APO

lundi 17 août 2026

RDC : face à la crise, unir la Nation et refonder le pacte national

(Tribune de Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni)

La République Démocratique du Congo doit regarder sa réalité en face. Malgré ses immenses ressources et une croissance économique soutenue, une grande partie de la population reste confrontée à la pauvreté et aux difficultés d’accès à l’emploi, à l’éducation, aux soins et aux services essentiels.

À cette fragilité sociale s’ajoute une crise sécuritaire majeure. L’Est du pays reste confronté aux violences de l'AFC/M23, aux attaques des ADF, aux déplacements de populations et à l’implication de forces étrangères. Mais la crise est aussi intérieure : des acteurs congolais ont choisi la voie des armes, tandis que le tribalisme, la désinformation, le clientélisme et la mauvaise gouvernance fragilisent davantage la cohésion nationale.

Défendre la République sans renoncer à la critique

Un désaccord politique ne peut justifier la prise des armes contre son propre pays. L’opposition démocratique est légitime et indispensable, mais elle doit clairement se distinguer de la violence armée, de la manipulation et des agendas extérieurs.

Cette exigence vaut également pour le pouvoir. Défendre les institutions ne signifie pas approuver toutes leurs actions. Le gouvernement doit garantir la sécurité, la justice, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et l’efficacité des services publics.

Notre position est simple : soutenir le pouvoir lorsqu’il défend la souveraineté et l’intérêt national, mais continuer à lui demander des comptes lorsqu’il s’éloigne des principes de justice, de compétence et de redevabilité.

Ni complaisance, ni acharnement : la République d’abord.

La guerre freine aussi le développement

La guerre ne détruit pas uniquement des vies et des infrastructures. Elle réduit les investissements, fragilise la confiance, détourne des ressources publiques et retarde le développement.

Dans ce contexte, les Accords de Washington constituent une opportunité qu’il faut exploiter avec prudence et responsabilité.

Les perspectives d’investissements dans les infrastructures, les minerais stratégiques et l’intégration économique peuvent contribuer à transformer les ressources du pays en emplois et en croissance réelle.

Mais les annonces ne suffisent pas. La RDC doit offrir davantage de stabilité juridique, de sécurité, de prévisibilité institutionnelle et de compétence pour transformer les opportunités en investissements concrets.

La souveraineté économique passe également par la récupération, la sécurisation et la valorisation des actifs de l’État. Les actifs miniers et pétroliers récupérés doivent produire des bénéfices visibles pour la population : écoles, routes, hôpitaux, énergie, emplois et infrastructures.

Le danger des fractures internes

La RDC est également menacée par le tribalisme, le régionalisme, la haine politique et la méfiance entre communautés. Notre diversité ne constitue pas une faiblesse ; c’est notre incapacité à en faire une véritable force nationale qui nous fragilise.

La mauvaise gouvernance, l’impunité, le clientélisme et l’incompétence constituent aussi des menaces pour la République.

Les citoyens ont, eux aussi, une responsabilité.

La démocratie ne se limite pas au vote. Elle implique de contrôler, questionner, proposer, dénoncer, s’organiser et demander des comptes. La nouvelle génération doit passer de l’indignation individuelle à l’action citoyenne organisée, sans être instrumentalisée par le pouvoir ou l’opposition.

Un dialogue national pour refonder le pacte républicain

Nous saluons l’ouverture en faveur d’un dialogue national inclusif ainsi que les démarches de la CENCO et de l’ECC visant à rapprocher les positions. Mais ce dialogue ne doit pas devenir un simple partage de postes ou une négociation entre états-majors politiques. Il doit permettre de refonder le pacte national autour de principes essentiels : intégrité territoriale, démocratie, cohésion nationale, justice, bonne gouvernance, souveraineté économique et respect des échéances électorales.

La parole des Congolais doit précéder les arrangements politiques. Les consultations doivent partir des territoires et des provinces afin que les populations expriment leurs priorités avant toute synthèse nationale.

Le dialogue doit surtout déboucher sur des engagements précis, un calendrier, des responsabilités identifiées et un mécanisme de suivi.

Doha et le dialogue national : deux processus à distinguer

Le processus de Doha et le dialogue national doivent être poursuivis, mais sans être confondus. Doha doit principalement contribuer à mettre fin aux hostilités, protéger les populations, obtenir le désarmement et restaurer l’autorité de l’État dans les zones affectées par la guerre. Le dialogue national doit, quant à lui, s’attaquer aux fractures politiques, institutionnelles, sociales et économiques internes.

Le dialogue ne doit pas banaliser la rébellion armée ni faire de la prise des armes un raccourci vers le pouvoir. De son côté, le processus de paix ne doit pas servir à éviter les réformes nécessaires au sein de la République.

Cinq engagements pour un nouveau pacte national

Premier engagement : protéger la République et son territoire. L’intégrité territoriale, la protection des populations, le désarmement des groupes armés, le retrait des forces étrangères et l’autorité de l’État doivent constituer une ligne rouge commune.

Deuxième engagement : préparer des élections apaisées. Les prochaines échéances doivent être un rendez-vous démocratique et non une nouvelle source de crise. Toute réforme institutionnelle ou constitutionnelle doit répondre à l’intérêt général, respecter la légalité et faire l’objet d’un débat national suffisamment large.

Troisième engagement : reconstruire la cohésion nationale. L’État, l’école, les médias, les Églises, les familles, les artistes et les organisations citoyennes doivent combattre le tribalisme, les discours de haine et la manipulation identitaire.

Quatrième engagement : refonder la gouvernance et la souveraineté économique. La RDC doit mieux protéger ses ressources, valoriser ses actifs, sécuriser les investissements, renforcer la transparence des contrats, développer la transformation locale et créer davantage d’emplois.

Cinquième engagement : garantir justice, mémoire et réparation. Les victimes doivent être reconnues, les crimes documentés et les responsabilités établies. La recherche de la paix ne peut se construire sur l’effacement des souffrances des victimes.

Vers une Alliance citoyenne pour la Patrie

La société civile congolaise dispose de nombreuses organisations et compétences, mais elle reste trop souvent dispersée.

Nous proposons donc la création d’une Alliance Citoyenne pour la Patrie, réunissant mouvements citoyens, organisations de la société civile, lanceurs d’alerte, chercheurs, universitaires, femmes, jeunes, associations de victimes, organisations professionnelles, acteurs culturels, Églises, diaspora et personnalités indépendantes.

Cette alliance ne devrait être ni une structure supplémentaire de partage de postes, ni une opposition déguisée, ni un relais du pouvoir. Elle aurait vocation à documenter, proposer, contrôler, interpeller et défendre l’intérêt national.

Elle devrait notamment suivre les grands accords engageant l’avenir du pays, défendre la souveraineté économique, combattre le tribalisme et la désinformation, porter la mémoire des victimes et contribuer à l’éveil citoyen de la jeunesse.

Faire de la crise une occasion de reconstruire

Le Congo n’a besoin ni d’une société civile soumise au pouvoir, ni d’une opposition soutenant les armes, ni de partenaires étrangers considérés comme des tuteurs.

Il a besoin de citoyens capables de soutenir ce qui sert la République, de critiquer ce qui l’affaiblit et de demander des comptes à tous les responsables publics.

Le véritable enjeu dépasse le prochain dialogue, les prochaines élections ou même la fin de la guerre. Il concerne le Congo que nous voulons reconstruire et celui que nous laisserons aux générations futures.

Le moment est venu d’unir la Nation, de restaurer la confiance et de refonder le pacte national autour d’une exigence commune : la République d’abord.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire