Cent
jours après la déclaration de l’épidémie, l’OMS et Africa CDC appellent à
intensifier la riposte contre le virus Ebola en République démocratique du
Congo. Les priorités : atteindre toutes les zones touchées, protéger les
personnels de santé et renforcer l’implication des communautés.
Les
communautés au cœur de la riposte
Cent
jours après le début de la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC, le constat est
alarmant, mais l’espoir demeure. Dans une tribune publiée le 25 août 2026, le
directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Dr Tedros Adhanom
Ghebreyesus, le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Dr Mohamed Yakub
Janabi, et le directeur général d’Africa CDC, Dr Jean Kaseya, estiment que
l’épidémie peut encore être maîtrisée.
Lors
d’une visite à Bunia, en Ituri, les responsables sanitaires ont échangé avec
des survivants, des femmes, des jeunes, des organisations locales et des
professionnels de santé. Leur message est sans ambiguïté : les communautés
doivent être pleinement associées à la riposte.
Selon
eux, les populations locales disposent d’une connaissance essentielle du
terrain. Elles savent où les malades se rendent pour recevoir des soins,
comment l’information circule et pourquoi la confiance peut se détériorer.
Plus
de 5.000 cas et 2.500 décès
Déclarée
après la confirmation de la circulation du virus Ebola de type Bundibugyo,
cette épidémie est devenue l’une des plus importantes jamais enregistrées.
Au 21
août 2026, la RDC comptabilisait 5.290 cas confirmés et 2.516 décès dans 56
zones de santé. L’épidémie est désormais présentée comme la deuxième plus
importante de l’histoire d’Ebola et comme l’une de celles ayant connu la
propagation la plus rapide.
L’insécurité
complique fortement la riposte. Les décennies de conflits armés ont fragilisé
les services sociaux et provoqué le déplacement de plus d’un million de
personnes, rendant certaines populations particulièrement difficiles à
atteindre.
Les
personnels de santé paient un lourd tribut
Au
premier rang de la lutte figurent les médecins, infirmiers, agents
communautaires, laborantins, équipes de surveillance et équipes chargées des
enterrements sécurisés.
Ces
professionnels interviennent souvent dans des zones difficiles d’accès et
exposées à l’insécurité. Certains ont eux-mêmes contracté le virus dans
l’exercice de leurs fonctions.
Au 20
août 2026, 158 professionnels de santé avaient été infectés et 45 étaient
décédés, selon les données citées par l’OMS et Africa CDC.
Les
deux organisations appellent donc à renforcer leur protection : équipements
adaptés, formation, accès à l’eau potable et à l’assainissement, prévention et
contrôle des infections, rémunération régulière et prise en charge rapide en
cas de maladie.
Des
signes encourageants malgré la gravité de la situation
Malgré
l’ampleur de l’épidémie, certains résultats montrent qu’il est possible
d’inverser la tendance. L’Ouganda
a réussi à interrompre la transmission locale du virus. En RDC, plusieurs zones
de santé du nord de l’Ituri et du Sud-Kivu ont également obtenu des résultats
encourageants.
Pour
l’OMS et Africa CDC, ces avancées démontrent l’efficacité d’une combinaison
fondée sur la détection précoce, une direction nationale forte et une
collaboration étroite avec les communautés. Mais
l’urgence reste entière en Ituri et dans cinq autres provinces touchées.
Multiplier
les capacités de la riposte
Pour
inverser durablement la courbe épidémique, les capacités de surveillance
doivent être renforcées afin d’identifier rapidement les cas et leurs contacts.
Les
centres de soins doivent également améliorer la prise en charge clinique et les
mesures de prévention des infections. Parallèlement, les équipes chargées de la
communication sur les risques doivent être davantage présentes auprès des
populations pour combattre les rumeurs et favoriser le recours aux soins.
L’OMS
et Africa CDC estiment qu’il faut désormais multiplier par deux ou trois les
capacités actuelles de la riposte.
Une
attention particulière doit être accordée aux populations vulnérables et aux
communautés vivant dans les zones isolées ou affectées par l’insécurité.
Le
financement, autre bataille décisive
La
disponibilité de financements prévisibles constitue également une priorité. Les
équipes engagées dans la surveillance, les analyses de laboratoire, les soins,
la logistique, la prévention des infections et la mobilisation communautaire
doivent disposer de ressources suffisantes et disponibles à temps.
Pour
les responsables sanitaires, les retards de financement peuvent directement
coûter des vies. Ils appellent les bailleurs à privilégier une approche
coordonnée plutôt que des interventions dispersées.
Le
soutien aux organisations locales est également jugé essentiel pour maintenir
un dialogue durable avec les communautés.
Maintenir
la coopération au-delà des frontières
La
circulation des populations entre les pays voisins constitue un autre enjeu
majeur. Les frontières sont traversées quotidiennement pour le commerce, le
travail, les études ou l’accès aux soins.
L’OMS
et Africa CDC ne recommandent pas la fermeture des frontières ni des
restrictions générales sur les voyages et le commerce. Ils préconisent plutôt
une surveillance coordonnée, un partage rapide des informations et la mise en
place de services de santé suffisamment préparés le long des principaux axes de
circulation.
Ne
laisser aucune communauté de côté
Après
cent jours d’épidémie, les priorités sont désormais clairement établies :
identifier chaque cas, suivre les contacts, interrompre les chaînes de
transmission, protéger les personnels de santé, rapprocher le dépistage et les
traitements des populations et renforcer la coopération transfrontalière.
L’OMS
et Africa CDC réaffirment leur engagement à travailler aux côtés de la RDC, des
pays voisins, des communautés et des partenaires internationaux.
Pour
les deux organisations, les résultats obtenus en Ouganda et dans certaines
zones de la RDC prouvent qu’une inversion de la trajectoire reste possible.
Mais
pour y parvenir, il faudra un leadership national constant, une solidarité
africaine renforcée et un soutien international à la hauteur de l’urgence.