Dans
la ville de Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, l’Action Communautaire
de Développement et Encadrement Social des Personnes Vulnérables et des Enfants
(ACODSPVE) dénonce avec force la vente illicite de médicaments assimilés à des
drogues dans les officines locales.
Lors
du lancement officiel de sa campagne de sensibilisation, Me Aristote Albati
Bendera, coordonnateur national de l'ONG, a alerté la population, la société
civile et les autorités sur ce qu’il qualifie de « danger mortel qui tue
silencieusement nos enfants, nos jeunes et nos vieux ».
Une
prolifération de drogues vendues sans ordonnance
Selon
les constats dressés par l'organisation, des substances psychotropes et
antalgiques puissants, notamment le Tramadol, la Morphine et le Valium
(communément appelé diazépam), sont vendus en toute libre circulation dans la
ville de Kindu et à travers la province.
Proposés
« comme des bonbons » pour des sommes dérisoires variant entre 2.000 et 5.000
francs congolais, ces produits classés comme stupéfiants par la législation
congolaise sont accessibles sans moindre contrôle ni ordonnance médicale, y
compris aux mineurs dès l'âge de 15 ans.
Cette
accessibilité incontrôlée entraîne des conséquences dévastatrices sur la
jeunesse avec l'accroissement de la dépendance et de la criminalité (vols,
déscolarisation) ; de troubles de la santé mentale (dépressions sévères, cas de
folie) ; de surdoses mortelles enregistrées au sein de la communauté.
Pharmacies
clandestines et corruption dans le corps médical
L'ACODSPVE
pointe également du doigt la prolifération anarchique des « pharmacies de
secours » dans les quartiers périphériques et les territoires de la province.
Ces échoppes non autorisées commercialisent des produits périmés ou hors de
tout contrôle de la Division provinciale de la Santé, violant l'ordonnance-loi
72-046 du 14 septembre 1972 régissant l'exercice de la pharmacie.
Plus
grave encore, l'ONG accuse certaines firmes pharmaceutiques de corrompre des
professionnels de santé à Kindu. En échange de primes, des médecins
prescriraient des médicaments inadaptés au détriment des besoins réels des
patients, plaçant leur intérêt financier avant la vie humaine.
L'association
dénonce une pratique où des praticiens « détiennent désormais une pharmacie
dans leur poche ou leur mallette », un acte passible de poursuites pour mise en
danger de la vie d'autrui au regard du Code pénal congolais.
Saisine
de la justice et actions sur le terrain
Face
à cette crise sanitaire, l'ACODSPVE a pris des mesures concrètes. Saisine de la
justice : dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile auprès du
Procureur Général près la Cour d’Appel du Maniema. L'ONG exige l'ouverture
d'une inspection générale, la fermeture immédiate de toutes les officines
clandestines et des poursuites judiciaires contre les responsables.
Il
est prévu une sensibilisation communautaire avec le lancement de la campagne
"Stop à la drogue en pharmacie" (Tulinde Vijana Wetu), accompagnée de
la distribution de dépliants pédagogiques rédigés en français et en swahili.
Un
appel pressant a été lancé au gouverneur de province, aux responsables de la
santé, ainsi qu'aux journalistes pour relayer ce message de prévention et
interpeller les citoyens sur les dangers de l'automédication.
« Ne
consommez jamais ces produits sans avis médical », a martelé Me Aristote Albati
Bendera, réaffirmant la détermination de l'ACODSPVE à défendre les personnes
vulnérables et à sauver la jeunesse du Maniema.
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