L’Église
kimbanguiste, par la voix de son conseiller international, le Révérend Bernard
Bena Nsilu, a réagi aux propos attribués à Mgr Fulgence Muteba concernant le
statut particulier de la Cité de Nkamba dans une réaction empreinte de
tristesse et d’espoir.
D’entrée de jeu, deux sentiments contrastés sont exprimés : un profond regret, mais aussi une réelle satisfaction. Le regret naît du constat que, dans un pays où Simon Kimbangu a vécu, souffert et passé trente années de détention dans des conditions éprouvantes, son histoire reste encore méconnue d’une large frange de la population, y compris parmi certaines élites.
À l’inverse, la satisfaction provient de l’intérêt suscité par le débat dans l’opinion publique, notamment sur les réseaux sociaux. Pour le Révérend Bena Nsilu, cette mobilisation traduit une prise de conscience progressive au sein de la société congolaise.
Pas de conflit avec l’Église catholique
L’Église
kimbanguiste insiste qu'il ne s’agit nullement d’une déclaration de guerre
contre l’Église catholique. Selon elle, les propos de Mgr Fulgence Muteba
n’engagent pas l’ensemble de l’institution catholique, mais relèvent d’une
prise de position personnelle.
Toutefois,
ces déclarations sont jugées regrettables, d’autant plus qu’elles proviennent
d’une autorité religieuse censée maîtriser l’histoire religieuse du pays.
Nkamba,
une cité sainte bien avant toute reconnaissance officielle
Contrairement
à certaines interprétations, Nkamba n’est pas devenue une « ville sainte » par
décision récente des autorités politiques. L’Église Kimbanguiste rappelle que
ce caractère sacré remonte à 1921, à l’époque de Simon Kimbangu lui-même.
Plusieurs pratiques, comme le fait de se déchausser en entrant dans la cité,
témoignent de cette sacralité ancienne.
De
nombreux chefs d’État congolais, dont le Maréchal Mobutu et Joseph Kabila, ont
d’ailleurs respecté ces traditions lors de leurs visites à Nkamba. Ainsi, pour
les kimbanguistes, la reconnaissance du statut particulier de Nkamba par le
Président Félix-Antoine Tshisekedi ne constitue qu’une officialisation d’une
réalité déjà établie.
La
notion universelle de “terre sainte
En
réponse à ceux qui limitent la notion de « terre sainte » à la Palestine,
l’Église Kimbanguiste souligne que plusieurs religions reconnaissent des lieux
sacrés à travers le monde. Si la Palestine est historiquement associée aux
récits bibliques, d’autres espaces comme La Mecque pour les musulmans ou Nkamba
pour les kimbanguistes sont également des lieux de forte manifestation
spirituelle.
Pour
les fidèles, Nkamba est un lieu de prière, de guérison et de communion avec
Dieu, ce qui justifie pleinement son statut.
Un
passé douloureux, mais dépassé
Le
Révérend Bena Nsilu évoque également les relations historiques difficiles entre
l’Église Kimbanguiste et certaines autorités religieuses durant la période
coloniale. Des persécutions et incompréhensions ont marqué cette époque,
alimentant encore aujourd’hui certaines sensibilités. Cependant, il insiste sur
le fait que cette page est tournée : le pardon a été accordé et les catholiques
sont désormais considérés comme des frères dans la foi chrétienne.
Un
appel au dialogue et à la connaissance
Plutôt
que d’alimenter les tensions, l’Église kimbanguiste appelle à la compréhension
mutuelle. Le Révérend Bena Nsilu invite notamment Mgr Muteba à visiter les
lieux historiques liés à Simon Kimbangu, notamment son lieu de détention, ainsi
que la cité de Nkamba, afin de mieux saisir la portée spirituelle et historique
de ce site.
Selon
lui, une telle démarche permettrait d’éviter les jugements hâtifs et de
renforcer la cohésion entre confessions religieuses en République Démocratique
du Congo.
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