Une
association créée pour valoriser les femmes stylistes et la trésorière de
l’Association des Femmes Stylistes du Congo (AFSC), Noëlla Budjamabe Moseka, a
expliqué les motivations ayant conduit à la création de cette structure qui
réunit des professionnelles de la mode et de la couture en République
Démocratique du Congo.
Selon
Budjamabe Moseka, l’AFSC existe depuis deux ans et est née de la volonté de
quelques stylistes de travailler dans un cadre plus restreint et plus efficace.
« Nous avons essayé avec plusieurs associations réunissant beaucoup de
personnes, mais cela ralentissait les initiatives. Quand dix personnes
proposent une idée et que dix autres refusent, cela devient compliqué. Nous
avons donc décidé de nous mettre ensemble à cinq pour faire avancer les choses
avec plus de volonté », explique-t-elle.
Les
stylistes créent des œuvres d’esprit
Interrogée
sur le rôle des stylistes, Noëlla Budjamabe Moseka rappelle qu’il ne s’agit pas
simplement de couture, mais d’un véritable travail artistique. « Nous créons
des vêtements, nous les concevons et nous les réalisons. Quand on crée quelque
chose, c’est une œuvre d’esprit. Donc, nous sommes aussi des artistes »,
affirme-t-elle.
Elle
regrette cependant que les stylistes soient souvent marginalisés dans le
paysage culturel congolais où, selon elle, le mot “artiste” est principalement
associé aux musiciens et aux comédiens.
« Au
Congo, quand on parle d’artistes, on pense directement aux musiciens. Pourtant,
nous aussi, nous faisons de l’art », déplore-t-elle.
Une
profession qui évolue avec le temps
Avec
plus de vingt ans d’expérience dans la couture, la trésorière de l’AFSC estime
que le métier de styliste a considérablement évolué. Elle reconnaît que
certains couturiers avaient autrefois la réputation de ne pas respecter les
délais, mais souligne qu’aujourd’hui la profession se professionnalise
davantage grâce aux écoles spécialisées.
«
Maintenant, la couture ne s’apprend plus seulement chez une tante ou une maman.
Il existe des écoles où l’on apprend aussi la gestion du temps et le management
», indique-t-elle.
Pour
éviter les retards, elle affirme avoir instauré une organisation stricte dans
son atelier. « Si mon calendrier est plein, je préfère refuser une commande
plutôt que de ne pas respecter les délais donnés au client », précise-t-elle.
Les
stylistes congolais réclament plus de reconnaissance
Noëlla
Budjamabe Moseka regrette également le manque de valorisation des créations
locales par certaines personnalités congolaises, notamment dans le milieu
artistique. Car, de nombreux musiciens et personnalités publiques portent des
créations congolaises sans toujours reconnaître publiquement le travail des
stylistes locaux.
«
Dans d’autres pays, les artistes sont fiers de dire qui les habille. Ici,
certains préfèrent dire qu’ils ont acheté leurs vêtements ailleurs au lieu de
valoriser les stylistes congolais », dénonce-t-elle.
Le
prêt-à-porter n’a pas tué la couture congolaise
Contrairement
à certaines idées reçues, la styliste estime que le prêt-à-porter importé n’a
pas détruit la couture congolaise. Elle explique que la confection sur mesure
conserve une valeur particulière grâce au travail personnalisé qu’elle exige.
« Un
vêtement sur mesure demande beaucoup plus d’attention. On prend les mesures, on
conçoit le modèle et on adapte le vêtement à la personne. C’est un travail plus
complexe et plus coûteux que le prêt-à-porter », souligne-t-elle.
Les
difficultés liées à l’électricité et aux embouteillages
Parmi
les défis auxquels les stylistes font face à Kinshasa, Noëlla Budjamabe Moseka
cite notamment les coupures d’électricité et les embouteillages. Pour continuer
à satisfaire sa clientèle, elle dit recourir à des machines mécaniques ainsi
qu’à un groupe électrogène, malgré les coûts supplémentaires que cela engendre.
« Les
machines mécaniques ralentissent le travail et le carburant pour le générateur
représente des dépenses supplémentaires. Cela peut parfois décaler les
rendez-vous de livraison », explique-t-elle.
Malgré
ces difficultés, la styliste affirme ne nourrir aucun regret concernant son
métier.
« La
couture est ma passion et mon gagne-pain. Si c’était à refaire, je serais
encore couturière », conclut-elle, tout en appelant l’État congolais et la
population à soutenir davantage les stylistes du pays.
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