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samedi 16 mai 2026

RDC : plus de 26 millions de personnes confrontées à la faim, la FAO et le PAM alertent sur une crise humanitaire aggravée

Le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire en République Démocratique du Congo. Les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) indique que plus de 26,5 millions de Congolais, soit près d’un habitant sur quatre, peinent actuellement à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels.

Parmi ces personnes, plus de 3,6 millions vivent dans une situation d’urgence alimentaire, caractérisée par des pénuries critiques menaçant directement leur survie sans assistance rapide. Même si les projections récentes indiquent une légère amélioration par rapport aux estimations précédentes, les agences onusiennes soulignent que la situation demeure plus grave qu’entre septembre et décembre 2025, période durant laquelle 24,8 millions de personnes étaient déjà en situation de crise alimentaire ou pire.

Les conflits et déplacements aggravent la vulnérabilité

Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika restent les plus durement touchées par cette crise prolongée. Les violences armées continuent d’y provoquer des déplacements massifs de populations, la destruction des moyens de subsistance, la perturbation des marchés ainsi que l’accès limité aux terres agricoles. À l’échelle nationale, la RDC compte désormais plus de 7,8 millions de déplacés internes. Beaucoup ont perdu leurs habitations, leurs champs, leur bétail et leurs revenus.

La flambée des prix alimentaires, les perturbations des chaînes d’approvisionnement ainsi que les épidémies récurrentes de choléra, de rougeole et de Mpox aggravent davantage la situation des communautés déjà fragilisées.

Une situation nutritionnelle alarmante pour les enfants et les femmes

La FAO et le PAM alertent également sur la dégradation rapide de la situation nutritionnelle dans le pays. Entre janvier et juin 2026, environ 4,18 millions d’enfants de moins de cinq ans devraient nécessiter un traitement contre la malnutrition aiguë. Plus de 1,3 million d’entre eux souffrent ou risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère, une pathologie potentiellement mortelle en quelques semaines sans prise en charge médicale.

Par ailleurs, plus de 1,5 million de femmes enceintes et allaitantes devraient également être affectées par la malnutrition aiguë, augmentant considérablement les risques sanitaires pour les mères et les enfants.

Des financements insuffisants face à l’ampleur des besoins

Les deux agences des Nations Unies estiment que l’aide humanitaire actuelle reste largement insuffisante au regard des besoins croissants. En 2026, la FAO a déjà apporté un appui à 55.500 familles dans les provinces affectées grâce à une enveloppe de 10 millions de dollars du Fonds humanitaire pour la RDC. Cette assistance comprend notamment la distribution de semences, d’outils agricoles, d’intrants et des transferts monétaires afin de permettre aux ménages de relancer leur production alimentaire.

Cependant, la FAO indique avoir besoin en urgence de 163 millions de dollars américains supplémentaires pour renforcer cette assistance agricole avant les prochaines saisons de semis.

« Chaque saison agricole manquée accroît la dépendance à l’aide humanitaire », a déclaré Athman Mravili, représentant par intérim de la FAO, soulignant l’importance d’un soutien rapide aux agriculteurs pour éviter une aggravation de la faim.

Le PAM appelle à une réponse humanitaire renforcée

De son côté, le PAM affirme avoir fourni une assistance alimentaire et monétaire à près de 1,3 million de personnes depuis janvier 2026 dans les provinces de l’est du pays. Toutefois, ce chiffre reste largement inférieur aux besoins réels. À peine 389.000 enfants et mères ont bénéficié d’un soutien nutritionnel entre janvier et mars 2026.

L’organisation fait également face à un déficit de financement estimé à 214 millions de dollars jusqu’en octobre 2026, compliquant davantage les opérations humanitaires dans les zones touchées par l’insécurité. « La crise ne faiblit pas, elle s’enracine davantage et piège des millions de ménages dans un cycle de vulnérabilité persistante », a averti David Stevenson, représentant du PAM en RDC.

La FAO et le PAM plaident pour des solutions durables

Les deux agences onusiennes insistent sur la nécessité d’une stratégie combinant assistance d’urgence immédiate et investissements durables dans l’agriculture, les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance. Elles appellent également à garantir un accès humanitaire sécurisé afin de permettre aux populations vulnérables de recevoir une aide adaptée et continue.


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