APO

samedi 30 mai 2026

RVA : le Conseil d’administration dénonce des blocages internes et défend son rôle stratégique

Auditionné par la commission Écofin-BG du Sénat, le Conseil d’administration de la Régie des Voies Aériennes (RVA-SA) a dressé un tableau préoccupant du fonctionnement de l’entreprise publique. Son président, le professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba, affirme que plusieurs décisions stratégiques adoptées depuis trois ans peinent à être exécutées en raison de résistances au sein de la Direction générale.

Le Conseil d’administration rappelle ses prérogatives

Dans sa réponse à l’audition du 29 avril 2026 devant la commission Écofin-BG du Sénat, le Conseil d’administration de la RVA a d’abord tenu à clarifier les responsabilités respectives du Conseil, de son président et de la Direction générale.

S’appuyant sur les statuts de l’entreprise, son règlement intérieur ainsi que les dispositions de l’OHADA, le document rappelle que le Conseil d’administration est l’organe chargé de définir les orientations stratégiques de la société, de contrôler la gestion du Directeur général et de veiller à la bonne gouvernance de l’entreprise.

Le président du Conseil d’administration, quant à lui, est chargé d’organiser les travaux du Conseil, de présider les réunions et de s’assurer que les administrateurs disposent des informations nécessaires à l’exercice de leur mission.

Le PCA n’est pas le Directeur général

Le document insiste sur la distinction entre les fonctions du président du Conseil d’administration et celles du Directeur général. Selon le Conseil, le Directeur général assure la gestion quotidienne de l’entreprise tandis que le Conseil et son président exercent une mission de supervision, de contrôle et d’orientation stratégique.

« Le PCA n’est pas le Directeur général », souligne le texte, qui estime que cette confusion est souvent entretenue au sein de l’opinion publique et même dans certains cercles de gestion.

Des blocages dénoncés au sein de la Direction générale

Le Conseil d’administration affirme cependant que l’exercice de ses prérogatives est régulièrement confronté à ce qu’il qualifie de « forces structurées de blocage ou de barrage » au sein de la Direction générale.

Selon le document, plusieurs décisions prises par le Conseil n’ont jamais été exécutées ou ont connu des retards importants malgré leur validation officielle.

Le président du Conseil reconnaît néanmoins une évolution positive avec l’arrivée du nouveau Directeur général, en poste depuis environ un mois, qu’il décrit comme disposé à travailler dans un esprit de cohésion.

Des projets stratégiques restés lettre morte

Parmi les dossiers cités figure le projet de sécurisation des aéroports confié à la firme britannique Westminster. Validé avant l’arrivée de l’actuel Conseil d’administration puis reconfirmé par celui-ci, ce projet n’aurait jamais été exécuté malgré plusieurs interventions des autorités nationales.

Le Conseil évoque également les retards dans la mise aux normes internationales des infrastructures aéroportuaires exigées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), une situation qui pourrait affecter le processus de certification des aéroports congolais. 

D’autres projets stratégiques sont également mentionnés, notamment le recouvrement de 156 millions de dollars américains de créances ; la recapitalisation de la RVA ;ble plan de redressement de l’entreprise ; la protection des emprises aéroportuaires contre les spoliations ; la modernisation du cadre organique de la société.

Le nouveau siège de la Direction générale toujours en attente

Le Conseil d’administration s’interroge également sur le retard observé dans la construction du nouveau siège de la Direction générale. Le projet, financé en partie par le Fonds africain de développement (FAD) dans le cadre du Programme prioritaire de sécurité aérienne (PPSA2), devait permettre de remplacer l’actuel bâtiment jugé vétuste.

Malgré la signature du contrat en septembre 2025 avec l’entreprise adjudicataire, aucun lancement visible des travaux n’a encore été constaté, selon le rapport.

Paiement des retraités et centre médical : des interrogations persistantes

Le document revient aussi sur un crédit bancaire destiné au paiement des décomptes finaux des retraités, agents décédés et autres bénéficiaires. Alors qu’un financement de 60 millions de dollars américains avait été validé par le Conseil, la Direction générale aurait finalement opté pour un crédit réduit à 30 millions de dollars américains auprès d’un autre établissement bancaire. Le Conseil affirme que plusieurs bénéficiaires continuent de dénoncer des paiements incomplets ou l’absence de paiement.

Autre dossier pointé du doigt, c'est la construction d’un centre médical de la RVA. Lancé avec l’ambition d’être opérationnel six mois après son annonce, le projet accuse près de deux ans de retard malgré le décaissement de plus de 816.000 dollars autorisés par le Conseil.

Des préoccupations sur la gouvernance et les marchés publics

Le Conseil d’administration déplore également être écarté de certaines décisions importantes, notamment dans l’attribution de marchés liés aux infrastructures aéroportuaires. Il cite plusieurs projets réalisés ou en cours dans les aéroports de Kananga, Lubumbashi, Kinshasa, Bunia, Kikwit, Bandundu et Mbuji-Mayi, pour lesquels il estime ne pas avoir toujours été suffisamment associé au processus décisionnel.

La gestion de certaines recettes, notamment celles liées au Go Pass, soulève également des interrogations au sein de l’organe de gouvernance.

Une trésorerie fragilisée par la guerre dans l’Est du pays

Le Conseil souligne enfin que la situation financière de la RVA reste fortement affectée par le conflit armé dans l’Est du pays. L’occupation des aéroports de Goma et de Kavumu par les rebelles a entraîné des pertes importantes pour l’entreprise.

Toutefois, une note positive est relevée dans le domaine du recouvrement des redevances de survol. Grâce à un accord conclu avec l’Association du transport aérien international (IATA), la RVA a déjà encaissé plus d’un million de dollars américains à la fin du mois d’avril 2026, tandis que d’autres paiements étaient attendus au cours du mois de mai.

À travers ce rapport, le Conseil d’administration appelle à une meilleure collaboration entre les organes de gestion de la RVA afin d’assurer l’exécution effective des décisions stratégiques et de garantir le redressement durable de l’entreprise publique.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire