidé, vendredi 23 octobre 2026, à la
cité de l’Union africaine, à Kinshasa, la 101ème réunion ordinaire du Conseil
des ministres. Les échanges ont porté sur le renforcement de la cybersécurité,
la coordination de l’action diplomatique, la transformation locale des
ressources minières, la protection des héritiers vulnérables et la sécurisation
des approvisionnements du pays par le corridor central.
Cybersécurité
: un impératif de souveraineté nationale
Dans
sa communication, le président de la République a insisté sur la nécessité de
renforcer la cohérence institutionnelle dans la conduite de la diplomatie
congolaise. Il a réaffirmé le rôle central du ministère des Affaires étrangères
comme principal canal de communication avec les missions diplomatiques
accréditées en République Démocratique du Congo.
Le
chef de l’État a appelé à une meilleure coordination des initiatives
internationales des membres du gouvernement, afin d’éviter les démarches
parallèles susceptibles de compromettre la crédibilité de la diplomatie
nationale.
La
Première ministre est chargée de veiller à la cohérence des actions
diplomatiques du gouvernement. Un mécanisme permanent de coordination avec la
Primature doit également être mis en place pour faciliter les échanges et
assurer le suivi des accords intergouvernementaux, en collaboration avec les
ministères concernés.
Face
aux vulnérabilités des systèmes informatiques, Félix-Antoine Tshisekedi a
présenté la protection des infrastructures numériques comme un enjeu de
sécurité nationale, de souveraineté numérique et de continuité de l’action
publique.
Le
ministère des Postes et Télécommunications, en concertation avec celui du
Numérique et les structures compétentes, a été chargé de coordonner un audit de
sécurité des infrastructures numériques publiques et de proposer des mesures
urgentes.
Les
ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Finances à travers la Banque
centrale du Congo, devront également renforcer la surveillance et la protection
des systèmes sensibles, ainsi que la sécurité des opérations de paiement.
Transformation
locale des minerais : Mutoshi appelé à devenir un centre d’excellence
Le troisième axe de la communication présidentielle a concerné la transformation locale des ressources minières stratégiques. Le chef de l’État a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire des minerais congolais un levier de souveraineté économique et d’industrialisation. Cette ambition repose sur le développement des compétences nationales, la recherche et la maîtrise des technologies liées aux chaînes de valeur industrielles, en particulier celle des batteries.
Dans
cette perspective, le Conseil des ministres a salué le démarrage effectif du
projet de transformation de l’Institut technique Mutoshi, à Kolwezi, dans la
province du Lualaba, en centre d’excellence.
Porté par la Gécamines, en partenariat avec les acteurs des secteurs des mines, de l’électricité et de l’éducation, ce projet vise à renforcer les capacités locales de formation et à mieux préparer les compétences nationales aux besoins de l’industrie minière et énergétique. La Première ministre a soulevé la nécessité d’engager une réforme globale du régime des successions en RDC.
Cette
réforme vise à mieux protéger les héritiers vulnérables, notamment les veuves,
les orphelins et les enfants mineurs, souvent exposés aux dépossessions et aux
conflits familiaux après le décès d’un proche.
Les
ministères de la Justice, de l’Intérieur, des Finances et des Affaires
foncières ont reçu des instructions pour dresser un état des lieux de la
situation et proposer des mesures législatives susceptibles de renforcer la
protection des droits successoraux.
Sécurité
nationale : situation territoriale et tensions à l’étranger
Le
vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, a présenté le rapport sur
l’état du territoire et son administration.
Ce
point a porté sur les développements sécuritaires liés au mouvement M23,
présenté dans le compte-rendu comme un groupe supplétif de l’agression
rwandaise, ainsi que sur les réactions suscitées par l’officialisation de
prises d’armes attribuées à l’ancien président sous l’appellation de « M23
rénové ».
Le
Conseil a également été informé des tensions apparues à la suite des
perquisitions menées à Bruxelles dans les résidences de certains proches du
président de la République.
Inondations,
intempéries et violences intercommunautaires
La ministre d’État, ministre des Affaires sociales, a présenté la situation humanitaire dans plusieurs régions du pays. Le rapport a fait état d’inondations à Mbandaka et dans la commune de Wangata, dans la province de l’Équateur, ainsi que de fortes intempéries à Kasongo, dans la province du Maniema.
Des violences intercommunautaires ont également été signalées à Yanja-Li 2, dans le territoire d’Isangi. La situation des Congolais réfugiés au Burundi a, par ailleurs, été examinée. Ces différents événements soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes d’assistance aux populations affectées et d’assurer un suivi des besoins humanitaires sur le terrain.
Mpox
: la riposte se poursuit dans sept provinces
Le
ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale a présenté un état
de la situation épidémiologique, avec un accent particulier sur la riposte
contre la variole du singe, également appelée Mpox.
La
maladie demeure sous surveillance dans sept provinces, tandis qu’une attention
particulière est accordée à la zone de Mandima, en Ituri.
Le
rapport a également mis en avant l’élargissement du réseau des laboratoires et
des centres de traitement afin de renforcer les capacités de détection, de
prise en charge et de riposte face à la maladie.
Affaires
étrangères : relance du projet e-Visa
Le
ministère des Affaires étrangères prévoit de relancer le processus de mise en
place du dispositif électronique e-Visa, après l’annulation d’un précédent
contrat jugé non viable.
Des
ateliers techniques sont annoncés pour novembre 2026. L’objectif est de
moderniser et d’harmoniser les procédures de délivrance des visas, dans une
perspective d’amélioration du service public et de rationalisation du système.
Enseignement
supérieur : consolider le système LMD
Concernant
l’enseignement supérieur et universitaire, les orientations pour l’année
académique 2026-2027 ont été présentées au Conseil.
Elles
portent sur la consolidation du système Licence-Master-Doctorat (LMD), le
développement des innovations pédagogiques et le renforcement de la recherche
scientifique.
Le
gouvernement entend poursuivre les réformes engagées tout en s’attaquant aux
fragilités persistantes du système universitaire.
Médias,
justice et sécurité : renforcer la protection des journalistes
Le ministre de la Communication et des Médias a présenté les conclusions de la table ronde « Médias, Justice et Sécurité », organisée le 12 octobre 2026 à Kinshasa. Les travaux ont débouché sur l’approbation de mécanismes destinés à protéger les journalistes en danger.
La
numérisation des cartes d’identité professionnelle des journalistes par l’Union
nationale de la presse du Congo (UNPC) figure également parmi les mesures
annoncées. Cette démarche vise à moderniser les outils d’identification
professionnelle et à contribuer à l’amélioration de l’encadrement du secteur
médiatique.
Corridor
central : sécuriser les importations et les exportations
Au
chapitre de l’examen et de l’adoption des dossiers, le ministre du Commerce
extérieur a présenté la stratégie gouvernementale visant à mieux capter,
sécuriser et maîtriser les flux commerciaux transitant par le port de Dar
es-Salaam et les autres infrastructures du corridor central.
Cette
orientation vise à sécuriser les approvisionnements des provinces de l’est et
du sud-est de la RDC, en améliorant le suivi des marchandises et la
coordination des opérations de transport.
Le
gouvernement prévoit l’élaboration d’une feuille de route conjointe avec la
Tanzanie ainsi que la mise en place d’un système électronique de traçabilité
des frets.
Ce
dispositif devrait contribuer à améliorer la visibilité sur les marchandises, à
faciliter leur suivi et à renforcer la maîtrise des flux d’importation et
d’exportation empruntant cet axe régional.
