Une
enquête de Global Witness met en cause des exportateurs rwandais et elle révèle
que du coltan extrait dans des zones de conflit de l’est de la RDC pourrait se
retrouver dans les chaînes d’approvisionnement de grandes entreprises
technologiques et industrielles, notamment Sony Group Corporation, Microsoft,
Amazon, LG Display, Ericsson, Toyota, Nvidia et Vodafone.
Selon
l’organisation, cinq des sept principaux exportateurs rwandais de coltan
auraient acheté du minerai introduit clandestinement depuis les mines de
Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, sous le contrôle du groupe armé M23.
Rubaya,
une mine stratégique au cœur du conflit
Située
dans l’est de la RDC, la zone minière de Rubaya représente environ 15 % de la
production mondiale de coltan, un minerai indispensable à la fabrication des
smartphones, ordinateurs et autres équipements électroniques.
D’après
Global Witness, ces mines sont occupées depuis près de deux ans par le M23,
groupe armé soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports internationaux.
Le
mouvement rebelle tirerait d’importants revenus de l’exploitation minière pour
financer ses opérations militaires.
L’ONG
souligne également que le M23 est accusé de graves violations des droits
humains, notamment des violences sexuelles, des homicides et le recrutement
forcé d’enfants.
Des
circuits de contrebande vers l’Asie
À
l’issue d’une enquête menée pendant un an, Global Witness affirme avoir
identifié des réseaux de contrebande acheminant le coltan extrait à Rubaya vers
le Rwanda avant sa revente à des fonderies situées principalement en Chine et
au Kazakhstan, souvent par l’intermédiaire de négociants.
L’organisation
évoque une implication de responsables rwandais dans ce commerce et estime que
les volumes de minerai introduits illicitement atteignent des niveaux sans
précédent.
Cette
enquête prolonge des révélations publiées en 2025 selon lesquelles le négociant
européen Traxys aurait acquis du coltan provenant de zones contrôlées par le
M23.
L’échec
des mécanismes de traçabilité
Le
rapport met en cause les systèmes internationaux censés garantir un
approvisionnement responsable en minerais.
Selon
Global Witness, le programme de traçabilité ITSCI, utilisé par de nombreuses
entreprises pour éviter l’intégration de minerais de conflit dans leurs chaînes
d’approvisionnement, n’aurait pas permis de détecter une partie importante du
coltan de contrebande.
L’ONG
estime également que du minerai issu des zones sous contrôle du M23 aurait pu
être intégré dans le système alternatif Better Mining.
Les
audits réalisés dans le cadre de la Responsible Minerals Initiative (RMI) sont
également critiqués pour leur incapacité à identifier d’importants volumes de
coltan liés au conflit.
Global
Witness appelle à des sanctions
Pour
Alex Kopp, conseiller politique et plaidoyer chez Global Witness, les résultats
de l’enquête démontrent que « la plupart des grands exportateurs de coltan du
Rwanda achètent du coltan de conflit provenant des zones de guerre en RDC ».
Il
estime que les entreprises internationales n’ont pas suffisamment assaini leurs
chaînes d’approvisionnement et appelle les États à prendre des mesures
contraignantes afin de sanctionner les acteurs qui financent indirectement les
activités du M23 et son occupation de territoires congolais.
Les
entreprises contestent ou défendent leurs pratiques
Plusieurs sociétés citées dans le rapport ont réagi aux accusations. Toyota affirme poursuivre une politique d’approvisionnement excluant les minerais contribuant aux conflits. Sony indique exiger de ses fournisseurs le respect de son code de conduite et de ses règles de diligence raisonnable. Ericsson souligne que les fonderies mentionnées étaient conformes aux exigences de la RMI tout en promettant d’examiner les cas signalés.
De
leur côté, Traxys, ITSCI, Better Mining et la RMI contestent les conclusions de
l’ONG. Nvidia, Amazon, Microsoft, Vodafone et LG Display n’ont pas répondu aux
sollicitations de Global Witness.
Une
enquête fondée sur des données commerciales et des témoignages
L’enquête
couvre la période allant de 2023 à septembre 2025. Global Witness indique avoir
analysé des données douanières et commerciales, mené plus de 70 entretiens avec
des représentants des communautés locales, du secteur privé, de la société
civile et du monde universitaire, puis recoupé ces informations avec des
rapports des Nations unies et d’autres organisations spécialisées.
Selon
l’ONG, ces travaux ont permis de retracer les principaux flux commerciaux de
coltan entre la RDC, le Rwanda et les marchés internationaux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire