Les
tracasseries policières sur la voirie urbaine de Kinshasa demeurent une
préoccupation majeure pour les conducteurs et les usagers. Malgré les multiples
dénonciations, les arrestations, les procès et même les révocations de certains
agents de la Police nationale congolaise (PNC), cette pratique est loin d’être
éradiquée.
Depuis
plusieurs années, les automobilistes dénoncent des contrôles abusifs, des
amendes arbitraires et des extorsions devenues monnaie courante sur plusieurs
artères de la capitale. Pour de nombreux usagers, ces comportements ont fini
par s’installer comme une norme plutôt qu’une exception.
Des
amendes souvent supérieures aux montants légaux
Afin
de lutter contre les abus et d’informer la population, l’Inspection générale de
la Police nationale congolaise a publié en 2025 un fascicule intitulé « Tout ce
que vous devez savoir sur les montants à payer en cas d’infraction ou
contravention routière », accompagné du message : « Bâtissons notre pays en
payant correctement nos amendes transactionnelles ».
Cependant,
faute d’une large diffusion de ces informations, certains policiers continuent
d’imposer aux usagers des montants largement supérieurs à ceux prévus par
l’arrêté interministériel du 22 août 2012 fixant les taux des droits et taxes à
percevoir à l’initiative de la PNC.
Selon
plusieurs témoignages, des conducteurs sont contraints de verser entre 200 et
500 dollars américains pour des infractions dont les amendes officielles sont
souvent inférieures à 40 dollars américains.
Seules
quelques infractions graves, notamment la conduite en état d’ivresse, l’excès
de vitesse ou les dommages causés à la voie publique, peuvent légalement
entraîner des amendes comprises entre 50 et 100 dollars.
La
circulation routière transformée en source de revenus
Pour
de nombreux observateurs, certains agents affectés à la circulation routière
considèrent désormais la route comme une source de revenus personnels.
Un
ancien responsable de la police avait déjà reconnu que certains policiers
cherchaient à intégrer les unités de circulation routière en raison des gains
financiers qu’elles procurent.
Cette
situation favorise la multiplication des contraventions contestées ou parfois
créées de toutes pièces dans le but de soutirer de l’argent aux conducteurs.
Paradoxalement,
alors que les embouteillages s’aggravent dans plusieurs carrefours stratégiques
de Kinshasa, certains agents peinent à assurer efficacement la régulation du
trafic.
Dans
plusieurs cas, ils sont même assistés par des receveurs de taxis-bus ou des
gardes du corps improvisés pour fluidifier la circulation.
Une
présence policière jugée excessive à certains endroits
Dans
plusieurs points de conflit routier, les usagers dénoncent une concentration
importante de policiers dont l’utilité opérationnelle reste contestée.
Certains
axes secondaires, notamment dans la commune de Limete, à hauteur des 1ère,
14ème et 15ème rues, comptent régulièrement plusieurs agents alors que la
circulation y demeure relativement fluide.
Des
conducteurs estiment que cette présence vise davantage les contrôles financiers
que la gestion du trafic.
Les
amendes officielles fixées par l’État
L’arrêté
interministériel du 22 août 2012 fixe pourtant clairement les montants
applicables aux principales infractions routières.
À
titre d’exemple : défaut de casque pour motocycliste : 20 à 25 dollars ; défaut
de ceinture de sécurité : 20 à 35 dollars ; non-respect des feux de
signalisation : 20 à 35 dollars ; conduite sans permis : 30 à 60 dollars ;
circulation sans plaque d’immatriculation : 45 à 90 dollars ; excès de vitesse
: 50 à 100 dollars ; conduite en état d’ivresse : 50 à 100 dollars.
Ces
montants constituent les plafonds légaux que les agents sont tenus de respecter
lors de la perception des amendes transactionnelles.
Des
recettes qui échappent au Trésor public
La
question de la destination des recettes issues des amendes routières demeure
également préoccupante.
Selon
des observations relayées par la Cour des comptes, des milliers d’usagers sont
verbalisés chaque année à Kinshasa et dans d’autres villes du pays. Pourtant,
une part importante des sommes perçues n’apparaîtrait pas dans les comptes
officiels de l’État.
Cette
situation alimente les soupçons de détournement et renforce les appels à une
réforme profonde du système de contrôle routier, à une meilleure traçabilité
des paiements et à un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption
au sein des services chargés de la circulation.
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