L’analyste politique Jean Claude Kibala a vivement réagi à la visite officielle effectuée à Kampala par le président Félix-Antoine Tshisekedi, accompagné d’une importante délégation gouvernementale, pour la signature de plusieurs protocoles d’accord avec son homologue ougandais Yoweri Museveni.
Les accords conclus portent notamment sur l’immigration, le commerce, l’agriculture, la pêche et l’élevage. Mais pour Jean-Claude Kibala, cette coopération soulève de nombreuses interrogations dans un contexte régional marqué par les accusations récurrentes de pillage des ressources naturelles de la RDC.
Des accusations persistantes autour de l’or congolais
Dans
son analyse, Jean-Claude Kibala évoque les chiffres des exportations d’or de
l’Ouganda qu’il juge révélateurs d’un vaste système régional d’exploitation
illicite des ressources congolaises. Selon lui, plusieurs rapports
internationaux et enquêtes antérieures ont documenté des circuits de
contrebande impliquant notamment l’or extrait dans l’Est de la RDC avant d’être
raffiné et exporté depuis l’Ouganda.
Il
cite notamment les activités des groupes armés dans les zones de Beni et de
l’Ituri, affirmant que des produits comme l’or, le cacao ou le bois
transiteraient vers Kampala avant d’être réintroduits sur les marchés
internationaux.
« La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si ces accords encadrent une coopération économique normale ou s’ils risquent de légitimer des circuits commerciaux déjà contestés », estime-t-il.
Une coopération régionale sous surveillance
Jean-Claude
Kibala s’interroge également sur la portée politique de cette visite
officielle, estimant que la signature de ces protocoles intervient dans un
climat régional particulièrement sensible.
L’analyste
évoque notamment les déclarations controversées attribuées à certaines
autorités ougandaises concernant leur influence dans l’Est de la RDC, ainsi que
les critiques récurrentes sur le rôle des pays voisins dans l’exploitation des
ressources minières congolaises.
Pour lui, les textes signés entre Kinshasa et Kampala devront être examinés attentivement afin de déterminer leurs implications réelles sur la souveraineté économique de la RDC.
La question stratégique des réserves d’or
Dans
son intervention, Jean-Claude Kibala revient également sur la situation de la
Banque centrale du Congo, qu’il présente comme dépourvue de réserves nationales
d’or malgré le potentiel minier du pays. Il estime que le projet annoncé par la
Banque centrale visant à acquérir de l’or pourrait paradoxalement conduire la
RDC à racheter, sur les marchés internationaux, des ressources initialement
extraites de son propre sous-sol après leur transformation à l’étranger.
L’analyste établit également un parallèle avec d’autres accords régionaux conclus ces dernières années dans le secteur minier, estimant qu’ils alimentent le débat sur la gouvernance des ressources stratégiques du pays.
« L’histoire bégaie », estime Kibala
Jean-Claude
Kibala appelle à une réflexion plus large sur la protection des intérêts
stratégiques de la RDC dans la région des Grands Lacs. Il évoque notamment
l’époque du président Mobutu Sese Seko, qu’il présente comme une période durant
laquelle la RDC disposait d’une capacité militaire plus dissuasive face aux
pressions régionales. « L’histoire semble se répéter. Mais cette fois, personne
ne pourra dire qu’il ne savait pas », conclut-il.
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