APO

mardi 25 août 2026

100 jours d’Ebola en RDC : MSF appelle à une riposte plus rapide et plus proche des communautés

À l’approche des 100 jours depuis la déclaration de l’épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. L’organisation estime que la réponse sanitaire reste insuffisante face à une maladie qui continue de se propager à un rythme inquiétant, notamment dans des communautés déjà fragilisées par les conflits, les déplacements, la violence et l’insécurité alimentaire.

Selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires au 16 août 2026, plus de 5.000 cas confirmés et plus de 2.300 décès avaient été enregistrés depuis le début de l’épidémie.

Dépister plus tôt pour sauver davantage de vies

Pour MSF, la réponse ne doit pas se limiter à augmenter le nombre de lits dans les centres de traitement. L’organisation appelle à renforcer le dépistage précoce, l’isolement sécurisé des malades et de leurs contacts, ainsi que la prévention et le contrôle des infections dans les structures de santé et au sein des communautés.

« Cette épidémie continue de se propager à un rythme que la réponse ne parvient pas à suivre », alerte le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF.

L’organisation insiste également sur la nécessité de mieux former les professionnels de santé et les responsables communautaires afin qu’ils puissent reconnaître rapidement les symptômes, orienter les patients vers les services appropriés et limiter les risques de contamination.

Les communautés au cœur de la riposte

Dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, en Ituri, des responsables communautaires travaillent avec MSF pour sensibiliser les habitants aux signes de la maladie et les encourager à consulter rapidement.

Le camp accueille près de 50.000 personnes dans des conditions de forte promiscuité. Dans cet environnement particulièrement vulnérable, l’implication des relais communautaires permet de renforcer la détection des cas et de réduire les risques de transmission.

« Nous connaissons nos communautés et savons comment atteindre nos concitoyens », témoigne Ezrome Kiza Lumani, responsable communautaire dans le camp de Rho.

Plus de 60 % des décès hors des centres de traitement

Autre inquiétude majeure soulevée par MSF : depuis le début de l’épidémie, plus de 60 % des décès liés à Ebola en RDC seraient survenus en dehors des centres de traitement, souvent au sein même des communautés.

Cette situation signifie que de nombreux patients meurent sans avoir accès aux soins appropriés. Elle favorise également la transmission du virus avant même que les cas ne soient identifiés.

Le phénomène ne se limite plus à l’épicentre de l’épidémie, situé en Ituri. Le Nord-Kivu connaît à son tour une progression préoccupante des cas, avec des taux de mortalité élevés et une forte méfiance envers la réponse sanitaire.

Former davantage les agents de santé

Face à l’apparition de cas dans de nouvelles zones parfois peu expérimentées dans la prise en charge d’Ebola, MSF appelle à renforcer rapidement les capacités locales.

« Il y a un besoin urgent de professionnels de santé formés à la prise en charge de la maladie, non seulement dans les centres de traitement, mais aussi directement au sein des communautés », souligne Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF en Ituri.

L’organisation plaide ainsi pour une généralisation des formations destinées aux professionnels de santé et aux responsables communautaires, notamment sur la détection précoce, l’orientation sécurisée des patients et la prévention des infections.

Plus de 1.400 employés de MSF mobilisés

MSF intervient actuellement en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la Tshopo et dans le Haut-Uélé.

Ses équipes gèrent six centres de traitement Ebola et plusieurs unités d’isolement représentant plus de 400 lits, soit environ un tiers de la capacité disponible dans le cadre de la riposte nationale.

Plus de 1.400 membres du personnel de l’organisation sont mobilisés. Depuis le début de l’épidémie, plus de 2.000 patients ont été admis dans les structures soutenues par MSF, dont plus de 800 ont été confirmés positifs à Ebola.

À Beni, une réponse davantage ancrée dans les communautés

À Beni, dans le Nord-Kivu, MSF a adapté son intervention en renforçant son travail auprès des structures de santé existantes.

L’objectif est de permettre aux patients d’accéder rapidement à des soins, y compris pour des pathologies autres qu’Ebola, tout en assurant la détection et la prise en charge des cas suspects.

Pour MSF, la priorité est désormais de rapprocher davantage les soins des populations touchées afin d’éviter que les malades ne restent chez eux jusqu’à un stade avancé de la maladie.

Les survivants, des acteurs essentiels de la sensibilisation

Les survivants d’Ebola jouent également un rôle important dans la sensibilisation. Emery Guba Mateso, originaire du camp de Rho, a perdu son fils à cause de la maladie avant de survivre lui-même à Ebola. Il encourage les habitants à consulter dès l’apparition des premiers symptômes.

Son message est clair : plus la prise en charge intervient tôt, plus les chances de guérison augmentent.

MSF appelle ainsi l’Organisation mondiale de la Santé, les agences des Nations unies, les organisations humanitaires et le ministère congolais de la Santé à accélérer la formation et l’accompagnement des acteurs locaux.

Pour l’organisation, la riposte doit désormais être plus rapide, plus flexible et davantage construite avec les communautés, afin de mieux contenir la propagation du virus et réduire le nombre de décès.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire