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samedi 30 mai 2026

RDC : « Nous sommes aussi des artistes », plaide Noëlla Budjamabe Moseka de l’Association des Femmes Stylistes du Congo

Une association créée pour valoriser les femmes stylistes et la trésorière de l’Association des Femmes Stylistes du Congo (AFSC), Noëlla Budjamabe Moseka, a expliqué les motivations ayant conduit à la création de cette structure qui réunit des professionnelles de la mode et de la couture en République Démocratique du Congo.

Selon Budjamabe Moseka, l’AFSC existe depuis deux ans et est née de la volonté de quelques stylistes de travailler dans un cadre plus restreint et plus efficace. « Nous avons essayé avec plusieurs associations réunissant beaucoup de personnes, mais cela ralentissait les initiatives. Quand dix personnes proposent une idée et que dix autres refusent, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé de nous mettre ensemble à cinq pour faire avancer les choses avec plus de volonté », explique-t-elle.

Les stylistes créent des œuvres d’esprit

Interrogée sur le rôle des stylistes, Noëlla Budjamabe Moseka rappelle qu’il ne s’agit pas simplement de couture, mais d’un véritable travail artistique. « Nous créons des vêtements, nous les concevons et nous les réalisons. Quand on crée quelque chose, c’est une œuvre d’esprit. Donc, nous sommes aussi des artistes », affirme-t-elle.

Elle regrette cependant que les stylistes soient souvent marginalisés dans le paysage culturel congolais où, selon elle, le mot “artiste” est principalement associé aux musiciens et aux comédiens.

« Au Congo, quand on parle d’artistes, on pense directement aux musiciens. Pourtant, nous aussi, nous faisons de l’art », déplore-t-elle.

Une profession qui évolue avec le temps

Avec plus de vingt ans d’expérience dans la couture, la trésorière de l’AFSC estime que le métier de styliste a considérablement évolué. Elle reconnaît que certains couturiers avaient autrefois la réputation de ne pas respecter les délais, mais souligne qu’aujourd’hui la profession se professionnalise davantage grâce aux écoles spécialisées.

« Maintenant, la couture ne s’apprend plus seulement chez une tante ou une maman. Il existe des écoles où l’on apprend aussi la gestion du temps et le management », indique-t-elle.

Pour éviter les retards, elle affirme avoir instauré une organisation stricte dans son atelier. « Si mon calendrier est plein, je préfère refuser une commande plutôt que de ne pas respecter les délais donnés au client », précise-t-elle.

Les stylistes congolais réclament plus de reconnaissance

Noëlla Budjamabe Moseka regrette également le manque de valorisation des créations locales par certaines personnalités congolaises, notamment dans le milieu artistique. Car, de nombreux musiciens et personnalités publiques portent des créations congolaises sans toujours reconnaître publiquement le travail des stylistes locaux.

« Dans d’autres pays, les artistes sont fiers de dire qui les habille. Ici, certains préfèrent dire qu’ils ont acheté leurs vêtements ailleurs au lieu de valoriser les stylistes congolais », dénonce-t-elle.

Le prêt-à-porter n’a pas tué la couture congolaise

Contrairement à certaines idées reçues, la styliste estime que le prêt-à-porter importé n’a pas détruit la couture congolaise. Elle explique que la confection sur mesure conserve une valeur particulière grâce au travail personnalisé qu’elle exige.

« Un vêtement sur mesure demande beaucoup plus d’attention. On prend les mesures, on conçoit le modèle et on adapte le vêtement à la personne. C’est un travail plus complexe et plus coûteux que le prêt-à-porter », souligne-t-elle.

Les difficultés liées à l’électricité et aux embouteillages

Parmi les défis auxquels les stylistes font face à Kinshasa, Noëlla Budjamabe Moseka cite notamment les coupures d’électricité et les embouteillages. Pour continuer à satisfaire sa clientèle, elle dit recourir à des machines mécaniques ainsi qu’à un groupe électrogène, malgré les coûts supplémentaires que cela engendre.

« Les machines mécaniques ralentissent le travail et le carburant pour le générateur représente des dépenses supplémentaires. Cela peut parfois décaler les rendez-vous de livraison », explique-t-elle.

Malgré ces difficultés, la styliste affirme ne nourrir aucun regret concernant son métier.

« La couture est ma passion et mon gagne-pain. Si c’était à refaire, je serais encore couturière », conclut-elle, tout en appelant l’État congolais et la population à soutenir davantage les stylistes du pays.


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