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dimanche 14 juin 2026

RDC : du coltan lié au conflit du M23 retrouvé dans les chaînes d’approvisionnement de géants de la technologie

Une enquête de Global Witness met en cause des exportateurs rwandais et elle révèle que du coltan extrait dans des zones de conflit de l’est de la RDC pourrait se retrouver dans les chaînes d’approvisionnement de grandes entreprises technologiques et industrielles, notamment Sony Group Corporation, Microsoft, Amazon, LG Display, Ericsson, Toyota, Nvidia et Vodafone.

Selon l’organisation, cinq des sept principaux exportateurs rwandais de coltan auraient acheté du minerai introduit clandestinement depuis les mines de Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, sous le contrôle du groupe armé M23.

Rubaya, une mine stratégique au cœur du conflit

Située dans l’est de la RDC, la zone minière de Rubaya représente environ 15 % de la production mondiale de coltan, un minerai indispensable à la fabrication des smartphones, ordinateurs et autres équipements électroniques.

D’après Global Witness, ces mines sont occupées depuis près de deux ans par le M23, groupe armé soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports internationaux.

Le mouvement rebelle tirerait d’importants revenus de l’exploitation minière pour financer ses opérations militaires.

L’ONG souligne également que le M23 est accusé de graves violations des droits humains, notamment des violences sexuelles, des homicides et le recrutement forcé d’enfants.

Des circuits de contrebande vers l’Asie

À l’issue d’une enquête menée pendant un an, Global Witness affirme avoir identifié des réseaux de contrebande acheminant le coltan extrait à Rubaya vers le Rwanda avant sa revente à des fonderies situées principalement en Chine et au Kazakhstan, souvent par l’intermédiaire de négociants.

L’organisation évoque une implication de responsables rwandais dans ce commerce et estime que les volumes de minerai introduits illicitement atteignent des niveaux sans précédent.

Cette enquête prolonge des révélations publiées en 2025 selon lesquelles le négociant européen Traxys aurait acquis du coltan provenant de zones contrôlées par le M23.

L’échec des mécanismes de traçabilité

Le rapport met en cause les systèmes internationaux censés garantir un approvisionnement responsable en minerais.

Selon Global Witness, le programme de traçabilité ITSCI, utilisé par de nombreuses entreprises pour éviter l’intégration de minerais de conflit dans leurs chaînes d’approvisionnement, n’aurait pas permis de détecter une partie importante du coltan de contrebande.

L’ONG estime également que du minerai issu des zones sous contrôle du M23 aurait pu être intégré dans le système alternatif Better Mining.

Les audits réalisés dans le cadre de la Responsible Minerals Initiative (RMI) sont également critiqués pour leur incapacité à identifier d’importants volumes de coltan liés au conflit.

Global Witness appelle à des sanctions

Pour Alex Kopp, conseiller politique et plaidoyer chez Global Witness, les résultats de l’enquête démontrent que « la plupart des grands exportateurs de coltan du Rwanda achètent du coltan de conflit provenant des zones de guerre en RDC ».

Il estime que les entreprises internationales n’ont pas suffisamment assaini leurs chaînes d’approvisionnement et appelle les États à prendre des mesures contraignantes afin de sanctionner les acteurs qui financent indirectement les activités du M23 et son occupation de territoires congolais.

Les entreprises contestent ou défendent leurs pratiques

Plusieurs sociétés citées dans le rapport ont réagi aux accusations. Toyota affirme poursuivre une politique d’approvisionnement excluant les minerais contribuant aux conflits. Sony indique exiger de ses fournisseurs le respect de son code de conduite et de ses règles de diligence raisonnable. Ericsson souligne que les fonderies mentionnées étaient conformes aux exigences de la RMI tout en promettant d’examiner les cas signalés.

De leur côté, Traxys, ITSCI, Better Mining et la RMI contestent les conclusions de l’ONG. Nvidia, Amazon, Microsoft, Vodafone et LG Display n’ont pas répondu aux sollicitations de Global Witness.

Une enquête fondée sur des données commerciales et des témoignages

L’enquête couvre la période allant de 2023 à septembre 2025. Global Witness indique avoir analysé des données douanières et commerciales, mené plus de 70 entretiens avec des représentants des communautés locales, du secteur privé, de la société civile et du monde universitaire, puis recoupé ces informations avec des rapports des Nations unies et d’autres organisations spécialisées.

Selon l’ONG, ces travaux ont permis de retracer les principaux flux commerciaux de coltan entre la RDC, le Rwanda et les marchés internationaux.


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