Le
Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) entend
renforcer la lutte contre le piratage des contenus audiovisuels en République
Démocratique du Congo. À l’occasion de la deuxième édition du colloque national
consacré à cette problématique, organisée le jeudi 15 octobre 2026 à Kinshasa,
les responsables de l’institution ont appelé à une collaboration accrue entre
les titulaires de droits, les diffuseurs, les télédistributeurs et les
autorités judiciaires. Le vice-président du CSAC, Bruno Mboliko Mbolison, a
réaffirmé la détermination du régulateur à sanctionner les pratiques illégales,
tandis que le rapporteur adjoint, Serge Ndjibu, a plaidé pour une réponse
concertée, rigoureuse et équitable.
Le
CSAC réaffirme son rôle dans la protection des droits d’auteur
Le
Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) affiche sa
fermeté face à la multiplication des pratiques de piratage des programmes
audiovisuels en République Démocratique du Congo. Lors de la deuxième édition
du colloque national consacré à la lutte contre le piratage des contenus
médiatiques, organisée le 15 octobre 2026 à Kinshasa-Gombe, le vice-président
de cette institution, Bruno Mboliko Mbolison, a rappelé les responsabilités du
régulateur dans la protection des droits d’auteur et des droits de diffusion.
Dans
son allocution intitulée « Le rôle du régulateur dans le respect du copyright
ou du droit d’auteur », il a souligné que le CSAC tire sa mission de la
Constitution et de la loi organique n° 11/001 du 10 janvier 2011, qui fixe sa
composition, ses attributions et son fonctionnement.
Cette
législation confie notamment au Conseil la mission de garantir la liberté et la
protection de la presse et des moyens de communication de masse, dans le
respect des lois en vigueur.
Bruno
Mboliko Mbolison a particulièrement insisté sur les dispositions de l’article
9, points 7 et 8, relatives à la promotion du développement technique des
médias congolais, à leur accès aux nouvelles technologies de l’information et
de la communication, ainsi qu’à l’amélioration de la qualité des productions
médiatiques.
Pour
le vice-président du CSAC, ces responsabilités soulèvent deux enjeux majeurs :
favoriser le développement des médias nationaux et promouvoir des productions
audiovisuelles de qualité.
Le
piratage, une menace pour les investissements audiovisuels
Le
responsable du CSAC a rappelé que la réalisation de films, de séries, de
documentaires, d’émissions et de retransmissions sportives nécessite des
investissements financiers, techniques et humains considérables.
Dès
lors, la reprise ou la retransmission de ces contenus sans autorisation
préalable des producteurs ou des détenteurs des droits de diffusion porte
atteinte aux intérêts de ceux qui financent et produisent ces œuvres.
Selon
Bruno Mboliko Mbolison, les opérateurs qui exploitent illégalement les
programmes d’autres chaînes ou structures de production profitent du travail et
des investissements d’autrui sans contribuer au financement de nouvelles
productions.
Il
estime que ces pratiques fragilisent l’économie du secteur audiovisuel,
compromettent la viabilité financière des producteurs et créent une concurrence
déloyale au détriment des diffuseurs qui respectent les règles.
Le
vice-président du CSAC a ainsi dénoncé la diffusion non autorisée de programmes
étrangers et la retransmission illégale de compétitions internationales,
notamment sportives, estimant que ces pratiques ne peuvent être tolérées dans
un secteur qui aspire à se professionnaliser.
Des
sanctions prévues par la loi
Pour
justifier la fermeté annoncée du régulateur, Bruno Mboliko Mbolison a évoqué
l’article 58 de la loi organique du 10 janvier 2011, qui prévoit des mécanismes
de constatation et de sanction de plusieurs infractions liées à la diffusion
audiovisuelle.
Il a
rappelé les cas de diffusion illicite de programmes radiophoniques ou
télévisés, de perturbation des fréquences attribuées à des tiers, de diffusion
frauduleuse des programmes d’autres stations et chaînes, ainsi que de
retransmission de films, de documentaires et d’émissions protégés par la
législation sur les droits d’auteur.
Le
CSAC affirme vouloir s’appuyer sur ce cadre légal pour protéger les droits des
producteurs, des diffuseurs autorisés et des autres ayants droit.
Le
vice-président a également cité l’article 74 de la même loi organique pour
souligner la possibilité de transmettre les dossiers aux instances judiciaires
compétentes, lorsque les circonstances et les procédures applicables le
justifient.
Le
message adressé aux opérateurs est sans équivoque : l’exploitation des contenus
audiovisuels doit se faire dans le respect des droits acquis et des
autorisations requises.
Le
CSAC encourage les partenariats entre grands et petits diffuseurs
Au-delà
de la répression, le régulateur entend promouvoir des relations de
collaboration entre les différents acteurs du marché audiovisuel.
Bruno
Mboliko Mbolison a encouragé la conclusion de partenariats mutuellement
avantageux entre les grands producteurs, les petits et moyens diffuseurs, les
télédistributeurs et les chaînes nationales.
Il a
également insisté sur l’intérêt d’un accompagnement des producteurs congolais
par les entreprises de télédistribution, afin de favoriser la création locale
et de renforcer les capacités des acteurs nationaux.
Pour
le CSAC, le respect du droit d’auteur ne doit donc pas être perçu uniquement
comme une contrainte réglementaire. Il constitue aussi un levier de
développement économique, de professionnalisation des médias et de
pérennisation des investissements dans la production audiovisuelle.
Le
vice-président a toutefois prévenu que les possibilités de collaboration ne
sauraient justifier une quelconque tolérance envers les diffuseurs qui
exploitent illégalement les contenus.
Il a
annoncé que le bureau du CSAC, avec l’appui de son Assemblée plénière,
entendait appliquer des sanctions exemplaires aux contrevenants, dans le
respect des procédures légales.
Serge
Ndjibu plaide pour une réponse concertée contre le piratage sportif
Dans
son mot d’ouverture de la table ronde consacrée à la lutte contre le piratage
des contenus sportifs en RDC, le rapporteur adjoint du CSAC, Serge Ndjibu, a
rappelé que la retransmission d’une compétition sportive repose sur toute une
chaîne d’investissements et d’intervenants.
Derrière
les images d’un match diffusées sur un écran se trouvent l’organisation de
l’événement, la production audiovisuelle, l’acquisition des droits, la
transmission du signal et sa distribution au public.
Le
piratage consiste, selon lui, à exploiter cette chaîne sans disposer des
autorisations nécessaires. Une telle pratique pénalise les opérateurs qui
investissent légalement et respecte leurs engagements contractuels, tout en
favorisant une concurrence déloyale.
Serge
Ndjibu a souhaité la bienvenue aux participants, en remerciant particulièrement
les représentants de Canal+, de LaLiga, du Parquet et les autres acteurs
présents pour leur contribution aux échanges.
Il a
souligné que la popularité du sport impose une double responsabilité : protéger
les droits qui permettent de financer et de diffuser les compétitions, tout en
favorisant un accès légal aux contenus dans des conditions adaptées au public
congolais.
Abonnement,
réception et redistribution : des droits distincts
Le
rapporteur adjoint du CSAC a appelé les professionnels du secteur à mieux
distinguer les différentes autorisations nécessaires à l’exploitation des
programmes audiovisuels.
Il a
rappelé qu’un abonnement à une chaîne ne confère pas automatiquement le droit
de redistribuer son signal à d’autres abonnés. De même, la réception technique
d’un programme ne signifie pas que sa retransmission est autorisée.
L’autorisation
d’exercer une activité audiovisuelle et l’acquisition des droits portant sur un
programme constituent également deux exigences distinctes.
Chaque
acteur doit donc être en mesure d’identifier les autorisations nécessaires à
son activité et de justifier les droits dont il se prévaut.
Le
CSAC relève par ailleurs que le piratage prend des formes multiples : reprise
non autorisée de signaux, redistribution illégale dans certains réseaux,
commercialisation d’accès illicites et diffusion de contenus protégés sur des
sites internet, des applications ou des réseaux sociaux.
Cette
diversité nécessite, selon Serge Ndjibu, une réponse associant les compétences
techniques, la régulation, la connaissance du marché et l’action judiciaire.
Vers
une coopération entre régulateur, diffuseurs et justice
Pour
le rapporteur adjoint, aucune institution ni aucune entreprise ne peut, à elle
seule, résoudre l’ensemble du problème.
Les
titulaires de droits et les diffuseurs autorisés doivent contribuer à
identifier les droits concernés et à documenter les atteintes constatées. Les
opérateurs sont appelés à vérifier la conformité de leurs pratiques, tandis que
les institutions publiques et les autorités judiciaires doivent intervenir dans
le cadre de leurs compétences respectives.
Le
CSAC entend, pour sa part, renforcer la concertation, la prévention et le
respect des règles applicables au secteur audiovisuel.
Serge
Ndjibu a toutefois insisté sur la nécessité de fonder toute intervention sur
des faits vérifiés, des droits clairement établis et des procédures régulières.
Cette approche doit permettre de garantir la crédibilité des actions engagées
et d’éviter les décisions arbitraires.
Quatre
priorités soumises aux participants
Les
travaux de la table ronde doivent permettre d’identifier les formes de piratage
effectivement observées en RDC et les moyens de documenter ces pratiques.
Les
participants sont également appelés à clarifier les obligations des diffuseurs,
des télédistributeurs et des autres acteurs concernés, à définir les modalités
d’une coopération rapide entre les titulaires de droits, les opérateurs, le
régulateur et les autorités judiciaires, et à dégager des engagements concrets
assortis de responsabilités et d’échéances précises.
Une
attention particulière doit être accordée aux retransmissions en direct, pour
lesquelles la rapidité du signalement et de la réaction peut être déterminante.
Le
CSAC souhaite ainsi parvenir à une méthode de travail commune reposant sur des
interlocuteurs identifiés, des signalements documentés, des procédures mieux
comprises et un suivi mesurable.
La
sensibilisation du public figure également parmi les pistes avancées. Il s’agit
notamment de mieux expliquer les règles relatives aux droits de diffusion, de
rendre les offres légales plus lisibles et de prendre en considération les
difficultés d’accès aux contenus audiovisuels.
Protéger
les droits et développer le marché audiovisuel congolais
À
travers ce colloque national, le CSAC entend faire de la lutte contre le
piratage un chantier associant prévention, coopération professionnelle et
application de la loi.
L’objectif
est de protéger les investissements des producteurs et des diffuseurs
autorisés, de garantir une concurrence plus équitable et de créer un
environnement favorable au développement de la production audiovisuelle
congolaise.
Les
échanges entre le régulateur, les représentants de Canal+, de LaLiga, les
professionnels des médias et les autorités judiciaires devront ainsi contribuer
à dégager des mécanismes de collaboration plus efficaces.
Entre
fermeté à l’égard des pratiques illégales et encouragement des partenariats
licites, le CSAC affiche sa volonté de renforcer la protection des droits
d’auteur et des droits de diffusion en République Démocratique du Congo.
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