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mardi 15 décembre 2015

RD Congo : Hausse alarmante du nombre d’enlèvements dans l’est du pays


Les autorités devraient créer une unité de police spéciale chargée de lutter contre cette menace 

(Goma, le 16 décembre 2015) – Au moins 175 personnes ont été enlevées contre rançon en 2015 en République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des membres actuels et anciens de groupes armés semblent être responsables de plusieurs cas de ces kidnappings. 
La grande majorité des cas documentés par Human Rights Watch ont eu lieu dans le Rutshuru, territoire de la province du Nord-Kivu, dans l’est du pays. Au moins trois otages ont été tués et un autre est décédé de ses blessures lors d’une tentative d’enlèvement. Un autre otage est toujours porté disparu. Presque tous les otages ont été relâchés après que des membres de leurs familles ou des employeurs aient payé une rançon. Vingt des victimes étaient des travailleurs humanitaires congolais et étrangers. 
« La hausse alarmante du nombre de kidnappings constitue une grave menace pour la population de l’est de la RD Congo », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités congolaises devraient de toute urgence créer une unité de police spéciale chargée d’aider à secourir les otages, et de mener des enquêtes et des poursuites contre les ravisseurs. » 
Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 anciens otages et témoins dans le Nord-Kivu entre mai et décembre. Ceux-ci ont indiqué que les ravisseurs opèrent en général en groupes d’une dizaine d’individus ou plus, et sont souvent lourdement armés de kalachnikovs et autres armes d’assaut militaires. Nombre d’entre eux portent des tenues militaires et semblent appartenir, ou avoir appartenu, à l’un des nombreux groupes armés actifs dans l’est de la RD Congo.
Les ravisseurs suivent souvent une procédure similaire ; ils frappent, fouettent ou menacent leurs otages de mort, leur demandant d’appeler leurs proches ou leurs employeurs afin de les persuader de payer pour leur libération. Les ravisseurs ont souvent utilisé les téléphones portables des victimes ou bien leurs propres téléphones afin de négocier le paiement des rançons. Dans certains cas, les ravisseurs ont enlevé un seul otage, et dans d’autres cas un groupe d’otages. 
Dans un incident survenu le 2 septembre, des hommes armés ont enlevé une étudiante de 27 ans près de l’hôpital général de Goma et l’ont emmenée au fin fond de la forêt, où elle a été détenue avec d’autres otages. Les ravisseurs frappaient et maltraitaient les otages, même en les brûlant avec des baïonnettes chauffées. « Lorsque nous avons demandé de la nourriture, ils ont choisi un homme parmi nous et l’ont tué en lui tranchant la gorge », a-t-elle confié à Human Rights Watch. « ‘Si vous voulez manger, voilà la viande’, nous ont-ils dit. » Elle a été détenue pendant neuf jours, et relâchée après que sa famille ait versé une rançon. 
Dans les cas documentés par Human Rights Watch, les ravisseurs ont réclamé de 200 à 30.000 $US par otage, même si les montants payés étaient souvent bien inférieurs à la somme réclamée, selon des proches et d’anciens otages. 
Les paiements de rançon ont souvent entraîné de graves difficultés financières pour les familles. Un homme a été obligé de vendre sa ferme afin de pouvoir rembourser l’argent emprunté par sa famille pour payer la rançon de sa libération, laissant sa famille sans aucune source de revenu. 
Les ravisseurs ont également pris pour cible des travailleurs de l’aide nationale et internationale, du personnel sous contrat travaillant pour les Nations Unies, et des chauffeurs d’une importante société de transport. Dans tous les cas, les otages ont ensuite été relâchés. Aucune information n’a été rendue publique quant à savoir si des rançons ont été versées. 
Dans la plupart des cas documentés par Human Rights Watch, les membres des familles des otages n’ont pas informé la police ni d’autres autorités à propos du kidnapping, soit parce qu’ils pensaient qu’ils n’obtiendraient aucune aide, soit parce qu’ils craignaient que cela n’empire la situation et ne les expose à d’autres actes d’extorsion de la part des autorités pour toute aide fournie. Une ancienne otage a indiqué que lorsque sa mère a informé un fonctionnaire judiciaire à Goma du fait que sa fille avait été kidnappée, celui-ci s’est contenté de répondre que la mère devrait « aller payer ». 
Au moins 14 personnes ont été kidnappées à proximité de zones où des militaires congolais étaient basés, amenant certaines des victimes et de leurs familles à se demander si les militaires pouvaient s’être rendus complices. Human Rights Watch n’a trouvé aucune preuve indiquant que des militaires congolais aient participé aux kidnappings, mais certains des individus impliqués semblent être ou avoir été des membres de groupes armés que des officiers de l’armée congolaise avaient armés ou soutenus par le passé. 
L’un des groupes impliqués est les Forces de défense des intérêts du peuple congolais (FDIPC) qui a collaboré avec l’armée congolaise pendant les opérations militaires contre le groupe rebelle M23 en 2012 et 2013, selon les recherches de Human Rights Watch et de l’ONU. D’anciens otages et des autorités locales ont affirmé à Human Rights Watch que des combattants et anciens combattants des FDIPC étaient responsables de certains des enlèvements. 
Le 14 avril, les autorités congolaises ont arrêté le chef militaire des FDIPC, Jean Emmanuel Biriko (connu sous le nom de Manoti), son épouse, ainsi qu’une dizaine de ses combattants et les ont mis en accusation pour enlèvement, entre autres crimes. Leur procès s’est ouvert dès le lendemain devant un tribunal militaire dans la ville de Rutshuru. Le 18 mai, à la suite de procédures profondément entachées d’irrégularités au cours desquelles les droits des accusés ont été violés, le tribunal a condamné à mort Manoti et dix de ses co-accusés pour appartenance à un gang criminel. Bien que la peine de mort soit encore autorisée en RD Congo, un moratoire sur les exécutions est en vigueur depuis 2003. Human Rights Watch est opposé en toutes circonstances à la peine de mort, en tant que sanction inhumaine et irrévocable.
Au cours du procès, Manoti a prétendu avoir collaboré avec plusieurs officiers de l’armée congolaise, dont un qui, selon lui, était impliqué dans les enlèvements. Human Rights Watch n’a pu identifier aucune enquête judiciaire menée sur le rôle présumé de ces officiers de l’armée ni sur d’autres, même si des responsables gouvernementaux et de l’armée sont au courant de ces allégations. Un officier haut-gradé du renseignement militaire a reconnu auprès de Human Rights Watch que Manoti « pourrait avoir travaillé avec certains des militaires » durant les incidents de kidnapping.
L’arrestation de Manoti et de ses hommes n’a pas mis fin aux enlèvements. La majorité des cas documentés par Human Rights Watch en 2015 s’est produite après leur arrestation. Si les autorités congolaises affirment qu’elles ont arrêté d’autres ravisseurs présumés, aucun d’entre eux n’a été traduit en justice. 
Invoquant « l’ampleur incommensurable » des kidnappings dans l’est de la RD Congo, la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée Nationale a tenu une audition le 3 décembre avec le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Évariste Boshab au sujet de la réponse du gouvernement. Boshab a répondu que la situation est « vraiment très préoccupante » et « compte parmi les grands défis sécuritaires auxquels le gouvernement est confronté en ce moment ».
Trois membres de la commission ont indiqué qu’il avait été décidé d’établir une commission d’enquête parlementaire afin d’enquêter sur les enlèvements et sur l’éventuelle complicité de membres du gouvernement et des services de sécurité, d’évaluer ce qui a déjà été fait et de formuler des recommandations. 
Human Rights Watch a préconisé vivement à la commission de soutenir la création d’une unité de police spéciale chargée de documenter les affaires de kidnapping et d’y répondre, d’identifier et d’arrêter les ravisseurs présumés, de signaler les allégations de complicité entre les ravisseurs et des officiels, et de travailler avec les membres du système judiciaire pour traduire les coupables en justice dans des procès équitables et crédibles. 
« Mettre fin à la menace de kidnapping devrait constituer une haute priorité pour le gouvernement congolais », a conclu Ida Sawyer. « Les autorités devraient non seulement traduire les individus responsables en justice dans le cadre de procès équitables, mais également identifier et agir contre tout fonctionnaire impliqué. » 

Les enlèvements

Human Rights Watch a confirmé les enlèvements contre rançon de 172 Congolais et de trois ressortissants étrangers lors de 35 incidents distincts dans le Rutshuru, deux dans le territoire du Nyirangongo, un dans le Walikale, et quatre à Goma en 2015. Le nombre actuel des cas est probablement beaucoup plus élevé. Human Rights Watch a également recueilli des informations au sujet de cas de kidnappings dans la ville de Butembo et dans le territoire de Beni, mais ces incidents sont au-delà de la portée de des recherches décrites ici.
La plupart des enlèvements documentés par Human Rights Watch ont eu lieu dans des zones contrôlées antérieurement par le M23, un groupe rebelle soutenu par le Rwanda qui s’est rendu coupable de crimes de guerre généralisés entre début 2012 et fin 2013, lorsque l’armée congolaise et les forces de l’ONU ont vaincu le groupe. Un nouveau programme national de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) chargé de désarmer les anciens combattants du M23 et d’autres groupes armés, et de leur proposer d’autres opportunités économiques n’est pas encore pleinement opérationnel. Les combattants de divers groupes armés qui se sont rendus au cours des deux dernières années ont été envoyés dans des camps de regroupement où ils ont attendu pendant des mois, souvent dans des conditions épouvantables, que le programme commence. Certains ont abandonné les camps, lassés d’attendre, et sont revenus à leurs groupes armés ou bien se sont tournés vers une autre activité criminelle, notamment le kidnapping. 
Plusieurs cas des enlèvements se sont produits sur les routes principales des territoires du Rutshuru et de Nyiragongo, au Nord-Kivu, y compris celles de Rutshuru à Rwindi, de Nyiragongo à Rutshuru, de Rutshuru à Nyamilima, de Rwindi à Nyanzale, et de Rutshuru à Bunagana. 

Human Rights Watch a constaté que les victimes n’ont pas été choisies en fonction de leur appartenance ethnique. La grande majorité d’entre elles étaient des hommes. Si des femmes étaient capturées, elles étaient souvent volées et immédiatement relâchées. Human Rights Watch a documenté cinq cas de femmes prises en otages. L’âge des victimes variait de 4 à 70 ans. Les ravisseurs ont pris des personnes pour cible sur des routes, dans des fermes, dans des maisons et dans des écoles. Les personnes ont été détenues sur des durées allant de huit heures à neuf jours. 
Les conclusions de Human Rights Watch s’appuient sur quatre missions de recherche à Kibirizi, Kiwanja, et Kibumba dans les territoires du Rutshuru et Nyiragongo, et sur des entretiens menés en personne et par téléphone à Goma. Au total Human Rights Watch s’est entretenu avec plus de 70 anciens otages, témoins, défenseurs des droits humains, hommes d’affaires, autorités locales et coutumières, agents du gouvernement, membres de la police et du renseignement militaire, et du personnel civil de la mission de maintien de la paix de l’ONU.

Témoignages d’anciens otages
Une jeune femme de 19 ans kidnappée à Goma le 18 septembre après avoir accepté une offre de trajet en voiture de la part de trois hommes :
Une autre fille se trouvait aussi dans la voiture quand je suis montée. Quand nous avons réalisé qu’ils nous emmenaient dans la mauvaise direction, nous nous sommes mises à crier. Le conducteur s’est alors penché vers l’arrière et il m’a mis du ruban adhésif sur la bouche et les yeux. Il a fait la même chose pour l’autre fille. Ils m’ont lié les pieds et les mains avec une ceinture. Je ne savais pas où j’étais ni où nous allions. Un peu plus tard, la voiture a klaxonné et deux hommes m’ont portée dans une maison. Plus tard ce jour-là, ils m’ont injecté quelque chose et j’ai perdu connaissance.
Elle a été relâchée neuf jours plus tard, après que sa famille a versé 300 $US aux kidnappeurs. Après avoir consulté un docteur, elle a appris qu’elle avait été violée pendant qu’elle était inconsciente.
Une étudiante de 27 ans a été kidnappée à 11:00 du matin le 2 septembre près de l’hôpital général de Goma : Je me rendais à l’université quand une voiture a klaxonné derrière moi. L’un des passagers m’a appelée par le nom de famille de mon père. Ils m’ont dit qu’ils avaient essayé de joindre mon frère par téléphone pour lui remettre un paquet mais qu’il ne l’avait pas pris. Ils m’ont demandé de venir le chercher avec eux. J’ai eu le courage de monter dans la voiture parce qu’ils connaissaient mon père. Je ne connaissais aucun d’entre eux. Quand nous sommes passés devant l’hôtel Karibu, j’ai perdu connaissance. Je ne sais pas comment. Le lendemain, je me suis retrouvée dans une forêt. Il y avait d’autres personnes qui avaient été kidnappées : des enfants, des hommes et des femmes. Nous avons tous été battus. Ils plaçaient une baïonnette dans le feu puis nous la posaient sur le ventre. C’était horriblement douloureux. Un jour, quand nous avons demandé à manger, ils ont choisi un homme parmi nous et l’ont tué en lui tranchant la gorge. « Si vous voulez manger, voilà la viande », nous ont-ils dit. Ma famille a envoyé 7.000 $US via Airtel Money. Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite mais quand je me suis réveillée je me suis retrouvée devant [la ville de] Sake.
Un groupe de femmes à proximité l’ont aidée à trouver un téléphone pour appeler sa famille et rentrer à Goma neuf jours après son enlèvement. Elle est suivie par un psychologue pour les effets secondaires de l’expérience. 
Un homme de 48 ans, appartenant à l’ethnie Shi, a été kidnappé avec six autres sur la route Rwindi-Kibirizi, dans le territoire de Rutshuru, en juillet :
Trois hommes armés nous attendaient dans le parc…Ils ont tendu une corde en travers de la route pour nous obliger à nous arrêter. C’était effrayant. Certains d’entre nous se sont urinés dessus. Nous ne savions à quel saint nous vouer. Ils ont pillé systématiquement le véhicule et chacun de nous a dû donner son téléphone portable et tout l’argent que nous possédions. Peu après, ils nous ont donné l’ordre de nous mettre en marche. Dans la forêt, nous avons rencontré onze autres hommes qui se cachaient. Ils avaient tous des armes à feu, nous avons marché très longtemps jusqu’à installer un campement en pleine forêt [du Parc national de la Virunga].
Le lendemain, leur chef nous a dit : « Nous pouvons faire de vous ce que nous voulons. Nous sommes seuls avec vous. Nous pouvons même vous couper la tête et vous donner aux animaux du parc. Nous pouvons vous garder ici pendant six mois et personne ne pourra rien faire pour vous. Nous savons que vous n’avez pas d’argent sur vous ici, mais vos familles en ont. Alors, nous allons vous donner vos téléphones [portables]. » Alors chacun de nous s’est vu rendre son téléphone pour trouver un ou deux numéros de nos familles. « Vous allez leur dire que vous êtes dans le parc avec les lions et qu’ils doivent apporter chacun 1.000 $US pour votre libération. C’est urgent. Ce n’est pas négociable », [a dit le kidnappeur].
La victime a été relâchée trois jours plus tard après le versement de 1.000 $US par des membres de sa famille.

Un homme d’affaires de 53 ans, enlevé avec seize autres hommes le 17 mai à Mabenga, territoire de Rutshuru :
Nous nous trouvions dans un bus public allant à Mabenga quand nous avons rencontré des bandits qui se sont mis à tirer en l’air puis dans nos pneus. L’un des passagers a été tué immédiatement … une autre personne a été blessée. Je voulais fuir mais un des bandits a déclaré : « À ceux qui osent fuir, nous vous tuerons de la même façon. » … les femmes qui se trouvaient avec nous dans le bus n’ont pas été prises. Nous n’étions que des hommes, 17 en tout.
Quand les FARDC [l’armée congolaise] ont appris notre enlèvement, ils sont venus nous aider. Ils ont tiré un grand nombre de coups de feu sur les ravisseurs. L’un des bandits a dit : « Votre armée veut vous libérer, nous allons vous montrer qui nous sommes. » Immédiatement ils ont tiré sur un [des otages], qui est mort ensuite dans les champs.
Les passagers ont été relâchés par la suite, l’un après l’autre, contre des rançons allant de 500 à 4.000 $US. L’homme d’affaires a été relâché en même temps que son neveu au bout de neuf jours et contre un paiement de 1.000 $US. 
Un homme de 31 ans dont la famille a versé 1.500 $US après son enlèvement à Mabenga, territoire de Rutshuru, et qui a été détenu pendant deux jours à la mi-mai : 
En ce moment, ma famille est dans la misère totale. Nous n’avons plus d’argent …J’ai perdu mon travail après l’enlèvement. Je ne sais pas pourquoi. Alors je suis désormais un homme sans emploi à la maison.
Un chauffeur de bus âgé de 40 ans et appartenant à l’ethnie Hunde, a été enlevé par quatre assaillants le 12 mai à Rugari, territoire de Rutshuru :
J’étais dans le véhicule juste après Rugari quand quatre hommes armés ont surgi devant nous. Ils ont commencé à nous tirer dessus. Un des passagers a été touché au bras. J’ai immédiatement stoppé le bus. Ils n’ont pris que moi. Ils m’ont emmené dans la forêt.… Ils m’ont bandé les yeux et ils m’ont dit : « Nous aurions pu t’enlever hier quand tu revenais de Rutshuru mais tu étais avec une délégation de politiciens. Ce matin quand tu es sorti du parking à Goma, nos éclaireurs nous ont informés que tu étais en route. Maintenant, nous t’avons et tu es entre nos mains. Notre objectif est de te tuer. Si tu ne veux pas que nous mettions fin à ta vie, tu dois nous donner 10.000 $US. »
Sa famille a laissé 2.000 $US dans une veste pendue à un arbre deux jours plus tard comme rançon, obtenant sa libération. Il a ensuite perdu son travail parce que son employeur ne lui faisait plus confiance après l’incident. 
Un enseignant de 62 ans a été enlevé chez lui à Bukoma, territoire de Rutshuru, le 9 mai : C’était 20h00 et je mangeais avec ma famille quand trois hommes armés sont entrés chez moi, m’appelant par mon nom. Sous la menace des armes et devant mes enfants tremblant de peur, je leur ai donné tout l’argent que j’avais dans la maison. Mais ça ne leur suffisait pas alors ils m’ont pris en otage et ont demandé une rançon pour me libérer.
Il a été relâché le lendemain, après que ses collègues aient collecté de toute urgence 1.500 $US de plus pour payer les kidnappeurs. 
Un home de 24 ans, vendeur de crédit de téléphones portables, kidnappé le 5 mai près de Rwindi, territoire de Rutshuru :
Nous venions de dépasser Rwindi lorsqu’un homme en uniforme militaire est apparu au bord de la route et s’est mis à tirer en l’air. Le chauffeur du bus s’est arrêté immédiatement et nous avons réalisé que nous étions encerclés par neuf autres bandits. Ils portaient également des uniformes militaires et ont commencé à tirer en l’air. On se serait cru en guerre.
Les bandits nous ont forcés à les suivre dans la forêt. Personne n’a essayé de résister. Nous étions quatorze hommes. Ils n’ont pris aucune des femmes. Ils les ont seulement volées et leur ont dit de rester dans le bus. Dans la forêt ils ont commencé à nous battre. Ils nous ont sévèrement fouettés. Nous ne pouvions rien faire à part crier. Personne n’aurait pu venir à notre aide dans la forêt.… 
Je ne peux même pas compter le nombre de coups de fouet que j’ai reçus. Après nous avoir fouettés, ils nous ont dit en swahili : « Nous voulons vous tuer maintenant. » ils ont demandé au second chauffeur [de bus] : « Il te reste de l’argent? » Il leur a dit qu’il n’avait plus rien. Immédiatement, ils lui ont mis un couteau sous la gorge en disant : « Nous allons te tuer maintenant. » Il s’est mis à pleurer bruyamment en les suppliant de l’épargner. Grâce à Dieu, il n’a pas été tué. Ensuite ils s’en sont pris à moi en me demandant de l’argent. J’étais allongé sur le sol avec une machette sur le cou. J’ai prié. « Seigneur, recevez mon âme ! » Ils m’ont lâché, mais j’ai été fouetté de nouveau jusqu’à ce que je n’en puisse plus.
Il a été relâché avec les treize autres hommes après trois jours de captivité, lorsque leurs familles ont payé des rançons.
Un chauffeur de bus a été attaqué avec 18 de ses passagers et son assistant le 4 mai, dans le territoire de Rutshuru : Nous étions à deux kilomètres de Burai quand nous avons dépassé une position de l’armée. Environ 150 mètres devant nous, il y avait une autre de leurs positions. Soudain, j’ai vu un homme non armé portant une cape de pluie. Il m’a fait signe de m’arrêter et s’est placé au milieu de la route. J’ai commencé à ralentir. Puis, sur ma gauche, un homme armé en vêtements civils a tiré dans un des pneus du bus. Mon assistant et les passagers ont commencé immédiatement à descendre du bus. Pendant ce temps, deux autres assaillants sont arrivés et m’ont tiré hors du véhicule. Ils ont pillé le bus et tous les passagers. Ils m’ont emmené tout seul dans la forêt.
Le chauffeur a été libéré trois jours plus tard après le paiement d’une rançon de 1.200 $US.
Un chauffeur de bus de 45 ans kidnappé avec l’un de ses passagers en mai à Busendu, territoire de Rutshuru :
Les bandits nous ont arrêtés et ont confisqué nos téléphones portables. Nous nous trouvions à 500 mètres d’une position des FARDC et de l’endroit où étaient postés les gardes forestiers [de Virunga]. Ils se sont contentés de tirer en l’air, mais ils ne sont pas venus à notre aide. L’un des [deux] assaillants a également tiré en l’air tandis que l’autre bandit nous conduisait dans la forêt.
Les deux otages ont été relâchés deux jours plus tard contre une rançon de 3.000 $US.
Le père d’un vacher de 17 ans à Bwito, territoire de Rutshuru, qui a été kidnappé et ensuite tué par des combattants présumés des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé essentiellement de Hutus rwandais actif dans l’est de la RD Congo : Tôt le matin du 2 avril, j’ai demandé à mon fils d’aller aux pâturages porter du sel et des médicaments pour les vaches aux bergers. [Plus tard ce jour-là] un combattant des FDLR m’a appelé et il a passé le téléphone à mon fils. « Papa, je suis avec les FDLR », a-t-il dit. « Ils demandent 3.000 $US. » Avant que mon fils puisse continuer, ils lui ont repris le téléphone. « Nous n’avons pas assez de temps pour discuter ça avec toi. Si l’argent n’arrive pas ici avant 15h00, nous n’allons te laisser que le cadavre de ton fils. » Un peu plus tard, après trois heures il me semble, ils ont rappelé. « Il te reste moins de deux heures pour réagir. » Plus tard ils m’ont néanmoins rappelé disant qu’ils étaient pourchassés par les FARDC. « Il nous faut bouger. » Ensuite, ils ont expliqué où apporter l’argent. Quand j’y suis arrivé, j’ai vu le corps de mon fils, abandonné, décapité. Je ne savais plus que faire. J’ai pleuré … j’ai enterré mon fils le lendemain matin.
Un fermier de 51 ans a été kidnappé ainsi que trois personnes travaillant pour l’ONU, le 23 avril dans le Parc national de la Virunga, territoire de Rutshuru : Je coupais du bois pour le feu lorsque deux hommes sont arrivés derrière moi. « Si tu t’enfuis on va te tuer. »Ils étaient tous les deux armés et portaient des vêtements civils. Ils m’ont obligé à marcher. Au bout de quelques mètres, j’ai découvert trois autres hommes enlevés. Ils étaient gardés par quatre hommes. Ceux-ci m’ont dit de m’asseoir. Dans la soirée, ils nous ont demandé de nous lever et de nous remettre en marche. À Gishanga, nous avons rencontré un autre groupe d’hommes armés. Ils étaient des dizaines. Les kidnappeurs portaient six cartons de munitions. Ces hommes n’étaient pas des FDLR parce qu’ils étaient en majorité des Tutsis [membres d’un groupe ethnique peu susceptibles de faire partie des FDLR essentiellement Hutus]. Ils savaient où les FDLR avaient leurs positions et donc nous avons pu les éviter et aller à Kalengera, Tongo et finalement à Burungu.
Le samedi 25 avril, ils nous ont laissé partir après que nos familles aient versé de l’argent pour notre libération. L’un des membres de leur famille s’était vu demander d’envoyer de l’argent sur un compte en banque à Gisenyi au Rwanda. C’est moi qui ai ramené les [trois] hommes jusqu’à Kibumba. Les kidnappeurs m’ont donné une machette pour tailler un chemin dans la forêt.
Un homme de 52 ans, père de dix enfants, kidnappé pendant trois jours à Busendo, territoire de Rutshuru, en avril : J’ai dû travailler immédiatement pour trouver de l’argent afin de rembourser ma dette. Je ne sais pas comment faire. J’ai beaucoup de problèmes. J’ai été obligé de vendre mon champ pour obtenir 200 $US. La situation à Binza [territoire de Rutshuru] est vraiment mauvaise. Nous ne restons plus chez nous, mais dans nos champs. Il n’y a aucune sécurité. Nous sommes coincés.


RD Congo : Déclaration de Human Rights Watch au sujet de la rencontre de Dakar

Human Rights Watch est profondément préoccupée par la réaction de certaines autorités de la République démocratique du Congo au sujet d’une réunion de représentants de l’opposition politique et de la société civile à Dakar, au Sénégal, du 12 au 14 décembre 2015. La réunion était co-organisée par un mouvement d’action civique de jeunes congolais, Filimbi, et par Konrad Adenauer Stiftung, une fondation allemande pour la démocratie qui a aussi en partie financée la rencontre.
Selon les organisateurs et les participants à la rencontre de Dakar, elle consistait à discuter d’une stratégie commune pour encourager des actions non violentes afin de tenir les élections présidentielles dans le délai et le transfert pacifique de pouvoir au nouveau président démocratiquement élu en 2016, conformément à la constitution et aux lois congolaises.
La rencontre de Dakar a rassemblé des leaders politiques, des représentants de la société civile, et des activistes des mouvements de jeunes congolais. Des leaders politiques de Namibie, du Togo, de la Tanzanie et d’autres pays africains ont aussi participé à cette rencontre pour échanger des points de vue sur leurs expériences et discuter des défis électoraux à travers le continent Africain. 
Cette année, des leaders de l’opposition et de la société civile congolaise ont dénoncé à plusieurs reprises les tentatives visant à proroger le mandat du Président Joseph Kabila, au-delà de deux mandats autorisés par la constitution, qui prennent fin en décembre 2016.
Le 13 décembre, dans une interview avec l’Agence France Presse (AFP), Lambert Mende, le ministre congolais des Médias, a dit qu’il avait des « éléments » indiquant que l’objectif de la rencontre de Dakar était de « déstabiliser les institutions » de la RD Congo. Il a dit que l’attitude des autorités sénégalaises qui ont autorisé la rencontre était « inacceptable » et que cela « dénote d’une forte dose d’irresponsabilité ».

Réaction d’Ida Sawyer, chercheuse senior de la division d’Afrique à Human Rights Watch :

« Il n’y a rien d’illégal ou de déstabilisant lorsque les Congolais exercent leur droit de se réunir pour discuter des élections ou de planifier des manifestations pacifiques, que ce soit en RD Congo ou ailleurs.
Les allégations par les autorités congolaises selon lesquelles les personnes qui discutent ou dénoncent une prorogation du mandat du Président Kabila, au-delà de deux mandats autorisés par la constitution, conspireraient à déstabiliser les institutions congolaises ou complotent des actes criminels, sont sans fondement. 
De telles remarques ne sont que le dernier exemple d’efforts du gouvernement congolais visant à réprimer l’opposition politique et d’autres personnes perçues comme opposants au gouvernement. Tous les citoyens congolais ont le droit de tenir des réunions, de discuter des élections, et d’organiser et de participer à des manifestations pacifiques sans être emprisonnés, maltraités, menacés ou tués par les forces de sécurités ou les officiels du gouvernement, comme cela a souvent été le cas au cours de ces douze derniers mois.
Les autorités congolaises devraient prendre des mesures dans les plus brefs délais  pour mettre fin à la préoccupante répression politique et pour s’assurer que tous les Congolais – y compris les participants à la rencontre de Dakar – ont la possibilité de d’exprimer librement leurs opinions et participer à des réunions, des manifestations et d’autres activités pacifiques.»

Contexte
La rencontre à Dakar était co-organisée par Filimbi, un mouvement d’action civique de jeunes congolais. A la fin d’un atelier dans la capitale congolaise, Kinshasa, en mars 2015 pour lancer Filimbi, environ 30 personnes étaient arrêtées, dont des activistes de mouvements des jeunes congolais et ouest africains, des journalistes, des musiciens et d’autres personnes. A l’époque, le ministre congolais des Medias, Lambert Mende, accusait Filimbi de planifier des « activités terroristes » et une « insurrection violente ».

Une mission « d’information parlementaire », établit le 27 mars pour examiner la manière dont les services de sécurité ont géré le dossier Filimbi, n’a trouvé aucune preuve démontrant que les dirigeants de Filimbi et les participants à l’atelier étaient impliqués dans la commission ou la préparation d’actes terroristes ou d’autres crimes violents. L’Assemblée nationale de la RD Congo a par la suite recommandé une « solution politique » qui permettrait la libération des activistes de Filimbi qui sont en détention et d’abandonner toutes les charges contre les représentants de Filimbi. A ce jour, deux activistes de Filimbi restent en détention : Fred Bauma et Yves Makwambala. D’autres représentants de Filimbi craignent être arrêtés s’ils retournent en RD Congo et ont cherché asile à l’étranger.

Intégralité du discours du Président de la République Joseph Kabila Kabange sur l'état de la Nation devant le Congrès.

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
Honorable Président du Sénat,
Honorables Députés et Sénateurs,
Je suis devant vous ce jour, une fois de plus, afin de rendre compte de l’état de la Nation.
A ce sujet, comment ne pas évoquer, au seuil de Mon propos, la catastrophe naturelle que viennent de connaitre plusieurs villes et localités de notre pays, du fait des inondations causées par des pluies diluviennes, et qui ont entraîné la perte de plusieurs dizaines de vies humaines.
Au-delà des mesures déjà prises, et celles en cours pour prévenir et faire efficacement face à ces genres de situations à l’avenir, Je tiens à exprimer, au nom de la Nation attristée et en mon nom personnel, nos sincères condoléances à toutes les familles éprouvées.
En mémoire des victimes de ces inondations, comme de ceux de nos compatriotes qui, au cours de l’année 2015, sont tombés sur les différents théâtres des opérations militaires ou nous ont quitté, dans l’exercice de leurs charges publiques ou non, Je vous prie de garder une minute de silence.
Honorables Députés et Sénateurs,
L’état de la Nation congolaise ce lundi 14 décembre 2015 est pour le moins contrasté, l’embellie dans certains secteurs ne pouvant occulter les préoccupations légitimes de chacun de vous dans d’autres.
Tel est cependant le sort commun à toutes les Nations du monde.
Motif de satisfaction, voir de fierté légitime, je commencerai par relever le fait qu’en dépit des multiples défis, demeure préservé l’héritage commun nous légué par les héros et martyrs de notre indépendance, à savoir : un Congo uni, libre et véritablement souverain, dans les limites de ses frontières internationales héritées de la colonisation.
Nous y sommes parvenus grâce à nos forces de défense et de sécurité et au concours de tous les Congolais, expression renouvelée de notre vouloir vivre collectif et de la complicité exemplaire entre le peuple et son armée.
Dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, les forces négatives, défaites militairement il y a une année, par nos vaillantes forces armées, sont passées de la guerre conventionnelle à des actes terroristes ciblés auxquels nos forces de défense et de sécurité s’emploient à mettre fin avec le concours actif et précieux de nos populations.
La situation dans les zones frontalières du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, fait également l’objet d’une attention particulière de nos forces de sécurité, en raison du flux des réfugiés en provenance du Burundi.
La même approche prudentielle et préventive est de mise dans les localités frontalières à la République Centrafricaine, pays où nous avons été amenés à dépêcher une unité de nos forces armées afin de contribuer, sous l’égide des Nations unies, à la normalisation de la situation politique et sécuritaire.
Nous félicitons ici tous les éléments de cette unité, dont l’efficacité opérationnelle reconnue de tous au niveau de la communauté internationale, inspire estime et considération.
Fidèle à son hospitalité légendaire et à sa vocation régionale et africaine, notre pays sera toujours aux côtés de nos frères et sœurs d’autres pays en détresse, tout en prenant les dispositions qui s’imposent pour prévenir toute atteinte à sa propre sécurité et à celle de ses habitants.
C’est dans cet esprit que s’inscrit la mise en service d’un système d’identification et de repérage des passagers qui est déjà opérationnel au niveau de treize postes frontaliers sur les trente-trois prévus à l’horizon 2017. Ce système permet une information centralisée de contrôle des passagers et des documents de voyage, ainsi qu’une gestion saine et efficace des données migratoires.
En définitive, l’ensemble du territoire national est aujourd’hui sous le contrôle du Gouvernement de la République et le sera chaque jour davantage, en dépit de quelques poches de résistance résiduelles des forces négatives en voie d’éradication par nos forces armées et de police.
Honorables Députés et Sénateurs,
Au plan économique, notre pays a engrangé, au cours de ces dernières années, des performances remarquables en termes de stabilisation du cadre macroéconomique et de croissance économique, fruit d’une politique engagée depuis 2001. Cela va de nouveau se confirmer, au terme de l’année en cours, avec un taux de croissance estimé à 7,7%, un taux d’inflation de moins de 1% et des réserves internationales brutes évaluées à 1,46 milliards de dollars américains.
Ces résultats, combinés à une gestion rigoureuse des finances publiques, ont permis de renforcer les capacités de notre Pays à financer des investissements importants sur base des ressources nationales. C’est le cas notamment de la construction et de la réhabilitation des bâtiments publics et des infrastructures économiques, d’achat et de réhabilitation des unités de transport tant aérien, fluvial que ferroviaire.
La conjoncture économique internationale, marquée par la chute des cours de principales matières premières, appelle cependant à la prudence et à des mesures conservatoires.
Le ralentissement de l’économie mondiale et l’assombrissement des perspectives économiques internationales a eu, en effet, pour conséquence, la baisse des prix du cuivre et l’or, principales matières premières d’exportation de notre pays, respectivement de près de 19% et de 8% en moyenne à fin novembre 2015, la baisse du moral des chefs d’entreprises et une contraction des réserves budgétaires.
Il est à craindre que ces tendances entrainent comme risque, en 2016, la compromission des acquis de plusieurs années d’efforts de stabilisation et de relance économique.
Face à cette situation, J’ai instruit le Gouvernement de prendre des mesures visant, d’une part, à stabiliser la situation et, d’autre part, à améliorer la résilience de notre économie et à permettre une croissance soutenue de cette dernière grâce à une politique de diversification économique et d’industrialisation qui accorde une meilleure place aux secteurs porteurs dont l’agriculture, et qui privilégie les Zones Economiques Spéciales comme stratégie de mise en œuvre.
La réhabilitation et la modernisation du domaine Agro-industriel de la Nsele et l’implantation des Parcs Agro-Industriels, à l’instar de celui de Bukanga-Lonzo dans la Province du Kwango est une parfaite illustration de cette politique.
En tant qu’expérience pilote de mise en œuvre du plan national d’investissement agricole, l’essaimage de ces Parcs dans les autres provinces de la République sera accéléré dès le début de l’an 2016 et concernera prioritairement les 11 sites dont les études de préfaisabilité sont déjà disponibles.
Le Maniema, le Tanganyika, le Nord-Ubangui et le Kongo Central, sont à ce sujet déjà pré positionnés.
Par ailleurs, des mesures spécifiques d’encadrement des dépenses publiques et des réformes structurelles à impact rapide ont été arrêtées et un Comité de pilotage de haut niveau, ainsi qu’une Task Force chargés du suivi de la mise en œuvre des mesures envisagées mis en place.
Le succès attendu de ces mesures ne sera cependant possible que si, plus que jamais, nous nous attaquons à la corruption, véritable pieuvre qui obère tous nos efforts de mobilisation des recettes et de développement.
Cette croisade doit mobiliser toutes les institutions de la république.
Honorables Députés et Sénateurs,
La stabilité macroéconomique n’étant pas une fin en soi, il est temps, plus que temps, de sortir des sentiers battus, de faire montre d’imagination et d’audace, de quitter le statuquo et d’aller vers le développement.
Ce qui passe par un appui soutenu à l’investissement public productif ; par la poursuite de l’amélioration du climat des affaires afin de stimuler l’investissement national et d’attirer plus d’investissements directs étrangers, et par l’exploration de sources nouvelles et innovantes de financement extérieur, sans omettre la possibilité de mobilisation de l’épargne interne.
L’impératif de l’adoption d’une Loi spécifique sur le partenariat public-privé s’inscrit dans cette même perspective.
Il en est de même du positionnement de petites et moyennes entreprises, comme un de principaux moteurs de la nouvelle politique économique du pays, et qui devra se concrétiser par le renforcement des mécanismes d’appui et de financement à l’entreprenariat local, particulièrement celui des jeunes et des femmes.
C’est à ce prix que nous consoliderons nos efforts actuels de croissance, en rendant celle-ci plus inclusive ; que nous nous donnerons les moyens de poursuivre la révolution de la modernité en cours, dont les premiers jalons inspirent espoir et fierté légitimes ; que nous atteindrons le cap de l’émergence à l’horizon 2030, et que nous réduirons en conséquence, l’extraversion excessive de notre système économique.
Honorables Députés et Sénateurs,
Par-delà ces perspectives économiques qui interpellent, on peut se féliciter des progrès réalisés dans le cadre de notre programme de réhabilitation et de modernisation des infrastructures économiques.
C’est le cas dans le domaine des infrastructures routières où, en dépit de l’insuffisance des ressources financières, les efforts du Gouvernement ont permis de maintenir plus de 23.000 km de routes en état de praticabilité et d’assurer 19 liaisons sûres entre les 26 Chefs-lieux de provinces.
Ces efforts vont se poursuivre pour désenclaver les régions isolées du pays, principalement les zones à forte densité de population, et à grand potentiel de production agro-industrielle, et pour assurer la connectivité avec les pays frontaliers, de manière à garantir l’intégration régionale.
L’ambition est de développer un réseau routier répondant aux standards internationaux, c’est-à-dire, des routes revêtues et des ponts d’une capacité de 60 tonnes minimum, ce qui devrait permettre de poursuivre le désenclavement du territoire national et d’encourager la complémentarité multimodale route-
rail-voie hydraulique, tout en respectant des normes environnementales conformes aux exigences du développement durable.
Au premier semestre 2016, le Gouvernement va ainsi finaliser un programme routier qui, avec l’appui des Partenaires, permettra d’entretenir environ 2.400 km de routes déjà livrés dans le cadre des accords de financements précédents, et de réhabiliter environ 800 km supplémentaires sur les axes Akula – Gemena – Libenge ; Boyabo – Zongo ; Kasindi – Beni ; Komanda – Bunia – Mahagi, et Goma – Kavumu.
Dans le cadre de l’aménagement en cours de la Nationale n° 1, il est prévu le bitumage des tronçons Pont Luvua – Tshikapa et Tshikapa – Kamwesha avec aménagement des voies secondaires et quelques infrastructures connexes : écoles, centres de santé, marchés, et infrastructures de stockage des produits agricoles.
Dans le cadre de la facilitation des échanges transfrontaliers, des dispositions ont déjà été prises afin de réduire le temps de voyage sur le trajet de Lubumbashi au port de Dar Es Salaam, long de près de 400 km.
Chaque jour qui passe, voit donc un coin de la République relié à un autre par voie routière, à tel enseigne qu’il est aujourd’hui posssible de partir de Lubumbashi à Bukavu en moins de 72 heures, contre plusieurs semaines antérieurement, en passant par Kalemie, Fizi et Uvira.
Pour ce qui est des voiries urbaines, les réalisations principales de l’année en cours peuvent être résumées de la manière suivante : 42,072 km de voirie ont été asphaltés dans les villes non couvertes par des programmes conséquents depuis 2011, tandis que, lancés au mois de février 2014, les travaux de bitumage de 24 km de voiries à Goma se sont poursuivis à un rythme satisfaisant.
En 2016, les travaux de voirie, arrêtés en 2015 faute de financement, vont reprendre avec vigueur dans plusieurs chefs-lieu de province.
Un accent particulier a été mis également dans la construction et réhabilitation des voies de desserte agricole, l’objectif étant de faciliter l’acheminement des produits agricoles des centres de production vers les centres de consommation.
Il s’agit notamment de la réhabilitation de 2034 Km de routes dans les ex-provinces de Bandundu, Kasaï-Oriental, Province Orientale et Bas-Congo.
Dans le secteur du Transport aérien, il y a lieu de signaler l’amélioration de la sécurité aérienne à travers l’augmentation du taux de couverture en radiocommunication de l’espace aérien qui est passé de 20% en 2013 à 75% en 2015, avec pour objectif, d’atteindre 95% d’ici mars 2016.
Désormais, la République Démocratique du Congo n’inspire plus la frayeur au personnel navigant des aéronefs en ligne ayant à traverser son espace aérien. Elle est en mesure de visualiser lesdits aéronefs, grâce aux investissements réalisés au cours de cette année, notamment, la construction et l’équipement de nouvelles tours de contrôle et de blocs techniques y rattachés, à l’aéroport international de N’djili à Kinshasa, et à celui de la Luano à Lubumbashi.
Il faut signaler également l’opérationnalisation, depuis le mois de septembre dernier, de l’aérogare modulaire destiné aux vols internationaux, à l’aéroport international de N’djili, avec une capacité annuelle de traitement de 1 million de passagers, suivant les standards requis, la fin des études en vue de la construction d’une nouvelle aérogare définitive, ainsi que la réhabilitation et la modernisation en cours des installations des aéroports de Goma et de Kisangani.
Toujours à propos du transport aérien, lors de mon dernier discours sur l’Etat de la Nation en 2014, j’avais promis qu’après plusieurs décennies d’absence dans les cieux, le drapeau congolais allait, sous peu, flotter de nouveau sur les ailes d’une compagnie nationale. Aujourd’hui, c’est chose faite, grâce à l’acquisition de deux aéronefs de la nouvelle compagnie nationale CONGO AIRWAYS. Le démarrage des vols commerciaux de ce nouveau né de l’aviation congolaise est intervenu en date du 20 octobre 2015, entrainant, non seulement l’augmentation de la capacité de desserte en transport aérien à travers le traitement de 18.299 passagers de plus, d’octobre à décembre 2015, mais aussi la réduction de la pression tarifaire de plus de 50 %.
L’effort d’investissement et l’amélioration des conditions de transport aérien vont se poursuivre avec l’acquisition projetée en 2016, de 2 à 4 nouveaux aéronefs.
Dans le secteur du Transport fluvial, la réhabilitation de l’unité flottante ITB Kokolo a permis de relancer le trafic des personnes et des marchandises sur le fleuve Congo, depuis septembre de cette année, et de réduire, de 28 à 17 jours, la durée du voyage, ainsi que la pénibilité de celui-ci sur le tronçon Kinshasa-Kisangani, long de 1834 km. Celle du bateau M/S Gungu en phase de finition fera de même sur les affluents du fleuve à partir de l’année 2016.
Dans le secteur du transport ferroviaire, l’année a été marquée par l’acquisition, en faveur de la Société nationale de chemin de fer, de 38 locomotives neuves, dont 12 sont opérationnelles depuis le mois de septembre.
Le temps de parcours sur le tronçon Lubumbashi-Kindu, Lubumbashi-Kalemie et Lubumbashi-Mwene Ditu s’en trouve sensiblement réduit.
Sur l’axe Matadi-Kinshasa, le train marchandise a repris service après dix ans d’interruption, tandis que des voitures à passagers modernes viennent d’être commandées, tant pour cet axe que pour le réseau SNCC.
Dans le secteur des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, le déploiement du réseau Backbone à fibre optique s’est poursuivi avec la phase Kinshasa – Kasumbalesa via Lubumbashi, soit sur une distance de 3.300 Km. L’inauguration de cette phase aura lieu fin décembre 2015 et permettra de relier notre pays à la Zambie.
Notre vision à moyen terme de couvrir environ 30 millions de lignes fixes ou mobiles d’ici 2016 est donc réalisable.
Par ailleurs, l’informatisation de l’administration publique, des services spécialisés et des postes frontaliers, l’amélioration de la gouvernance et de la concurrence électronique, la régulation des marchés, la réforme du cadre légal, le passage de la Télévision analogique à la Télévision numérique, ont aussi connu des développements considérables.
Bien plus, au moment où le processus de décentralisation connaît une accélération, il était impératif que le secteur des postes soit considéré comme un pivot de l’intégration de nos 26 provinces et pour mieux faire connaître notre pays au monde. La relance de ce secteur a commencé en 2015 et se poursuivra au courant de l’an 2016.
Honorables Députés et Sénateurs,
Dans le secteur de la Santé, les efforts engagés par le Gouvernement en termes de construction ou réhabilitation des hôpitaux et centres de santé, d’équipement des infrastructures sanitaires et de mise en place des mécanismes d’approvisionnement régulier en médicaments essentiels ont permis à notre pays d’être déclaré pays sans polio par l’OMS depuis le mois de novembre de cette année. Ils ont également permis l’accélération de la réduction de la mortalité de la mère et de l’enfant.
La mortalité infanto-juvénile est ainsi passée de 148 décès pour 1000 naissances vivantes en 2007 à 104 décès pour 1000 naissances vivantes en 2014, soit une réduction de près de 30%. Quant à la mortalité maternelle, son ratio est passé de 1.289 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2001 à 846 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2014.
Dans le domaine de l’enseignement, l’amélioration des conditions de scolarisation et d’apprentissage de nos enfants s’est poursuivie sans relâche, l’objectif ultime demeurant l’accroissement de l’accès à l’éducation, sur fond de promotion de l’égalité des chances à tous les niveaux d’éducation de base pour les filles, les enfants en difficulté, vulnérables ou défavorisés, ainsi que l’amélioration de la qualité des enseignements et des apprentissages.
S’agissant de l’accès à l’éducation, au niveau préscolaire, le total des enfants enregistrés est passé de 280.000 en 2013/2014 à 320.000 en 2014/2015.
Quant à l’enseignement primaire, à la faveur de la gratuité, il compte aujourd’hui 15,5 millions d’élèves contre 13,6 millions à la rentrée scolaire 2013/2014, tandis que 16,5 millions d’élèves sont attendus en 2016.
Ces bonnes performances s’expliquent par l’extension progressive de la gratuité, la prise en charge, sur le budget de l’Etat, des salaires de plus de 25.000 nouveaux enseignants, et la distribution de vingt millions de manuels scolaires dans toutes les écoles du pays, y compris les écoles privées.
Elles s’expliquent également par la mise en œuvre des programmes de construction d’écoles, afin d’accroître les capacités et d’améliorer les conditions d’accueil des élèves. Au total, 787 écoles ont été construites en 2013/2015, dont 512 directement sur fonds propres, tandis que 232 chantiers sont encore en cours d’exécution. Ainsi, mille écoles, au total, devront avoir été construites à la fin de l’année scolaire 2015/2016 et la millième école devrait être livrée au cours du premier trimestre de l’an 2016.
En ce qui concerne l’Enseignement Supérieur et Universitaire, une réflexion en profondeur a été engagée à ma demande, en vue de décider du type d’enseignement qui sied le mieux aux exigences de développement de notre pays : un enseignement universitaire de masse mais fonctionnel, ou un enseignement universitaire élitiste et général.
Pour garantir une croissance économique significative et durable, l’émergence d’un entrepreneuriat national et la compétitivité internationale de notre pays, il est impératif que notre système d’enseignement universitaire et supérieur permette à nos jeunes d’acquérir des savoirs, des compétences et des aptitudes susceptibles d’aider à réduire la fracture de l’inadéquation formation-emploi.
Pour ce faire, la priorité sera accordée à l’éducation et à la formation professionnelle et technique, avec un accent particulier sur la promotion de la science, de la technologie et de l’innovation, facteurs essentiels de la puissance économique de tout pays émergent.
Enfin, en dépit des défis importants restant à relever dans ces secteurs, l’amélioration progressive des conditions de vie de nos populations et de leur bien-être s’est poursuivie à travers les efforts menés, en partenariat avec le secteur privé, dans le domaine de l’approvisionnement en eau potable et en électricité, tant dans les milieux urbains que dans les milieux ruraux.
Cette amélioration se fait à travers la réhabilitation des infrastructures existantes gérées par la SNEL et la REGIDESO, la construction de nouvelles infrastructures, la recherche des solutions palliatives, notamment solaires, et l’importation d’énergie. Elle passe aussi par la réforme et la libéralisation du secteur de l’Electricité, la construction et l’exploitation des centrales à moyenne puissance, et la promotion de kits solaires pour réduire l’utilisation des lampes tempêtes et des bougies en milieux ruraux.
Les projets spécifiques dans le secteur de l’électricité sont, à court terme :
• la construction achevée du barrage de 13,8 MW à Matebe, dans le territoire de Rutshuru ;
• la réhabilitation en cours des centrales d’Inga au Kongo Central, de Tshopo dans la Province de la Tshopo ainsi que de Nseke et Nzilo au Katanga qui devrait porter le productible de 800 MW à 1.300 MW et permettre d’améliorer le réseau électrique de Kinshasa, à fin 2016 ;
• la construction largement engagée des centrales de Zongo 2, Kakobola et Katende qui, ensemble, devraient produire près de 230 MW d’ici la fin de 2017, améliorant ainsi la desserte en électricité des populations des anciennes provinces du Bandundu, du Kasaï-Occidental, du Kasaï-Oriental et de Kinshasa, soit plus ou moins trente millions de congolaises et de congolais.
A moyen terme, il y a lieu de mentionner la construction d’Inga 3 basse chute devant produire 4.800 MW, dont 2300 destinés à la satisfaction de la demande intérieure.
L’entrée en opération de ces différents ouvrages devrait améliorer le taux de desserte en électricité de notre pays qui, quoiqu’étant passé de 9 à 15% ces 3 dernières années, reste encore faible par rapport à la moyenne africaine de 30%.
Dans le secteur de l’eau, les travaux achevés au cours de l’année 2015 sont ceux de réhabilitation et de renforcement des installations d’alimentation en eau potable de Tshikapa, Mwene Ditu, Ngandajika, Lodja, Kabinda, Lisala, Tshimbulu, Bulungu, Masi-Manimba et Matadi.
Sont en cours d’achèvement et devraient être livrés d’ici fin décembre 2015 ou juste après, les travaux de réhabilitation et de renforcement des installations d’alimentation en eau potable de Mbuji-mayi, Kinshasa et Lubumbashi.
Le taux de la desserte nationale en eau potable, aujourd’hui de 26% contre une moyenne africaine de 60%, devrait s’en trouver nettement amélioré.
Honorables Députés et Sénateurs,
Au courant de cette année qui s’achève, les droits de la femme ont connu une avancée significative dans notre pays, suite à la promulgation de la Loi du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité.
En exécution de cet instrument juridique, l’accès de la femme aux fonctions politiques s’est fortement amélioré avec la désignation de plus de 30% de femmes parmi les Commissaires Spéciaux du Gouvernement chargés de gérer les nouvelles provinces. Je lance un appel aux partis politiques de poursuivre cet élan et de consolider cet acquis.
Dans le même ordre d’idées, la protection de la femme contre les violences qui lui sont faites s’est poursuivie avec détermination au cours de l’année, grâce à l’intensification de la lutte contre les groupes armés, source matricielles desdits actes, et de celle contre l’impunité des auteurs de violences, plus que jamais pour moi, une urgence et une priorité.
Les résultats obtenus, soit un recul de 33% des cas de viol rapportés de 2013 à 2014, confortent la justesse de la décision que j’avais prise, il y a un an, de marquer résolument ma volonté de garantir la dignité de la femme congolaise par la nomination d’un Représentant Personnel chargé de la lutte contre les violences sexuelles et l’enrôlement des enfants. Ils sont aussi dus à l’action de tous les acteurs dans ce domaine, dont des ONG nationales, ainsi que la Justice, singulièrement la Justice militaire qui, de 2014 à ce jour, a condamné plus de 135 auteurs de viols, sans considération de leur rang ou grade.
Nous veillerons à ce que ces résultats, qui sont aujourd’hui unanimement salués par la communauté internationale, continuent sans cesse de s’améliorer jusqu’à ce que nous atteignions le seul objectif moralement acceptable, celui de zéro viol en république Démocratique du Congo.
Il en va de même de la protection de l’enfant qui sera renforcée à travers, notamment, l’adoption prochaine d’une législation appelée à clarifier les mécanismes de l’adoption internationale dans notre pays, et à éviter que, sous des motivations d’ordre humanitaire, ce dernier ne devienne, du fait des gens sans scrupule, une plaque tournante du répréhensible trafic d’êtres humains, comme cela a parfois été le cas dans une époque récente, nous obligeant à décréter, dans l’intérêt de nos enfants, un moratoire sur les adoptions internationales.
Au plan diplomatique, les efforts menés ont permis de consolider nos relations avec les 9 pays qui nous entourent et de bâtir des partenariats stratégiques au niveau tant régional qu’international autour, notamment, des projets intégrateurs comme celui du barrage hydroélectrique d’INGA.
Dans cette perspective, notre pays a activement participé aux Sommets Inde-Afrique et Chine-Afrique, ainsi qu’à plusieurs rencontres internationales portant sur des sujets d’intérêt vital.
C’est le cas notamment de la dernière Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies, en septembre 2015 à New York, doublement marquée par la célébration du soixante-dixième anniversaire de l’Organisation Universelle et par l’adoption de l’Agenda des Nations Unies post-2015, ainsi que des objectifs du développement durable.
C’est aussi et surtout le cas de la vingt et unième Conférence des Nations Unies sur le Climat qui vient de se tenir à Paris. En l’espèce, il s’agissait ni plus ni moins, que de décider de l’avenir de la planète, voire du sort de l’humanité.
Nous sommes donc en droit de nous réjouir qu’après de longues et âpres négociations, cette Conférence ait abouti à l’adoption, à l’unanimité, d’un accord universel, ambitieux, différencié, durable et juridiquement contraignant, assorti d’objectifs précis et d’engagements financiers conséquents.
Nous le sommes d’autant plus que, fort de son imposant massif forestier et de ses importantes ressources en eau douce, notre pays a joué, au cours de ces assises, un rôle à la hauteur de son poids écologique, contribuant ainsi, de manière significative, au succès de la Conférence.
Honorables Députés et Sénateurs,
S’agissant de la réforme de l’Etat, Je rends un hommage mérité aux Honorables Députés et Sénateurs qui, au cours de l’année qui s’achève, ont doté le pays de plusieurs lois ayant rendu possible la nouvelle organisation territoriale et l’installation de vingt et une nouvelles provinces.
Au nombre de ces actes législatifs, on peut citer :
- La Loi de programmation du 28 février 2015 déterminant les modalités d’installation de nouvelles provinces ;
- Et la Loi organique du 25 mars 2015 portant fixation des limites des provinces et celles de la ville de Kinshasa.
La Loi du 25 août 2015 fixant le statut des Chefs coutumiers, suivie de la certification des entités coutumières, participent de même à l’approfondissement de notre processus de décentralisation.
Je vous exhorte à parachever cette architecture normative en réexaminant rapidement la Loi organique portant organisation et fonctionnement de la Caisse Nationale de Péréquation, et en adoptant le projet de Loi portant statut du personnel de carrière des services publics du Pouvoir Central, des provinces et des entités décentralisées.
En attendant l’adoption de ces instruments, et afin de permettre la bonne fin du processus d’installation de nouvelles provinces, J’ai instruit le Gouvernement d’initier, en concertation avec les autorités provinciales, un programme d’équipement, de réhabilitation et de construction des infrastructures nécessaires au fonctionnement de nouvelles provinces et d’envisager un budget prévisionnel destiné au financement des travaux prioritaires de celles-ci.
Au plan judiciaire, la réforme de l’Etat devra se poursuivre par la création des conditions d’installation de nouvelles hautes juridictions du pays, après la Cour Constitutionnelle, à savoir : la Cour de Cassation et le Conseil d’Etat. Dans cette optique, l’adoption de la proposition de Loi organique sur les juridictions de l’ordre administratif mérite de bénéficier de la diligence des Honorables Députés et Sénateurs.
Quant au Gouvernement, dans la perspective de l’organisation des prochains scrutins électoraux, il devra accélérer l’installation des Tribunaux de Paix à travers toute la République, en conformité avec la cartographie électorale.
C’est ici le lieu de rappeler que la distribution de la justice demeure préoccupante dans notre pays et que nos populations doutent de la capacité de notre appareil judiciaire à répondre adéquatement à leurs préoccupations. Face à cette triste réalité, le Gouvernement est instruit d’accélérer la mise en œuvre des recommandations issues des états généraux de la Justice.
En matière de protection des droits humains, l’adoption des Lois modifiant et complétant le Code pénal, le Code de procédures pénales et le Code judiciaire militaire, en vue de la mise en œuvre du Statut de Rome, devra compter parmi les éléments clé de la stratégie nationale de lutte contre l’impunité des crimes graves.
Un domaine qui appelle lui aussi des réformes profondes et urgentes est celui de la gestion, distribution et affectation des terres, afin, notamment, d’éradiquer ou à tout le moins réduire sensiblement les conflits fonciers. Cette réforme devrait être menée en prenant en compte les exigences de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et des secteurs de l’Agriculture, Forêts, Environnement et Mines.
Elle implique aussi la modernisation des outils de gestion, un recours accru aux moyens électroniques, ainsi que des sanctions sans appel à l’endroit des cadres et agents véreux et peu soucieux des devoirs de leur charge.
Honorables Députés et Sénateurs,
Les progrès réalisés au cours de l’année 2015 l’ont été à la faveur de la paix et de la stabilité politique et économique retrouvées, sans lesquelles rien n’aurait été possible. Voilà pourquoi au plan politique, tout en me félicitant de la mise en place de la nouvelle équipe de la CENI, et en vue de permettre à celle-ci d’accomplir sa mission à la satisfaction de tous, Je viens d’engager la Nation sur la voie du Dialogue Politique National Inclusif.
La mise en place, en cours, du Comité Préparatoire, et celle prochaine de la facilitation internationale, permettront, à brève échéance, le démarrage effectif dudit dialogue, avec pour objectif de trouver des solutions consensuelles aux questions majeures qui minent le processus électoral, ouvrant ainsi la voie à des élections crédibles et apaisées.
Une fois de plus, J’encourage vivement les Congolaises et Congolais à tirer avantage de notre tradition séculaire du dialogue comme mode de règlement des divergences politiques et sociales.
En effet, ce n’est pas par la violence que nous réglerons nos divergences. Ce n’est pas non plus des Nations Unies, de l’Orient ou de l’Occident que viendront les solutions à nos problèmes. Mais plutôt de nous-mêmes, et par le dialogue entre des Congolaises et des Congolais, mus par la fibre patriotique, et inspirés par l’appel à l’auto-détermination et à l’auto-prise en charge, toujours d’actualité, de nos deux héros nationaux, Patrice Emery LUMUMBA et M’zee Laurent Désiré KABILA.
En ma qualité de Garant de la Nation, J’en appelle, une fois de plus, au sens élevé de responsabilité de chacun et de tous, afin qu’au sortir du Dialogue National, nous soyons plus unis qu’avant, dans la mise en œuvre d’un processus électoral authentiquement congolais, fruit d’un consensus librement dégagé, avec pour objectifs la consolidation de notre jeune démocratie, et la préservation de la paix chèrement acquise, de la sécurité, de la stabilité et des progrès enregistrés sur la voie du développement de notre pays.
J’aimerais, à cet effet, rassurer l’ensemble de notre peuple que je ne permettrai pas que les sacrifices consentis ensemble au cours de ces dernières années pour bâtir la paix et la sécurité dans notre pays et dans la région, balisant ainsi la voie vers l’émergence, soient compromis, sous quelque prétexte que ce soit, par ceux qui, de mauvaise foi et de manière délibérée, choisiront de rester enfermés dans leurs postures négativistes, refusant le dialogue au profit des complots contre la République et promettant sang et sueur à notre peuple.
Il n’y aura ni l’un, ni l’autre.
Que notre peuple sache donc que ses intérêts et ses aspirations légitimes à la quiétude et au bien-être seront, en tout temps et en toutes circonstances, sauvegardés et promus par les Institutions de la République.
Là où il lui est promis la mort, nous l’assurons que tout sera mis en œuvre pour protéger la vie. Là où on veut tout détruire, notre engagement c’est de construire et de développer sans relâche nos villes et nos campagnes.
A notre peuple de choisir, lors des élections, lequel des deux projets de société lui convient le mieux.
A lui aussi de se choisir librement ses dirigeants à tous les niveaux.
A ce sujet, Je demeure une fois de plus persuadé que l’option à lever sur les modalités de vote prévues à l’article 47 de la Loi électorale, à savoir : soit le vote par bulletin à papier, soit le vote électronique, pourrait contribuer à réduire substantiellement le coût des opérations électorales.
Honorables Président de l’Assemblée Nationale,
Honorable Président du Sénat,
Honorables Députés et Sénateurs,
Au regard de ce tour d’horizon, les perspectives pour notre pays sont en définitive plus qu’encourageantes.
A chacun de nous de contribuer à amplifier la tendance au cours des années à venir.
Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo.
Je vous remercie.