Le
réseau MapBiomas-RDC a présenté, mardi 18 août 2026 à Kinshasa, les résultats
de sa première collection consacrée à la cartographie de l’occupation du sol et
de l’utilisation des terres en République Démocratique du Congo. Organisé dans
la commune de la Gombe, l’atelier a réuni près de 80 participants issus des
institutions publiques, des organisations internationales, du monde académique,
des ONG et de la société civile environnementale.
Au
cœur de cette présentation, c'est une cartographie couvrant 25 années, de 2000
à 2025, et permettant de suivre de manière régulière les transformations du
territoire congolais.
Le
directeur de l’Observatoire satellital des forêts d’Afrique centrale (OSFAC) et
coordinateur principal de MapBiomas-RDC, Landing Mane, explique que le
principal résultat de ce travail est précisément la constitution d’une série
temporelle permettant de comparer l’évolution de l’occupation et de
l’utilisation des terres année après année.
« Le
résultat principal, c’est la cartographie de l’occupation et de l’utilisation
des terres en RDC. Cette cartographie couvre une longue période, de 2000 à 2025
».
Forêts,
agriculture, pâturages et forêts plantées
La
première collection de MapBiomas-RDC comprend plusieurs classes d’occupation du
sol. Elle permet notamment de localiser et de suivre les espaces forestiers,
les zones agricoles, les pâturages ainsi que les forêts plantées.
« On voit les zones qui sont occupées par les forêts. On voit aussi les zones qui sont occupées par les pâturages, l’agriculture, mais aussi les forêts plantées. Toutes les classes d’occupation du sol sont là », a précisé Landing Mane. Les zones minières ne figurent toutefois pas dans cette première collection.
Ces
différentes catégories offrent une lecture globale de la manière dont le
territoire national est occupé et permettent d’observer les transformations
intervenues au cours des 25 dernières années.
Une
cartographie au service de la décision publique
Pour
Landing Mane, l’intérêt de cette cartographie dépasse largement le cadre
scientifique. Elle doit surtout fournir aux décideurs des informations fiables
avant toute intervention sur le territoire.
«
Avant de faire quelque chose, il faut savoir ce qu’il y a sur place. Il faut
donc faire un état des lieux ». Les données peuvent ainsi être utilisées dans
l’aménagement du territoire, la gestion des ressources naturelles, la
protection des écosystèmes et la lutte contre le changement climatique.
Elles
peuvent également servir aux institutions chargées de l’attribution des
concessions, de la planification des infrastructures ou encore de
l’implantation des industries.
«
Pour mieux gérer et avoir des décisions pertinentes, il faut avoir les bonnes
informations. Cette carte d’occupation du sol permet de donner ces bonnes
informations », insiste le coordinateur de MapBiomas-RDC.
Une
nouveauté : suivre le territoire année après année
La
RDC n’en est pas à sa première expérience en matière de cartographie. Plusieurs
institutions publiques et spécialisées ont déjà produit des données sur le
territoire national, notamment l’Institut géographique du Congo (IGC), le
Centre national de télédétection et d’autres structures intervenant dans les
domaines géographique, environnemental et géologique.
La
particularité de MapBiomas-RDC réside donc moins dans le fait de cartographier
le pays que dans la manière de le faire et dans la continuité des données
produites.
Landing
Mane souligne qu’auparavant, les cartes disponibles pouvaient correspondre à
des années précises, laissant parfois des intervalles entre deux périodes de
référence.
«
Avant, on pouvait avoir une carte de 2010, une autre de 2015, et il y avait des
gaps. Mais ici, on a un suivi régulier ».
Cette
série temporelle permet ainsi de suivre l’évolution de l’occupation du sol sur
une période de 25 ans et de mieux comprendre les dynamiques territoriales.
Ce
qui est nouveau, c’est l’open access
Pour
le conseiller scientifique de la ministre de l'Enseignement supérieur,
universitaire, de la recherche scientifique et de l'innovation, le professeur
Aimé Lay-Ekuakile, l’autre grande innovation de MapBiomas réside dans l’accès
libre aux données.
« Ce n’est pas la première fois que la RDC, ou une organisation, présente un tel travail aux scientifiques. Au niveau public, nous avons des institutions qui ont déjà cartographié la RDC ».
Selon
lui, l’originalité réside dans le principe d’open access, qui permet aux
chercheurs, institutions, étudiants, organisations de la société civile et
autres utilisateurs d’accéder directement aux données produites.
« Ce
qui est nouveau ici, c’est le fait que c’est quelque chose qui est ouvert, dans
ce qu’on appelle open access. On peut télécharger le matériel à partir du site,
moyennant le fait de pouvoir citer la source de ce matériel cartographique ».
Les
données sont accessibles gratuitement à travers la plateforme MapBiomas et
peuvent être réutilisées pour différents besoins, sous réserve de citer leur
source.
Une
initiative internationale déployée en RDC
Lancée
en 2015 au Brésil, MapBiomas est une initiative collaborative réunissant des
organisations non gouvernementales, des institutions de recherche et des
entreprises technologiques.
Son
objectif est de produire des séries temporelles cohérentes et scientifiquement
rigoureuses sur l’occupation et l’utilisation des terres.
En 2025, la RDC a été identifiée comme pays prioritaire pour le déploiement de MapBiomas en Afrique. Plusieurs réunions en ligne et en présentiel ont ensuite permis de constituer le réseau MapBiomas-RDC et de former les différents acteurs à l’utilisation de sa méthodologie et de ses outils.
Des
résultats jugés « extraordinaires et encourageants »
Au terme de cette première étape, les résultats présentés ont été jugés positivement par les experts. « Comme première année, avec seulement quelques mois de travail, nous considérons ces résultats comme extraordinaires et encourageants », a déclaré le professeur Aimé Lay-Ekuakile, précisant s’exprimer au nom de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation.
Pour
les initiateurs, cette première collection constitue une base appelée à être
améliorée et enrichie au fil des prochaines éditions.
Un
outil pour anticiper l’avenir environnemental
La
cartographie doit également contribuer à une meilleure compréhension de
l’évolution du biome congolais et des espaces présentant des caractéristiques
particulières pour la protection de l’environnement.
«
Nous avons vu, de 2000 à 2025, l’évolution de la situation du biome congolais.
Mais c’est aussi une manière de pouvoir décider pour le futur de notre pays ».
Pour
les institutions publiques, disposer d’une telle série historique permet
notamment de mieux apprécier les changements intervenus sur le territoire avant
de définir de nouvelles orientations en matière d’aménagement, de développement
ou de conservation.
Des
données ouvertes pour la recherche et le développement
Pour
MapBiomas-RDC, cette première collection constitue ainsi bien plus qu’un simple
exercice de cartographie. Elle met à la disposition du pays une base de données
susceptible d’être exploitée par les chercheurs, les universités, les
institutions publiques, les ONG et les organisations de la société civile.
L’accès
gratuit aux données vise également à faciliter leur appropriation par les
acteurs congolais et à encourager de nouvelles recherches sur les
transformations du territoire.
À
travers cette cartographie couvrant la période 2000-2025, MapBiomas-RDC entend
ainsi contribuer à une meilleure connaissance du territoire national et fournir
aux décideurs des informations scientifiques nécessaires pour orienter les
politiques d’aménagement, de développement, de protection de l’environnement et
de gestion durable des ressources naturelles.
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