La
décision rendue le 7 août 2026 par la Cour militaire de l’ex-Kasaï-Occidental
dans l’affaire dite Kabeya Lumbu suscite de sérieuses préoccupations. Le
dossier concerne des crimes graves commis entre 2016 et 2018 dans plusieurs
localités du Kasaï Central, dans le contexte des violences liées au mouvement
Kamuina Nsapu.
Pour
TRIAL International, l’interprétation du principe ne bis in idem retenue par la
Cour, qui a conduit à l’acquittement de deux principaux prévenus, risque de
porter atteinte au droit des victimes à une justice effective et de fragiliser
la lutte contre l’impunité.
Des
crimes graves contre les populations civiles
Les
faits examinés concernent notamment les localités de Kabeya Lumbu, Katumba,
Tshimpidinga, Katambayi, Ntambue Saint Bernard et Kabenga, autour de Kananga.
Les
accusations portent sur des meurtres, violences sexuelles, pillages, incendies
de villages et actes de représailles commis contre des populations civiles.
En
première instance, le Tribunal militaire de garnison de Kananga avait condamné,
le 22 décembre 2025, Kabeya Lumbu, Kabina Bamunyi et Ndomba Adolphe à la prison
à perpétuité pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Un quatrième
prévenu, Dibatayi Mathieu, avait été acquitté.
Sur
les 59 victimes constituées parties civiles, la majorité avait été reconnue
comme telle et une indemnisation leur avait été accordée.
Deux
acquittements fondés sur le ne bis in idem
En
appel, la Cour militaire de l’ex-Kasaï Occidental a acquitté Kabeya Lumbu et
Kabina Bamunyi, en invoquant le principe ne bis in idem, qui interdit qu’une
personne soit jugée deux fois pour les mêmes faits.
La
Cour s’est notamment appuyée sur une procédure antérieure datant de 2016, dans
laquelle les deux hommes avaient été condamnés pour organisation et
participation à un mouvement insurrectionnel. Cette décision avait été
confirmée en 2022.
De
son côté, Adolphe Ndomba a également obtenu gain de cause en appel et a été
acquitté des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La
Cour a ordonné sa remise en liberté immédiate.
Quant
à Dibatayi Mathieu, absent lors du procès, il a été condamné par défaut à dix
ans de prison pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et participation
à un mouvement insurrectionnel.
TRIAL
International conteste l’interprétation du principe
Pour
TRIAL International, le principe ne bis in idem ne devrait pas empêcher le
jugement de crimes qui n’ont jamais fait l’objet d’un examen judiciaire.
L’organisation
rappelle que la procédure antérieure concernant Kabeya Lumbu et Kabina Bamunyi
portait principalement sur leur participation au mouvement Kamuina Nsapu ainsi
que sur l’incendie de plusieurs habitations appartenant à une victime à
Ntenda-Appolo.
Selon
cette analyse, les autres crimes évoqués dans l’affaire, notamment les
violences sexuelles, les meurtres, les pillages et les attaques commises dans
plusieurs villages, n’avaient pas été jugés lors de cette première procédure.
L’application
de l’autorité de la chose jugée à ces faits distincts soulève donc, selon TRIAL
International, une importante question de droit.
Les
victimes au cœur des préoccupations
L’organisation
précise que ses inquiétudes ne portent pas simplement sur les acquittements
prononcés en appel, mais sur l’interprétation donnée au principe ne bis in
idem.
Cette
interprétation, estime-t-elle, pourrait empêcher l’examen judiciaire de crimes
distincts ayant fait de nombreuses victimes et affecté plusieurs communautés.
TRIAL
International appelle également à examiner les conditions dans lesquelles s’est
déroulé le procès en appel, estimant que les procédures relatives aux crimes
les plus graves doivent garantir une justice indépendante, rigoureuse et
crédible.
Un
pourvoi en cassation réclamé
Face
aux interrogations juridiques soulevées par l’arrêt du 7 août 2026, TRIAL
International estime nécessaire qu’un pourvoi en cassation permette de
contrôler la correcte application de la loi.
L’enjeu,
selon l’organisation, est notamment de déterminer si l’autorité de la chose
jugée n’a pas été étendue à des faits qui n’avaient jamais été examinés par une
juridiction.
Pour
les victimes et leurs représentants, ce contrôle apparaît ainsi comme une étape
importante afin de préserver le droit à une justice effective et de garantir
que les crimes les plus graves commis au Kasaï-Central ne restent pas impunis.
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