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mardi 23 juin 2026

Kinshasa : les tracasseries policières continuent de gangrener la circulation routière

Les tracasseries policières sur la voirie urbaine de Kinshasa demeurent une préoccupation majeure pour les conducteurs et les usagers. Malgré les multiples dénonciations, les arrestations, les procès et même les révocations de certains agents de la Police nationale congolaise (PNC), cette pratique est loin d’être éradiquée.

Depuis plusieurs années, les automobilistes dénoncent des contrôles abusifs, des amendes arbitraires et des extorsions devenues monnaie courante sur plusieurs artères de la capitale. Pour de nombreux usagers, ces comportements ont fini par s’installer comme une norme plutôt qu’une exception.

Des amendes souvent supérieures aux montants légaux

Afin de lutter contre les abus et d’informer la population, l’Inspection générale de la Police nationale congolaise a publié en 2025 un fascicule intitulé « Tout ce que vous devez savoir sur les montants à payer en cas d’infraction ou contravention routière », accompagné du message : « Bâtissons notre pays en payant correctement nos amendes transactionnelles ».

Cependant, faute d’une large diffusion de ces informations, certains policiers continuent d’imposer aux usagers des montants largement supérieurs à ceux prévus par l’arrêté interministériel du 22 août 2012 fixant les taux des droits et taxes à percevoir à l’initiative de la PNC.

Selon plusieurs témoignages, des conducteurs sont contraints de verser entre 200 et 500 dollars américains pour des infractions dont les amendes officielles sont souvent inférieures à 40 dollars américains. 

Seules quelques infractions graves, notamment la conduite en état d’ivresse, l’excès de vitesse ou les dommages causés à la voie publique, peuvent légalement entraîner des amendes comprises entre 50 et 100 dollars.

La circulation routière transformée en source de revenus

Pour de nombreux observateurs, certains agents affectés à la circulation routière considèrent désormais la route comme une source de revenus personnels.

Un ancien responsable de la police avait déjà reconnu que certains policiers cherchaient à intégrer les unités de circulation routière en raison des gains financiers qu’elles procurent. 

Cette situation favorise la multiplication des contraventions contestées ou parfois créées de toutes pièces dans le but de soutirer de l’argent aux conducteurs.

Paradoxalement, alors que les embouteillages s’aggravent dans plusieurs carrefours stratégiques de Kinshasa, certains agents peinent à assurer efficacement la régulation du trafic. 

Dans plusieurs cas, ils sont même assistés par des receveurs de taxis-bus ou des gardes du corps improvisés pour fluidifier la circulation.

Une présence policière jugée excessive à certains endroits

Dans plusieurs points de conflit routier, les usagers dénoncent une concentration importante de policiers dont l’utilité opérationnelle reste contestée.

Certains axes secondaires, notamment dans la commune de Limete, à hauteur des 1ère, 14ème et 15ème rues, comptent régulièrement plusieurs agents alors que la circulation y demeure relativement fluide. 

Des conducteurs estiment que cette présence vise davantage les contrôles financiers que la gestion du trafic.

Les amendes officielles fixées par l’État

L’arrêté interministériel du 22 août 2012 fixe pourtant clairement les montants applicables aux principales infractions routières.

À titre d’exemple : défaut de casque pour motocycliste : 20 à 25 dollars ; défaut de ceinture de sécurité : 20 à 35 dollars ; non-respect des feux de signalisation : 20 à 35 dollars ; conduite sans permis : 30 à 60 dollars ; circulation sans plaque d’immatriculation : 45 à 90 dollars ; excès de vitesse : 50 à 100 dollars ; conduite en état d’ivresse : 50 à 100 dollars.

Ces montants constituent les plafonds légaux que les agents sont tenus de respecter lors de la perception des amendes transactionnelles.

Des recettes qui échappent au Trésor public

La question de la destination des recettes issues des amendes routières demeure également préoccupante.

Selon des observations relayées par la Cour des comptes, des milliers d’usagers sont verbalisés chaque année à Kinshasa et dans d’autres villes du pays. Pourtant, une part importante des sommes perçues n’apparaîtrait pas dans les comptes officiels de l’État.

Cette situation alimente les soupçons de détournement et renforce les appels à une réforme profonde du système de contrôle routier, à une meilleure traçabilité des paiements et à un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption au sein des services chargés de la circulation.


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