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samedi 30 mai 2026

Afrique : la croissance économique résiste malgré les tensions mondiales, selon la BAD

L’économie africaine continue de faire preuve de résilience malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement mondiales.

C’est ce qui ressort du rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 », publié le 26 mai 2026 à Brazzaville lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement.

Selon ce document, le continent a enregistré une croissance moyenne estimée à 4,4 % en 2025, avant un léger ralentissement attendu à 4,2 % en 2026. La croissance devrait ensuite rebondir à 4,4 % en 2027.

La BAD souligne que l’Afrique demeure l’une des régions les plus dynamiques au monde, avec vingt-deux pays affichant des taux de croissance supérieurs à 5 % en 2025.

Les matières premières et les réformes soutiennent l’économie

D’après le rapport, cette performance économique a été portée par plusieurs facteurs, notamment une meilleure gestion macroéconomique, une production agricole plus importante, le maintien des prix élevés des matières premières ainsi que la poursuite des réformes structurelles dans plusieurs pays africains.

Publié sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », le rapport insiste toutefois sur la nécessité pour le continent de renforcer ses capacités de financement.

La BAD estime qu’une croissance plus inclusive et plus résiliente passera par une mobilisation accrue des ressources internes, l’intégration des systèmes financiers africains, le développement des marchés de capitaux et un renforcement de l’autonomie financière du continent.

Des perspectives contrastées selon les régions

Les perspectives économiques varient d’une région africaine à l’autre. L’Afrique de l’Est devrait conserver sa position de région la plus dynamique du continent, avec une croissance attendue à 5,9 % en 2026 après 6,6 % en 2025, avant un rebond à 6,4 % en 2027.

En Afrique de l’Ouest, la croissance devrait rester relativement stable autour de 4,7 % en 2026, soutenue notamment par les investissements dans les infrastructures et la production agricole.

L’Afrique du Nord enregistrerait un ralentissement à 4,0 % en 2026 contre 4,4 % l’année précédente, en raison notamment des perturbations du commerce mondial et du recul de la demande touristique provenant des pays du Golfe.

L’Afrique centrale figure parmi les rares régions affichant une amélioration, avec une croissance qui devrait passer de 3,6 % en 2025 à 3,8 % en 2026 grâce au maintien de prix élevés du pétrole.

En Afrique australe, la croissance resterait plus faible, autour de 2,1 % en 2026, affectée par la baisse de la production minière et agricole ainsi que par la hausse des coûts énergétiques.

Une inflation persistante et des risques importants

Malgré ces perspectives encourageantes, la BAD avertit que plusieurs risques continuent de peser sur les économies africaines. L’inflation devrait demeurer élevée à 10,4 % en 2026, compliquant davantage la stabilité macroéconomique dans plusieurs pays.

Les tensions géopolitiques internationales, les perturbations prolongées des chaînes logistiques mondiales et la volatilité des marchés financiers pourraient également fragiliser davantage les équilibres budgétaires et accroître les pressions sur les dettes publiques.

Le rapport souligne aussi les risques liés à la fragmentation croissante de l’économie mondiale, susceptible de réduire les flux de financement extérieur et l’aide publique au développement.

Plus de 1.300 milliards de dollars américains manquent chaque année à l’Afrique

Le rapport de la BAD dresse également un constat préoccupant concernant le financement du développement du continent.

Selon l’institution, l’Afrique fait face à un déficit annuel supérieur à 1.300 milliards de dollars américains pour atteindre les Objectifs de développement durable.

Cette situation est attribuée notamment à une faible mobilisation des ressources nationales, à une intermédiation financière insuffisante ainsi qu’au resserrement des conditions de financement extérieur.

Cependant, la BAD estime que l’Afrique dispose d’importantes marges de manœuvre pour mobiliser davantage de ressources.

D’importants leviers de financement encore inexploités

Avec des réformes adaptées, le continent pourrait mobiliser jusqu’à 1.430 milliards de dollars américains par an grâce à une meilleure collecte des recettes publiques, une gestion plus efficace des investissements, la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites ainsi qu’au développement des partenariats public-privé.

Le rapport identifie notamment un potentiel de 469 milliards de dollars américains de recettes supplémentaires par an grâce à un renforcement de la mobilisation fiscale.

La BAD souligne également que les investisseurs institutionnels africains, notamment les fonds de pension et les compagnies d’assurance, gèrent près de 4.000 milliards de dollars américains d’actifs, dont moins de 2,7 % sont actuellement investis dans les infrastructures et les secteurs productifs du continent.

Vers une nouvelle architecture financière africaine

Pour renforcer la résilience économique du continent, le rapport recommande l’accélération de l’intégration financière africaine à travers les banques panafricaines, les marchés de capitaux intégrés ainsi que des instruments innovants comme la finance climatique et la finance islamique.

La BAD met également en avant le rôle stratégique de la nouvelle Agence africaine de notation de crédit, lancée en janvier 2026, pour corriger les biais perçus dans l’évaluation du risque souverain africain.

Le rapport insiste enfin sur l’importance de mécanismes continentaux comme le Mécanisme africain de stabilité financière afin d’aider les États africains à mieux gérer leurs besoins de financement et les risques liés à la dette.


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