À
l’approche des 100 jours depuis la déclaration de l’épidémie d’Ebola en
République Démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) tire une
nouvelle fois la sonnette d’alarme. L’organisation estime que la réponse
sanitaire reste insuffisante face à une maladie qui continue de se propager à
un rythme inquiétant, notamment dans des communautés déjà fragilisées par les
conflits, les déplacements, la violence et l’insécurité alimentaire.
Selon
les chiffres communiqués par les autorités sanitaires au 16 août 2026, plus de
5.000 cas confirmés et plus de 2.300 décès avaient été enregistrés depuis le
début de l’épidémie.
Dépister
plus tôt pour sauver davantage de vies
Pour
MSF, la réponse ne doit pas se limiter à augmenter le nombre de lits dans les
centres de traitement. L’organisation appelle à renforcer le dépistage précoce,
l’isolement sécurisé des malades et de leurs contacts, ainsi que la prévention
et le contrôle des infections dans les structures de santé et au sein des
communautés.
«
Cette épidémie continue de se propager à un rythme que la réponse ne parvient
pas à suivre », alerte le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF.
L’organisation
insiste également sur la nécessité de mieux former les professionnels de santé
et les responsables communautaires afin qu’ils puissent reconnaître rapidement
les symptômes, orienter les patients vers les services appropriés et limiter
les risques de contamination.
Les
communautés au cœur de la riposte
Dans
le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, en Ituri, des responsables
communautaires travaillent avec MSF pour sensibiliser les habitants aux signes
de la maladie et les encourager à consulter rapidement.
Le camp accueille près de 50.000 personnes dans des conditions de forte promiscuité. Dans cet environnement particulièrement vulnérable, l’implication des relais communautaires permet de renforcer la détection des cas et de réduire les risques de transmission.
«
Nous connaissons nos communautés et savons comment atteindre nos concitoyens »,
témoigne Ezrome Kiza Lumani, responsable communautaire dans le camp de Rho.
Plus
de 60 % des décès hors des centres de traitement
Autre
inquiétude majeure soulevée par MSF : depuis le début de l’épidémie, plus de 60
% des décès liés à Ebola en RDC seraient survenus en dehors des centres de
traitement, souvent au sein même des communautés.
Cette
situation signifie que de nombreux patients meurent sans avoir accès aux soins
appropriés. Elle favorise également la transmission du virus avant même que les
cas ne soient identifiés.
Le
phénomène ne se limite plus à l’épicentre de l’épidémie, situé en Ituri. Le
Nord-Kivu connaît à son tour une progression préoccupante des cas, avec des
taux de mortalité élevés et une forte méfiance envers la réponse sanitaire.
Former
davantage les agents de santé
Face
à l’apparition de cas dans de nouvelles zones parfois peu expérimentées dans la
prise en charge d’Ebola, MSF appelle à renforcer rapidement les capacités
locales.
« Il
y a un besoin urgent de professionnels de santé formés à la prise en charge de
la maladie, non seulement dans les centres de traitement, mais aussi
directement au sein des communautés », souligne Trish Newport, responsable du
programme d’urgence de MSF en Ituri.
L’organisation
plaide ainsi pour une généralisation des formations destinées aux
professionnels de santé et aux responsables communautaires, notamment sur la
détection précoce, l’orientation sécurisée des patients et la prévention des
infections.
Plus
de 1.400 employés de MSF mobilisés
MSF
intervient actuellement en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la Tshopo et
dans le Haut-Uélé.
Ses
équipes gèrent six centres de traitement Ebola et plusieurs unités d’isolement
représentant plus de 400 lits, soit environ un tiers de la capacité disponible
dans le cadre de la riposte nationale.
Plus
de 1.400 membres du personnel de l’organisation sont mobilisés. Depuis le début
de l’épidémie, plus de 2.000 patients ont été admis dans les structures
soutenues par MSF, dont plus de 800 ont été confirmés positifs à Ebola.
À
Beni, une réponse davantage ancrée dans les communautés
À
Beni, dans le Nord-Kivu, MSF a adapté son intervention en renforçant son
travail auprès des structures de santé existantes.
L’objectif
est de permettre aux patients d’accéder rapidement à des soins, y compris pour
des pathologies autres qu’Ebola, tout en assurant la détection et la prise en
charge des cas suspects.
Pour
MSF, la priorité est désormais de rapprocher davantage les soins des
populations touchées afin d’éviter que les malades ne restent chez eux jusqu’à
un stade avancé de la maladie.
Les
survivants, des acteurs essentiels de la sensibilisation
Les
survivants d’Ebola jouent également un rôle important dans la sensibilisation.
Emery Guba Mateso, originaire du camp de Rho, a perdu son fils à cause de la
maladie avant de survivre lui-même à Ebola. Il encourage les habitants à
consulter dès l’apparition des premiers symptômes.
Son
message est clair : plus la prise en charge intervient tôt, plus les chances de
guérison augmentent.
MSF
appelle ainsi l’Organisation mondiale de la Santé, les agences des Nations
unies, les organisations humanitaires et le ministère congolais de la Santé à
accélérer la formation et l’accompagnement des acteurs locaux.
Pour
l’organisation, la riposte doit désormais être plus rapide, plus flexible et
davantage construite avec les communautés, afin de mieux contenir la
propagation du virus et réduire le nombre de décès.