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samedi 30 mai 2026

Kasaï : condamnations dans l’affaire Kamuina Nsapu, le Tribunal militaire de Tshikapa prononce la peine de mort et des peines lourdes

Le Tribunal militaire de garnison de Tshikapa a rendu, le 25 mai 2026 à Lukuaya, dans le territoire de Luebo, son jugement dans le procès de quatre prévenus poursuivis pour leur implication présumée dans le mouvement insurrectionnel Kamuina Nsapu.

Ces audiences foraines, ouvertes le 15 mai 2026 dans le secteur de Ndjoko-Punda, portaient sur des faits graves commis entre mars et avril 2017 dans plusieurs villages du territoire de Luebo, au Kasaï.

Des crimes contre l’humanité retenus contre les accusés

À l’issue du procès, les quatre prévenus ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité. Ils sont notamment poursuivis pour meurtre, torture, viol, privation de liberté, disparition forcée, pillage, destruction de biens ainsi que participation à un mouvement insurrectionnel. Le principal accusé a été condamné à la peine de mort. Les trois autres prévenus ont, quant à eux, écopé de 25 ans de servitude pénale. Le Tribunal a également condamné la République Démocratique du Congo à des réparations civiles et a reconnu 187 parties civiles constituées dans ce dossier.

Une avancée dans la lutte contre l’impunité au Kasaï

Ce procès est présenté comme une nouvelle étape dans la lutte contre l’impunité des crimes commis durant la crise liée au mouvement Kamuina Nsapu dans l’espace Kasaï. Il intervient après une première audience foraine tenue à Tshikapa en décembre 2025, confirmant une dynamique progressive de justice de proximité dans la province.

Les autorités judiciaires entendent ainsi poursuivre les auteurs présumés de crimes internationaux et renforcer la reconnaissance des droits des victimes.

TRIAL International critique la peine de mort

Dans une réaction, l’organisation TRIAL International a exprimé son regret face au recours à la peine capitale dans cette affaire, rappelant son opposition à toute forme d’exécution judiciaire. L’organisation appelle les autorités congolaises à restaurer le moratoire sur la peine de mort et à poursuivre les réformes visant à garantir une justice équitable et respectueuse des droits humains.

Un soutien international aux efforts judiciaires

TRIAL International souligne que son action dans ce dossier s’inscrit dans le cadre du Cadre de Concertation de Tshikapa, un réseau d’acteurs nationaux et internationaux appuyant les juridictions congolaises dans la lutte contre les crimes de masse.

Son travail dans la région du Kasaï bénéficie notamment de l’appui de l’Union européenne, de l’Agence suédoise de coopération internationale (SIDA) ainsi que du Fonds national pour les réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).


Saint-Denis/Pierrefitte : annulation de la venue de Fally Ipupa, la municipalité exprime ses regrets

La ville de Saint-Denis/Pierrefitte a annoncé, dans un communiqué publié le lundi 25 mai 2026, l’annulation de la venue de l’artiste congolais Fally Ipupa, initialement prévue pour un temps d’échange et de dédicace avec les habitants.

Cette rencontre, très attendue par les fans, devait s’inscrire dans une démarche de proximité culturelle entre l’artiste et les populations de la commune.

Un protocole officiel déjà engagé avec les autorités locales

Selon la municipalité, l’événement faisait suite à plusieurs échanges préparatoires avec les équipes de l’artiste afin d’organiser une rencontre avec les habitants de Saint-Denis et Pierrefitte. Un rendez-vous protocolaire officiel devait également avoir lieu entre le maire de la ville, Bally Bagayoko, le député Carlos Martens Bilongo et Fally Ipupa, en vue notamment de la désignation de l’artiste comme citoyen d’honneur de la commune.

La rencontre devait ensuite se prolonger par une séance de dédicaces et d’échanges directs avec le public.

Une organisation mobilisée et des moyens importants engagés

La collectivité souligne avoir mobilisé d’importants moyens humains, logistiques et financiers pour assurer la réussite de cet événement culturel, notamment en matière d’organisation et de sécurisation. Fidèle à son engagement en faveur d’une culture accessible à tous, la ville affirme avoir toujours accueilli de grandes figures de la scène artistique nationale et internationale.

Des pressions évoquées autour de l’entourage de l’artiste

Dans son communiqué, la municipalité indique que l’entourage de l’artiste aurait subi des pressions, laissant entendre une crainte de récupération politique autour de cette rencontre. La ville regrette profondément cette situation, estimant qu’une initiative conçue pour les habitants n’a pas pu se tenir dans les conditions prévues.

Une main tendue pour une future rencontre

Malgré cette annulation, la municipalité réaffirme son attachement à la culture et à l’accès des habitants aux grandes figures artistiques.

Elle se dit disposée à travailler avec l’équipe de Fally Ipupa afin de trouver une solution permettant la tenue d’une rencontre future, dans le respect des attentes du public et de l’esprit initial du projet.


Piratage audiovisuel en RDC : le CSAC suspend quatre chaînes et durcit le ton

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a décidé de renforcer sa lutte contre le piratage des contenus audiovisuels en République démocratique du Congo. Réunie en session ordinaire le 21 mai 2026 à Kinshasa, l’Assemblée plénière de cette institution d’appui à la démocratie a prononcé la suspension, pour une durée de 90 jours, des chaînes Mercure TV, TVSCD, Bein SPO et Fou de Jésus TV.

Ces médias sont accusés de récidive dans la diffusion frauduleuse de contenus audiovisuels protégés, notamment à travers le piratage des signaux d’autres opérateurs.

Selon le CSAC, ces pratiques constituent une violation grave des règles de la concurrence loyale, des droits des détenteurs de contenus ainsi qu’une menace pour l’ordre public médiatique.

Le retrait des fréquences demandé pour certaines chaînes

Dans le cas de Fou de Jésus TV et Mercure TV, l’organe de régulation des médias est allé plus loin en sollicitant officiellement auprès de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) le retrait des fréquences attribuées à ces chaînes. Dans une correspondance adressée au Directeur général de l’ARPTC, le président du CSAC, Christian Bosembe, estime que le maintien de ces médias sur les fréquences qui leur ont été accordées n’est plus compatible avec les exigences de légalité, de responsabilité et d’ordre public médiatique.

Le CSAC reproche notamment à ces chaînes d’avoir persisté dans des violations répétées malgré plusieurs avertissements et rappels à l’ordre.

Le CSAC veut mettre fin à l’impunité médiatique

À travers cette décision, le régulateur entend envoyer un message clair à l’ensemble du secteur audiovisuel congolais. Pour l’institution, la liberté de la presse et la liberté d’entreprendre dans les médias ne peuvent être assimilées à l’anarchie, à la fraude ou à la violation des droits des tiers.

Le CSAC affirme également vouloir protéger les opérateurs qui acquièrent légalement les droits de diffusion, s’acquittent des redevances requises et respectent les règles du secteur audiovisuel.

Le piratage des contenus protégés cause en effet d’importantes pertes économiques aux ayants droit, aux producteurs, aux distributeurs officiels ainsi qu’aux partenaires du secteur créatif.

Un avertissement à tous les médias

Au-delà des sanctions prises contre Mercure TV, TVSCD, Bein SPO et Fou de Jésus TV, le CSAC prévient que les contrôles seront désormais renforcés dans l’ensemble du paysage médiatique congolais.

Les médias qui continueront à diffuser illégalement des programmes, films, compétitions sportives ou autres contenus protégés s’exposeront à des sanctions proportionnelles à la gravité des faits constatés.

L’Autorité de régulation annonce également un contrôle accru dans d’autres domaines sensibles, notamment la diffusion de la publicité dans les médias traditionnels, les plateformes numériques et les nouveaux supports de communication.

Restaurer l’ordre dans l’espace médiatique congolais

Par cette série de mesures, le CSAC affiche sa volonté de restaurer la discipline, la responsabilité et le respect des règles dans l’espace médiatique national.

L’institution rappelle que la régulation constitue une exigence légale visant à protéger le public, les professionnels sérieux du secteur, les ayants droit ainsi que l’équilibre de l’écosystème médiatique congolais.

La suspension de ces quatre chaînes apparaît ainsi comme un signal fort : les médias impliqués dans le piratage audiovisuel devront désormais répondre de leurs actes devant l’autorité de régulation.


Ebola en RDC : Tedros Adhanom assure que le pays a les moyens de contenir la nouvelle épidémie

En visite à Kinshasa, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a réaffirmé le 29 mai 2016 le soutien de son institution à la République Démocratique du Congo dans la lutte contre la nouvelle flambée d’Ebola qui touche l’Est du pays. Reçu par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, il a salué l’expertise acquise par la RDC au fil des années et s’est montré confiant quant à la capacité du pays à maîtriser cette crise sanitaire.

L’OMS mise sur l’expérience congolaise

Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné que la RDC possède aujourd’hui une solide expérience dans la gestion des épidémies d’Ebola. Malgré les défis liés à l’insécurité et aux déplacements de populations dans les zones affectées, le patron de l’OMS estime que les autorités congolaises disposent des compétences nécessaires pour contenir cette nouvelle flambée.

« La RDC a déjà démontré sa capacité à faire face à Ebola. Nous sommes convaincus qu’elle pourra une nouvelle fois maîtriser cette épidémie ».

Renforcer durablement le système de santé

Le Directeur général de l’OMS a également salué la volonté du gouvernement congolais de transformer cette crise en opportunité pour consolider le système national de santé.

Il a mis en avant les efforts déjà engagés par les autorités ainsi que l’appui des partenaires internationaux, tout en réaffirmant l’engagement de l’OMS à accompagner la RDC dans toutes les étapes de la riposte.

L’absence de vaccin contre la souche Bundibugyo

Tedros Adhanom Ghebreyesus a reconnu que l’absence de vaccin et de traitement spécifique contre la souche Bundibugyo constitue l’un des principaux défis de cette épidémie.

Identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, cette souche a jusqu’ici provoqué peu de flambées, ce qui a limité les avancées de la recherche scientifique.

Selon l’OMS, plusieurs candidats vaccins et traitements sont néanmoins en cours de développement et pourraient être évalués dans le cadre de la réponse actuelle.

Contre la fermeture des frontières

Le responsable de l’OMS s’est également opposé aux restrictions de voyage et aux fermetures de frontières adoptées par certains pays. Pour lui, ces mesures ne permettent pas d’arrêter durablement la propagation du virus et peuvent même freiner la coopération internationale nécessaire à une riposte efficace.

« La meilleure façon de lutter contre Ebola est de soutenir les efforts déployés à l’épicentre de l’épidémie ».

Une visite à Bunia pour évaluer la riposte

Tedros Adhanom Ghebreyesus a annoncé son déplacement à Bunia, en Ituri, afin de rencontrer les équipes engagées sur le terrain et d’évaluer les besoins opérationnels de la riposte. Cette mission vise à renforcer davantage le soutien de l’OMS aux autorités sanitaires congolaises dans la lutte contre l’épidémie.

Agir sur les causes profondes de la maladie

Évoquant le retour régulier d’Ebola en RDC, où cette flambée est la 17ème recensée officiellement, le Directeur général de l’OMS a souligné l’importance du travail communautaire. Selon lui, certaines pratiques à risque, notamment lors des funérailles et des enterrements, continuent de favoriser la transmission du virus lorsque les mesures sanitaires ne sont pas respectées.

Pour l’OMS, la lutte contre Ebola doit ainsi combiner renforcement du système de santé, sensibilisation des communautés, surveillance épidémiologique et coopération internationale afin de bâtir une réponse durable face aux futures épidémies.


RDC : « Nous sommes aussi des artistes », plaide Noëlla Budjamabe Moseka de l’Association des Femmes Stylistes du Congo

Une association créée pour valoriser les femmes stylistes et la trésorière de l’Association des Femmes Stylistes du Congo (AFSC), Noëlla Budjamabe Moseka, a expliqué les motivations ayant conduit à la création de cette structure qui réunit des professionnelles de la mode et de la couture en République Démocratique du Congo.

Selon Budjamabe Moseka, l’AFSC existe depuis deux ans et est née de la volonté de quelques stylistes de travailler dans un cadre plus restreint et plus efficace. « Nous avons essayé avec plusieurs associations réunissant beaucoup de personnes, mais cela ralentissait les initiatives. Quand dix personnes proposent une idée et que dix autres refusent, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé de nous mettre ensemble à cinq pour faire avancer les choses avec plus de volonté », explique-t-elle.

Les stylistes créent des œuvres d’esprit

Interrogée sur le rôle des stylistes, Noëlla Budjamabe Moseka rappelle qu’il ne s’agit pas simplement de couture, mais d’un véritable travail artistique. « Nous créons des vêtements, nous les concevons et nous les réalisons. Quand on crée quelque chose, c’est une œuvre d’esprit. Donc, nous sommes aussi des artistes », affirme-t-elle.

Elle regrette cependant que les stylistes soient souvent marginalisés dans le paysage culturel congolais où, selon elle, le mot “artiste” est principalement associé aux musiciens et aux comédiens.

« Au Congo, quand on parle d’artistes, on pense directement aux musiciens. Pourtant, nous aussi, nous faisons de l’art », déplore-t-elle.

Une profession qui évolue avec le temps

Avec plus de vingt ans d’expérience dans la couture, la trésorière de l’AFSC estime que le métier de styliste a considérablement évolué. Elle reconnaît que certains couturiers avaient autrefois la réputation de ne pas respecter les délais, mais souligne qu’aujourd’hui la profession se professionnalise davantage grâce aux écoles spécialisées.

« Maintenant, la couture ne s’apprend plus seulement chez une tante ou une maman. Il existe des écoles où l’on apprend aussi la gestion du temps et le management », indique-t-elle.

Pour éviter les retards, elle affirme avoir instauré une organisation stricte dans son atelier. « Si mon calendrier est plein, je préfère refuser une commande plutôt que de ne pas respecter les délais donnés au client », précise-t-elle.

Les stylistes congolais réclament plus de reconnaissance

Noëlla Budjamabe Moseka regrette également le manque de valorisation des créations locales par certaines personnalités congolaises, notamment dans le milieu artistique. Car, de nombreux musiciens et personnalités publiques portent des créations congolaises sans toujours reconnaître publiquement le travail des stylistes locaux.

« Dans d’autres pays, les artistes sont fiers de dire qui les habille. Ici, certains préfèrent dire qu’ils ont acheté leurs vêtements ailleurs au lieu de valoriser les stylistes congolais », dénonce-t-elle.

Le prêt-à-porter n’a pas tué la couture congolaise

Contrairement à certaines idées reçues, la styliste estime que le prêt-à-porter importé n’a pas détruit la couture congolaise. Elle explique que la confection sur mesure conserve une valeur particulière grâce au travail personnalisé qu’elle exige.

« Un vêtement sur mesure demande beaucoup plus d’attention. On prend les mesures, on conçoit le modèle et on adapte le vêtement à la personne. C’est un travail plus complexe et plus coûteux que le prêt-à-porter », souligne-t-elle.

Les difficultés liées à l’électricité et aux embouteillages

Parmi les défis auxquels les stylistes font face à Kinshasa, Noëlla Budjamabe Moseka cite notamment les coupures d’électricité et les embouteillages. Pour continuer à satisfaire sa clientèle, elle dit recourir à des machines mécaniques ainsi qu’à un groupe électrogène, malgré les coûts supplémentaires que cela engendre.

« Les machines mécaniques ralentissent le travail et le carburant pour le générateur représente des dépenses supplémentaires. Cela peut parfois décaler les rendez-vous de livraison », explique-t-elle.

Malgré ces difficultés, la styliste affirme ne nourrir aucun regret concernant son métier.

« La couture est ma passion et mon gagne-pain. Si c’était à refaire, je serais encore couturière », conclut-elle, tout en appelant l’État congolais et la population à soutenir davantage les stylistes du pays.


RDC : la Fondation Bill Clinton pour la Paix exige la libération de Barnabé Milinganyo

La Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) a demandé, le 27 mai 2026, la libération de Barnabé Milinganyo, arrêté à Kinshasa le 26 mai 2026 à la suite d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux.

Dans cette séquence, Barnabé Milinganyo affirmait que le président rwandais Paul Kagame serait d’origine congolaise, une déclaration qui a suscité de nombreuses réactions dans l’opinion publique.

À travers un communiqué signé par son président, Emmanuel Adu Cole, la FBCP estime que ces propos relèvent de la liberté d’expression et ne constituent pas une infraction pénale.

La FBCP évoque la liberté d’expression

Dans son communiqué, l’organisation s’interroge sur les motifs ayant conduit à l’arrestation de Barnabé Milinganyo. « Peut-on arrêter une personne pour avoir déclaré que le président Paul Kagame a des origines congolaises ? », questionne la fondation.

Pour cette structure de défense des droits humains, les déclarations de Barnabé Milinganyo s’inscrivent dans le cadre du débat d’opinion et de la liberté d’expression garantie dans un État de droit.

La FBCP rappelle également que, par le passé, certaines personnalités avaient soutenu publiquement que l’ancien président libérien William Tolbert était d’origine congolaise, sans qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée contre elles.

Un appel à une libération « pure et simple »

Face à cette situation, la Fondation Bill Clinton pour la Paix réclame la libération immédiate de Barnabé Milinganyo.

L’organisation estime que le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, constitue l’un des piliers essentiels de l’État de droit que la République Démocratique du Congo affirme vouloir consolider.

« Voilà pourquoi nous demandons sa libération pure et simple », conclut le communiqué rendu public à Kinshasa.

Barnabé Milinganyo a été interpellé le 26 mai 2026 à Kinshasa après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il affirmait que le président rwandais Paul Kagame aurait des origines congolaises.

Cette déclaration a rapidement provoqué des réactions sur les réseaux sociaux et dans les milieux politiques. Les circonstances exactes de son arrestation ainsi que les éventuelles charges retenues contre lui n’ont pas encore été officiellement détaillées par les autorités compétentes.


Afrique : la croissance économique résiste malgré les tensions mondiales, selon la BAD

L’économie africaine continue de faire preuve de résilience malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement mondiales.

C’est ce qui ressort du rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 », publié le 26 mai 2026 à Brazzaville lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement.

Selon ce document, le continent a enregistré une croissance moyenne estimée à 4,4 % en 2025, avant un léger ralentissement attendu à 4,2 % en 2026. La croissance devrait ensuite rebondir à 4,4 % en 2027.

La BAD souligne que l’Afrique demeure l’une des régions les plus dynamiques au monde, avec vingt-deux pays affichant des taux de croissance supérieurs à 5 % en 2025.

Les matières premières et les réformes soutiennent l’économie

D’après le rapport, cette performance économique a été portée par plusieurs facteurs, notamment une meilleure gestion macroéconomique, une production agricole plus importante, le maintien des prix élevés des matières premières ainsi que la poursuite des réformes structurelles dans plusieurs pays africains.

Publié sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », le rapport insiste toutefois sur la nécessité pour le continent de renforcer ses capacités de financement.

La BAD estime qu’une croissance plus inclusive et plus résiliente passera par une mobilisation accrue des ressources internes, l’intégration des systèmes financiers africains, le développement des marchés de capitaux et un renforcement de l’autonomie financière du continent.

Des perspectives contrastées selon les régions

Les perspectives économiques varient d’une région africaine à l’autre. L’Afrique de l’Est devrait conserver sa position de région la plus dynamique du continent, avec une croissance attendue à 5,9 % en 2026 après 6,6 % en 2025, avant un rebond à 6,4 % en 2027.

En Afrique de l’Ouest, la croissance devrait rester relativement stable autour de 4,7 % en 2026, soutenue notamment par les investissements dans les infrastructures et la production agricole.

L’Afrique du Nord enregistrerait un ralentissement à 4,0 % en 2026 contre 4,4 % l’année précédente, en raison notamment des perturbations du commerce mondial et du recul de la demande touristique provenant des pays du Golfe.

L’Afrique centrale figure parmi les rares régions affichant une amélioration, avec une croissance qui devrait passer de 3,6 % en 2025 à 3,8 % en 2026 grâce au maintien de prix élevés du pétrole.

En Afrique australe, la croissance resterait plus faible, autour de 2,1 % en 2026, affectée par la baisse de la production minière et agricole ainsi que par la hausse des coûts énergétiques.

Une inflation persistante et des risques importants

Malgré ces perspectives encourageantes, la BAD avertit que plusieurs risques continuent de peser sur les économies africaines. L’inflation devrait demeurer élevée à 10,4 % en 2026, compliquant davantage la stabilité macroéconomique dans plusieurs pays.

Les tensions géopolitiques internationales, les perturbations prolongées des chaînes logistiques mondiales et la volatilité des marchés financiers pourraient également fragiliser davantage les équilibres budgétaires et accroître les pressions sur les dettes publiques.

Le rapport souligne aussi les risques liés à la fragmentation croissante de l’économie mondiale, susceptible de réduire les flux de financement extérieur et l’aide publique au développement.

Plus de 1.300 milliards de dollars américains manquent chaque année à l’Afrique

Le rapport de la BAD dresse également un constat préoccupant concernant le financement du développement du continent.

Selon l’institution, l’Afrique fait face à un déficit annuel supérieur à 1.300 milliards de dollars américains pour atteindre les Objectifs de développement durable.

Cette situation est attribuée notamment à une faible mobilisation des ressources nationales, à une intermédiation financière insuffisante ainsi qu’au resserrement des conditions de financement extérieur.

Cependant, la BAD estime que l’Afrique dispose d’importantes marges de manœuvre pour mobiliser davantage de ressources.

D’importants leviers de financement encore inexploités

Avec des réformes adaptées, le continent pourrait mobiliser jusqu’à 1.430 milliards de dollars américains par an grâce à une meilleure collecte des recettes publiques, une gestion plus efficace des investissements, la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites ainsi qu’au développement des partenariats public-privé.

Le rapport identifie notamment un potentiel de 469 milliards de dollars américains de recettes supplémentaires par an grâce à un renforcement de la mobilisation fiscale.

La BAD souligne également que les investisseurs institutionnels africains, notamment les fonds de pension et les compagnies d’assurance, gèrent près de 4.000 milliards de dollars américains d’actifs, dont moins de 2,7 % sont actuellement investis dans les infrastructures et les secteurs productifs du continent.

Vers une nouvelle architecture financière africaine

Pour renforcer la résilience économique du continent, le rapport recommande l’accélération de l’intégration financière africaine à travers les banques panafricaines, les marchés de capitaux intégrés ainsi que des instruments innovants comme la finance climatique et la finance islamique.

La BAD met également en avant le rôle stratégique de la nouvelle Agence africaine de notation de crédit, lancée en janvier 2026, pour corriger les biais perçus dans l’évaluation du risque souverain africain.

Le rapport insiste enfin sur l’importance de mécanismes continentaux comme le Mécanisme africain de stabilité financière afin d’aider les États africains à mieux gérer leurs besoins de financement et les risques liés à la dette.