Le
premier président de la Cour des comptes, Jimmy Munganga, a dénoncé les retards
dans la transmission des documents relatifs à la reddition des comptes publics.
Il appelle le gouvernement à respecter les dispositions légales afin de
permettre au Parlement d’exercer pleinement son contrôle sur l’exécution du
budget de l’État.
Une
séance contradictoire sur l’exécution du budget 2025
La
Cour des comptes a organisé, le 19 octobre 2026 à Kinshasa, une séance
contradictoire consacrée à l’examen de son rapport provisoire sur le contrôle
de l’exécution de la loi de finances de l’exercice 2025.
Présidée
par le premier président de cette juridiction, Jimmy Munganga, cette rencontre
a réuni des représentants du gouvernement, notamment des responsables des
services techniques concernés, des membres des cabinets ministériels ainsi que
des représentants de la Primature.
Organisée
conformément aux articles 34 et 88 de la loi organique portant composition,
organisation et fonctionnement de la Cour des comptes, cette séance s’inscrit
dans le cadre de la mission d’assistance de la Cour au Parlement en matière de
contrôle de l’exécution des lois de finances.
L’objectif
était d’examiner les observations formulées par la Cour, de confronter
celles-ci aux réponses du gouvernement, d’analyser les justifications
présentées et, au besoin, de recueillir des éclaircissements ou des pièces
complémentaires avant la finalisation du rapport définitif.
Jimmy
Munganga dénonce le non-respect des délais légaux
Au
cours de son intervention, Jimmy Munganga a insisté sur le caractère essentiel
du contrôle de l’exécution du budget, préalable à l’examen parlementaire du
projet de loi portant reddition des comptes.
Il a
rappelé que, même si ce contrôle relève de la compétence du Parlement, la Cour
des comptes joue un rôle technique déterminant en examinant l’exécution
budgétaire et en transmettant ses observations aux institutions compétentes.
Le
premier président a notamment déploré les retards dans la transmission des
documents nécessaires à l’accomplissement de cette mission. Selon lui, le
gouvernement a déposé la documentation relative à la reddition des comptes le
29 septembre 2026, permettant à la Cour d’engager ses travaux et de préparer
rapidement son rapport provisoire.
Jimmy
Munganga a indiqué que ce rapport avait été transmis au gouvernement le 3
octobre, en vue de recueillir ses observations conformément à la procédure
contradictoire.
Il a
toutefois rappelé que la loi relative aux finances publiques prévoit des
échéances précises pour le dépôt du projet de loi portant reddition des
comptes. Il a cité notamment l’article 84 de cette loi, qui fixe au 15 mai de
l’année suivante le délai de dépôt du projet de loi portant reddition des
comptes du dernier exercice clos, accompagné des documents requis.
Il a
également souligné qu’en cas d’impossibilité de respecter ce premier délai, le
texte prévoit un dépôt avant la fin de la session ordinaire de mars, avec le
rapport de la Cour des comptes.
Pour
Jimmy Munganga, ces dispositions doivent être appliquées dans leur intégralité
afin de garantir un contrôle budgétaire sérieux et conforme aux exigences
légales.
Le
dépôt simultané des textes budgétaires critiqué
Le
premier président de la Cour des comptes a également critiqué la pratique
consistant, pour le gouvernement, à déposer le projet de loi portant reddition
des comptes en même temps que le projet de loi de finances pour le nouvel
exercice.
Selon
lui, cette méthode compromet le bon déroulement de la procédure parlementaire,
puisque l’examen de la reddition des comptes doit intervenir avant celui du
nouveau budget et nécessite, au préalable, le contrôle de la Cour des comptes.
Jimmy
Munganga estime qu’un calendrier aussi contraint ne permet pas à la Cour
d’effectuer sereinement ses vérifications, ni au Parlement d’examiner
suffisamment les observations formulées sur la gestion des finances publiques.
Il a
ainsi appelé les autorités gouvernementales à développer une véritable culture
du respect des textes légaux.
« On
ne peut pas violer la loi, piétiner la loi et se sentir à l’aise », a-t-il
martelé, insistant sur la nécessité de renforcer le respect des institutions de
la République.
Le
ministre des Finances appelé à participer aux travaux
Au-delà
de la question des délais, Jimmy Munganga a souhaité une implication directe du
ministre des Finances dans ce type d’exercice.
Tout
en reconnaissant le rôle des directeurs de cabinet et des responsables
techniques présents, il a estimé que la participation du ministre, même à titre
protocolaire, témoignerait de la considération accordée à la Cour des comptes
et à ses missions.
Le
premier président a rappelé que le ministre des Finances porte la
responsabilité politique et institutionnelle de la conduite des dossiers
relevant de son ministère et doit pouvoir répondre des questions relatives à la
gestion des finances publiques devant les institutions compétentes.
Pour
lui, cette présence contribuerait à renforcer la collaboration entre les
institutions et à améliorer la qualité de la gestion budgétaire.
Le
gouvernement promet de tenir compte des observations
Prenant
la parole au nom du ministre des Finances, son directeur de cabinet a salué
l’organisation de cette séance et reconnu l’importance du dialogue
contradictoire dans l’amélioration de la gestion publique.
Il a
expliqué qu’un travail préparatoire avait déjà été réalisé, avec la
transmission des observations de la Cour et la formulation des réponses du
gouvernement. Les échanges du 19 octobre devaient permettre d’approfondir
certains points et d’apporter les éclaircissements sollicités.
Le
représentant du ministre a également reconnu que les remarques formulées par
Jimmy Munganga méritaient d’être prises en considération. Il a assuré que
celles-ci seraient transmises à l’autorité compétente.
Évoquant
un contexte marqué par des chocs sécuritaires et sanitaires, il a souligné les
difficultés rencontrées dans la préparation et la présentation des documents
relatifs à la reddition des comptes. Il a néanmoins réaffirmé l’engagement du
ministre des Finances à se conformer aux prescriptions légales.
Transparence
et crédibilité financière en ligne de mire
Le
directeur de cabinet a enfin replacé cet exercice dans le cadre plus large des
efforts engagés par la République démocratique du Congo pour améliorer sa
crédibilité financière et attirer davantage d’investisseurs.
Il a
notamment évoqué les initiatives liées au développement des marchés financiers
et à la mobilisation de financements, qui exigent, selon lui, une gestion
publique plus transparente et une meilleure redevabilité.
La
reddition des comptes apparaît ainsi comme un instrument essentiel pour
renforcer la confiance dans les institutions et améliorer la perception de la
RDC auprès des partenaires et des investisseurs internationaux.
Au
terme de cette séance contradictoire, les échanges entre la Cour des comptes et
les représentants du gouvernement doivent contribuer à la finalisation du
rapport définitif sur l’exécution de la loi de finances 2025.
Pour
Jimmy Munganga, l’enjeu dépasse la seule vérification des chiffres budgétaires
: il s’agit de faire du respect de la loi, de la transparence et de la
responsabilité dans la gestion des deniers publics des principes effectifs de
gouvernance.
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