Repéré
lors d’un concert dans son Kwilu natal, Kadogo Mikobi est revenu en détail sur
ses quatre années passées au sein du groupe emblématique Wenge Musica Maison
Mère. Entre souvenirs de scène, retour au pays et profonde gratitude envers son
mentor Werrason, l'artiste congolais se livre sans détour sur son expérience et
la suite de sa carrière.
Un
parcours gravé par la musique : Kadogo Mikobi se confie à la Gazette du
Continent sur son passage chez Wenge Musica Maison Mère. De son vrai nom Samy
Mikobi, l'artiste musicien Kadogo Mikobi, originaire de Masi-Manimba dans la
province du Kwilu, se livre dans un entretien à cœur ouvert. Découvert à
l'origine dans sa région natale lors d'un concert avant d'intégrer Kinshasa et
l'orchestre Wenge Musica Maison Mère de Werrason, il revient sur ses quatre
années et demi au sein du groupe, les raisons de son retour dans sa terre
natale, ainsi que la profonde reconnaissance qu'il garde envers son ancien
leader.
Kadogo,
bonjour.
Kadogo
Mikobi : Bonjour, monsieur le journaliste.
Lorsque
Werrason est venu jouer à Masi-Manimba, vous vous êtes fait remarquer. Comment
cela s’est-il passé pour que Werrason vous découvre ?
Kadogo
Mikobi : Merci, monsieur le journaliste, pour la question. Quand Werrason m'a
découvert pour m'amener dans Maison Mère, c'était parce qu'à Masi-Manimba,
j'avais un petit talent qu'il a remarqué. On n'emmène pas quelqu'un par hasard
; ils ont entendu mon talent, et c'est ainsi qu'ils m'ont retiré de
Masi-Manimba pour m'amener à Kinshasa. J'ai fait 4 ans et demi à Kinshasa, à La
Zamba.
Où
vous a-t-il exactement repéré ?
À
Masimanimba, là où nous sommes. Il m'a repéré lors d'un concert en 2009
organisé par le député Tryphon Kin-kiey Mulumba, qui avait fait venir Werrason.
C'est là que Wera nous a vus. Nous étions trois personnes : mon camarade De
Zebbass, mon autre camarade Elvis Mampuya, et moi-même. Eux sont restés là-bas,
mais moi j'ai joué quelque trois ans après, et aujourd'hui je suis de retour à
Masi-Manimba où j'évolue et continue de me battre en faisant de la musique.
Quelle
chanson aviez-vous interprétée pour captiver Werrason au point qu'il vous
emmène à Kinshasa ?
J'ai
fait "confession intime" Watanabe Héritier. J'ai chanté cette
chanson, c'était très bien, nous avons chanté ensemble avec les musiciens de
Maison Mère. Ça m'a fait du bien, c'était un avantage et une progression dans
le monde de la musique. J'ai vu que la musique pouvait m'orienter quelque part.
Même si je suis revenu sans avoir enregistré de disque ni chanté sur un album,
les connaissances acquises là-bas m'aident toujours. Je n'abandonnerai pas la
musique, nous continuons à nous battre.
Vous
avez donc fait 4 ans et demi dans Maison Mère ?
J'ai
fait 4 ans et demi là-bas, jusqu'à mon retour vers 2012.
Pourquoi
êtes-vous retourné à Masi-Manimba ?
Certains
disent que ce sont les aléas du parcours. Parfois, quand un chemin ne donne pas
ce qu'on espère, on revient au point de départ pour mieux préparer un autre
voyage.
Avez-vous
fui ou avez-vous décidé de partir ?
Je
n'ai pas fui, personne ne m'a chassé. Là-bas, je n'ai pas été maltraité. C'est
mon cœur et ma famille qui m'ont rappelé. À un moment donné, j'ai vu ma famille
s'inquiéter. « Il est parti là-bas, il va devenir un fétichiste, il va nous
oublier... ». Quand un enfant sort de la maison et que ça ne tourne pas bien,
on comprend qu'il n'y aura pas de progression. C'est pourquoi j'ai pris du
recul pour prendre soin de ma famille et de mes proches. Mais le lien est là ;
même si aujourd'hui je dis que je rentre, ils me recevront. Personne ne m'a
chassé et je ne suis en conflit avec personne.
Aviez-vous
informé Werrason de votre retour à Masi-Manimba ?
Le
patron ne le savait pas. J'étais en voyage et je suis venu à Masi-Manimba.
Pendant mon absence, le groupe s'apprêtait déjà à venir jouer ici pour la
deuxième fois. Le groupe est arrivé alors que j'étais déjà à Kinshasa. Trois
jours après mon arrivée à Kinshasa, le groupe est parti. Souvent, après un
concert, il y a deux ou trois jours de pause. Cette pause a créé un malentendu,
le groupe est parti et je suis resté à Kinshasa. C'est ainsi que je n'ai pas pu
les voir pour la deuxième fois. Mais Werrason reste mon père. Je lui envoie
beaucoup de salutations, que Dieu le bénisse. La notoriété que j'ai
aujourd'hui, c'est grâce à lui et au député Tryphon Kin-kiey Mulumba.
Aujourd'hui, si tout le monde connaît le nom de Samy, c'est grâce à Werrason.
Pendant
que vous étiez ici à Masi-Manimba, étiez-vous en contact avec des musiciens de
Wenge Musica Maison Mère ?
Oui,
j'avais les numéros de De Zebbass, d'Elvis, de Paradis Solo, de mon grand frère
Kambuya, de Nicolas... Mais j'ai perdu ma carte SIM. Quand j'aurai à nouveau
ces numéros, nous reprendrons contact. Mais nous sommes une famille ; si je
vais à Kinshasa, nous nous verrons et nous parlerons.
Mais
qu'est-ce qui a fait que vous reveniez à Masi-Manimba sans même en informer
votre patron ou la direction du groupe ?
Ce
qui s'est passé... c'était parfois la peur de me présenter devant le président
pour lui dire que je rentrais, car le bilan n'était pas encore celui espéré. On
se dit qu'on risque de perturber le programme. Je suis venu dans l'idée qu'ils
étaient déjà à Masi-Manimba pour leur deuxième tournée. Malheureusement, quand
je suis arrivé, le concert était déjà fini. Passer dans les médias pour parler
de ça aurait créé des polémiques, alors j'ai préféré rester discret.
Quels
souvenirs gardez-vous de vos 4 ans et demi au sein de Wenge Musica Maison Mère
?
Il y
en a beaucoup ! Le grand souvenir, ce sont les connaissances musicales que j'ai
développées là-bas. J'ai appris auprès des anciens et des prêtres de la
musique. En tant que musicien venu de province, j'ai volé un peu de leur
savoir-faire. Aujourd'hui, grâce à ça, j'ai pu ouvrir mon salon de coiffure qui
me fait vivre, et j'ai créé un espace culturel "La Zamba" à
Masi-Manimba. C'est un cadre aménagé avec kiosques, podium, congélateur... Tout
cela vient des idées et de l'expérience acquises là-bas. Je n'en suis pas sorti
les mains vides.
Pouvez-vous
nous rappeler votre identité et vos origines dans le secteur de Kitoy ?
Je
m'appelle Samy Mikobi. Je suis né dans le secteur de Kitoy, mon territoire est
Masi-Manimba, ma province est le Kwilu. Je suis un fils du terroir, un Mbala de
Masi-Manimba.
Quand
vous êtes revenu de Kinshasa après votre passage chez Maison Mère, certains
dans le village ont eu peur de vous...
(Sourire)
Pourquoi ont-ils eu peur ? Ils se disaient « qu'il revient de chez Werrason,
qu'est-ce qu'il est venu chercher ? » Les gens racontent toutes sortes
d'histoires. Ils ont paniqué dans la famille, se demandant ce que je
transportais dans mes bagages. Alors que moi, je suis juste venu pour arranger
les choses avec mes oncles, mes mères, mes pères, et faire la paix.
Mais
à votre arrivée au village maternel, beaucoup de gens ont fui dans la brousse ?
Ils
ont fui en me prenant pour un mystique parce que j'avais changé de look et que
je revenais de chez Werrason ! Certains disent que Werrason utilise la magie.
Je leur dis toujours : ne salissez pas le nom du patron ! Ce n'est pas de la
magie, c'est de la stratégie et du travail.
Depuis
votre retour, avez-vous fait du mal à quelqu'un dans la famille ?
Je
n'ai fait de mal à personne. Je n'ai pas cette pensée. Chacun mourra de son
propre sort. Je ne suis rentré dans la maison de personne pour faire du mal. Ma
richesse, c'est la connaissance. Je suis chrétien, je fréquente l'église et je
prie.
Un
mot pour Werrason et les fans de Wenge Musica Maison Mère qui vous écoutent ?
À
Maison Mère, à mon père Werrason : un grand merci. L'honneur et le respect que
j'ai aujourd'hui à Masi-Manimba, c'est grâce à lui et au député Tryphon
Kin-kiey Mulumba. Je ferai une chanson de reconnaissance pour me souvenir du
jour où Wera m'a vu pour la première fois à Masi-Manimba. Que Dieu lui donne
longue vie. Wenge est notre école. À maman Sylvie Mapata, Exaucée, Gladys,
maman Linda, et à vous tous : merci pour la connaissance que vous avez mise en
moi.
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