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mercredi 30 juillet 2025

Province de la Mongala : Des éléments de l’armée et de la police accusés de tortures présumées ayant entraîné mort d’homme

Le président national, Roger Nzumbu Mosenge, de l’Action des jeunes pour le bien-être social « AJBS », une Organisation sentinelle des droits de l’Homme a écrit le 29 juillet 2025 au Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Lisala/Mongala pour dénoncer de cas des tortures et d’arrestations irrégulière faite par la police dont sont victimes des habitants de cette ville. 

Cette ASBL rappelle de prime abord qu’en République Démocratique du Congo, les poursuites ainsi que les arrestations des personnes présumées auteurs des infractions sont réglementées. Cette réglementation vise à respecter la personne humaine. Car, la vie humaine est sacrée. C’est pourquoi, les lois, les coutumes ainsi que les usages en matières judiciaires veulent qu’une personne reprochée d’avoir commis une infraction soit au préalable invitée, ou être appelée par mandat de comparution, au besoin par le mandat d’amener dans des cas graves qui requièrent célérité.

L’AJBS en tant qu’une Organisation sentinelle constate avec l’arme aux yeux, des cas des arrestations irrégulières suivi des tortures graves, l’œuvre des Officiers de police judiciaire (OPJ) et des agents de la police (AP), lesquels opèrent des arrestations selon leur bon vouloir et en violation de la loi. Ces arrestations suivies des tortures entraînent la mort des certains paisibles citoyens présumés innocents.

L’Action des jeunes pour le bien-être social a fait le monitoring des cas les plus saillants qu’elle a documenté auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Lisala/Mongala.

Le cas d’arrestation de Monsieur Jean Marie Atsabo, arrêté en date du 24 juin 2025 par la police basée au bureau de la Mairie de Lisala, puis transféré à la police des polices après l’avoir torturé suffisamment à cause d’une batterie qu’on lui aurait donner pour réparer, et ce Monsieur a trouvé la mort Concerne: Dénonciation de cas des tortures et d’arrestations irrégulière faite par la police à la prison centrale de Lisala la nuit du 30 juin et du 1er juillet 2025, alors qu’il n’était jusque-là, qu’un présumé innocent.

Camille Yenga Lisala a quitté Bumba pour témoigner au sujet du dossier de falsification des timbres de la taxe conventionnelle du développement de la Mongala. Il a été torturé en date du 19 avril 2025 et à l’occasion de ces tortures, il a connu une fracture au niveau de la jambe gauche, et pour le moment il est jeté en pâtir à la Prison centrale de Lisala sans obtenir des soins médicaux appropriés. Et pourtant, la personne poursuivie pour la falsification des timbres a été déjà libérée.

Jean Mombele Lanze a été arrêté par la police basée à la Mairie de Lisala en date du 23 mars 2025, où il a été victime des tortures graves. Il est à ce jour abandonné à son triste sort à la Prison centrale de Lisala dans un état de santé précaire. Jimmy Mafuta Waba a été arrêté à Boso Manzi par le commandant FARDC en date du 2 juin 2025 pour l’incendie d’une maison à Boso Modjebo, où il a subi des tortures graves. Il est incarcéré à la Prison centrale de Lisala dans un état d’un moribond. 

Michael Asekabio a été t arrêté par la police de Pimo, à Bongandanga, police chapeautée par le commandant qui porte le nom « Effacé le tableau ». L’incriminé avait fait un faux pas en tombant sur le bimpuka d’une maman (matière première servant à la fabrication des chikwangue) en date du 30 juin 2025. Ce dernier a subi des tortures graves et a trouvé la mort dans le cachot de la police de Pimo en date du 2 juillet 2025.

Franck Wita et Botongo Vadio ont été victimes des tortures graves à Bosondjo en territoire de Bongandanga de la part des éléments des FARDC qui sont actuellement basé à Bosondjo. Ces deux paisibles citoyens sont abandonnés à leur triste sort à l’hôpital général de référence de Robi à Bosondjo en date du 11 juillet 2025.

Des éléments de ces unités ont érigé un cachot à Bosondjo afin de garder les détenus et exigent les amendes transactionnelles contrairement à leur mission régalienne. Il s’agit là des cas connus et vérifiés, mais il y a plusieurs cas des tortures qui entraînent la mort qui demeurent dans le chiffre noir que la justice peut bien découvrir pour que leurs auteurs ne soient pas impunis. L’AJBS demande au Procureur de la République de bien vouloir s’impliquer dans ces cinq cas documentés pour faire triompher la justice et promouvoir l’Etat de droit.

Des OPJ utilisent les agents de police et sont les yeux et les oreilles de l’officier de ministère public, ces OPJ méritent vos conseils et sanctions. « Que le ministre provincial de la Justice, le Procureur général près la Cour d’appel, le Commissaire provincial de la police nationale congolaise, le Commandant Compagnie Sécurité Principale pour la Prison militaire d’Angenga ainsi que l’Auditeur Militaire de Garnison qui ont été mis en ampliation puissent s’impliquer pour permettre à la restauration de l’Etat de Droit ».

samedi 19 juillet 2025

RDC : Le BCNUDH constate une réduction des violations des droits humains de 22 % comparé au mois d’avril 2025

Dans le cadre de son mandat, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en République Démocratique du Congo assure un suivi étroit de la situation des droits de l’homme et analyse les tendances y relatives. Ces tendances sont régulièrement partagées avec les autorités afin qu’elles prennent les actions nécessaires, y compris traduire en justice les auteurs présumés des violations des droits de l’homme documentées.

Pendant le mois de mai 2025, le BCNUDH a documenté 427 violations et atteintes aux droits humains représentant une réduction de 22 % comparé au mois précédent. Au moins, 81 % de ces violations et atteintes ont été enregistrées dans les zones touchées par le conflit armé, les provinces du Nord-Kivu (231), du Sud-Kivu (68) et de l’Ituri (47) étant les plus affectées. La majorité de ces violations et atteintes (68 %) sont imputables aux groupes armés, parmi lesquels le M23 appuyé par les forces armées rwandaises (113), les éléments Wazalendo (40), diverses factions Maï-Maï (27) et la Coopérative pour le développement du Congo (23). Les agents de l’État ont été responsables de 31 % des violations documentées, principalement les agents de la Police nationale congolaise (57 cas) et les militaires des Forces armées de la République Démocratique du Congo (55 cas).

Au cours du mois de mai 2025, le BCNUDH a documenté au moins 16 incidents de violences sexuelles liées aux conflits (VSLC), affectant 26 victimes adultes : 25 femmes et un homme. Ce chiffre représente une baisse par rapport au mois d’avril 2025. La majorité des victimes se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec respectivement 12 femmes victimes dans chaque province. En outre, une femme a été recensée dans la province du Tanganyika, tandis qu’un homme a été victime de viol dans la province du Maniema.

Concernant les auteurs présumés, les groupes armés Twigwaneho, alliés au M23, sont responsables de violences sexuelles contre 10 femmes, se plaçant ainsi au premier rang des auteurs. Ils sont suivis par le M23 avec 5 victimes féminines, les Wazalendo/VDP de l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain avec quatre victimes, et les Maï-Maï/Wazalendo avec trois victimes. Par ailleurs, le groupe Maï-Maï Malaika a commis un viol contre un homme. Les FARDC sont les seuls acteurs étatiques impliqués dans des cas de VSLC, avec deux femmes victimes.

En mai 2025, la situation de l’espace civique a été marquée par des arrestations arbitraires d’acteurs politiques dans la dynamique de la restriction des activités du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie. Le BCNUDH a documenté dix violations et atteintes aux droits de l’homme en lien avec l’espace civique, affectant 19 hommes soit le double des cas documentés le mois précédent (cinq cas pour neuf victimes). Les cas ont été documentés essentiellement dans la province du Sud-Kivu et à Kinshasa. Ces cas ont été attribués au M23 (six cas soit 60 %), aux Wazalendo (trois cas soit 30 %) et à la PNC (un cas soit 10 %).

Sur le plan de la protection individuelle, le BCNUDH a documenté 21 cas dont quatorze résultent des menaces proférées par des agents de l’Etat, à savoir deux pour les agents de la PNC, cinq pour les FARDC, sept pour des autorités administratives, judiciaires et de services de renseignements ; sept imputables à des éléments de groupes armés (cinq pour le M23 et deux par le Zaïre et l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain). Ces cas ont été enregistrés dans dix provinces : Ituri, Kongo central, Kinshasa, Haut Uélé, Maniema, Lomami, Kasaï central, Kasaï oriental, Nord Kivu et Sud Kivu. A l’issue de l’examen de ces cas par le BCNUDH, 23 bénéficiaires (15 défenseurs des droits de l’homme dont deux femmes et huit journalistes), ont bénéficié des conseils en autoprotection pour améliorer leur sécurité.

En matière de lutte contre l’impunité, 24 poursuites judiciaires à l’encontre de 24 personnes, dont cinq militaires des FARDC, 10 agents de la PNC et neuf civils ont donné lieu à des condamnations pour violations et atteintes aux droits de l’homme par les juridictions militaires. Deux agents de la PNC ont été acquittés au cours de la période en revue. Trois militaires des FARDC et neuf civils ont été condamnés pour viol. Par ailleurs, un militaire des FARDC a été condamné à la peine de mort pour le meurtre de trois hommes le 15 mai à Kinshasa.

Le BCNUDH a organisé au cours du mois de mai sur l’ensemble du territoire, six activités de formation et de sensibilisation au profit de 204 personnes, dont 66 femmes. Ces activités de promotion ont ciblé des membres des organisations de la société civile, des défenseurs des droits de droits de l’homme, des autorités étatiques, ainsi que des membres des forces de défense et sécurité congolaises.

mercredi 18 juin 2025

RD Congo : Le groupe armé M23 transfert de force des civils

 Le groupe armé M23 contrôlé par le Rwanda a déporté plus de 1.500 personnes de l’est de la République démocratique du Congo occupée vers le Rwanda, en violation des Conventions de Genève de 1949, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Le gouvernement rwandais et le M23 devraient immédiatement mettre fin aux transferts forcés de citoyens congolais et de réfugiés rwandais, qui constituent des crimes de guerre.

Le soutien militaire, logistique ou d’une autre nature apporté par le Rwanda au M23 a été essentiel pour sa prise de Goma et de Bukavu, les capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu respectivement, des forces congolaises au début de l’année 2025. En février, le M23 a ordonné à plusieurs centaines de milliers de personnes de quitter les camps de déplacés autour de Goma et a démantelé pratiquement tous les camps. En mai, le M23 a rassemblé des personnes déplacées et les a transférées à Goma, d’où nombre d’entre elles ont ensuite été illégalement déportées vers le Rwanda avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

« Le transfert forcé de civils vers le Rwanda, qu’il s’agisse de citoyens congolais ou de réfugiés rwandais, est un crime de guerre en vertu des Conventions de Genève », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior au sein de la division Afrique à Human Rights Watch. « En raison du contrôle qu’il exerce sur le M23 dans l’est de la RD Congo, le Rwanda est en fin de compte responsable des nombreux abus commis par ce groupe armé ».

Le contrôle effectif exercé par le Rwanda sur des zones de l’est de la RD Congo, par le biais de ses propres forces armées et du M23 semble répondre aux critères d’une occupation belligérante aux termes des normes du droit international humanitaire. L’article 49 de la Quatrième Convention de Genève interdit, en tant que crime de guerre, les transferts forcés à l’intérieur d’un pays ainsi que les déportations hors du territoire occupé et vers d’autres pays, quel qu’en soit le motif. Le 9 juin, Human Rights Watch a écrit aux autorités rwandaises, en leur exposant ses conclusions, mais n’a pas reçu de réponse.

De février à mai, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 14 personnes qui ont été contraintes de quitter les camps de déplacés près de Goma après leur démantèlement ordonné par le M23, dont 8 personnes qui ont été transférées de force à Goma en mai. Le 12 mai, le M23 a rassemblé près de 2.000 personnes de la ville de Sake, située à 25 kilomètres à l’ouest de Goma, et les a transférées de force à Goma, d’où beaucoup ont ensuite été déportées vers le Rwanda. Cela semblait faire partie d’une opération plus large du M23 menée contre des membres présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais à majorité hutue, dont certains dirigeants ont pris part au génocide de 1994 au Rwanda. Un grand nombre des personnes à Sake étaient originaires de Karenga, dans le territoire de Masisi, qui est considéré comme un bastion des FDLR.

Les responsables du M23 se sont servis du centre de transit appelé Centre Chrétien du Lac Kivu (CCLK), qui tire son nom de son emplacement à Goma, pour déporter des personnes vers le Rwanda. Entre le 17 et le 19 mai 2025, plusieurs convois ont quitté le centre de transit pour se rendre au Rwanda. Le HCR utilise en général le CCLK pour les rapatriements volontaires de réfugiés au Rwanda. Cependant, huit personnes présentes au centre ont indiqué que des citoyens congolais et des réfugiés rwandais figuraient parmi les personnes déportées contre leur volonté. Beaucoup ont fait part de leur crainte d’être victimes d’abus au Rwanda. Le M23 a déployé des forces autour du centre pour empêcher les personnes de s’échapper.

Certaines des personnes déportées se sont exprimées dans les médias pour critiquer la manière dont elles ont été transférées de force au Rwanda. Depuis longtemps, les autorités rwandaises prennent pour cible ceux qui critiquent publiquement le gouvernement, y compris les réfugiés et les demandeurs d’asile sous la protection du HCR. Le HCR devrait prendre des mesures pour garantir la sécurité des personnes déportées vers le Rwanda. Human Rights Watch n'a pas pu communiquer avec les personnes déportées du centre de transit depuis leur transfert vers le Rwanda.

Le HCR a écrit à Human Rights Watch le 27 mai 2025, indiquant que « 1.600 [réfugiés rwandais] ont été amenés au centre de transit CCLK à Goma à la suite d'opérations de bouclage et de fouilles menées par les autorités de facto », que le contrôle effectué par le HCR « a été réalisé sous pression » et que, pour ce groupe, le retour au Rwanda « était la seule option possible ».

En vertu des Conventions de Genève, le transfert doit être « forcé », tout comme la déportation, pour constituer un crime de guerre. Le consentement au déplacement doit être volontaire, et ne pas être donné dans des conditions de coercition. Un transfert n’est pas volontaire dès lors que les personnes consentent ou cherchent à être transférées uniquement pour échapper au risque d’abus si elles restent.

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé que son bureau renouvellerait les efforts d’enquête en RD Congo en se concentrant sur les crimes commis dans le Nord-Kivu depuis janvier 2022. La CPI est habilitée à poursuivre les auteurs du crime de guerre de « déportation ou transfert [par la puissance occupante] à l’intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce territoire », ainsi que les auteurs du crime contre l’humanité de « déportation ou transfert forcé de population ».

« Le gouvernement rwandais et le M23 commettent des crimes de guerre en transférant de force des personnes au sein des territoires occupés et en les déportant vers le Rwanda », a conclu Clémentine de Montjoye. « Une pression internationale concertée sur le Rwanda est nécessaire pour mettre fin immédiatement aux déportations, garantir la sécurité de toutes les personnes dans les zones occupées et traduire en justice les responsables d’abus ».

Les personnes transférées

Depuis la résurgence du M23 à la fin de l’année 2021, les forces armées congolaises et rwandaises, ainsi que les groupes armés qu’elles soutiennent, ont déplacé des centaines de milliers de personnes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, souvent à plusieurs reprises sur des périodes prolongées. Les combattants ont forcé les civils à quitter leurs maisons et leurs terres, ont pillé leurs biens et les ont punis pour leur collaboration présumée avec des groupes ennemis. Beaucoup de personnes déplacées à l’intérieur du pays qui vivaient dans des camps autour de Goma avant que le M23 ne s’empare de la ville avaient fui les abus commis par les deux parties belligérantes, notamment des meurtres, des viols, des incendies de biens, des pillages, ainsi que du recrutement et du travail forcé. 

Le 24 février 2025 à Karenga, un chef local accompagné de combattants armés du M23 a donné l’ordre aux habitants originaires de Karenga, Tuonane et Mugando, près du parc national des Virunga, de partir dès le lendemain. Nombre d’entre eux ont alors cherché refuge dans des écoles et d’autres endroits dans la ville voisine de Sake.

« Ils nous ont chassés de Karenga en disant que ceux qui refuseraient [de partir] “recevront une balle” », a raconté une femme de 25 ans interrogée par Human Rights Watch. Un homme de 36 ans a indiqué que le chef « nous a dit que ceux qui ont besoin d’une explication devaient se rendre à Kitchanga [une ville stratégique sous le contrôle du M23] pour poser la question aux autorités là-bas. Il a aussi dit que la Croix-Rouge ramassera le corps de toute personne trouvée dans le village après la date butoir ». 

De nombreuses personnes déplacées avec qui Human Rights Watch s’est entretenu qui sont retournées à Karenga en février avaient fui avant la prise de contrôle de la zone par le M23 en novembre 2023. Le M23 n’a fourni aucune raison concernant l’expulsion de la population, mais certaines sources estiment que la décision était liée à la présence de membres présumés des FDLR dans la zone. Les personnes interrogées ont indiqué que, même si certaines des personnes précédemment déplacées de Karenga étaient d’origine rwandaise, beaucoup étaient des citoyens congolais ou avaient vécu au Congo toute leur vie.

Parmi les personnes déplacées de force depuis Sake, le M23 a transféré certains hommes – et plus tard leurs proches – au Stade de l’Unité à Goma. Le porte-parole militaire du M23, Willy Ngoma, a présenté aux médias 181 hommes dans le stade, les qualifiant de « sujets rwandais », alors qu’ils avaient des papiers congolais. Des témoins ont raconté que le M23 a brûlé les cartes d’électeur congolaises – qui constituent la principale forme d’identification en RD Congo – et a ordonné aux personnes perçues comme étant d’origine rwandaise de retourner au Rwanda.

La citoyenneté congolaise est difficile à établir en raison de l’absence d’un système d’identification national fonctionnel et de décennies de mouvements de population transfrontaliers – provoqués à la fois par les conflits et les opportunités économiques – entre la RD Congo et le Rwanda. La carte d’électeur est le seul document d’identification disponible pour de nombreuses personnes, à condition qu’elles soient inscrites sur les listes électorales et en âge de voter. Au stade, le M23 a accusé des personnes d’être en possession de cartes « falsifiées », rejetant de fait leur citoyenneté congolaise, d’après des reportages des médias et des récits de témoins.

Le M23 a accusé des opposants présumés, souvent sans fondement, de soutenir les FDLR. Des témoins ont expliqué que, le 12 mai 2025 à Sake, le M23 a emmené au moins cinq jeunes hommes soupçonnés d’être des membres des FDLR. Au stade, le M23 a également cherché à séparer ceux perçus comme soutenant l’armée congolaise ou ses alliés : « Ceux qui ont été identifiés comme membres des FDLR ou des Wazalendo [une coalition progouvernementale de groupes armés congolais] ont été mis dans un bus, et nous ne savons pas où ils sont allés », a raconté un homme qui était présent au stade.

Déportations depuis le centre de transit CCLK

Les personnes identifiées en vue d’une déportation ont été transférées vers le centre de transit CCLK que la Commission Nationale pour les Réfugiés congolaise et le HCR utilisent pour les rapatriements de réfugiés rwandais en vertu de l’accord tripartite de 2010 sur les retours volontaires conclu entre le HCR, le Rwanda et la RD Congo. L’accord tripartite fixe les conditions du retour volontaire des réfugiés congolais au Rwanda et des réfugiés rwandais en RD Congo. D’après les lignes directrices du HCR, les réfugiés et les demandeurs d’asile n’ont pas besoin d’indiquer explicitement qu’ils ont été contraints au retour pour que le HCR conclue que leur rapatriement est involontaire.

Le HCR a indiqué dans sa réponse à Human Rights Watch que les rapatriements de réfugiés « doivent être volontaires, sûrs et effectués dans la dignité » pour être conformes au principe de non-refoulement, soit l’interdiction légale internationale de renvoyer des personnes vers des risques de persécution, de torture ou d’autres préjudices graves.

Mais les personnes au centre ont déclaré que, même si les agents du HCR les avaient interrogées sur leurs origines, le HCR ne leur avait pas laissé le choix concernant leur transfert au Rwanda. Une femme congolaise a expliqué : « [Le HCR] fait ce qu’il veut de nous. Nous n’avons pas le choix ».

 

Le 22 mai 2025, le HCR a publié une déclaration affirmant qu’il surveillait et était impliqué dans « l’évolution de la situation concernant le groupe d’individus » au centre de transit ainsi que « plus de 1.700 réfugiés » de retour au Rwanda. Cependant, il ressort des entretiens menés par Human Rights Watch que certaines personnes conduites de force au centre puis expulsées vers le Rwanda n’étaient pas des réfugiés rwandais enregistrés.

Trois citoyens congolais ont expliqué que, le 27 mai 20205 le HCR avait reconduit 74 personnes – principalement des femmes et des enfants – à Sake après avoir confirmé qu’ils étaient des ressortissants congolais. Ils ont ajouté que certains Congolais au centre de transit n’ont pas pu prouver leur identité parce que le M23 avait brûlé leurs papiers et que ces personnes ont ensuite été transférées de force au Rwanda. « Des gens de Karenga que je connais, qui sont des Congolais, ont été envoyés au Rwanda », a raconté un homme qui a été reconduit à Sake. « D’autres ont accepté de partir parce qu’ils avaient peur du M23. Le M23 a brûlé ma carte d’électeur... Je ne peux plus quitter Sake maintenant. Si on m’arrête, je serai accusé de faire partie des FDLR ». 

Le 17 mai 2025, le ministre rwandais des Affaires étrangères a déclaré que les réfugiés rapatriés avaient été précédemment pris en otage par les FDLR, dans une tentative apparente de justifier les déportations. Le ministère de l’Intérieur de la RD Congo a contesté cette affirmation.

Occupation de l’est de la RD Congo par le Rwanda

Le déploiement par le Rwanda de près de 9.000 soldats dans l’est de la RD Congo au plus fort de l’offensive du M23 en janvier et février et son contrôle global apparent du M23, les autorités de facto, indiquent que le Rwanda est une puissance occupante en vertu du droit international humanitaire. Des témoins d’incidents, des reportages dans les médias et des sources des Nations Unies et militaires ont déclaré que du personnel militaire rwandais avait dirigé et mené des opérations pendant les offensives, y compris celles qui ont débouché sur la prise de Goma et de Bukavu.

Des sources militaires ont expliqué que plusieurs centaines de soldats rwandais, utilisant des armes modernes telles que des drones blindés et des mortiers guidés par GPS, ont conduit l’avancée sur Goma. Des soldats rwandais ont également commandé des patrouilles dans les territoires de Masisi et Rutshuru. Des commandants militaires rwandais étaient présents lors de la formation des recrues dans au moins deux centres d’entraînement en RD Congo, selon les dires d’anciennes recrues à Human Rights Watch. Les autorités rwandaises ont également coordonné une visite de presse dans les territoires occupés de l'est du Congo. En mai, plus de dix journalistes ont effectué un voyage de presse depuis Kigali, la capitale du Rwanda, vers Goma et le territoire de Masisi, organisé et accompagné par le personnel du Bureau du porte-parole du gouvernement rwandais, selon quatre journalistes et des messages examinés par Human Rights Watch.

Le Rwanda a également été impliqué dans des négociations de cessez-le-feu et d’autres actions pour le compte du M23. La prise de la ville de Walikale par le M23 en mars a contraint la société Alphamin Resources à suspendre ses activités à la mine de Bisie, une importante mine qui produit 6 pour cent de l’approvisionnement mondial en étain. Reuters a rapporté que les États-Unis ont directement engagé le dialogue avec les gouvernements rwandais et congolais pour obtenir des garanties concernant le retrait du M23 et pour que les forces congolaises n’attaquent pas, afin de permettre la reprise de des activités de la mine. Alphamin Resources a annoncé une reprise des opérations après le retrait du M23.

Ces actions des forces rwandaises et l’absence d’autorité congolaise dans la région semblent remplir les critères du droit international constitutifs d’une occupation belligérante de certaines parties de l’est de la RD Congo.

L’occupation en vertu du droit international

Le droit international humanitaire de l’occupation est principalement énoncé dans la Convention de La Haye de 1907, la Quatrième Convention de Genève de 1949, le Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève et le droit international humanitaire coutumier. L’Article 42 de la Convention de La Haye stipule qu’« [u]n territoire est considéré comme occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie. L’occupation ne s’étend qu’aux territoires où cette autorité est établie et en mesure de s’exercer. »

Le Commentaire de 2016 du Comité international de la Croix-Rouge sur l’Article 2 commun aux Conventions de Genève établit trois critères pour caractériser une occupation belligérante : la présence de forces militaires étrangères sans le consentement de l’État souverain ; la capacité de l’armée étrangère à exercer son autorité sur le territoire ; et l’incapacité connexe des autorités de l’État souverain à exercer son contrôle sur le territoire. Ces éléments ont été décrits dans des décisions de justice, des manuels militaires et des travaux universitaires comme le « test du contrôle effectif » qui vise à déterminer si une situation répond aux critères d’occupation aux termes du droit international humanitaire.

Dans le cadre du test du contrôle effectif, la force d’occupation doit contrôler en grande partie le territoire et peut déployer des troupes au besoin. Ces forces ne doivent pas nécessairement être présentes sur l’ensemble du territoire, mais doivent être en mesure d’exercer leur autorité si nécessaire. L’État souverain doit être substantiellement incapable d’exercer son autorité du fait de la présence des forces étrangères. Cependant, la simple présence de forces armées nationales ou de groupes armés s’opposant aux forces étrangères n’exclut pas l’occupation.

En outre, un contrôle effectif sur un territoire peut être exercé par des forces armées de substitution ou des groupes armés non étatiques aussi longtemps que les forces occupantes conservent un contrôle global. Ainsi, un État pourrait être considéré comme une puissance occupante lorsqu’il exerce un contrôle global sur les autorités locales de facto ou des groupes armés qui exercent eux-mêmes un contrôle effectif sur tout ou partie d’un territoire. Ce contrôle effectif indirect vise à empêcher un vide juridique découlant du fait qu’un État recoure à des substituts locaux pour se soustraire à ses obligations – notamment celles de fournir de la nourriture et des soins médicaux à la population – en vertu du droit international de l’occupation.