Depuis
l’occupation de plusieurs villes de l’Est de la République Démocratique du
Congo, notamment Bukavu et Goma, se déplacer vers d’autres régions du pays
relève désormais du parcours du combattant.
Pour
rejoindre Bujumbura, depuis Bukavu, les voyageurs sont contraints de passer par
Kigali, puis par la Tanzanie, avant de redescendre vers Uvira. Un itinéraire
long, coûteux et éprouvant.
Même
constat pour ceux qui veulent atteindre Bunia : ils doivent transiter par
Kigali, l’Ouganda et le lac Albert. Des détours imposés qui rallongent
considérablement les délais de voyage.
Des
obstacles administratifs supplémentaires
Au-delà
de la distance, les difficultés administratives compliquent davantage les
déplacements. Les documents délivrés dans les zones sous contrôle du M23 ne
sont pas reconnus ailleurs. Résultat, les voyageurs doivent souvent se procurer
de nouveaux documents à chaque étape. Une situation qui fait des Congolais
vivant dans ces zones des victimes à plusieurs niveaux.
Un
voyage éprouvant vers Kinshasa
C’est
dans ce contexte que Justin Murhula, habitant de Bukavu, raconte son expérience
personnelle. En novembre 2025, il entreprend de rejoindre Kinshasa pour une
affaire privée. Son itinéraire le conduit de Kigali à Kinshasa, avec escale à
Addis-Abeba. Après six heures de route entre Kamembe et Kigali, puis un trajet
en moto jusqu’à l’aéroport, il embarque pour son vol. Mais à Addis-Abeba, un
retard de dix minutes lui fait manquer sa correspondance. Il passera la nuit
sur place, prise en charge par la compagnie aérienne, avant de reprendre
l’avion le lendemain. Il atterrit finalement à Kinshasa, épuisé par ce voyage à
rallonge.
Entre
formalités et soulagement
À son
arrivée à l’aéroport de N'djili, Justin passe par la Direction générale de
migration. Avec d’autres compatriotes venus de Bukavu et Goma, il répond aux
questions d’usage avant de récupérer ses documents. Une phrase prononcée par un
agent le marque profondément : « Bon séjour chez vous à Kinshasa ». Un moment
chargé d’émotion, symbole d’appartenance à un même pays malgré les divisions.
Dans
la zone de récupération des bagages, Justin découvre une ambiance bruyante et
animée. Entre les porteurs qui sollicitent les passagers et le vacarme des
installations, il décrit une véritable effervescence.
Un
ami lui lance alors : « C’est ça Kinshasa ! » Une immersion immédiate dans
l’intensité de la capitale congolaise.
Durant son séjour de 23 jours, Justin affirme n’avoir subi aucune stigmatisation liée à sa langue. Avec ses amis, il s’exprime librement en Swahili, sans crainte. Mieux encore, une habitante de Kinshasa lui demande de lui apprendre cette langue, témoignant de son intérêt pour l’Est du pays et ses richesses. Pour lui, Kinshasa reste une ville d’accueil : « Kinshasa, c’est chez nous ».
Justin
met en garde contre les généralisations et les discours de division. Selon lui,
les tensions ne doivent pas faire oublier l’essentiel : l’unité nationale.
Il
rappelle que le conflit à l’Est reste une tragédie pour les populations
locales, bouleversant profondément leur quotidien.
Un
trajet qui prenait autrefois deux heures entre Goma et Kinshasa peut désormais
dépasser quatre jours.
Une
réalité marquée par la guerre
Ce
témoignage illustre les conséquences concrètes du conflit dans l’Est de la RDC
: mobilité entravée, coûts élevés et souffrances humaines. Un rappel poignant
que, derrière les chiffres et les analyses, il y a des vies bouleversées.
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