Auditionné
par la commission Écofin-BG du Sénat, le Conseil d’administration de la Régie
des Voies Aériennes (RVA-SA) a dressé un tableau préoccupant du fonctionnement
de l’entreprise publique. Son président, le professeur Tryphon Kin-kiey
Mulumba, affirme que plusieurs décisions stratégiques adoptées depuis trois ans
peinent à être exécutées en raison de résistances au sein de la Direction
générale.
Le
Conseil d’administration rappelle ses prérogatives
Dans
sa réponse à l’audition du 29 avril 2026 devant la commission Écofin-BG du
Sénat, le Conseil d’administration de la RVA a d’abord tenu à clarifier les
responsabilités respectives du Conseil, de son président et de la Direction
générale.
S’appuyant
sur les statuts de l’entreprise, son règlement intérieur ainsi que les
dispositions de l’OHADA, le document rappelle que le Conseil d’administration
est l’organe chargé de définir les orientations stratégiques de la société, de
contrôler la gestion du Directeur général et de veiller à la bonne gouvernance
de l’entreprise.
Le
président du Conseil d’administration, quant à lui, est chargé d’organiser les
travaux du Conseil, de présider les réunions et de s’assurer que les
administrateurs disposent des informations nécessaires à l’exercice de leur
mission.
Le
PCA n’est pas le Directeur général
Le
document insiste sur la distinction entre les fonctions du président du Conseil
d’administration et celles du Directeur général. Selon le Conseil, le Directeur
général assure la gestion quotidienne de l’entreprise tandis que le Conseil et
son président exercent une mission de supervision, de contrôle et d’orientation
stratégique.
« Le
PCA n’est pas le Directeur général », souligne le texte, qui estime que cette
confusion est souvent entretenue au sein de l’opinion publique et même dans
certains cercles de gestion.
Des
blocages dénoncés au sein de la Direction générale
Le
Conseil d’administration affirme cependant que l’exercice de ses prérogatives
est régulièrement confronté à ce qu’il qualifie de « forces structurées de
blocage ou de barrage » au sein de la Direction générale.
Selon
le document, plusieurs décisions prises par le Conseil n’ont jamais été
exécutées ou ont connu des retards importants malgré leur validation
officielle.
Le
président du Conseil reconnaît néanmoins une évolution positive avec l’arrivée
du nouveau Directeur général, en poste depuis environ un mois, qu’il décrit
comme disposé à travailler dans un esprit de cohésion.
Des
projets stratégiques restés lettre morte
Parmi
les dossiers cités figure le projet de sécurisation des aéroports confié à la
firme britannique Westminster. Validé avant l’arrivée de l’actuel Conseil
d’administration puis reconfirmé par celui-ci, ce projet n’aurait jamais été
exécuté malgré plusieurs interventions des autorités nationales.
Le Conseil évoque également les retards dans la mise aux normes internationales des infrastructures aéroportuaires exigées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), une situation qui pourrait affecter le processus de certification des aéroports congolais.
D’autres
projets stratégiques sont également mentionnés, notamment le recouvrement de
156 millions de dollars américains de créances ; la recapitalisation de la RVA
;ble plan de redressement de l’entreprise ; la protection des emprises
aéroportuaires contre les spoliations ; la modernisation du cadre organique de
la société.
Le
nouveau siège de la Direction générale toujours en attente
Le
Conseil d’administration s’interroge également sur le retard observé dans la
construction du nouveau siège de la Direction générale. Le projet, financé en
partie par le Fonds africain de développement (FAD) dans le cadre du Programme
prioritaire de sécurité aérienne (PPSA2), devait permettre de remplacer
l’actuel bâtiment jugé vétuste.
Malgré
la signature du contrat en septembre 2025 avec l’entreprise adjudicataire,
aucun lancement visible des travaux n’a encore été constaté, selon le rapport.
Paiement
des retraités et centre médical : des interrogations persistantes
Le
document revient aussi sur un crédit bancaire destiné au paiement des décomptes
finaux des retraités, agents décédés et autres bénéficiaires. Alors qu’un
financement de 60 millions de dollars américains avait été validé par le
Conseil, la Direction générale aurait finalement opté pour un crédit réduit à
30 millions de dollars américains auprès d’un autre établissement bancaire. Le
Conseil affirme que plusieurs bénéficiaires continuent de dénoncer des
paiements incomplets ou l’absence de paiement.
Autre
dossier pointé du doigt, c'est la construction d’un centre médical de la RVA.
Lancé avec l’ambition d’être opérationnel six mois après son annonce, le projet
accuse près de deux ans de retard malgré le décaissement de plus de 816.000
dollars autorisés par le Conseil.
Des
préoccupations sur la gouvernance et les marchés publics
Le
Conseil d’administration déplore également être écarté de certaines décisions
importantes, notamment dans l’attribution de marchés liés aux infrastructures
aéroportuaires. Il cite plusieurs projets réalisés ou en cours dans les
aéroports de Kananga, Lubumbashi, Kinshasa, Bunia, Kikwit, Bandundu et
Mbuji-Mayi, pour lesquels il estime ne pas avoir toujours été suffisamment
associé au processus décisionnel.
La
gestion de certaines recettes, notamment celles liées au Go Pass, soulève
également des interrogations au sein de l’organe de gouvernance.
Une
trésorerie fragilisée par la guerre dans l’Est du pays
Le
Conseil souligne enfin que la situation financière de la RVA reste fortement
affectée par le conflit armé dans l’Est du pays. L’occupation des aéroports de
Goma et de Kavumu par les rebelles a entraîné des pertes importantes pour
l’entreprise.
Toutefois,
une note positive est relevée dans le domaine du recouvrement des redevances de
survol. Grâce à un accord conclu avec l’Association du transport aérien
international (IATA), la RVA a déjà encaissé plus d’un million de dollars
américains à la fin du mois d’avril 2026, tandis que d’autres paiements étaient
attendus au cours du mois de mai.
À
travers ce rapport, le Conseil d’administration appelle à une meilleure
collaboration entre les organes de gestion de la RVA afin d’assurer l’exécution
effective des décisions stratégiques et de garantir le redressement durable de
l’entreprise publique.
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