Le
décès de N’Niganda Bagula Cirimwami II, présenté comme le 18ème chef du clan
Bashinjahavu, relance les discussions autour de la préservation des traditions
du Bushi et de la succession à la tête de ce clan coutumier du Sud-Kivu. Décédé
le 8 octobre 2026 à Kabare, le patriarche était reconnu par le Mwami Alexandre
Kabare Rugemaninzi III N’Nabushi XXX comme un gardien important de la coutume
Shi, investi de la fonction de Mujinji.
À
Kinshasa, des membres de la communauté Bashinjahavu se sont réunis autour de
Papa Dodo Kashangabuye pour préparer les obsèques du défunt et relayer les
instructions du Mwami de Kabare. Les échanges ont également mis en lumière des
divergences sur la représentation du clan et les modalités de désignation de
son prochain responsable.
Un
gardien de la coutume Shi disparaît
Dans
son communiqué de condoléances publié le 8 octobre 2026 à Kinshasa, le Mwami
Alexandre Kabare Rugemaninzi III N’Nabushi XXX a salué la mémoire de N’Niganda
Bagula Cirimwami II, dont la disparition constitue, selon lui, une perte
importante pour le Bushi.
Le
chef de la chefferie de Kabare a souligné le rôle joué par le patriarche dans
la préservation et la transmission de la coutume Shi, ainsi que sa loyauté et
son attachement aux valeurs ancestrales.
Le
Mwami a présenté ses condoléances à la famille biologique du défunt, au clan
Bashinjahavu et à l’ensemble du peuple Bashi. Il a également appelé les
gardiens de la coutume (Mujinji) et les forces vives du Bushi à contribuer à
l’organisation d’obsèques dignes et harmonieuses.
John
Cebweru rappelle l’histoire du clan et son rôle dans l’intronisation des Bami
Lors
d’une réunion des Bashinjahavu résidant à Kinshasa, John Cebweru, modérateur et
rapporteur de la rencontre, a présenté un rappel historique consacré aux
origines du clan et à son rôle dans la tradition monarchique du Bushi.
Selon
le récit coutumier qu’il a exposé, N’Niganda, considéré comme l’ancêtre commun
du clan Bashinjahavu, aurait joué un rôle déterminant dans la survie du premier
Mwami N’Nabushi de Kabare.
John
Cebweru raconte que, lors d'une guerre ayant coûté la vie à la mère du futur
souverain Mwami des Bahaya, N’Niganda aurait retrouvé cette dernière alors
qu’elle se trouvait cachée dans la forêt de Karhembo, dans les environs de
Bushira. Il l’aurait assistée pendant son accouchement et aurait recueilli
l’enfant après le décès de sa mère.
Il
aurait ensuite pris soin du nouveau-né, avant de contribuer à son accession au
pouvoir à l’âge de sept ans. Dans cette tradition orale, le nom N’Nabushi
renverrait aux circonstances particulièrement éprouvantes de sa naissance.
« Un
Bashinjahavu ne peut pas être un traître », insiste John Cebweru
Au
cours de son intervention, John Cebweru a insisté sur les valeurs que le clan
entend défendre : la loyauté, la sagesse, la protection du souverain et le
respect de la population.
Il a
expliqué que, selon la tradition présentée aux participants, les Bashinjahavu
sont investis d’une responsabilité particulière dans la conservation des
secrets royaux et des pratiques coutumières.
Le
clan est également associé, dans ce récit, à la connaissance des plantes
médicinales et à des pratiques traditionnelles liées à l’intronisation du
Mwami. John Cebweru a évoqué notamment le rôle symbolique de la pluie, dont la
survenue est interprétée dans cette tradition comme un signe de l’authenticité
du souverain appelé à être intronisé.
Pour
le rapporteur, ces valeurs doivent guider les membres de la communauté,
particulièrement en cette période de deuil, afin d’éviter les divisions et les
contestations susceptibles de perturber les obsèques.
Le
Mwami demande des obsèques dignes et appelle au calme
Au
terme de la réunion organisée à Kinshasa, John Cebweru a transmis quatre
orientations attribuées au Mwami Alexandre Kabare Rugemaninzi III N’Nabushi
XXX.
La
première concerne l’organisation des obsèques de N’Niganda Bagula Cirimwami II,
qui doivent se dérouler dans la dignité et avec les honneurs dus à son rang
coutumier.
La
deuxième prévoit la suspension des dossiers en cours au sein de la famille et
du clan pendant la période de deuil, jusqu’à la désignation et à
l’intronisation du prochain responsable.
La
troisième précise que l’intronisation du nouveau chef de clan devra attendre le
retour du Mwami à Cirunga, dans le territoire de Kabare, après la fin de la
guerre en cours.
Enfin,
une délégation royale représentée par Fabien Bucopi doit participer aux
préparatifs familiaux afin de contribuer au bon déroulement des funérailles.
Selon
le compte rendu de la réunion, ces orientations visent à préserver la cohésion
du clan et à éviter toute initiative susceptible de provoquer des tensions
pendant cette période sensible.
Des
divergences sur la représentation et la succession
La
succession de N’Niganda Bagula Cirimwami II fait toutefois apparaître des
positions divergentes au sein de la famille élargie et de la communauté
Bashinjahavu.
Dans
son intervention, John Cebweru a contesté les prétentions de certains membres
de la famille qui se présenteraient comme représentants du clan ou comme
successeurs du défunt.
Il a
soutenu que la désignation du prochain chef doit respecter les règles de
filiation et les critères coutumiers, et qu’elle ne peut résulter d’une simple
déclaration individuelle.
Selon
lui, le Mwami de Kabare détient des documents relatifs à la succession et doit
en révéler le contenu lorsque les conditions sécuritaires permettront son
retour à Cirunga.
John
Cebweru affirme également que le chef coutumier a demandé que l’intronisation
ne soit organisée qu’en sa présence.
Ces
déclarations reflètent la position défendue par les responsables présents à la
réunion de Kinshasa.
Elles
doivent être distinguées de celle exprimée par la cellule de communication du
prince N’Iganda Kamole K’Iganda, qui a publié un communiqué présentant une
répartition des responsabilités coutumières au sein de la communauté.
Le
prince N’Iganda Kamole K’Iganda revendique une responsabilité communautaire
avant enterrement de son arrière Grand Père du Clan en violation des normes et
règles de la coutume des Bashi.
Par
ailleurs le communiqué signé par un arrière grand fils lointain de la lignée,
Lucien Kamole K’Iganda vivant et résidant à Bruxelles et propager dans les
réseaux sociaux violent sciemment la consigne ferme de sa Majesté Mwami
Alexandre Kabare Rugemaninzi III N’Nabushi XXX qui a instruit formellement
d’enterrer dignement le grand gardien des coutumes du Bushi et ne rien parler
de l’héritage jusqu’au jour de l’intronisation du prochain chef du Clan
Bashinjahavu.
Ce
communiqué n’a pas non plus la bénédiction des sages du Clan et de l’ensemble
des Bashinjahavu, « on ne se proclamme pas N’Niganda et le devenir » c’est
une incitation au désordre et à une division au sein du clan même avant
d’enterrer le Chef du Clan dont les prétentieux veulent hériter son nom par
force.
Cette
communication de Lucien Kamole n’engage donc en rien le Clan Bashinjahavu et
diffère de celle défendue par John Cebweru concernant la succession à la tête
du clan. Les deux communications mettent ainsi en évidence la nécessité de
clarifier les fonctions respectives de chef de famille, de gardien de la
coutume.
Les
obsèques annoncées à Nyabangere, dans un climat de recueillement digne et de
paix, reste l’attente de tout le Clan et ne peut souffrir d’aucun désordre
acceptable par le clan.
Le
compte rendu signé par Papa Dodo Kashangabuye, coordinateur de la réunion
familiale, et John Cebweru, rapporteur et modérateur, indique que les
préparatifs des funérailles étaient engagés à Nyabangere, présenté comme le
lieu prévu pour l’inhumation du patriarche.
Le
document mentionne l’implication financière de deux fils et Grands fils du Clan
Bashinjahavu qui ont respectivement subvenu aux charges réelles d’organiser les
obsèques dignes au Chef du Clan, à savoir : Papa Dodo Kashangabuye, le sénateur
Modeste Bahati Lukwebo.
La
réunion du clan à Kinshasa a reconnu la bravoure du digne fils Papa Dodo
Kashangabuye qui pendant le moment de maladie subvenait aussi aux soins
médicaux du patriarche du clan et s’occuper de la veuve actuelle bien sûr avec
d’autres membres de la communauté.
Plusieurs
personnalités et membres de la communauté Bashinjahavu, notamment originaires
de Kabare, de Walungu et de Kasha, ont pris part à la réunion et bon nombre ont
manifesté leur soutien à distance.
Les
participants à la réunion du Clan Bashinjahavu vivant à Kinshasa ont également
exprimé le souhait de voir l’histoire du clan mieux documentée et archivée,
depuis son premier ancêtre commun jusqu’à la période actuelle. L’objectif
annoncé est de transmettre fidèlement les traditions aux générations futures et
de limiter les contestations liées à une connaissance insuffisante des règles
coutumières.