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samedi 16 mai 2026

Carte jaune du COMESA : un mécanisme régional d’assurance automobile au service de l’intégration africaine

Le régime de la Carte jaune du COMESA trouve son origine dans la volonté des États africains de renforcer la coopération régionale et de faciliter les déplacements transfrontaliers. Ce mécanisme régional d’assurance automobile responsabilité civile a été créé en 1986 à la suite de la signature, à Addis-Abeba en Éthiopie, du Protocole sur le Régime d’assurance automobile responsabilité civile par quatorze pays africains.

Quelques mois plus tard, le 26 avril 1987, les États membres signaient à Lusaka, en Zambie, l’Accord de mise en œuvre du Régime d’assurance automobile responsabilité civile, également appelé « Accord inter-Bureaux ». Cet accord organisait notamment la mise en place des bureaux nationaux chargés de gérer le fonctionnement du régime dans chaque pays membre. Onze États avaient alors ratifié le protocole, parmi lesquels le Burundi, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. C’est à partir de cette étape que le régime de la Carte jaune du COMESA a officiellement démarré ses activités dans la région.

Un système régional d’assurance automobile responsabilité civile

Le régime de la Carte jaune du COMESA constitue aujourd’hui un système régional d’assurance automobile responsabilité civile destiné à protéger les automobilistes et les victimes d’accidents de circulation dans les pays membres. Concrètement, cette assurance permet de couvrir les dommages causés à des tiers ainsi que certains frais médicaux résultant d’accidents de la route impliquant des conducteurs étrangers en transit ou en déplacement dans un autre État membre.

La couverture offerte dépend toutefois de la législation du pays où survient l’accident, notamment en ce qui concerne les limites de responsabilité civile applicables.

Un outil d’intégration régionale

Le régime est actuellement opérationnel dans plusieurs pays membres du COMESA, notamment la République Démocratique du Congo, le Burundi, Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan, la Zambie et le Zimbabwe, ainsi qu’en Tanzanie. Au-delà de son aspect assurantiel, la Carte jaune du COMESA poursuit plusieurs objectifs stratégiques liés à l’intégration régionale.

Le système vise notamment à garantir une indemnisation minimale aux victimes d’accidents de la route causés par des automobilistes étrangers ; faciliter la circulation des véhicules entre les États membres ; mettre en place un mécanisme commun de règlement transfrontalier des sinistres ; offrir de nouvelles opportunités commerciales aux compagnies d’assurance de la région ; harmoniser certaines pratiques et réglementations en matière d’assurance automobile. Grâce à ce mécanisme, les automobilistes peuvent traverser plusieurs frontières avec une seule couverture d’assurance reconnue dans les pays adhérents.

Des avantages pour les automobilistes, les assureurs et les États

Pour les automobilistes, la Carte jaune permet de simplifier les formalités aux frontières et de voyager avec une couverture d’assurance valable dans plusieurs pays. Le système est également considéré comme plus économique et pratique pour les conducteurs effectuant régulièrement des déplacements régionaux.

Du côté des compagnies d’assurance, le régime offre un cadre régional permettant de développer des partenariats, d’élargir les activités commerciales et de répondre plus efficacement aux besoins des clients opérant dans plusieurs États.

Pour les États membres, la Carte jaune représente un outil important de facilitation du commerce interafricain et de la mobilité régionale. Elle contribue ainsi à renforcer les échanges économiques et l’intégration régionale dans l’espace COMESA.

Où obtenir la Carte jaune du COMESA ?

La Carte jaune du COMESA peut être achetée auprès des compagnies d’assurance agréées dans les pays membres. En général, elle est délivrée par l’assureur qui couvre déjà le véhicule en assurance responsabilité civile ou en assurance tous risques. Ce document permet ensuite à l’automobiliste de circuler légalement dans les pays membres du régime sans devoir souscrire une nouvelle assurance à chaque frontière.


RDC : le CSAC durcit le contrôle des publicités diffusées dans les médias

L’avis de conformité du régulateur des médias en République Démocratique du Congo devient désormais obligatoire. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) a annoncé l’entrée en vigueur officielle, depuis février 2026, de sa directive relative à la publicité dans les médias en République Démocratique du Congo.

Dans un communiqué signé le 7 mai 2026 à Kinshasa par son rapporteur, Oscar Kabamba, l’organe de régulation des médias rappelle qu’aucun média audiovisuel ne peut désormais diffuser, publier ou relayer une publicité sans avoir obtenu au préalable un avis de conformité délivré par le CSAC.

Selon l’institution, cette exigence vise à garantir le respect des lois de la République, la protection des consommateurs, la préservation de la moralité publique ainsi que le respect des normes éthiques et professionnelles en matière de communication publicitaire.

Médias et agences publicitaires sous surveillance

Le CSAC met également en garde les médias, annonceurs et agences de publicité opérant en RDC contre toute violation de cette réglementation. À partir du 15 mai 2026, tout média diffusant une publicité non validée par un avis de conformité s’exposera à des sanctions administratives prévues par les textes en vigueur.

Parmi les mesures annoncées figurent notamment des amendes administratives ;

la suspension des espaces publicitaires ; la suspension temporaire des programmes ; et, en cas de récidive ou de faute grave, le retrait du signal.

Le régulateur rappelle que le respect des règles encadrant la publicité constitue une obligation légale pour tous les opérateurs du secteur médiatique.

Les agences de publicité également concernées

Le CSAC précise par ailleurs que les agences de publicité exerçant en République Démocratique du Congo doivent obligatoirement obtenir un avis conforme avant le début de leurs activités.

Toute agence fonctionnant sans cette autorisation s’expose notamment à des amendes administratives ; à une fermeture administrative ; à une interdiction d’exercer ;

ainsi qu’à des poursuites judiciaires conformément aux lois de la République.

Appel à la régularisation

Le CSAC invite enfin l’ensemble des acteurs concernés à prendre rapidement les dispositions nécessaires afin de se conformer à cette nouvelle réglementation.

L’institution assure que ses services restent disponibles pour accompagner les opérateurs dans les démarches de régularisation et d’obtention des autorisations requises.


RDC-Ouganda : Tshisekedi et Museveni renforcent leur coopération sécuritaire et économique

Le président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a effectué lundi 11 mai 2026 une visite officielle d’une journée en Ouganda, à l’invitation de son homologue Yoweri Museveni. La rencontre s’est tenue au State House d’Entebbe et s’inscrit dans le cadre du renforcement des relations bilatérales entre les deux pays.

Cette visite de haut niveau intervient à la suite de la 9ème session de la Grande Commission Mixte RDC-Ouganda, organisée du 8 au 10 mai 2026 à Kampala, avec la participation de plusieurs ministres et hauts responsables des deux États.

Les discussions entre les deux chefs d’État ont principalement porté sur la défense, la sécurité, l’intégration économique ainsi que les projets d’infrastructures régionales.

Sécurité : Kinshasa et Kampala saluent l’opération Shujaa

Sur le plan sécuritaire, les présidents Félix-Antoine Tshisekedi et Yoweri Museveni ont salué les résultats obtenus dans le cadre des opérations militaires conjointes, notamment l’opération Shujaa menée dans l’Est de la RDC contre les groupes armés. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement à poursuivre cette coopération militaire afin de neutraliser les forces négatives et de consolider la paix dans la région des Grands Lacs. Ils ont également exprimé leur soutien au processus de paix conduit sous l’égide de l’Union africaine et rappelé leurs responsabilités respectives au sein du mécanisme régional de suivi de la CIRGL.

Commerce et infrastructures au centre des échanges

Les deux chefs d’État se sont également félicités des avancées enregistrées dans les projets conjoints d’infrastructures routières, particulièrement sur l’axe Kasindi-Beni-Butembo, considéré comme stratégique pour la connectivité et les échanges commerciaux entre les deux pays.

Dans le cadre de l’intégration régionale au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est, Kinshasa et Kampala ont décidé d’accélérer la suppression des barrières non tarifaires ainsi que la simplification des procédures douanières aux postes-frontières de Mpondwe et Goli.

Les deux gouvernements ont également convenu d’intensifier les discussions sur la suppression des visas entre les deux pays afin d’aboutir à des avancées concrètes dans les trois prochains mois. Le gouvernement congolais a, à cette occasion, salué l’exemption de visa accordée depuis janvier 2024 par l’Ouganda aux ressortissants congolais. Kinshasa s’est engagé à finaliser les procédures devant permettre l’exemption réciproque des visas pour les citoyens ougandais d’ici le 31 août 2026.

Énergie, ressources naturelles et agriculture

Les présidents Tshisekedi et Museveni ont aussi abordé la question de la gestion durable des ressources naturelles transfrontalières situées dans le Graben Albertin, notamment autour des lacs Albert et Édouard. Les échanges ont porté sur plusieurs projets communs liés à l’électrification et à l’énergie transfrontalière, dans le but de soutenir l’industrialisation et le développement économique des deux pays. La coopération agricole et la sécurité alimentaire figuraient également parmi les priorités évoquées lors de cette rencontre bilatérale.

Signature de plusieurs accords de coopération

La visite officielle s’est clôturée par la présentation des conclusions de la Grande Commission Mixte, marquée par la signature de plusieurs mémorandums d’entente et protocoles d’accord dans divers secteurs. Ces accords concernent notamment le commerce, les technologies de l’information et de la communication, le tourisme, le transport, la recherche et le sauvetage, l’administration publique ainsi que la coopération entre les agences de promotion des exportations des deux pays.

Les deux chefs d’État ont instruit leurs gouvernements respectifs d’assurer la mise en œuvre effective et immédiate des accords signés à travers la création d’un Comité mixte permanent d’experts.

Prochaine session à Kinshasa en 2028

À l’issue de cette visite, Félix-Antoine Tshisekedi a remercié le président Yoweri Museveni, le gouvernement et le peuple ougandais pour l’accueil réservé à la délégation congolaise.

De son côté, le chef de l’État ougandais a souligné que cette visite contribue au renforcement du destin commun des deux nations ainsi que de toute la région des Grands Lacs. La 10ème session de la Grande Commission Mixte RDC-Ouganda se tiendra à Kinshasa en mai 2028, à une date qui sera fixée par voie diplomatique.


Coopération RDC–ONU : Kinshasa et les Nations Unies évaluent les avancées du cadre de développement 2025-2029

Le Gouvernement congolais et le Système des Nations Unies en RDC ont tenu, jeudi 14 mai 2026 à Kinshasa, la réunion du Comité de pilotage conjoint de la revue annuelle du Cadre de coopération pour le développement durable (CCDD) 2025-2029. Cette rencontre stratégique, co-présidée par Guylain Nyembo, la vice-ministre des Affaires étrangères Noëlla Ayeganagato et le coordonnateur résident du Système des Nations Unies en RDC Bruno Lemarquis, a réuni les institutions publiques, les agences onusiennes, les partenaires techniques et financiers, la société civile, le secteur privé ainsi que des représentants du monde académique.

Les participants ont évalué les actions réalisées au cours de l’année 2025, première année de mise en œuvre du nouveau cadre de coopération aligné sur les priorités nationales et les Objectifs de développement durable (ODD).

Sécurité et baisse des financements : des défis majeurs pour les programmes

Au cours des échanges, Bruno Lemarquis a alerté sur les difficultés qui pèsent sur la mise en œuvre des programmes, notamment la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines régions du pays ainsi que la diminution de l’aide publique au développement. Le responsable onusien a réaffirmé l’engagement des Nations Unies à accompagner la RDC dans la lutte contre les causes profondes des crises, à soutenir les politiques publiques transformationnelles et à promouvoir des interventions à fort impact pour accélérer le développement durable.

Il a également insisté sur la nécessité d’un leadership national fort afin d’assurer une meilleure coordination des interventions entre les différents partenaires.

Plus de 30 lois adoptées et plus de 31.000 emplois créés

Les travaux du Comité de pilotage ont permis de mettre en avant plusieurs résultats enregistrés grâce à la collaboration entre le Gouvernement congolais et les 28 agences des Nations Unies opérant en RDC. Parmi les principales réalisations figurent l’adoption de plus de 30 lois dans des secteurs stratégiques ; la création de 31 414 emplois ; l’amélioration de l’accès au financement pour plus de 110.000 personnes ; la prise en charge multisectorielle de 201.000 survivantes et survivants de violences basées sur le genre ; des progrès dans la lutte contre le changement climatique et la gouvernance environnementale.

Un besoin de financement de 747 millions USD pour 2026

Les participants ont également examiné les défis liés au sous-financement des interventions et aux difficultés d’accès humanitaire dans plusieurs zones affectées par l’insécurité. Pour l’année 2026, le Système des Nations Unies prévoit la mise en œuvre de 82 interventions prioritaires nécessitant un budget global de 1,2 milliard de dollars américains. À ce jour, seulement 47 % des ressources ont été mobilisées, laissant un déficit estimé à 747 millions de dollars américains.

Les discussions ont notamment porté sur le renforcement des structures sanitaires et des mécanismes de protection sociale ; la création d’emplois et le développement local ; l’amélioration de la coordination des interventions ; le renforcement des évaluations conjointes et des missions de terrain ; la mobilisation de nouveaux partenaires et de mécanismes innovants de financement.

Guylain Nyembo appelle à soutenir les provinces et le RGPH2

Clôturant les travaux, Guylain Nyembo a salué l’engagement des Nations Unies et des partenaires au développement dans l’accompagnement des priorités nationales.

Le ministre d’État a plaidé pour une meilleure coordination des interventions ainsi qu’une mobilisation accrue des investissements en faveur du développement des provinces et des 145 territoires du pays. Il a également sollicité l’appui des partenaires au processus du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2) actuellement en cours en RDC.

Le Comité de pilotage, organe stratégique du partenariat RDC-ONU

Le Comité de pilotage constitue l’instance stratégique de supervision du Cadre de coopération pour le développement durable 2025-2029 entre la RDC et le Système des Nations Unies. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, économiques et financiers, cette structure a pour mission de garantir l’alignement des interventions sur les priorités nationales, de renforcer la coordination entre les parties prenantes et d’assurer l’atteinte des résultats convenus en matière de développement durable et de consolidation de la paix.


RDC : Human Rights Watch accuse le M23 et les forces rwandaises d’atrocités à Uvira

L’organisation Human Rights Watch a publié, le 14 mai 2026, un rapport dénonçant de graves violations des droits humains commises par les rebelles du M23 et les forces militaires rwandaises lors de leur occupation de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu.

Intitulé « Nous sommes des civils ! », ce document de 26 pages retrace les violences perpétrées entre le 10 décembre 2025 et le 17 janvier 2026, période durant laquelle les rebelles et leurs alliés rwandais ont contrôlé la deuxième plus grande ville du Sud-Kivu. Selon le rapport, les combattants du M23 et les militaires rwandais ont mené des exécutions sommaires, des viols, des enlèvements forcés et des tirs contre des civils qui tentaient de fuir les combats.

Plus de 50 civils exécutés et plusieurs cas de viols documentés

D’après Human Rights Watch, plus de 50 civils ont été exécutés sommairement lors d’opérations de fouille menées de porte à porte à Uvira. L’organisation affirme également avoir documenté au moins huit cas de violences sexuelles commises par des combattants du M23 et des soldats rwandais dans la ville et ses environs.

Les survivantes ont dénoncé l’absence de structures sanitaires adéquates durant l’occupation, notamment le manque de traitements post-exposition contre le VIH et de soins médicaux appropriés pour les victimes de violences sexuelles.

Le rapport évoque aussi la disparition forcée d’au moins 12 civils enrôlés de force par le M23, dont les familles sont toujours sans nouvelles.

Des civils pris pour cible lors de la prise de la ville

Le rapport décrit une situation chaotique lors de la prise d’Uvira par les rebelles et les forces rwandaises le 10 décembre 2025. Des témoins interrogés par Human Rights Watch racontent que plusieurs civils ont été abattus alors qu’ils tentaient de quitter la ville pour se mettre à l’abri. Un habitant affirme avoir vu quatre membres de sa famille être tués par balles alors qu’ils fuyaient les affrontements vers le lac Tanganyika.

Selon l’organisation, les combattants du M23 accusaient de nombreux hommes et jeunes garçons d’être liés aux milices Wazalendo avant de les exécuter sur place.

Human Rights Watch réclame des poursuites internationales

Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, estime que les crimes documentés à Uvira pourraient ne représenter qu’une partie des abus réellement commis. L’ONG appelle à l’ouverture d’enquêtes pénales indépendantes, notamment par la Cour pénale internationale, afin de lutter contre l’impunité.

Human Rights Watch demande également au Rwanda de mettre fin à son soutien au M23 et exhorte les autorités congolaises à mener des enquêtes impartiales sur toutes les violations graves du droit international humanitaire commises par les différentes parties au conflit. 

Des sanctions et une mobilisation internationale réclamées

Le rapport rappelle que les États-Unis ont imposé, le 2 mars 2026, des sanctions contre l’armée rwandaise et certains de ses commandants pour leur implication présumée dans la prise et l’occupation d’Uvira. L’organisation de défense des droits humains appelle les partenaires internationaux de la RDC et du Rwanda à soutenir les enquêtes de la Commission indépendante des Nations Unies sur les violations commises dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Elle recommande également des sanctions ciblées contre les responsables du M23, les commandants rwandais impliqués ainsi qu’un réexamen de la coopération militaire et sécuritaire avec Kigali.

Des fosses communes signalées à Uvira

Human Rights Watch affirme enfin que plusieurs fosses communes subsistent encore dans différents quartiers d’Uvira.

L’organisation exhorte les autorités congolaises à faciliter l’accès des enquêteurs indépendants, à protéger les témoins et à préserver toutes les preuves liées aux crimes commis pendant l’occupation de la ville.

Elle demande aussi au gouvernement congolais de garantir la protection des civils et de mettre fin au soutien apporté aux groupes armés locaux accusés d’exactions, notamment certaines milices Wazalendo.


Angola : MCA inaugure le plus grand parc solaire hors réseau d’Afrique à Luau

Le groupe portugais MCA a inauguré, au début du mois de mai 2026 à Luau, en Angola, le plus grand parc photovoltaïque hors réseau du continent africain. Cette infrastructure énergétique de grande envergure s’inscrit dans le cadre du Projet d’électrification rurale angolais, destiné à améliorer l’accès à l’électricité dans les régions éloignées où l’extension du réseau national reste difficile sur les plans technique et économique.

La cérémonie d’inauguration s’est déroulée en présence du président angolais João Lourenço et du ministre de l’Énergie et de l’Eau João Baptista Borges.

Plus de 90.000 personnes alimentées en énergie verte

Le parc photovoltaïque de Luau dispose d’une capacité installée de 31,85 MWc ainsi que d’un système de stockage par batteries de 75,26 MWh. Grâce à cette infrastructure, plus de 90.000 habitants pourront bénéficier d’une alimentation électrique stable et propre, y compris durant la nuit, sans recours aux combustibles fossiles. Le projet permettra également de réduire l’empreinte carbone en évitant l’émission de dizaines de tonnes de CO₂ chaque année et de diminuer considérablement la consommation de carburants fossiles.

Selon MCA, près de 18 millions de litres de pétrole pourront être économisés annuellement grâce à cette installation.

Luau dépasse le précédent record établi à Cazombo

Avec sa mise en service, le parc solaire de Luau devient officiellement la plus grande installation photovoltaïque hors réseau d’Afrique, dépassant le précédent record détenu par le parc de Cazombo. Ce dernier, également réalisé par MCA, dispose d’une capacité solaire de 25,3 MWc, d’un stockage énergétique de 59,46 MWh et de plus de 40.000 panneaux photovoltaïques.

Le nouveau parc de Luau totalise quant à lui 54.912 panneaux solaires installés pour un investissement estimé à plus de 87 millions d’euros.

Un projet stratégique pour l’électrification rurale

Le parc de Luau constitue la deuxième infrastructure livrée dans le cadre du vaste programme d’électrification rurale portant sur 60 communes angolaises. Ce programme prévoit également l’installation de 46 mini-réseaux autonomes alimentés par des centrales solaires, avec un impact attendu sur plus d’un million de personnes d’ici 2027.

L’objectif est de renforcer l’accès à des services essentiels comme la santé, l’éducation et les activités économiques locales grâce à une énergie fiable et durable.

L’Union européenne soutient le programme via « Global Gateway »

Le Projet d’électrification rurale angolais a été intégré à la stratégie européenne Global Gateway, destinée à promouvoir des infrastructures durables et inclusives dans les domaines de l’énergie, du numérique et des transports. Ce programme met l’accent sur la transition énergétique, la réduction des inégalités territoriales et la promotion d’une croissance plus résiliente dans les pays partenaires.

Un financement international structuré autour de plusieurs partenaires

Le financement de cette opération a été structuré par Standard Chartered Bank, avec le soutien de l’agence allemande de garantie à l’exportation Euler Hermes. Le projet bénéficie également de garanties sécurisées par les agences de crédit à l’exportation du Portugal et de la Corée du Sud, notamment COSEC et K-SURE. La société publique angolaise PRODEL E.P. assure la promotion du projet.

MCA poursuit son expansion en Afrique

Fondé en 1998 à Guimarães par l’entrepreneur Manuel Couto Alves, le groupe MCA compte aujourd’hui plus de 1.500 collaborateurs et intervient dans plusieurs secteurs, notamment les énergies, les infrastructures, le développement urbain et la santé. Présente en Angola depuis 2006, l’entreprise portugaise s’est imposée dans la réalisation de projets d’infrastructures liés à l’énergie, à l’eau et aux routes, tout en développant des programmes sociaux axés sur l’éducation et l’accès aux besoins essentiels des populations locales.


RDC : plus de 26 millions de personnes confrontées à la faim, la FAO et le PAM alertent sur une crise humanitaire aggravée

Le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire en République Démocratique du Congo. Les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) indique que plus de 26,5 millions de Congolais, soit près d’un habitant sur quatre, peinent actuellement à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels.

Parmi ces personnes, plus de 3,6 millions vivent dans une situation d’urgence alimentaire, caractérisée par des pénuries critiques menaçant directement leur survie sans assistance rapide. Même si les projections récentes indiquent une légère amélioration par rapport aux estimations précédentes, les agences onusiennes soulignent que la situation demeure plus grave qu’entre septembre et décembre 2025, période durant laquelle 24,8 millions de personnes étaient déjà en situation de crise alimentaire ou pire.

Les conflits et déplacements aggravent la vulnérabilité

Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika restent les plus durement touchées par cette crise prolongée. Les violences armées continuent d’y provoquer des déplacements massifs de populations, la destruction des moyens de subsistance, la perturbation des marchés ainsi que l’accès limité aux terres agricoles. À l’échelle nationale, la RDC compte désormais plus de 7,8 millions de déplacés internes. Beaucoup ont perdu leurs habitations, leurs champs, leur bétail et leurs revenus.

La flambée des prix alimentaires, les perturbations des chaînes d’approvisionnement ainsi que les épidémies récurrentes de choléra, de rougeole et de Mpox aggravent davantage la situation des communautés déjà fragilisées.

Une situation nutritionnelle alarmante pour les enfants et les femmes

La FAO et le PAM alertent également sur la dégradation rapide de la situation nutritionnelle dans le pays. Entre janvier et juin 2026, environ 4,18 millions d’enfants de moins de cinq ans devraient nécessiter un traitement contre la malnutrition aiguë. Plus de 1,3 million d’entre eux souffrent ou risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère, une pathologie potentiellement mortelle en quelques semaines sans prise en charge médicale.

Par ailleurs, plus de 1,5 million de femmes enceintes et allaitantes devraient également être affectées par la malnutrition aiguë, augmentant considérablement les risques sanitaires pour les mères et les enfants.

Des financements insuffisants face à l’ampleur des besoins

Les deux agences des Nations Unies estiment que l’aide humanitaire actuelle reste largement insuffisante au regard des besoins croissants. En 2026, la FAO a déjà apporté un appui à 55.500 familles dans les provinces affectées grâce à une enveloppe de 10 millions de dollars du Fonds humanitaire pour la RDC. Cette assistance comprend notamment la distribution de semences, d’outils agricoles, d’intrants et des transferts monétaires afin de permettre aux ménages de relancer leur production alimentaire.

Cependant, la FAO indique avoir besoin en urgence de 163 millions de dollars américains supplémentaires pour renforcer cette assistance agricole avant les prochaines saisons de semis.

« Chaque saison agricole manquée accroît la dépendance à l’aide humanitaire », a déclaré Athman Mravili, représentant par intérim de la FAO, soulignant l’importance d’un soutien rapide aux agriculteurs pour éviter une aggravation de la faim.

Le PAM appelle à une réponse humanitaire renforcée

De son côté, le PAM affirme avoir fourni une assistance alimentaire et monétaire à près de 1,3 million de personnes depuis janvier 2026 dans les provinces de l’est du pays. Toutefois, ce chiffre reste largement inférieur aux besoins réels. À peine 389.000 enfants et mères ont bénéficié d’un soutien nutritionnel entre janvier et mars 2026.

L’organisation fait également face à un déficit de financement estimé à 214 millions de dollars jusqu’en octobre 2026, compliquant davantage les opérations humanitaires dans les zones touchées par l’insécurité. « La crise ne faiblit pas, elle s’enracine davantage et piège des millions de ménages dans un cycle de vulnérabilité persistante », a averti David Stevenson, représentant du PAM en RDC.

La FAO et le PAM plaident pour des solutions durables

Les deux agences onusiennes insistent sur la nécessité d’une stratégie combinant assistance d’urgence immédiate et investissements durables dans l’agriculture, les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance. Elles appellent également à garantir un accès humanitaire sécurisé afin de permettre aux populations vulnérables de recevoir une aide adaptée et continue.