Dans
une libre opinion de Me Hubert Tshiswaka Masoka, la démission du gouverneur du
Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, ouvre une nouvelle séquence politique dans
cette province stratégique du sud-est de la République Démocratique du Congo.
Dans
une lettre adressée le 21 mai 2026 au président Félix-Antoine Tshisekedi,
Jacques Kyabula a officialisé son départ après deux mandats successifs à la
tête de la province.
Cette
décision renforce de facto la position du gouverneur intérimaire, Martin
Kazembe Shula, qui dirige déjà la province depuis juillet 2025.
Deux
mandats à la tête du Haut-Katanga
Jacques Kyabula avait accédé au gouvernorat en avril 2019 aux côtés du vice-gouverneur Jean-Claude Kamfwa Kimimba. Réélu en 2024, il avait alors formé un nouveau ticket avec Martin Kazembe Shula. Sa démission marque ainsi la fin de près de sept années de gouvernance provinciale.
Sur
le plan constitutionnel, l’article 198 de la Constitution congolaise prévoit
que le gouverneur et le vice-gouverneur sont élus pour un mandat de cinq ans
renouvelable une seule fois. Leur désignation reste toutefois individuelle,
chaque membre du ticket étant investi séparément par ordonnance présidentielle.
Une
transition encadrée par la loi
La
démission du gouverneur entraîne automatiquement celle de l’ensemble du
gouvernement provincial, conformément à l’article 160 de la loi électorale.
Dans ce contexte, le vice-gouverneur devenu gouverneur intérimaire assure
désormais la gestion des affaires courantes jusqu’à l’organisation d’une
nouvelle élection. Cette clarification juridique permet à Martin Kazembe Shula
d’exercer plus librement les prérogatives liées à la gestion de la province,
alors que plusieurs actes politiques majeurs restaient jusque-là sujets à
controverse en raison du caractère intérimaire de son pouvoir.
Un
avantage politique pour Martin Kazembe Shula
La
nouvelle configuration politique offre également un avantage stratégique au
gouverneur intérimaire. En tant qu’ancien vice-gouverneur, Martin Kazembe Shula
conserve la possibilité de briguer son propre mandat lors de la future élection
partielle.
Plusieurs
observateurs estiment par ailleurs que le retard éventuel dans l’organisation
du scrutin pourrait prolonger la période d’intérim, en fonction du calendrier
de la Commission électorale nationale indépendante. Cette situation relance le
débat autour du risque de « glissement » institutionnel dans la province.
Une
gouvernance déjà controversée
Le 23
mars 2026, Martin Kazembe Shula avait déjà suscité de vives réactions en
procédant à la nomination d’un nouveau gouvernement provincial alors qu’il
assurait l’intérim. Des juristes et acteurs politiques avaient contesté cette
initiative, estimant qu’un intérimaire ne dispose pas de la pleine compétence
pour poser des actes de souveraineté aussi importants. La démission officielle
de Jacques Kyabula vient toutefois modifier le contexte institutionnel et
renforcer la légitimité politique du gouverneur intérimaire.
Les
défis d’une nouvelle étape politique
Au-delà
des enjeux de succession, cette transition ouvre une période décisive pour
l’avenir politique du Haut-Katanga. Des organisations de défense des droits
humains, notamment l’IRDH, appellent les autorités provinciales à répondre à
plusieurs dossiers sensibles, parmi lesquels les conflits fonciers de
Kashimbala, dans la zone d’INERA/Kipopo, ainsi que les accusations de
détournement de la redevance minière destinée à la route
Kipopo–Tshamalale-Poleni.
Pour
plusieurs analystes, la capacité des autorités intérimaires à garantir la
continuité institutionnelle tout en respectant les exigences démocratiques
constituera le principal défi des prochains mois.
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