Les associations de maraîchers de Kinshasa sont descendues dans la rue le vendredi 11 septembre 2026 dans le district de la Tshangu pour dénoncer l’accaparement et la spoliation des terres agricoles. La marche, organisée par le Réseau des organisations des producteurs agricoles familiaux de Kinshasa (ROPAFKI), la Voix des agriculteurs et l’Union des coopératives maraîchères de Kinshasa (UCOOPMAKIN), avec l'appui du Centre national d'appui au développement et à la participation Populaire (CENADEP) a relié l’arrêt Ndjoko, dans la commune de Masina, au quartier 1, dans la commune de N’djili.
Encadrée
par la Police nationale congolaise, la manifestation s’est déroulée sans
incident.
Les
maraîchers alertent sur la disparition progressive des espaces agricoles
À
travers cette mobilisation, les producteurs agricoles veulent attirer
l’attention des autorités sur la réduction progressive des terres consacrées au
maraîchage dans la capitale.
Dans
leur mémorandum adressé au président de la République, les organisations
affirment que les producteurs agricoles de Kinshasa sont confrontés depuis
plusieurs décennies à des phénomènes d’accaparement et de dépossession de leurs
terres, aussi bien dans les zones périphériques qu’à l’intérieur de la ville.
Selon
ces organisations, cette situation entraîne une réduction des espaces de
production, une baisse des volumes de fruits et légumes disponibles, la
disparition d’emplois ainsi qu’une diminution des revenus des producteurs. Elle
contribue également à la précarisation de nombreux ménages agricoles.
Plusieurs
sites agricoles présentés comme menacés
Les
organisations maraîchères citent plusieurs espaces qu’elles considèrent comme
spoliés ou menacés. Elles évoquent le site de Ngombe-Lutendele, où 10 hectares
auraient été vendus à des tiers, ainsi que le site de Tshuenge, confronté à
différents problèmes fonciers.
Dans
la commune de Masina, les maraîchers signalent également des conflits autour de
certains espaces de production. À Kimbanseke, ils citent le centre maraîcher de
Kinseso, où 54 hectares seraient concernés, et le site de Mango, où plus de 75
hectares auraient été vendus à des tiers pour des constructions résidentielles.
D’autres
sites sont également mentionnés, notamment à N’djili, Mokali, Lukaya, Kimpoko
et Dingidingi, où les producteurs dénoncent diverses formes d’occupation et de
transformation des terres agricoles.
Des
mesures urgentes réclamées au gouvernement
Les
manifestants demandent aux autorités de garantir une protection juridique
effective des terres agricoles de Kinshasa.
Le
ROPAFKI et ses partenaires souhaitent notamment l’établissement de certificats
d’enregistrement et de concessions permettant de sécuriser les espaces
exploités par les producteurs. Ils demandent également la démolition des
constructions anarchiques implantées sur les sites agricoles et l’application
effective des textes existants en matière de protection des espaces maraîchers.
Les
organisations plaident en particulier pour la matérialisation et la
réactualisation de l’arrêté ministériel du 4 septembre 1980 fixant les limites
et les conditions d’utilisation des terres maraîchères.
Les
maraîchers dénoncent l'implication présumée d'hommes en uniforme
Les
producteurs demandent également aux ministères de l’Intérieur et de la Défense
de prendre des dispositions pour empêcher l’implication d’hommes en uniforme
dans les opérations de spoliation des sites agricoles.
Ils
proposent la création de brigades agricoles chargées de contribuer à la
sécurisation des espaces de production et réclament que les personnes
impliquées dans la spoliation des terres soient traduites en justice.
Les
exploitants demandent par ailleurs réparation pour les dommages et préjudices
qu’ils affirment avoir subis.
Préserver
la souveraineté alimentaire de Kinshasa
Pour
les organisations maraîchères, la protection des terres agricoles constitue un
enjeu majeur de souveraineté alimentaire. Elles estiment que la disparition des
espaces de production risque d’accentuer la dépendance de Kinshasa à l’égard
des produits agricoles provenant d’autres provinces et de l’étranger. Le
maintien des activités maraîchères permet, au contraire, de préserver les
emplois, les revenus des producteurs et l’approvisionnement de la capitale.
Les
associations demandent aussi la réhabilitation et l’aménagement des routes de
desserte agricole afin de faciliter l’évacuation et la commercialisation des
productions.
Les
producteurs veulent être associés au dialogue
Les
organisations maraîchères disent soutenir la démarche de consultations
politiques initiée par le président de la République. Elles souhaitent
toutefois participer directement à ce processus et être représentées par des
personnes mandatées par leur base.
Dans
leur déclaration datée du 11 septembre 2026, elles réaffirment enfin leur
engagement en faveur de la souveraineté alimentaire et invoquent notamment les
dispositions constitutionnelles relatives à la sécurité alimentaire et à la
protection des citoyens.
La
marche de ce 11 septembre 2026 à Tshangu apparaît ainsi comme un nouveau signal
d’alerte des producteurs agricoles face à la pression foncière qui, selon eux,
menace l’avenir du maraîchage à Kinshasa.
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