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mercredi 21 octobre 2015

CONFERENCE DE PRESSE DES NATIONS UNIES DU MERCREDI 21 OCTOBRE 2015

Charles Antoine Bambara : Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, Membres de la presse, Auditeurs de Radio Okapi, Bonjour et bienvenue à ce rendez-vous hebdomadaire des Nations Unies.
§ Activités des Composantes de la MONUSCO
§ Activités de l’Equipe-pays
§ Situation militaire
Activités des Composantes de la MONUSCO

Droits de l’Homme : Le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) en partenariat avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), l’Ambassade de France, le Centre Carter et l’ONG internationale Diakonia, lance ce jour 21 octobre 2015, la deuxième édition du Grand Jeu Concours d’Art Oratoire sur les Droits de l‘Homme (JCAO) doté de prix. Ce concours est ouvert à tout étudiant ou étudiante âgé(e) de 30 ans au plus, inscrit(e) en deuxième année de licence pour l’année académique 2015-2016 dans une université légalement reconnue en République Démocratique du Congo. Le candidat doit avoir obtenu lors de son passage en 2ème année de licence une moyenne d’au moins 60 %. Le but visé est, entre autres, d’offrir l’opportunité aux jeunes étudiants qui vont y participer de pouvoir faire des recherches académiques, d’étudier d’une manière approfondie des sujets des droits de l’homme, de montrer leur talent de chercheur et d’orateur et pour le gagnant, de bénéficier d’une bourse d’études en Master 2 dans une université française. De nombreux autres lots sont prévus notamment des ordinateurs portables gracieusement offerts par la Commission nationale des droits de l’homme ; des lots d’ouvrages de référence sur le Droit et les droits de l’homme. Les participants doivent commencer par écrire une dissertation de 4 pages dactylographiées sur le sujet suivant : L’article 1 er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclame : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Selon vous, est-ce une utopie ou une réalité ? Le texte de la dissertation devra être envoyé électroniquement à l’adresse jcaodh@gmail.com au plus tard le 27 octobre 2015 à minuit (heure de Kinshasa).
Pour tout renseignement complémentaire sur les différentes étapes de sélection, les conditions et modalités de participation, les postulants sont priés de consulter le règlement du jeu-concours sur le site de Radio Okapi et de la MONUSCO.

Genre : En prélude au 15ème anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Section Genre de la MONUSCO organise une formation des Formateurs pour les jeunes universitaires de Goma du 19-22 octobre 2015 à Goma ville. L’objectif est d’outiller les étudiants avec les différents concepts du genre et les égalités sexo-spécifiques et les sensibiliser sur la Résolution 1325 sur la Femme, Paix et Sécurité et autres instruments juridiques internationaux portant sur les droits de la femme. Quarante étudiants, dont 20 filles, feront ensuite une restitution des modules reçus pendant ces 4 jours auprès de leurs camarades dans les universités et instituts supérieurs de Goma et ses environs.

Police MONUSCO : Les secteurs de Bukavu, Kalemie, Kisangani, Lubumbashi et les sous-secteurs de Manono, Masisi et Moba, ont poursuivi pour les uns et ouvert pour les autres des sessions de recyclage en sécurisation du processus électoral au profit des cadres et agents de la Police Nationale Congolaise (PNC) dans leur localité respective. Sur les 413 agents de tous grades attendus, 385 dont 37 cadres et 19 femmes ont répondu présents, soit un pourcentage de participation de plus de 90%. Ceci témoigne de l’intérêt que les autorités de la PNC accordent à ces formations. Les différents modules sont animés par les formateurs de la UN Police, du Bureau Conjoint des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, de la PNC et des experts de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Une Experte en crime organisé en provenance de la « Standing Police Capacity » du Département des Opérations de Maintien de la Paix, Mme Stéphanie Tieles, séjourne depuis le 13 Octobre 2015 à la MONUSCO. L’objectif de sa mission, qui durera deux semaines, vise le renforcement des capacités de l’Unité d’Appui à la lutte contre les crimes sérieux et organisés de la Composante Police et l’évaluation des capacités de la Police Nationale Congolaise à lutter contre le crime organisé à l’échelle nationale et provinciale. Durant sa visite de travail, elle aura des entretiens avec des autorités des FARDC, de la PNC, de la Justice et le Leadership de la Police MONUSCO basés à Kinshasa et Goma.
Durant la semaine, les équipes conjointes pour la mise en œuvre de la Stratégie Opérationnelle intégrée de Lutte contre l’Insécurité à Beni/ Oicha, ont poursuivi leurs patrouilles régulières de sécurisation. Au total, quatre-vingt-quatorze (94) appels ont été reçus sur les numéros verts pour vingt-deux interventions qui ont donné lieu à seize interpellations pour diverses infractions de droit commun. Durant la même semaine, les différentes Unités de Police Constituées (FPU) ont poursuivi leurs missions de protection des populations. Unies. Ainsi, trois cent soixante-dix-sept patrouilles de sécurisation dont cent quarante-six conjointes avec la PNC ont été effectuées. Par ailleurs, quatre check-points et vingt-deux escortes de hautes personnalités ont été réalisés par ces Unités.

Activités de l’Equipe-pays PNUD : Lancement de la campagne « Investissons dans la paix ! » Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est partenaire de la campagne nationale « Investissons dans la Paix !» qui est organisée par la Commission d’Intégrité et Médiation Electorales (CIME) qui rassemble des confessions religieuses, notamment l’Église Catholique, l’Église du Christ au Congo (ECC), l’Église Kimbanguiste, la Communauté Islamique en RDC (COMICO), l’Église Orthodoxe, l’Armée du Salut, les Eglises de Réveil au Congo (ERC) et l’Union des Églises Indépendantes du Congo (UEIC). L’objectif est de sensibiliser et d’encourager la population, les acteurs politiques, sociaux et économiques à s’engager en faveur de la préservation de la paix sociale tout au long du processus électoral en RDC. Le travail de la CIME s’inscrit dans une logique de prévention et de gestion des conflits avant, pendant et après les élections. Ainsi, elle compte déployer dans un premier temps deux médiateurs de paix au niveau de chacun des 478 secteurs et des 259 chefferies, puis idéalement d’autres équipes de médiateurs au niveau des groupements. Le rôle de ces médiateurs et médiatrices de paix sera de sensibiliser les communautés à la paix et de les encourager à régler pacifiquement les conflits par la voie du dialogue et/ou de la justice. La Campagne « Investissons dans la Paix ! » a été officiellement lancée au cours d’une soirée de gala retransmise en direct sur les antennes de la Radio Télévision nationale congolaise (RTNC), le samedi 17 octobre 2015. Des artistes congolais ont accepté de participer à cette campagne en proposant aux organisateurs de la campagne « Investissons dans la paix !» certaines de leurs œuvres pour une vente aux enchères afin de réunir des fonds pour que la campagne « Investissons dans la paix ! » puisse couvrir l’ensemble du territoire de la RDC et permettre de déployer le maximum de médiateurs et médiatrices de paix.

Appui de l’UNESCO au processus électoral en RDC : Dans le cadre de son appui au processus électoral en RDC, l’UNESCO entend une fois de plus accorder une importance prépondérante à la question de la prestation des professionnels des médias et des acteurs socio-politiques en période électorale, le défi majeur étant de les responsabiliser quant aux rôles qui sont les leurs en tant qu’acteurs clés à la réussite d’élections libres, démocratiques et apaisées. Pour avancer vers cet objectif, l’UNESCO organise du 26 au 27 octobre 2015 à Matadi, sous le patronage du Gouverneur de la Province du Kongo Central, et en présence du Chef de Bureau et Représentant de l’UNESCO en RDC, un atelier sur les infractions de presse et les fautes à éviter en période électorale .en faveur de professionnels des médias et des acteurs socio-politiques de la Province du Kongo central. Cet atelier, qui est le deuxième de la série, après celui organisé à Kinshasa en juillet 2015, a pour objectifs d’une part , de prévenir les journalistes et les acteurs socio-politiques sur le régime de répression des infractions de presse et d’autre part d’améliorer leurs connaissances sur les fautes à éviter , tout particulièrement dans l’exercice de leur métier pour les uns, et dans leurs prestations dans les médias pour les autres, en période électorale.

Situation militaire
(Par le Lieutenant-colonel AMOUZOUN CODJO MARTIN, Porte-parole militaire)
La situation sécuritaire à Kinshasa et dans les autres provinces situées dans l’Ouest de la République Démocratique du Congo, a été rapportée calme durant la semaine écoulée. En Province Orientale, des exactions contre les populations civiles attribuées aux éléments résiduels de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), ont été de nouveau rapportées dans les districts de Haut et de Bas-Uélé, poussant les Forces coalisées MONUSCO-FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) à mener des offensives conséquentes, visant à la neutralisation de ce groupe armé et à la restauration totale de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays. Globalement, dix incidents majeurs, notamment les embuscades et pillages, liés à l’activisme des éléments des groupes armés, principalement la LRA, ont été rapportés pendant la période sous examen dans cette province. Dans le district de Haut-Uélé, les territoires affectés sont Dungu et Niangara ; tandis que dans celui de Bas-Uélé, c’est le territoire d’Ango. Les axes les plus concernés par l’activisme des groupes armés sont ceux de Dungu-Duru, Ngilima-Bangadi, Bangadi-Nambia-Niangara et Ango-Bili.
Dans le district de Bas-Uélé, le 11 octobre 2015, un groupe composé de plusieurs éléments supposés appartenir à la LRA, a attaqué la localité de Passi, située à 160 kilomètres au Sud-est d’Ango, enlevé onze mineurs et pillé des biens domestiques. Dans le district de Haut-Uélé, le 13 octobre 2015, quatre éléments supposés appartenir à la LRA ont fait incursion dans la localité d’Anduala, située sur l’axe Ngilima-Bangadi, à 12 kilomètres au Nord de Ngilima, dans le territoire de Dungu, et kidnappé deux individus qui ont été soumis aux travaux forcés. L’armée congolaise, soutenue par la Force de la MONUSCO, a vigoureusement réagi à cet activisme de la LRA, engagé le 12 octobre 2015 les éléments de ce groupe armé à Samungu, situé à 180 kilomètres au Nordouest d’Ango, tué deux rebelles et détruit également leur camp déployé dans cette région. En Ituri, l’armée congolaise, soutenue par la Force de la MONUSCO, mène des opérations vigoureuses dans le but d’interdire la récurrence des activités négatives perpétrées par des éléments du Front des Nationalistes et Intégrationnistes (FNI) et ceux du Front de Résistance Patriotique de l’Ituri (FRPI), respectivement dans les localités situées dans les territoires de Djugu et d’Irumu. Dans le territoire de Djugu, des sources concordantes ont rapporté l’attaque lancée le 8 octobre 2015 par des éléments appartenant à l’ancien groupe armé FNI, contre des populations civiles implantées dans la localité de Lotakidogo, située à 40 kilomètres au Nord-ouest de Djugu-centre. Dans les localités situées au Sud du territoire d’Irumu, les rapports ont spécialement fait état de l’incursion les 13 et 17 octobre 2015, en vue de perpétrer des activités négatives, des éléments supposés appartenir au FRPI dans les localités de Nagsu Loko et de Wasonga, situées respectivement à 40 et 9 kilomètres au Sud de Bunia et au Nord d’Aveba. L’armée gouvernementale a poursuivi avec le soutien de la Force de la MONUSCO, les opérations visant l’éradication des groupes armés encore actifs dans le district d’Ituri, principalement dans les localités situées au Sud du territoire d’Irumu. Le 14 octobre 2015, l’armée congolaise a appréhendé, avec l’assistance des populations locales, dans le camp des déplacés de Lagabo, situé à 5 kilomètres au Sud de Bogoro, un élément du FRPI, proche collaborateur du ‘’Major’’ Abdul, chef rebelle tué le 6 octobre 2015 par des troupes des FARDC. Des patrouilles de contrôle de zone déployées immédiatement sur les lieux par le poste opérationnel de la Force de la MONUSCO de Bogoro, ont ramené pour sa prise en compte vers la localité précitée, le milicien arrêté. Sur base des déclarations faites par cet élément capturé, des patrouilles conjointes MONUSCO-FARDC ont mené dans la même période des opérations de bouclage et de ratissage dans la localité de Kinyoba, située à 23 kilomètres au Sud-ouest de Bogoro, afin d’y récupérer un lance-roquette. Six autres éléments du FRPI, dont une femme, actifs dans cette zone, ont été appréhendés par les troupes des Forces coalisées MONUSCO-FARDC au cours de ces opérations, et transférés à l’Etat-major des FARDC à Bogoro pour des investigations.
La pression militaire exercée par les Forces onusienne et congolaise sur les miliciens réfractaires du FRPI, a poussé des membres de ce groupe armé à se rendre volontairement aux troupes de la Force de la MONUSCO déployées au Sud du territoire d’Irumu. A cet effet, le 13 octobre 2015, un élément du FRPI aux ordres du chef rebelle ‘’Major’’ Abdul, s’est rendu volontairement au poste opérationnel de la Force de la MONUSCO d’Aveba. Au Nord-Kivu, la situation sécuritaire est restée volatile dans les territoires de Beni, Masisi, Rutshuru, Walikale et Butembo. Dans le territoire de Beni, les Forces de Défense et de Sécurité congolaises, poursuivent avec le soutien de la Force de la MONUSCO, la traque des éléments résiduels de l’Alliance des Forces Démocratiques (ADF), dont des activités négatives ont été rapportées pendant la période sous examen. Le 18 octobre 2015, des éléments supposés appartenir à l’ADF ont, pour des motifs d’approvisionnement logistique, lancé une attaque contre les populations civiles et les positions des FARDC situées dans la région de Bakila-Tanambo et Mamiki, à 2 kilomètres à l’Est et au Nord-est d’Oicha. Une femme a été tuée, deux individus kidnappés [une femme et un enfant], et douze maisons incendiées au cours de ces attaques. Ces incidents ont provoqué le déplacement des populations locales vers les localités situées au Sud et Mbau. Des troupes des Forces Spéciales Tanzaniennes et du contingent Malawite de la Brigade d’Intervention de la Force de la MONUSCO basées à Mavivi et Oicha, ont été immédiatement projetées sur les lieux, dans le but de contrer l’attaque des assaillants, de renforcer les unités des FARDC, de surveiller la situation sécuritaire dans la région, de rassurer et de protéger les populations civiles. La lutte contre les activités négatives des éléments résiduels de l’ADF se poursuit par les Forces de Défense et de Sécurité congolaise, dans le but de restaurer durablement l’autorité de l’Etat dans toutes les localités du territoire de Beni affectées par l’activisme de ce groupe armé. Le 10 octobre 2015, les services de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) ont appréhendé le chef des renseignements de l’ADF avec trois autres complices dans le quartier Congo Yasika de la localité de Kasindi, située à 30 kilomètres au Sud-est de Beni. Dans le territoire de Masisi, l’arrestation dans la région de Kitchanga par les troupes des FARDC des quelques membres de l’Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain (APCLS), dont un plus influent dénommé Tito, a provoqué l’organisation des manifestations de protestation contre la détention des résidents Hunde par certains individus à proximité du camp des FARDC. Deux manifestants ont été blessés au cours de ces manifestations. Dans le territoire de Rutshuru, le climat sécuritaire s’est détérioré avec l’évasion de trente-quatre détenus de la prison centrale, dont des criminels dangereux.
L’un d’entre eux dénommé Rukara, a immédiatement repris les activités criminelles en kidnappant un motocycliste à Kasanza et en molestant des enseignants à Cumirwa. Il a été arrêté le 15 octobre 2015 par des agents de la Police Nationale Congolaise (PNC). Le climat sécuritaire s’est également détérioré dans ce territoire par plusieurs incidents de pillage, kidnapping et embuscade, perpétrés dans les différentes localités par des éléments armés non identifiés. Par ailleurs, le 18 octobre 2015, le poste opérationnel de la Force de la MONUSCO de Katale a au cours d’une patrouille de longue portée menée dans la localité de Nyesisi, découvert une cache d’armes renfermant six armes de type AK-47, cinq obus de mortier 82 mm, cinq obus de lance-roquette et une importante quantité de munitions. Dans le territoire de Walikale, l’environnement sécuritaire a été perturbé par l’activisme des groupes armés rapporté dans certaines régions de cette partie de la province du Nord-Kivu. Le 13 octobre 2015, des éléments appartenant au groupe armé Nduma Défense du Congo (NDC) ont fait incursion dans la région de Pinga, située à 95 kilomètres au Nord-ouest de Goma, kidnappé et pris en otage cinq individus, et pillé également des biens de valeur. Le 14 octobre 2015, des maisons ont été pillées puis incendiées, et une femme kidnappée par des éléments du NDC-Rénové à Pitakongo, situé à 45 kilomètres au Nord-ouest de Luofu, au cours d’accrochages contre des éléments des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda-Ralliement pour l’Unité et la Démocratie (FDLR-RUD). Dans le territoire de Butembo, l’environnement sécuritaire a été perturbé par des activités négatives perpétrées par des éléments du groupe Mayi-Mayi. Le 15 octobre 2015, selon des sources locales, un groupe d’éléments Mayi-Mayi faction ‘’Simba’’ a fait incursion dans la localité de Kambau, située à approximativement 87 kilomètres au Nord-est de Butembocentre, pillé systématiquement les populations civiles, kidnappé cinq hommes et blessé grièvement un individu, qui a été évacué vers Butembo-centre pour des soins appropriés. Toutefois, en dépit de cet activisme des groupes armés rapportés dans les territoires cités supra, les troupes des Forces onusienne et congolaise maintiennent globalement sous leur contrôle la situation sécuritaire dans cette province. Au chapitre des redditions dans la province, du 14 octobre 2015 à ce jour, vingt-neuf éléments en provenance des groupes armés, se sont rendus aux troupes des Force onusienne et congolaise déployées dans la province. Il s’agit de : Dix-huit des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un du groupe Mayi-Mayi de l’Union des Patriotes Congolais pour la Paix (UPCP), un du groupe MayiMayi Rahiya Mutomboki faction ‘’Nsindo’’ et neuf de divers groupes Mayi-Mayi.

Au Sud-Kivu, les Forces onusienne et congolaise maintiennent la situation sécuritaire sous leur contrôle, par la conduite d’opérations contre les éléments des différents groupes armés encore actifs dans cette province. Dans le territoire d’Uvira, le 12 octobre 2015, les troupes des FARDC ont appréhendé le chef rebelle du groupe armé dénommé ‘’Amuzguel’’ ainsi qu’un élément d’un groupe d’autodéfense local, et récupéré cinq armes AK-47, au cours d’opérations menées dans la localité de Sange et de Kahungwe, située à 6 kilomètres au Nord-ouest de Sange. Le 18 octobre 2015, deux éléments supposés appartenir au groupe Mayi-Mayi faction ‘’Simuzizi’’, ont été appréhendés par des troupes des FARDC, au cours d’opérations menées dans la localité de Luberizi, située à 62 kilomètres au Nord d’Uvira. Un autre élément du groupe Mayi-Mayi faction ‘’Karakara’’ a été appréhendé et une arme AK-47 récupérée, au cours d’opérations menées dans la localité de Lemera et de Kigulube, située à 170 kilomètres au Nord-est de Shabunda. Dans le territoire de Kalehe, le 17 octobre 2015, les troupes des FARDC ont engagé les éléments du groupe Mayi-Mayi Rahiya Mutomboki, dans le but de les déloger de la localité de Chigoma, située à 32 kilomètres au Nord-est de Bunyakiri. La Force de la MONUSCO a rapidement redéployé sur les lieux à partir du poste opérationnel de Bunyakiri, des troupes d’intervention rapide, dans le but d’appuyer les troupes des FARDC, d’évaluer la situation sécuritaire et de protéger les populations civiles. Au Katanga, la situation sécuritaire, y compris dans la région dénommée le ‘’triangle de la mort’’, a été jugée globalement stable pendant la période sous examen. Elle a été marquée au Nord du territoire de Kalemie, dans la région frontalière avec la province du Sud-Kivu, par le lancement des opérations militaires menées par les FARDC contre les éléments affiliés au groupe MayiMayi Yakutumba. Ces opérations ont provoqué à ce jour le déplacement d’environ deux cents civils de la localité de Lubitchako, située entre le Sud-Kivu et le Tanganyika, vers les localités du Nord du territoire de Kalemie. Enfin, la Force de la MONUSCO a mené 1228 patrouilles armées, dont 364 nocturnes, et fourni 91 escortes pendant la période sous examen.

Perturbation du meeting de l'opposition à N'djili : réaction de HRW au SG du PPRD

Kinshasa, le 20 octobre 2015  
A Monsieur le Secrétaire Général du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) Henri MOVA SAKANYI à Kinshasa/ Gombe   
Objet : Réaction à votre réponse au communiqué de HRW du 06 octobre 2015   

Monsieur le Secrétaire Général, 
Nous avons lu votre réaction en rapport avec le communiqué de Human Rights Watch du 06 octobre relatif à l’attaque contre des manifestants à Kinshasa le 15 septembre 2015 par des jeunes gens recrutés par les hauts responsables des forces de sécurité et du parti au pouvoir, et d’autres cas de répression. 
Comme vous le savez certainement, Human Rights Watch est une organisation internationale indépendante qui effectue des recherches et des plaidoyers relatifs aux droits de l’homme dans plus de 90 pays à travers le monde. Pendant plus de 35 ans, Human Rights Watch a enquêté et rapporté sur les violations des droits humains par les gouvernements et les acteurs non étatiques. Nous menons nos enquêtes de manière impartiale selon une méthodologie rigoureuse et n’avons aucun lien avec les partis politiques, peu importe leurs obédiences.  
Dans le cadre de cette enquête, nous avons échangé avec plusieurs sources, notamment des victimes et des témoins oculaires indépendants. Parmi les témoins, nous avons interviewé des assaillants qui ont reconnu avoir été parmi les jeunes recrutés pour participer dans l’attaque. Ces jeunes ont été identifiés indépendamment et sont venus de différents groupes des jeunes recrutés. Selon notre recherche, et comme cité dans notre rapport, parmi les assaillants figuraient des membres de la Ligue des Jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), des jeunes ayant des liens avec Vita Club, l’une des principales équipes de football de Kinshasa, et des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police et de l’armée, tous en tenue civile.  
Nous sommes encouragés d’apprendre par le biais du ministre de la Communication et des Médias qu’une enquête est diligentée pour établir les faits et les responsabilités afin que les personnes impliquées dans cette attaque soient sanctionnées conformément aux lois congolaises. Nous osons
espérer qu’à l’issue de cette enquête, les responsables qui ont organisé l’attaque et qui ont recrutés ces jeunes répondront aussi devant la justice.  
Les manifestations publiques font partie d’une expression démocratique qui est reconnue par les instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux à l’instar de la constitution de la RD Congo et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le gouvernement congolais devrait non seulement autoriser la tenue des manifestations publiques mais aussi ménager aucun effort afin d’assurer que celles-ci se déroulent sans heurt ni incident. Les forces de sécurité, et particulièrement la Police, devrait rester apolitique, impartiale et respecter le droit de rassemblement pacifique de tous les citoyens congolais.   
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'expression de ma parfaite considération.    
Ida SAWYER Chercheuse Senior Human Rights Watch +243 (0)99 86 75 565 | +243 (0)81 33 78 478 ida.sawyer@hrw.org 

   

Human Rights Watch supplie le ministre Mende de répondre à sa lettre

Kinshasa, le 20 octobre 2015  
A Son Excellence Monsieur le Ministre de la Communication et Médias
Lambert Mende Omalanga  à Kinshasa/ Gombe  
Objet: Accusé de réception de votre réponse au communiqué de HRW du 06 octobre 2015   

Excellence Monsieur le Ministre, 

Je vous prie de me permettre de répondre à votre lettre du 10 octobre 2015 en réaction au communiqué de Human Rights Watch du 06 octobre relatif à l’attaque contre des manifestants à Kinshasa le 15 septembre 2015 par des jeunes gens recrutés par les hauts responsables des forces de sécurité et du parti au pouvoir, et d’autres cas de répression. 
Dans le cadre de cette enquête, nous avons échangé avec plusieurs sources, notamment des victimes et des témoins oculaires indépendants. Parmi les témoins, nous avons interviewé des assaillants qui ont reconnu avoir été parmi les jeunes recrutés pour participer dans l’attaque. Ces jeunes ont été identifiés indépendamment et sont venus de différents groupes des jeunes recrutés. Selon notre recherche, et comme cité dans notre rapport, parmi les assaillants figuraient des membres de la Ligue des Jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), des jeunes ayant des liens avec Vita Club, l’une des principales équipes de football de Kinshasa, et des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police et de l’armée, tous en tenue civile.  
Nous sommes encouragés d’apprendre qu’une enquête est diligentée pour établir les faits et les responsabilités afin que les personnes impliquées dans cette attaque soient sanctionnées conformément aux lois congolaises. Nous osons espérer qu’à l’issue de cette enquête, les responsables qui ont organisé l’attaque et qui ont recrutés ces jeunes répondront aussi devant la justice. Comme vous le savez, c’est très important qu’une telle enquête soit crédible, impartiale et indépendante. Si tel est le cas, Human Rights Watch pourrait coopérer avec les autorités judiciaires tout en préservant la confidentialité de ses sources, comme elle l’a fait par le passé pour des enquêtes qui se sont montrées crédibles.  
Les manifestations publiques font partie d’une expression démocratique qui est reconnue par les instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux à l’instar de la constitution de la RD Congo et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le gouvernement congolais devrait non seulement autoriser la tenue des manifestations publiques mais aussi ménager aucun effort afin d’assurer que celles-ci se déroulent sans heurt ni incident. Les forces de sécurité, et
particulièrement la Police, devrait rester apolitique, impartiale et respecter le droit de rassemblement pacifique de tous les citoyens congolais.  
Excellence Monsieur le Ministre, nous saisissons cette occasion pour exprimer nos préoccupations  sur le manque de progrès dans les enquêtes qui auraient été diligentées sur des cas précédents par les autorités judiciaires, notamment en rapport avec l’opération Likofi, la fosse commune de Maluku et les manifestations de janvier 2015, laissant ainsi de nombreuses familles dans une angoisse totale sur le sort de leurs proches. 
Nous espérons que le gouvernement congolais pourra nous partager les conclusions de tous ces rapports d’enquêtes, y compris celui sur l’opération Likofi dont vous avez fait mention dans votre lettre et pour lequel aucune suite n’a été réservé jusqu’à ce jour.  
Comme vous le savez certainement, Human Rights Watch est une organisation internationale indépendante qui effectue des recherches et des plaidoyers relatifs aux droits de l’homme dans plus de 90 pays à travers le monde. Pendant plus de 35 ans, Human Rights Watch a enquêté et rapporté sur les violations des droits humains par les gouvernements et les acteurs non étatiques. Nous menons nos enquêtes de manière impartiale selon une méthodologie rigoureuse et n’avons aucun lien avec les partis politiques, peu importe leurs obédiences.  
Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Ministre, l'expression de ma parfaite considération.   
Ida SAWYER Chercheuse Senior Human Rights Watch +243 (0)99 86 75 565 | +243 (0)81 33 78 478 ida.sawyer@hrw.org 

  

Les Etats-Unis se tiennent aux côtés du peuple congolais pour traduire en justice tous ceux qui commettent des atrocités contre des civils innocents

Discours du Sous-secrétaire d’Etat Sewall -- Kinshasa, RDC (le 20 octobre 2015)
Bonjour à tous. Merci de votre présence cet après-midi et j’aimerais commencer par remercier le Père Nyembo et le CEPAS d’accueillir cet événement aujourd’hui. Je souhaite aussi saluer un certain nombre d’autres personnes parmi nous, l’Ambassadeur Swan et d’autres membres du corps diplomatique, ainsi que les distingués représentants du gouvernement et membres du parlement.
Je suis vraiment fort ravie d’être ici à Kinshasa parmi vous. Je comprends pourquoi les gens appellent cette ville Kin-la-belle. Elle rayonne de chaleur et d’énergie à travers sa nourriture, sa musique et, surtout, à travers sa population.
C’est ma première visite en République démocratique du Congo, mais l’engagement des Etats-Unis envers ce pays est très profond et durable. C’est perceptible à travers le dévouement remarquable de l’Ambassadeur Swan et de ses collaborateurs, à travers notre nouvel Envoyé Spécial pour la région des Grands Lacs, Tom Perriello, et au regard des nombreuses visites effectuées par de hauts responsables américains dans ce grand et beau pays.   
Cet engagement des Etats-Unis est, à mes yeux, surtout visible à travers la manière dont les Etats-Unis continuent de chercher à communiquer avec et de soutenir l’ensemble de la société congolaise—non seulement le gouvernement mais aussi les gens ordinaires—comme les étudiants et les parents que j’ai rencontrés un peu plutôt dans la journée ou les activistes de la société civile avec qui je m’entretiendrai à Goma ou encore les chefs religieux que je rencontrerai à Beni.
Parce qu’après tout, la vraie force d’un pays réside dans son peuple—c’est vrai pour la République démocratique du Congo comme ça l’est pour les Etats-Unis d’Amérique.
Les nations prospèrent quand les gouvernements protègent non seulement les vies de leurs citoyens, mais respectent aussi leurs droits humains essentiels—quand les citoyens peuvent, en toute paix et sécurité, exprimer leurs préoccupations et leurs espoirs à l’égard de l’avenir et décider ensemble d’un destin collectif.
Au cours des derniers jours, j’ai rencontré beaucoup de vos concitoyens et ils sont tous d’avis qu’il y a un long chemin à parcourir avant que la RDC ne parvienne à réaliser pleinement ses potentialités. Mais ils ont aussi exprimé un espoir prudent touchant les progrès continus que ce pays a réalisés et a continué de réaliser depuis les années de violence et de carnage les plus sombres, il y a plus d’une décennie.
Comme vous le savez, ces dernières années, le pays s’est classé en pole position dans cette région en termes de croissance économique. Il a engrangé des succès gagnés de haute lutte, quoiqu’incomplets, contre des groupes armés tels que le M23, et cela a assuré une certaine sécurité à des communautés qui avaient été longuement affectées par le conflit—même si beaucoup reste à accomplir pour mettre un terme à la violence. Le gouvernement a aussi pris les premières mesures nécessaires pour tenir les auteurs d’atrocités horribles perpétrées contre les civils responsables de leurs actes—que les auteurs de ces crimes se battent contre l’Etat ou en son nom.
Et en 2006, comme vous vous en souviendrez, plus de 18 millions de Congolais on fait un formidable pas en avant en participant au premier scrutin démocratique organisé au cours des 40 années précédentes. Après tant de sang versé, l’élection a puissamment affirmé la volonté des Congolais de se mettre ensemble afin de régler leurs différends pacifiquement et de dégager une voie commune pour aller de l’avant. Et un grand nombre de personnes—ici et dans le monde entier—avaient bon espoir que ce progrès représenterait une nouvelle ère de mouvement continuel vers un avenir plus pacifique, juste et démocratique pour ce pays.
Cependant, près de dix ans plus tard et au moment où d’autres élections pointent à l’horizon, beaucoup de Congolais s’inquiètent de plus en plus du fait qu’en dépit des progrès réalisés sur plusieurs fronts les réformes politiques ont marqué le pas. Il y a de plus en plus de spéculations selon lesquelles ceux qui sont au pouvoir pourraient ne pas y renoncer et que les élections, si elles devaient se tenir, ne reflèteraient pas la voix du peuple.
La RDC entre donc dans une phase critique actuellement : l’avenir sera-t-il écrit par les puissants ou par le peuple ?
Et le verdict de l’histoire est clair au sujet de cette question : le progrès à long terme d’un pays ne dépend d’aucun dirigeant, si ce n’est des citoyens. Quand tous les hommes et toutes les femmes ont la possibilité de forger l’avenir de leur pays, ils s’investissent davantage dans la construction de cet avenir. Quand ils disposent de moyens pacifiques pour résoudre leurs différends et quand les gouvernements respectent leurs droits fondamentaux, ils sont moins susceptibles d’avoir recours à la violence.
Beaucoup de personnes dans la région estiment que l’incertitude entourant la tenue d’élections démocratiques peut susciter de l’inquiétude. La lutte pour le pouvoir, comme nous ne l’ignorons pas, peut exacerber ce qu’il y a de plus mauvais en ceux qui le détiennent et les pires choses en ceux qui le convoitent. Ceux qui sont au pouvoir peuvent être tentés de changer les règles du jeu en leur faveur en ignorant ou allongeant, par exemple, les limitations du nombre de mandats, en reportant les élections ou en annulant complètement les scrutins. Ces personnes cherchent à justifier leurs actions en prétendant qu’ils sont seuls capables d’assurer la stabilité, la prospérité et le progrès de manière continue.
Nous n’avons toutefois pas à chercher bien loin pour comprendre que ces trois objectifs sont menacés par le fait de refuser aux citoyens le droit de faire prévaloir leurs voix.
Considérez le Burkina Faso, où la tentative du Président Compaoré de prolonger son règne de 27 ans contre la volonté du peuple a provoqué un soulèvement populaire et une année de troubles qui a culminé en un putsch avorté le mois dernier.
Au Burundi, le Président Nkurunziza a plongé le pays dans la violence, paralysé l’économie et soumis sont peuple à des souffrances indicibles en défiant l’Accord d’Arusha et en cherchant à s’accorder un troisième mandat.
Des organisations internationales telles que la Banque Mondiale ont retiré leur appui financier, et les fonctionnaires risquent d’être bientôt impayés. Depuis le mois d’avril, plus de 200.000 personnes se sont réfugiées dans les pays voisins—y compris nombre des citoyens Burundais les plus talentueux et les plus brillants. L’Union Européenne a pris des sanctions contre plusieurs personnes coupables d’avoir encouragé la violence, et les Etats-Unis ont publié des interdictions de voyager. Les Etats-Unis sont actuellement en train de considérer la prise de nouvelles mesures afin de rendre responsables de leurs actes ceux qui chercheraient à déstabiliser davantage le pays—qu’ils se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.
Au Burkina Faso et au Burundi, les dirigeants ont placé leurs intérêts politiques égoïstes au-delà de la voix du peuple—cela s’est traduit par plus de violences, moins de croissance et encore moins d’amis au sein de la communauté internationale.
Bien que le Rwanda ait réalisé des progrès remarquables au cours des dix dernières années contre toute attente, augmentant la croissance économique et l’alphabétisation des jeunes et abaissant de façon spectaculaire le taux de mortalité infantile extrêmement bas, il n’a pas suivi le rythme du progrès sur le plan politique.
Il y a eu des tentatives claires dans ce pays de bâillonner les esprits critiques au sein de la société civile, dans les médias et au sein de l’opposition politique. Et ceux qui font entendre leurs voix vivent souvent dans la crainte et sont souvent harcelés ou intimidés. Certaines personnes ont tout simplement disparues. Tandis que nous célébrons les progrès du Rwanda, bien entendu, leur pérennisation exigera des autorités qu’elles fassent confiance au peuple et le respect du processus démocratique et de ses droits fondamentaux.
Le Président Kagame a exprimé à maintes reprises son engagement à respecter la limitation de la durée des mandats inscrite dans la constitution et les Etats-Unis s’attendent à ce qu’il respecte sa parole.  
De l’autre côté du fleuve ici, en République du Congo, le Président Denis Sassou Nguesso a tiré son pays d’une guerre civile traumatisante et aidé à consolider la paix. Sous sa houlette, le Congo-Brazzaville a assisté à des progrès en termes de développement d’infrastructures et a joué un rôle positif dans les initiatives sécuritaires régionales, y compris le Golfe de Guinée et la crise qui sévit en République Centre Africaine. Cependant, la décision du Président Sassou d’organiser un référendum sur une nouvelle constitution qui lui permettrait d’exercer un autre mandat est profondément inquiétante.
Cette constitution proposée a été rédigée à huis clos, n’a bénéficié que d’observations fort limitées du public et n’a pas été largement disponible afin d’être présentée aux électeurs pour examen. En outre, le référendum est prévu de se tenir avant la mise en œuvre d’améliorations de la gouvernance électorale convenues par les parties qui pourraient renforcer la crédibilité des résultats. Certains membres de l’opposition ont été arrêtés arbitrairement et détenus, ces derniers jours. Et, au cours des derniers jours, la police a tiré à balles réelles sur la foule, blessant plusieurs partisans de l’opposition. Les Etats-Unis demandent vivement à toutes les parties, y compris le gouvernement et l’opposition, d’engager un dialogue et de s’abstenir de toute action violente qui pourrait saper la paix chèrement acquise que tous les citoyens méritent.
Comme le Président Obama l’a déclaré à la tribune des Nations Unies le mois passé, «les dirigeants qui modifient leurs constitutions pour rester au pouvoir ne font que reconnaitre qu’ils ont échoué à bâtir un pays prospère pour leurs concitoyens ». Les vrais leaders ne définissent pas leur héritage en raison de la durée de leur pouvoir, mais plutôt par rapport à ce qu’ils réalisent durant leurs mandats afin de poser un fondement sûr pour des progrès durables.

La République démocratique du Congo a maintenant l’occasion historique de bâtir ce fondement en assurant le premier transfert pacifique de pouvoir de son histoire. Elle devrait accomplir cela en respectant sa constitution et en organisant des élections nationales libres et équitables dans les délais afin d’élire un nouveau président et une nouvelle législature.
Sans conteste, il existe d’énormes défis à surmonter avant le mois de novembre de l’année prochaine afin d’organiser un scrutin vraiment équitable et crédible en RDC. Le pays a besoin de ressources adéquates et de préparation, qu’il s’agisse de la nécessité de mettre à jour la liste des électeurs, de sensibiliser le public sur le processus électoral, de concevoir un calendrier électoral réaliste qui donne priorité aux élections nationales et d’améliorer la sécurité pour permettre une large participation à travers le pays. Le gouvernement, l’opposition et la société civile doivent résoudre ces problèmes urgemment pour garantir l’existence d’un processus électoral qui permette que les élections se tiennent avant la fin de 2016, conformément à la constitution.
Les Etats-Unis croient en l’urgence de la tenue d’un forum inclusif qui permettrait aux leaders politiques et aux responsables de la société civile de résoudre ces questions et de dégager un consensus large sur la voie à suivre. Mais cela doit se produire rapidement ; les discussions ne peuvent servir de prétexte pour retarder les choses.
Malgré ces défis, il est manifeste que le peuple congolais attend impatiemment de prendre date avec l’histoire et d’inaugurer le premier transfert pacifique de son histoire. Les manifestations du mois de janvier ont souligné sa détermination d’écrire sa propre destinée et de s’opposer à toute tentative d’ignorer sa voix.
Les Etats-Unis continueront de se tenir aux côtés des Congolais pour aider à faire entendre leurs voix. A cette fin, nous avons décaissé plus de 62 millions de dollars américains pour financer un éventail d’initiatives—comprenant de l’aide aux partis politiques pour leur permettre de mieux atteindre et représenter tous les citoyens congolais, un appui à la société civile pour sensibiliser les électeurs sur leurs droits et leurs responsabilités et une formation en faveur d’observateurs électoraux pour les aider à mieux surveiller les abus. Nous travaillons aussi avec le Congrès des Etats-Unis en vue du déboursement d’1 million de dollars américains supplémentaires pour renforcer la sécurité avant et après les scrutins, afin de réduire les risques de violences pendant cette période vulnérable.
Mais les Congolais méritent mieux qu’une élection libre et équitable—ils méritent une société libre et équitable. Et, je le souligne encore, les Etats-Unis sont prêts à vous aider. L’an dernier, nous avons travaillé avec des gouvernements de la région pour aider à lancer le Centre africain pour la justice, qui aide les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables à se défendre au sein du système juridique.
Nous fournissons 2 millions de dollars supplémentaires pour l’Accountability Initiative qui  a été lancée par le Secrétaire d’ Etat John Kerry l’an dernier, afin de lutter contre relative aux violences sexuelles, par l’entremise d’approches juridiques créatives. $1 million supplémentaire soutiendra les cliniques d’aide juridique et les audiences foraines pour que davantage de Congolais puissent avoir accès à la justice. Le mois dernier, nous avons investi $1 million additionnel au Sud Kivu pour professionnaliser le système de justice civil et pour aider à apprendre à 50.000 femmes à l’utiliser.
Malgré ces efforts de notre part et de la part d’autres partenaires internationaux, il revient, en fin de compte, au gouvernement de respecter les droits de l’homme essentiels et le besoin de justice des citoyens. Et nous sommes préoccupés à cet égard.
Du meurtre brutal du célèbre défenseur des droits de l’homme, Floribert Chebeya, à la détention continue de tant d’activistes comme Christopher Ngoyi, Cyrille Dowe, Jean-Claude Muyambo, Vano Kiboko et Ernest Kyaviro, le gouvernement a affiché sa volonté de violer les droits fondamentaux de ses citoyens sous le prétexte douteux de la sécurité nationale. Au mois de mars, des jeunes activistes ont été arrêtés tandis qu’ils essayaient simplement de gagner l’engagement de davantage de leurs pairs dans le processus politique.
Deux de ces jeunes gens, *Fred Bauma et Yves Makwambala, ont été détenus pendant plusieurs mois sans avoir accès à un avocat, et quatre autres activistes ont été emprisonnés à Goma après avoir manifesté contre cet état de fait.
Nous savons que la RDC est confrontée à de réels défis sécuritaires, mais de jeunes activistes pacifiques ne font pas partie de ces défis. En fait, les violences surviennent souvent quand les gens n’ont pas d’exutoire pacifique pour faire entendre leurs voix ou quand les gouvernements violent leurs droits fondamentaux.
Il suffit de regarder l’est du pays, où des groupes armés prédateurs tels que le FRPI et un grand nombre de milices Mai Mai ont cherché à résoudre leurs différends politiques en prenant les armes contre l’Etat et en commettant des atrocités horribles contre les civils.
Les Etats-Unis appellent le gouvernement et la MONUSCO à reprendre leurs opérations conjointes contre ces groupes armés pour mettre un terme aux violences et préserver l’intégrité territoriale de la RDC. Tant que les communautés dans l’est du pays continueront de vivre dans l’ombre de la violence et de la terreur, elles n’obtiendront jamais la stabilité et les progrès à long terme qu’elles méritent et que ce grand pays pourrait rendre possibles.  
C’est pourquoi les Etats-Unis se tiennent aux côtés du peuple congolais pour traduire en justice tous ceux qui commettent des atrocités contre des civils innocents. Dans cet esprit, nous saluons la coopération du gouvernement avec la Cour Pénale Internationale et sa politique de « tolérance zéro » envers les violences sexuelles et les violences basées sur le genre commises par les forces de sécurité.
Les violences sexuelles et les violences basées sur le genre sont malheureusement répandues, même dans les endroits situés loin des conflits armés, et affectent les femmes et les hommes mêmement. Nous ne pouvons oublier les milliers de garçons congolais et de jeunes hommes en âge de servir dans des opérations militaires qui ont été victimes de viols systématiques et de meurtres aux mains de groupes armés.
Le gouvernement congolais a réalisé des avancées importantes pour s’attaquer à ces crimes. Au mois de mars, l’armée congolaise et de membres du gouvernement ont signé l’engagement de lutter contre le viol en période de guerre et exigeront de tous les commandants de renforcer leur système afin de juger les auteurs présumés de violences sexuelles. Nous saluons cette action qui crée un précédent. Les courts militaires ont à présent condamné plus de 180 personnes—y compris des membres des forces de sécurité—pour des crimes liés aux violences sexuelles.
Et le mois dernier, 12 soldats gouvernementaux et un général des FARDC ont été condamnés pour avoir commis des violences sexuelles, ce qui est la preuve la plus éclatante que personne n’est au-dessus de la loi. Ce n’est toutefois qu’un commencement, étant donné l’ampleur du problème. Justice doit encore être faite pour beaucoup de victimes de violences sexuelles et les Etats-Unis, avec son cœur et ses programmes, se joignent au peuple congolais en appelant à des efforts renouvelés pour que justice soit rendue et pour prévenir la violence en premier lieu.
A l’approche des élections, le peuple congolais exige beaucoup de son gouvernement : il demande des scrutins crédibles et un transfert pacifique du pouvoir, de la sécurité, de la justice et à être protégés des violences. Mais le peuple congolais ne demande, en vérité, qu’une chose très simple, très humaine et réellement universelle : le droit de forger son propre avenir. Nous invitons le gouvernement à entendre son appel et à considérer les exemples de ceux qui ne l’ont pas fait—en fin de compte, le chemin menant au progrès durable passe par le peuple, et ne le contourne pas.
Merci beaucoup.
*Fred Bauma et Yves Makwambala ont été détenus sans avoir accès à un avocat pendant sept mois. Ils sont toujours en détention préventive.

vendredi 9 octobre 2015

Exposé du Représentant spécial Martin Kobler au Conseil de sécurité

Pour une paix irréversible
7 octobre 2015 
Monsieur le Président, 
Distingués Membres du Conseil de sécurité,
 J’aimerais avant toute chose adresser mes plus chaleureuses félicitations à l’Espagne pour son accession à la présidence du Conseil.
Mon mandat en qualité de Représentant spécial du Secrétaire général en République démocratique du Congo touche à sa fin et de ce fait, j’ai l’honneur de présenter pour la dernière fois:
- Le Rapport du Secrétaire général et faire le point sur les principaux faits survenus en République démocratique du Congo ;  - Et donner un aperçu général des réalisations et ce qui reste à faire.
Aujourd’hui, j’aborderai en particulier trois sujets :
- La situation du pays et le processus électoral
- La situation sécuritaire à l’est, et
- Le dialogue stratégique.
 L’évolution de la situation politique
Monsieur le Président,  
Au terme d’un mandat de plus de deux années, je quitte la RDC avec un sentiment de satisfaction et de fierté mais conscient que notre mandat n’a pas encore été pleinement accompli.
Je ne saurais dire avec certitude si les progrès enregistrés tiendront sur le long terme ou si le spectre de la violence ne risque pas de resurgir et de saper les avancées jusqu’ici réalisées.
Le processus électoral est de plus en plus au cœur de la situation politique en RDC. Les tensions politiques sont davantage vives en prévision des échéances électorales de 2016. Cet état des choses aura un impact sur la situation sécuritaire, le dialogue stratégique et la mise en œuvre de notre mandat.
La tenue en novembre 2016 d’élections apaisées, crédibles et en temps voulu, enverra un message fort au monde que la République démocratique du Congo est une nation qui respecte sa Constitution, une nation soucieuse de procéder à une passation pacifique du pouvoir et résolument engagée dans la consolidation de la paix.
Je suis préoccupé par le nombre croissant de violations de droits de l’homme en relation avec le processus électoral, et plus particulièrement les violations du droit à la liberté de réunion pacifique. La réduction de l’espace politique à la veille des élections mettra en mal la crédibilité du processus électoral.
J’exhorte le Gouvernement de la RDC à prendre toutes les mesures qui s’imposent afin que les élections présidentielles et législatives prévues en novembre 2016, soient transparentes, crédibles et inclusives. 
J’invite les autorités congolaises à aborder et résoudre de manière décisive et sans délai les questions en suspens liées à :
- L’agencement du calendrier électoral tout en respectant les délais constitutionnels ;
- Le budget électoral ;
- La mise à jour du fichier électoral afin d’y inclure les nouveaux majeurs ayant atteint l’âge de 18 ans depuis les dernières élections en 2011.
Aucune action ne doit entraver la tenue en novembre 2016 des élections législatives et présidentielles comme prévue par la Constitution.
La MONUSCO continuera de s’acquitter de son rôle de bons offices pour soutenir les acteurs politiques et le peuple congolais. 
La situation des droits de l’homme
J’attire également votre attention sur la situation concernant les droits de l’homme. Le 29 septembre dernier, le Conseil des droits de l’homme à Genève s’est dit préoccupé par la situation des droits de l’homme en RDC où plus de 2.200 cas de violations de droits de l’homme touchant 5.400 victimes ont déjà été enregistrés pour la seule année en cours. La moitié de ces abus ont été perpétrés par des agents étatiques. Malgré plusieurs appels répétés, les progrès sont restés limités quant à la traduction en justice des hauts responsables. 
La situation sécuritaire
Monsieur le Président, 
S’agissant de la situation à l’est de la RDC,
À mon arrivée  en RDC en août 2013, la ville de Goma se remettait encore de l’occupation par le M23. En août 2015, c’est dans un aéroport récemment rénové  que j’ai atterri à Goma à bord d’un appareil d’une grande compagnie internationale. Le retour bien que timide des investisseurs est un signe indéniable d'amélioration de la stabilité et de la sécurité dans cette ville. Dans certains îlots de la stabilité à l’est, l'État a démontré sa capacité à améliorer la présence de l'armée et de la police, avec un système judiciaire est progressivement mis en place et des services de base mis à disposition.
Dans certaines parties de l'est du pays, les réfugiés retournent progressivement chez eux. Cependant, la population se méfie d'une paix fragile qui demande à être consolidée. C’est la raison pour laquelle de nombreux Congolais continuent de faire appel à nous pour les protéger.
Je me félicite de l’amélioration de la performance de la Force ces dernières années. Ceci est le résultat des efforts inlassables du Commandant de la Force et de son adjoint. Les patrouilles à pied ainsi que les patrouilles de nuit sont désormais des accomplies quotidiennement.
Bien que l'action préventive soit difficile à quantifier, je n’ai aucun doute que notre présence et nos mécanismes d'alerte précoce contribuent à protéger de façon régulière les populations les plus vulnérables.
Au cours des deux dernières années:
Le M23 a été vaincue militairement. Mais le succès militaire à lui seul n’est pas suffisant pour s’inscrire dans la durée. Des ex-combattants du M23 continuent de séjourner dans des camps au Rwanda et en Ouganda. Tous les efforts de réinsertion conformément à la Déclaration de Nairobi ont jusque-là été vains. C’est une bombe à retardement qui doit être désamorcée de toute urgence. 
Les Forces démocratiques alliées (ADF) ont été affaiblies tandis que leur champ d’action a été diminué. Le mois dernier, j’ai visité Kamango, une ville située non loin de la frontière ougandaise. Pendant des années, cette ville a été terrorisée par les ADF. En 2013, près de 120.000 personnes, soit 90 pour cent de sa population, ont fui par crainte pour leur vie, transformant Kamango en une ville fantôme. Avec l’engagement courageux au combat des Forces armées de la RDC (FARDC) et grâce au déploiement des forces de maintien de la paix des Nations Unies, nous assistons à un retour progressif de 80.000 réfugiés depuis le début de 2014. J’ai vu un centre-ville en regain de vitalité avec un marché florissant et une activité économique en pleine expansion. Et le message que j’ai sans cesse entendu au cours de mes visites est que la présence de la MONUSCO reste indispensable.
Mais en fin de compte, tout cela n’est pas suffisant. Il faut que l'État soit présent pour assurer ses fonctions de protection et de mise à disposition des services judiciaires et administratifs.
Les capacités des FARDC et de la police restent limitées sur le territoire en raison d'un manque de ressources et de personnel. Nous sommes en effet impatients de voir les forces congolaises reprendre de plus en plus ces responsabilités cruciales, et nous resterons disponibles pour appuyer un tel transfert progressif, même provisoire.
Plus à l'ouest, dans la localité de Beni, la population continue de subir l'angoisse du conflit armé. Les quelques 440 victimes de la terreur enregistrées en l’espace d’une année envoient un message sans équivoque : les ADF sont loin d'être vaincus.
Je dois admettre que nous aurions pu faire mieux car, une victime de plus est une victime de trop. Mais, grâce aux patrouilles actives et l'action proactive, nous avons empêché qu’il y ait beaucoup plus de massacres. 
La question des FDLR
Monsieur le Président,
La présence des FDLR reste l'un des obstacles majeurs à la paix dans l'est de la RDC.
Près de 12.000 éléments FDLR ont été rapatriés au cours des douze dernières années. Mais, le dernier kilomètre reste toujours le plus difficile.
Je salue les condamnations pénales à long terme prononcées récemment contre deux dirigeants des FDLR par un tribunal en Allemagne. Je me réjouis particulièrement que ce tribunal ait qualifié les FDLR d’organisation terroriste. Il ne fait aucun doute : 1100 éléments FDLR continuent de perpétrer de nombreux actes d’assassinat, de viol, de mutilations, de traitements cruels, entre autres crimes. Cela fait déjà de nombreuses années qu’ils oppriment les habitants de l'est de la RDC. 
Nous devons mettre fin à leur règne de terreur
J’accueille très favorablement la déclaration conjointe faite par le Rwanda et la RDC le 24 septembre annonçant leur coopération en vue d'éradiquer les FDLR. La neutralisation des FDLR à l'est de la République démocratique du Congo demeure notre objectif politique et militaire le plus important. 
L’appel à la coopération
Monsieur le Président,
La conduite des opérations conjointes FARDC-MONUSCO demeure la seule solution efficace à la situation sécuritaire. 
Lors de mon dernier exposé devant le Conseil, j’avais exhorté le Président Kabila à donner le feu vert pour des opérations conjointes. Malheureusement, ce feu vert n'a toujours pas été donné. Une fois de plus, j’invite le Président à instruire les FARDC à reprendre la coopération qui, par le passé,  a produit d’innombrables résultats positifs.
- Ce n’est qu’en étant unis que nous pourrions assurer une paix durable;
- Ce n’est qu’en étant unis que nous garantirons la sécurité à ces femmes et hommes pour qu’ils puissent cultiver leurs champs;
- Ce n’est qu’en étant unis que nous permettrons aux enfants d’aller à l'école. 
Une stratégie de retrait responsable
Monsieur le Président,
La MONUSCO doit progressivement se retirer de la RDC. L'engagement de l'Organisation des Nations Unies envers le peuple congolais reste constant d’autant que la stratégie de retrait de la Mission dépend de la poursuite des progrès tangibles sur le terrain.
Nous ne pouvons pas, et ne devons pas quitter le pays de manière précipitée.
Le dialogue stratégique entre l’Organisation des Nations Unies et le Gouvernement est une plateforme spécifiquement créée pour discuter et s’accorder sur une réduction progressive de la Mission dans le cadre d'une stratégie de retrait adoptée de commun accord. Malheureusement, les conclusions de notre récente évaluation conjointe ont révélé que la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée, voire même s’est détériorée dans 21 territoires sur 28 territoires touchés par les conflits armés.
Conformément à la résolution 2211 du Conseil de sécurité, j’ai proposé au Gouvernement congolais un processus en trois étapes qui mettra en branle la stratégie de sortie de la MONUSCO. L‘accomplissement de notre objectif partagé d'un retrait graduel et progressif  sans mettre en péril les gains enregistrés nécessite la tenue d’autres discussions constructives plus approfondies entre le Gouvernement de la RDC et l'Organisation des Nations Unies et impliquant la communauté internationale. Le Secrétaire général a pris note de la position du Gouvernement dans le cadre du dialogue stratégique et s’est dit prêt à examiner les résultats présentés par le Gouvernement.
Je remercie le Gouvernement congolais pour son soutien et sa foi en la MONUSCO. Je reste convaincu que nous allons aplanir les questions en suspens dans un esprit constructif. 
Le soutien à la RDC : une approche fondée sur des principes 
Monsieur le Président,
Je reste convaincu que, maintenant plus que jamais, la Mission de maintien de la paix des Nations Unies en RDC est particulièrement bien placée pour soutenir le peuple et le Gouvernement de la RDC.
En plus de notre capacité à protéger et à stabiliser le pays, je me félicite de ce que nous sommes restés fidèles à une approche fondée sur des principes.
- Une approche qui n'a eu pas peur d’aborder les questions relatives aux droits de l'homme;
- Une approche qui ne cherchait pas l'opportunisme dans nos pourparlers avec le Gouvernement, car nous sommes restés en faveur d’une stratégie de retrait de la Mission responsable et graduelle;
- Une approche qui met la Constitution au-dessus des considérations politiques opportunistes. 
Politique de tolérance zéro
Monsieur le Président,
Le poids de l'Organisation des Nations Unies repose en partie sur les valeurs qu'elle défend au quotidien.
Les cas d’exploitation et d’abus sexuels non seulement ternissent notre réputation, mais ajoute aussi à la souffrance et alourdit le fardeau des populations les plus vulnérables. Ces violations sapent la confiance fondamentale des populations à notre égard.
Pour faire écho à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général, en collaboration avec le Commandant de la Force et le Chef de la Police, nous avons sensibilisé des milliers de personnels du maintien de la paix, civils et militaires confondus.
Nous devrions intégrer dans nos modes opératoires les mesures visant à faire avancer la prévention et l’imputabilité. 
Pour une stabilité à long terme
Monsieur le Président,
La mise en œuvre de l'accord-cadre d'Addis-Abeba doit être redynamisée. Les principales réformes dans les secteurs de la sécurité, de la police, de la justice et de l’administration pénitentiaire sont essentielles à la stabilité à long terme en RDC. L’absence de bonne gouvernance est l'une des causes profondes du conflit.
Je félicite l’Envoyé spécial Said Djinnit pour son plaidoyer remarquable en faveur de la RDC et je voudrais également souhaiter plein succès à la Conférence sur l'investissement du secteur privé prévue en début d'année prochaine.
Si nous voulons renforcer l'investissement étranger direct dans le pays, nous ne devons ménager aucun effort pour assurer la stabilité, la sécurité et l’établissement de l’état de droit sur le long terme. L'engagement de l'équipe des Envoyés spéciaux a été crucial tout au long de mon mandat. Je voudrais ici remercier tous ces collègues pour leur soutien indéfectible.
 Permettez-moi enfin d’aborder un sujet important au-delà du mandat de la MONUSCO. Je suis profondément préoccupé par la dégradation de l'environnement et la déforestation de la forêt tropicale congolaise. Les ressources naturelles de la RDC sont une bénédiction, et ce patrimoine naturel sans pareil doit être préservé pour les générations futures en Afrique et dans le monde entier. 
Notre promesse
Monsieur le Président,
Je tiens à remercier le Conseil de sécurité pour son appui sans faille et pour avoir accordé à la RDC toute l'attention qu'elle mérite. Je voudrais également exprimer ma gratitude aux collègues du Siège, particulièrement le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix M. Hervé Ladsous et son équipe pour leur soutien continu et leurs précieux conseils dans nos moments difficiles. Mes remerciements s’adressent aussi à la Représentante spéciale Mme Leila Zerrougui pour son engagement et ses efforts inlassables visant à sortir les enfants de l’emprise de groupes armés brutaux. À la Représentante spéciale Mme Zainab Bangura, j’aimerais lui dire merci pour son engagement et tout le soutien apporté à la Mission en vue de mettre fin au fléau de la violence sexuelle et soulager la peine de milliers de femmes et de filles qui en sont victimes en RDC.
Je voudrais aussi remercier tous collègues de la MONUSCO, militaires, policiers et civils pour leur travail et leur dévouement afin de remplir notre promesse au peuple congolais. L'amitié partagée au sein de cette équipe est l'expérience la plus enrichissante de ma vie professionnelle. 
Un mandat inachevé 
Monsieur le Président,
Distingués Membres du Conseil de sécurité,
Durant ces deux dernières années, j’ai parcouru le Congo. Je cherchais activement à écouter toutes les composantes de la société afin de mieux comprendre et répondre aux attentes des habitants du pays
J’ai rencontré des représentants des organisations de femmes et de jeunes, des villageois dans des marchés, d'anciens enfants-soldats et tant d'autres personnes dont les vies ont été changées à jamais par la guerre. Ils sont un rappel quotidien que des milliers de personnes comptent sur nous.
Nous avons le devoir et la responsabilité d'assurer la sécurité et la stabilité du Congo et faire en sorte que les progrès atteints jusqu'ici soient irréversibles. Permettez-moi ici de saluer la persévérance et la résilience des Congolais qui ont été témoins des horreurs de la guerre ; les femmes qui ont subi l'atrocité de la violence et les enfants qui ont perdu leur innocence aux mains de combattants brutaux.  
- Ils sont la raison pour laquelle la MONUSCO reste ferme et appelle au respect des droits de l'homme; - Ils sont la raison pour laquelle nous plaidons pour un retrait progressif, et non précipité, de la Force; - Ils sont la raison pour laquelle nos civils, policiers et personnels militaires travaillent sans relâche pour la paix.  
Au peuple Congolais, qu’il me soit permis de vous remercier chaleureusement pour votre hospitalité et pour l’accueil que vous nous avez toujours réservé en tant qu’invités dans votre pays. Je suis plein d’admiration pour votre force et votre profonde aspiration à la paix et au progrès. 
Les graines d'un Congo stable, sécurisé et résilient ont été déjà semées. Je suivrais votre parcours de loin dans l’espoir de voir cette semence fleurir et prospérer dans les années à venir.

C’était un honneur de vous servir.         

mardi 6 octobre 2015

RD Congo : Les autorités impliquées dans une attaque contre des manifestants

Répression accrue à l’encontre des opposants politiques
De hauts responsables des forces de sécurité et du parti au pouvoir en République démocratique du Congo semblent avoir recruté des voyous en vue d’attaquer une manifestation politique pacifique dans la capitale, Kinshasa, a déclaré le 6 octobre 2015 Human Rights Watch.
Le 15 septembre 2015, un groupe de jeunes a violemment attaqué un rassemblement public organisé par des dirigeants de l’opposition politique pour appeler le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions à l’issue de ses deux mandats constitutionnellement autorisés en décembre 2016. Armés de gourdins et de bâtons en bois, les assaillants ont frappé les manifestants, répandant la peur et le chaos dans la foule de plusieurs milliers de protestataires. Plus d’une dizaine de manifestants ont été blessés, dont certains ont été piétinés alors qu’ils tentaient de fuir.
« Les citoyens congolais ont le droit de manifester pacifiquement à propos des limites du mandat présidentiel sans se faire attaquer par des voyous recrutés à cet effet », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « L’implication apparente de hauts responsables de la sécurité et du parti au pouvoir dans les attaques violentes montre jusqu’où les autorités sont capables d’aller pour stopper les manifestations de l’opposition. »
Human Rights Watch a observé la manifestation du 15 septembre, et a par la suite interrogé des victimes et des témoins, des professionnels de santé et plusieurs assaillants. Parmi les assaillants figuraient des membres de la Ligue des Jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de Kabila, parmi lesquels beaucoup sont connus comme pratiquant des arts martiaux, ainsi que des jeunes ayant des liens avec Vita Club, l’une des principales équipes de football de Kinshasa. Des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police et de l’armée, tous en tenue civile, auraient également pris part à l’attaque.
Plusieurs jeunes hommes qui ont reconnu avoir participé à l’attaque ont affirmé à Human Rights Watch qu’ils se trouvaient parmi plus de 100 jeunes recrutés par de hauts responsables de la sécurité et des responsables du PPRD. Ils ont indiqué que chaque recrue était payée environ 65 USD. Les jeunes hommes ainsi recrutés ont expliqué qu’ils ont été invités à se rassembler dans un camp militaire à Kinshasa la nuit précédente et qu’ils ont « reçu des instructions sur la manière de mener l’attaque ». L’un d’entre eux a raconté : « On nous a dit de commencer à attaquer les manifestants et de semer le désordre dès que l’un des leaders de l’opposition insulterait le président Kabila ». Un moyen de transport a été mis à la disposition des recrus le lendemain matin, pour les conduire jusqu’au quartier où la manifestation de l’opposition se déroulait.
La police déployée pour assurer la sécurité lors de la manifestation n’a pas stoppé les assaillants armés de bâtons lorsqu’ils sont arrivés, mais est restée à proximité et a simplement observé leur arrivée. La police est uniquement intervenue quelque temps plus tard lorsque des manifestants en colère s’en sont pris aux assaillants et ont commencé à les frapper.
Un des assaillants qui a été battu est décédé plus tard de ses blessures. Les agents de police ont rapidement emporté son corps à l’une des morgues de la ville. Un employé de la morgue a raconté à Human Rights Watch que des officiers de police ont demandé aux employés de la morgue de ne pas toucher le corps et de n’informer personne de sa présence. Ils ont ordonné aux employés de l’étiqueter comme « corps de l’État », empêchant ainsi les membres de la famille de le réclamer. Human Rights Watch a documenté de précédents cas dans lesquels des responsables de la sécurité ont fait identifier un corps comme « corps de l’État » pour dissimuler des décès politiquement problématiques.
Des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que le commissaire provincial de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, figurait parmi au moins trois hauts responsables ayant participé au rassemblement de recrutement la nuit précédant la manifestation et qui avaient donné des instructions sur la façon de mener l’attaque. Kanyama a précédemment été impliqué dans de graves atteintes aux droits humains, y compris pour son rôle de commandement pendant la répression de janvier contre des manifestants qui a fait au moins 38 morts.
La police devrait rester apolitique, impartiale et respecter le droit de rassemblement pacifique de tous les citoyens congolais, a rappelé Human Rights Watch. La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, pourrait contribuer à prévenir de nouvelles attaques en déployant la police de l’ONU lors des manifestations politiques. Le mandat de la MONUSCO en vertu de la résolution 2147 du Conseil de sécurité prévoit d’« [a]ssurer, dans ses zones d’opérations, une protection efficace des civils se trouvant sous la menace de violences physiques ».
L’attaque du 15 septembre n’était qu’un incident parmi les plus récents dans un contexte de répression croissante à l’encontre des personnes qui s’opposent à un troisième mandat de Kabila ou à tout report des élections nationales prévues en novembre 2016. Alors que les préparatifs des élections ont déjà pris du retard, certains s’inquiètent du fait que Kabila et ses partisans pourraient favoriser un report des élections, permettant ainsi un « glissement » de la date du scrutin vers une prolongation du mandat de Kabila.
Deux dirigeants de partis politiques et quatre jeunes activistes ont été récemment condamnés pour incitation à la désobéissance civile ou en vertu d’autres accusations fallacieuses après avoir publiquement dénoncé la répression politique ou demandé la libération d’activistes arrêtés arbitrairement. Plusieurs autres activistes et dirigeants de partis politiques ont été arrêtés et font actuellement l’objet de procès pour avoir critiqué les tentatives de Kabila de prolonger son mandat.
D’autres jeunes ont été arbitrairement arrêtés sans chef d’inculpation. Trois étudiants universitaires arrêtés en mars alors qu’ils imprimaient des tracts appelant les étudiants à soutenir un leader de l’opposition, Vital Kamerhe, ont été arbitrairement détenus par l’ANR sans être autorisés à recevoir la visite d’avocats ou de membres de leurs familles. Un musicien congolais est toujours arbitrairement détenu par des responsables des services de renseignement, pour des liens présumés avec des organisations de jeunesse pro-démocratie.
Le 16 septembre, le président Kabila a exclu sept leaders politiques de haut niveau, désignés comme le Groupe des 7 ou G7, des rangs de sa coalition de partisans connue sous le nom de Majorité présidentielle (MP) après qu’ils lui ont adressé une lettre publique le 14 septembre exigeant qu’il respecte la limite constitutionnelle de deux mandats. D’autres membres de la coalition de la majorité ont alors exprimé leur soutien au G7 en démissionnant de leurs postes au gouvernement. Plusieurs d’entre eux ont par la suite subi des actes de harcèlement et d’intimidation.
Le 17 septembre, des agents des services de renseignement de la province du Sankuru (dans l’ancienne province du Kasaï-Oriental) ont fait fermer une station de radio appartenant à Christophe Lutundula, un membre du parlement et du G7. Un témoin a raconté à Human Rights Watch que les agents ont confisqué l’équipement de radiodiffusion, en indiquant aux employés qu’ils avaient reçu des ordres de leurs supérieurs à Kinshasa. Le 18 septembre, des agents des services de renseignement ont arrêté trois employés du Ministère de Plan, dont l’ancien ministre, Olivier Kamitatu, fait partie du G7. Ils ont été embarqués de force dans des véhicules et conduits jusqu’au bureau de l’ANR, où ils ont été détenus pendant plusieurs heures avant d’être relâchés.

« L’historique des violations graves des droits humains en RD Congo devrait servir d’alerte aux gouvernements concernés au sujet de la violence et la répression politiques avant qu’elles ne s’intensifient », a conclu Ida Sawyer. « Ces gouvernements devraient faire pression sur le gouvernement congolais pour exiger la libération des personnes détenues à tort et pour mener des enquêtes sur les responsables des attaques contre des manifestants pacifiques. Prévenir des abus est bien moins coûteux que d’essayer de ramasser les pots cassés après coup. »