APO

samedi 16 mai 2026

Accords RDC–Ouganda : un ancien Ministre dénonce une coopération qui interroge la souveraineté économique congolaise

L’analyste politique Jean Claude Kibala a vivement réagi à la visite officielle effectuée à Kampala par le président Félix-Antoine Tshisekedi, accompagné d’une importante délégation gouvernementale, pour la signature de plusieurs protocoles d’accord avec son homologue ougandais Yoweri Museveni.

Les accords conclus portent notamment sur l’immigration, le commerce, l’agriculture, la pêche et l’élevage. Mais pour Jean-Claude Kibala, cette coopération soulève de nombreuses interrogations dans un contexte régional marqué par les accusations récurrentes de pillage des ressources naturelles de la RDC.

Des accusations persistantes autour de l’or congolais

Dans son analyse, Jean-Claude Kibala évoque les chiffres des exportations d’or de l’Ouganda qu’il juge révélateurs d’un vaste système régional d’exploitation illicite des ressources congolaises. Selon lui, plusieurs rapports internationaux et enquêtes antérieures ont documenté des circuits de contrebande impliquant notamment l’or extrait dans l’Est de la RDC avant d’être raffiné et exporté depuis l’Ouganda.

Il cite notamment les activités des groupes armés dans les zones de Beni et de l’Ituri, affirmant que des produits comme l’or, le cacao ou le bois transiteraient vers Kampala avant d’être réintroduits sur les marchés internationaux.

« La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si ces accords encadrent une coopération économique normale ou s’ils risquent de légitimer des circuits commerciaux déjà contestés », estime-t-il.

Une coopération régionale sous surveillance

Jean-Claude Kibala s’interroge également sur la portée politique de cette visite officielle, estimant que la signature de ces protocoles intervient dans un climat régional particulièrement sensible.

L’analyste évoque notamment les déclarations controversées attribuées à certaines autorités ougandaises concernant leur influence dans l’Est de la RDC, ainsi que les critiques récurrentes sur le rôle des pays voisins dans l’exploitation des ressources minières congolaises.

Pour lui, les textes signés entre Kinshasa et Kampala devront être examinés attentivement afin de déterminer leurs implications réelles sur la souveraineté économique de la RDC.

La question stratégique des réserves d’or

Dans son intervention, Jean-Claude Kibala revient également sur la situation de la Banque centrale du Congo, qu’il présente comme dépourvue de réserves nationales d’or malgré le potentiel minier du pays. Il estime que le projet annoncé par la Banque centrale visant à acquérir de l’or pourrait paradoxalement conduire la RDC à racheter, sur les marchés internationaux, des ressources initialement extraites de son propre sous-sol après leur transformation à l’étranger.

L’analyste établit également un parallèle avec d’autres accords régionaux conclus ces dernières années dans le secteur minier, estimant qu’ils alimentent le débat sur la gouvernance des ressources stratégiques du pays.

« L’histoire bégaie », estime Kibala

Jean-Claude Kibala appelle à une réflexion plus large sur la protection des intérêts stratégiques de la RDC dans la région des Grands Lacs. Il évoque notamment l’époque du président Mobutu Sese Seko, qu’il présente comme une période durant laquelle la RDC disposait d’une capacité militaire plus dissuasive face aux pressions régionales. « L’histoire semble se répéter. Mais cette fois, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas », conclut-il.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire