APO

mercredi 2 septembre 2026

Ebola en RDC : l’épidémie de Bundibugyo peut encore être stoppée, alertent l’OMS et Africa CDC

Cent jours après la déclaration de l’épidémie, l’OMS et Africa CDC appellent à intensifier la riposte contre le virus Ebola en République démocratique du Congo. Les priorités : atteindre toutes les zones touchées, protéger les personnels de santé et renforcer l’implication des communautés.

Les communautés au cœur de la riposte

Cent jours après le début de la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC, le constat est alarmant, mais l’espoir demeure. Dans une tribune publiée le 25 août 2026, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Dr Mohamed Yakub Janabi, et le directeur général d’Africa CDC, Dr Jean Kaseya, estiment que l’épidémie peut encore être maîtrisée.

Lors d’une visite à Bunia, en Ituri, les responsables sanitaires ont échangé avec des survivants, des femmes, des jeunes, des organisations locales et des professionnels de santé. Leur message est sans ambiguïté : les communautés doivent être pleinement associées à la riposte.

Selon eux, les populations locales disposent d’une connaissance essentielle du terrain. Elles savent où les malades se rendent pour recevoir des soins, comment l’information circule et pourquoi la confiance peut se détériorer.

Plus de 5.000 cas et 2.500 décès

Déclarée après la confirmation de la circulation du virus Ebola de type Bundibugyo, cette épidémie est devenue l’une des plus importantes jamais enregistrées.

Au 21 août 2026, la RDC comptabilisait 5.290 cas confirmés et 2.516 décès dans 56 zones de santé. L’épidémie est désormais présentée comme la deuxième plus importante de l’histoire d’Ebola et comme l’une de celles ayant connu la propagation la plus rapide.

L’insécurité complique fortement la riposte. Les décennies de conflits armés ont fragilisé les services sociaux et provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, rendant certaines populations particulièrement difficiles à atteindre.

Les personnels de santé paient un lourd tribut

Au premier rang de la lutte figurent les médecins, infirmiers, agents communautaires, laborantins, équipes de surveillance et équipes chargées des enterrements sécurisés.

Ces professionnels interviennent souvent dans des zones difficiles d’accès et exposées à l’insécurité. Certains ont eux-mêmes contracté le virus dans l’exercice de leurs fonctions.

Au 20 août 2026, 158 professionnels de santé avaient été infectés et 45 étaient décédés, selon les données citées par l’OMS et Africa CDC.

Les deux organisations appellent donc à renforcer leur protection : équipements adaptés, formation, accès à l’eau potable et à l’assainissement, prévention et contrôle des infections, rémunération régulière et prise en charge rapide en cas de maladie.

Des signes encourageants malgré la gravité de la situation

Malgré l’ampleur de l’épidémie, certains résultats montrent qu’il est possible d’inverser la tendance. L’Ouganda a réussi à interrompre la transmission locale du virus. En RDC, plusieurs zones de santé du nord de l’Ituri et du Sud-Kivu ont également obtenu des résultats encourageants.

Pour l’OMS et Africa CDC, ces avancées démontrent l’efficacité d’une combinaison fondée sur la détection précoce, une direction nationale forte et une collaboration étroite avec les communautés. Mais l’urgence reste entière en Ituri et dans cinq autres provinces touchées.

Multiplier les capacités de la riposte

Pour inverser durablement la courbe épidémique, les capacités de surveillance doivent être renforcées afin d’identifier rapidement les cas et leurs contacts.

Les centres de soins doivent également améliorer la prise en charge clinique et les mesures de prévention des infections. Parallèlement, les équipes chargées de la communication sur les risques doivent être davantage présentes auprès des populations pour combattre les rumeurs et favoriser le recours aux soins.

L’OMS et Africa CDC estiment qu’il faut désormais multiplier par deux ou trois les capacités actuelles de la riposte.

Une attention particulière doit être accordée aux populations vulnérables et aux communautés vivant dans les zones isolées ou affectées par l’insécurité.

Le financement, autre bataille décisive

La disponibilité de financements prévisibles constitue également une priorité. Les équipes engagées dans la surveillance, les analyses de laboratoire, les soins, la logistique, la prévention des infections et la mobilisation communautaire doivent disposer de ressources suffisantes et disponibles à temps.

Pour les responsables sanitaires, les retards de financement peuvent directement coûter des vies. Ils appellent les bailleurs à privilégier une approche coordonnée plutôt que des interventions dispersées.

Le soutien aux organisations locales est également jugé essentiel pour maintenir un dialogue durable avec les communautés.

Maintenir la coopération au-delà des frontières

La circulation des populations entre les pays voisins constitue un autre enjeu majeur. Les frontières sont traversées quotidiennement pour le commerce, le travail, les études ou l’accès aux soins.

L’OMS et Africa CDC ne recommandent pas la fermeture des frontières ni des restrictions générales sur les voyages et le commerce. Ils préconisent plutôt une surveillance coordonnée, un partage rapide des informations et la mise en place de services de santé suffisamment préparés le long des principaux axes de circulation.

Ne laisser aucune communauté de côté

Après cent jours d’épidémie, les priorités sont désormais clairement établies : identifier chaque cas, suivre les contacts, interrompre les chaînes de transmission, protéger les personnels de santé, rapprocher le dépistage et les traitements des populations et renforcer la coopération transfrontalière.

L’OMS et Africa CDC réaffirment leur engagement à travailler aux côtés de la RDC, des pays voisins, des communautés et des partenaires internationaux.

Pour les deux organisations, les résultats obtenus en Ouganda et dans certaines zones de la RDC prouvent qu’une inversion de la trajectoire reste possible.

Mais pour y parvenir, il faudra un leadership national constant, une solidarité africaine renforcée et un soutien international à la hauteur de l’urgence.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire