Une
situation sanitaire préoccupante est signalée au cachot de Boko, dans la Zone
de Santé Rurale de Boko Kivulu, de Mbanza-Ngungu, au Kongo Central. Selon un
rapport d’une mission d’investigation et de riposte réalisée en août 2026 par
les services de santé, six personnes détenues sont décédées depuis le 2 août
2026, dans un contexte marqué par une forte surpopulation, le manque d’eau, des
conditions d’hygiène dégradées et des cas de diarrhée aiguë.
Face
à cette succession de décès dans un milieu fermé, les autorités sanitaires ont
dépêché une équipe sur place afin d’identifier les causes probables des décès,
rechercher d’éventuels cas supplémentaires et évaluer le risque de propagation
d’une maladie infectieuse.
Le
rapport évoque une forte suspicion d’épidémie de choléra, mais précise que
cette hypothèse doit encore être confirmée ou infirmée par des investigations
épidémiologiques et des analyses biologiques.
Des
conditions de détention jugées extrêmement préoccupantes
Le cachot de Boko est constitué de trois chambres d’environ 5 m² chacune, soit une superficie totale estimée à seulement 15 m². Au moment de la mission, 134 personnes y étaient détenues. Cette situation est qualifiée d’extrême surpopulation par les enquêteurs sanitaires.
La
mission a notamment constaté la présence d’excréments et d’urines dans
certaines cellules, une forte odeur fécale, des installations sanitaires
insuffisantes ainsi que l’absence de conditions permettant un nettoyage
régulier et efficace des locaux.
Le
rapport relève également des contacts fréquents entre détenus, gardes et
visiteurs, alors que les mesures de prévention et de contrôle des infections
restent insuffisantes.
Un
accès insuffisant à l’eau et à l’alimentation
L'accès à l'eau constitue l'une des principales préoccupations relevées par les enquêteurs. Les détenus ne disposeraient pas régulièrement de quantités suffisantes d'eau pour boire, se laver les mains, prendre leur bain, nettoyer les cellules ou entretenir les installations sanitaires.
À
cette situation s'ajoute un problème alimentaire. Selon les témoignages
recueillis auprès des détenus, ceux-ci seraient privés d'une alimentation
adéquate depuis plus d'une vingtaine de jours.
Les
services de santé estiment que cette situation pourrait favoriser la
dénutrition, la faiblesse générale et l'aggravation de l'état des personnes
souffrant de diarrhée ou de vomissements.
Six
décès et des symptômes compatibles avec le choléra
Depuis le 2 août 2026, six décès ont été enregistrés parmi les détenus. Selon les informations recueillies auprès du chef des prisonniers, certaines personnes décédées auraient présenté, avant leur mort, une diarrhée aiguë et abondante, des selles décrites comme « riziformes », des vomissements et des signes de déshydratation, avec une dégradation rapide de leur état général.
Cette association de symptômes, combinée au manque d'eau potable, à l'insalubrité et à la promiscuité, a conduit les enquêteurs à considérer le choléra comme une hypothèse prioritaire. Le rapport insiste toutefois sur un point essentiel : aucune confirmation biologique du choléra n'est encore établie à ce stade. Des prélèvements doivent être réalisés chez les cas suspects afin de rechercher notamment la présence de Vibrio cholerae.
Un
centre de traitement du choléra installé à Boko
Face au risque de propagation, les premières mesures de riposte ont déjà été engagées. Un Centre de traitement du choléra (CTC) a été installé au Centre de Santé de Référence de Boko afin d'assurer une prise en charge rapide des personnes présentant des symptômes suspects ou des formes graves.
Une surveillance active des détenus a également été mise en place pour rechercher les cas de diarrhée aiguë, de vomissements et de déshydratation. Des solutions chlorées ont par ailleurs été installées dans la cour et à l'intérieur du cachot ainsi qu'aux points destinés au lavage des mains. Le rapport indique également qu'une chimioprophylaxie à base de doxycycline a été administrée aux prisonniers comme mesure d'urgence décidée sur le terrain.
L'eau,
l'hygiène et l'assainissement au cœur de la riposte
Les autorités sanitaires recommandent un approvisionnement immédiat et quotidien en eau potable pour la boisson, la préparation des aliments, le lavage des mains, l'hygiène corporelle et le nettoyage des cellules. L'installation de dispositifs de lavage des mains avec eau chlorée et savon est également préconisée.
Les
services de santé recommandent par ailleurs une désinfection complète des
cellules, une gestion sécurisée des excréta et des déchets ainsi que la
désinfection des surfaces contaminées par les selles ou les vomissures.
Les
contacts non essentiels entre détenus, visiteurs et gardes devraient également
être strictement encadrés pendant la période d'investigation et de riposte.
Le
désengorgement du cachot présenté comme une urgence sanitaire
Pour les enquêteurs, le désengorgement du cachot constitue l'une des mesures prioritaires. Avec 134 personnes dans environ 15 m², il serait difficile, selon le rapport, de garantir des conditions minimales d'hygiène, de surveillance, d'isolement des malades et de prévention de la transmission.
La
réduction de la surpopulation permettrait également de faciliter l'accès à
l'eau et à l'alimentation, le nettoyage et la désinfection des locaux ainsi que
la prise en charge des personnes malades.
Des
besoins importants en médicaments et équipements
La Zone de Santé Rurale de Boko Kivulu fait également état de besoins en intrants médicaux et logistiques. Ils comprennent notamment des sels de réhydratation orale, des solutés de perfusion, des dispositifs de perfusion, des cathéters, des médicaments nécessaires à la prise en charge des cas sévères, des antibiotiques lorsque leur utilisation est indiquée, ainsi que des équipements de protection individuelle.
Des tests de diagnostic rapide du choléra, du matériel de prélèvement et de transport des échantillons sont également nécessaires. Dans le domaine de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, les besoins concernent notamment le chlore, les seaux, les dispositifs de lavage des mains, le savon, les pulvérisateurs, les gants, les bottes et le matériel de nettoyage et de désinfection.
Un
appui alimentaire est aussi recommandé compte tenu de l'état nutritionnel jugé
préoccupant de plusieurs détenus.
Une
coordination multisectorielle recommandée
Compte
tenu de la gravité de la situation, le rapport recommande une coordination
étroite entre la Division Provinciale de la Santé du Kongo Central, la Zone de
Santé Rurale de Boko Kivulu, le Centre de Santé de Référence de Boko,
l'administration pénitentiaire, les autorités politico-administratives et les
partenaires techniques et financiers.
Une
réunion de coordination quotidienne est notamment proposée pendant la phase
aiguë afin de suivre l'évolution des cas et des décès, les résultats des
prélèvements, les stocks d'intrants, la disponibilité de l'eau et les besoins
urgents.
Les
autorités appelées à agir rapidement
À
très court terme, les services sanitaires recommandent de maintenir le CTC
opérationnel, d'organiser une recherche active quotidienne des cas, de réaliser
les prélèvements biologiques, de garantir la disponibilité des produits de
réhydratation et de renforcer l'accès à l'eau potable.
Ils
préconisent également une désinfection des zones souillées, une gestion
sécurisée des excréta et des déchets, une alimentation suffisante pour les
détenus ainsi qu'une réduction des contacts non essentiels avec les visiteurs.
À
moyen terme, le rapport appelle à une amélioration durable des infrastructures
d'eau et d'assainissement, à une adaptation de la capacité d'accueil du cachot
à son nombre réel de détenus et à la mise en place d'un dispositif permanent de
prévention et de contrôle des infections.
Une
alerte sanitaire qui dépasse le seul milieu carcéral
La
mission conclut à une situation « extrêmement préoccupante » au cachot de Boko,
combinant surpopulation, mauvaises conditions d'hygiène et d'assainissement,
accès insuffisant à l'eau et à l'alimentation et six décès enregistrés depuis
le 2 août 2026.
L'hypothèse d'une épidémie de choléra est considérée comme prioritaire, mais doit encore être confirmée par les analyses biologiques. Pour les autorités sanitaires, la réponse ne peut cependant pas se limiter à la prise en charge médicale.
L'accès
à l'eau potable, l'assainissement, l'hygiène, l'alimentation et le
désengorgement du cachot sont présentés comme des mesures indispensables pour
éviter de nouveaux décès et limiter le risque de propagation de la maladie
au-delà du milieu carcéral.
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