Dans la cité de Lukala, dans le territoire de Mbanza-Ngungu, province du Kongo Central, tout le monde ou presque connaît "La Cadette". Une femme réputée pour sa gentillesse, son sourire permanent et son courage à toute épreuve. Très jeune, elle tombe amoureuse d’un bel homme sans emploi stable, mais débrouillard dans le petit commerce. Les deux amoureux se marient civilement et religieusement dans une simplicité presque biblique : une chambre, un salon… et pratiquement aucun meuble.
À
l’époque, la femme du bailleur leur offre quelques ustensiles de cuisine, une
petite table et une unique chaise. Une seule chaise pour deux amoureux, cela
peut sembler compliqué… mais pour eux, c’était le luxe. « Après avoir préparé
le repas dans une casserole, je servais d’abord le plat dans une grande
assiette avant de laver la casserole pour préparer le foufou », raconte-t-elle
avec émotion.
Le couple mangeait alors côte à côte sur l’unique chaise, heureux comme des rois malgré les difficultés. Comme quoi, l’amour peut parfois remplacer le salon complet.
Le petit commerçant devient “international”… puis polygame confirmé
Au fil des années, le mari développe ses activités commerciales jusqu’à traverser régulièrement le fleuve Congo pour vendre ses marchandises au Congo-Brazzaville. La famille s’agrandit également avec la naissance de cinq enfants. Mais pendant que les enfants grandissaient, le cœur du mari, lui, semblait chercher plusieurs adresses à la fois.
Après
quelques années de mariage, l’homme prend officiellement une deuxième épouse à
Kimpese, dans le territoire de Songololo, sans compter plusieurs relations
parallèles “de gauche à droite”, selon les proches du dossier sentimental.
Peu à peu, il abandonne son premier foyer de Lukala pour s’installer avec sa nouvelle épouse. Derrière lui, il laisse une femme et cinq enfants pratiquement sans assistance.
La Cadette transforme les souffrances en ciment solide. Heureusement, avant sa fuite conjugale, le mari avait acheté un terrain dans la cité de la Cimenterie de Lukala, aujourd’hui connue sous le nom de CILU. Pendant que monsieur construisait une nouvelle vie à Kimpese, la Cadette, elle, construisait une vraie maison.
À force de travaux champêtres, de petit commerce et d’innombrables sacrifices, elle réussit à scolariser ses cinq enfants jusqu’à la fin des études secondaires. Une mission accomplie avec “mille peines”, comme disent les voisins. Avec ses modestes revenus, elle parvient aussi à bâtir une maison composée de deux chambres, un salon et une cuisine. Certains enfants ont même quitté le nid familial pour louer leurs propres maisons ailleurs.
Le retour du mari prodigue… bloqué par un problème immobilier
Les
années passant, la vie finit par rattraper le mari. Ses affaires commerciales
chutent, et dans son second ménage, l’ambiance devient électrique. Selon les
proches, la deuxième épouse ne lui témoigne plus le même respect depuis que
l’argent se fait rare. L’homme vivrait désormais un véritable calvaire à
Kimpese.
Fatigué
des humiliations, il décide alors de demander pardon à sa première femme et à
ses enfants pour les avoir abandonnés pendant tant d’années.
La Cadette accepte de pardonner. Mais les enfants, eux, ont sorti le règlement intérieur de la maison.
Les enfants posent une seule condition à leur père pour réintégrer le foyer familial, construire une troisième chambre. Et pour cause, dans la maison actuelle, les garçons occupent une chambre, tandis que la mère et les filles dorment dans l’autre. Impossible donc de réintégrer papa sans “extension immobilière”. Le problème, c’est que le père n’a actuellement ni moyens financiers ni matériaux pour lancer les travaux. Résultat, son retour au bercail reste suspendu à un chantier qui ne démarre pas.
Entre Lukala et Kimpese, un homme coincé par trois rangées de briques
En
attendant de réunir le ciment, les blocs et peut-être aussi un peu de courage,
l’homme continue de vivre chez sa deuxième épouse à Kimpese, dans des
conditions décrites comme difficiles.
Pendant
ce temps, à Lukala, la Cdette poursuit tranquillement sa vie dans la maison
qu’elle a construite à la sueur de son front.
Elle
attend toujours le retour de son mari. Lui aussi veut revenir. Mais entre les
deux, il manque encore… une troisième chambre.
Comme
quoi, parfois dans la vie, le pardon est gratuit… mais le retour coûte quelques
briques de plus.
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