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lundi 30 mars 2026

RDC : l’UNICEF alerte sur une crise aiguë de la protection de l’enfance et la montée des menaces contre les humanitaires

Le Directeur régional de UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou, a bouclé une mission de cinq jours en République Démocratique du Congo, marquée par un constat préoccupant : la dégradation continue de la situation des enfants dans les zones de conflit, notamment dans l’Est du pays.

Au cours de son séjour, il a rencontré les autorités congolaises ainsi que des représentants de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), afin d’évaluer les progrès réalisés et les défis persistants en matière de protection de l’enfance.

Les échanges ont porté sur des enjeux majeurs de prévention des violations graves des droits de l’enfant, de la protection des civils et du personnel humanitaire, la sécurisation des écoles et des structures sanitaires, ainsi que la lutte contre le recrutement d’enfants par les groupes armés.

La situation reste alarmante : plus de 7 millions de personnes sont déplacées dans l’Est de la RDC, dont 2,5 millions d’enfants. En 2024, près de 4.000 violations graves des droits de l’enfant ont été recensées, les mineurs représentant plus de 40 % des victimes de violences sexuelles.

Des infrastructures civiles de plus en plus ciblées

Les attaques répétées contre les écoles, les centres de santé et les infrastructures civiles aggravent la vulnérabilité des populations. Ces violences privent des milliers d’enfants d’accès à l’éducation, aux soins et à un environnement sécurisé.

La crise sécuritaire affecte fortement les opérations humanitaires. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), plus de 626 incidents visant des acteurs humanitaires ont été enregistrés en 2025 à travers le pays.

« Les attaques contre les travailleurs humanitaires ne visent pas seulement le personnel d'aide, mais aussi les enfants et les familles dépendant de cette assistance vitale », a alerté Gilles Fagninou.

Un plaidoyer pour l’accès humanitaire et le respect du droit international

Face à cette situation, le responsable de l’UNICEF a insisté sur la nécessité de faire respecter le droit international humanitaire et de garantir un accès sûr, rapide et sans entrave aux zones affectées par les combats. Il a appelé l’ensemble des parties prenantes à faciliter les interventions humanitaires afin d’assurer la continuité de l’aide aux populations vulnérables.

Des ambitions renforcées pour 2026

Présent sur le terrain, l’UNICEF poursuit ses interventions multisectorielles dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’accès à l’eau potable, de l’assainissement, de l’éducation et de la protection de l’enfance.

Pour 2026, l’organisation prévoit d’assister 4,2 millions de personnes, dont 2,9 millions d’enfants, en collaboration avec les autorités congolaises. L’objectif est de répondre aux besoins humanitaires immédiats tout en renforçant durablement la résilience des communautés et les systèmes sociaux.


Éducation en RDC : la société civile appelée à structurer une contribution décisive avant les grandes échéances

Dans le prolongement de la réunion de cadrage tenue le 25 mars 2026 avec les coordinations provinciales, le Coordonnateur national du Conseil national de l'éducation pour tous (CONEPT RDC), Jacques Tshimbalanga Kasanji, appelle les organisations de la société civile (OSC) et les coalitions provinciales à se mobiliser sans délai pour renseigner le canevas harmonisé des contributions.

 Un processus stratégique pour l’avenir du secteur éducatif

 Cette initiative vise à garantir une participation structurée, crédible et ancrée dans les réalités du terrain en vue de plusieurs échéances majeures : la pré-revue des OSC, la revue finale d’achèvement de la SSEF 2016-2026, l’élaboration de la stratégie intérimaire de l’éducation et de la formation 2026-2030, ainsi que la revue à mi-parcours du Pacte de partenariat.

Pour le CONEPT RDC, ces processus ne sauraient se dérouler sans les contributions des acteurs de terrain. Le canevas harmonisé est présenté comme un outil essentiel pour faire remonter de manière cohérente les analyses, préoccupations, expériences et recommandations issues des provinces et des organisations.

Les OSC sont invitées à renseigner soigneusement ce document en s’appuyant sur leurs observations, leurs actions et leurs échanges avec les communautés. Au-delà d’un simple exercice administratif, il s’agit de construire une parole collective forte, capable d’influencer les réformes éducatives en cours et futures.

 Un plaidoyer collectif à renforcer 

Le CONEPT insiste sur la nécessité de produire des contributions sincères, concrètes et pertinentes, reflétant fidèlement les attentes des communautés. Plus les apports seront riches et concertés, plus le plaidoyer de la société civile sera audible auprès des décideurs.

Les organisations sont appelées à transmettre leurs contributions dans les meilleurs délais aux coordinations provinciales, en vue d’une consolidation et d’une transmission finale du canevas complété au plus tard le 30 mars 2026.

Face aux défis éducatifs du pays, le CONEPT RDC appelle à la responsabilité et à la solidarité de tous les acteurs. L’objectif est clair : permettre à la société civile de jouer pleinement son rôle dans l’orientation des politiques éducatives et dans la défense d’une éducation inclusive, équitable et de qualité pour tous.


Centrale de Kakobola : entre polémique et réalités, les vérités d’un projet longtemps bloqué

La centrale hydroélectrique de Kakobola, située dans la province du Kwilu, s’impose depuis son inauguration le 23 mars 2026 par le ministre des Ressources Hydrauliques et de l'Électricité, Aimé Sakombi Molendo, comme l’un des dossiers les plus débattus de l’actualité énergétique en RDC. Au cœur des controverses, plusieurs accusations de « scandale » ont émergé.

Pourtant, l’examen du dossier révèle une réalité bien différente, structurée autour d’un projet ancien, d’une procédure encadrée et d’un objectif clair qui est de rendre enfin opérationnelle une infrastructure restée inactive pendant près d’une décennie.

Un projet ancien remis sur les rails

Contrairement aux critiques évoquant une décision précipitée, le projet de Kakobola ne date pas d’aujourd’hui. Son montage remonte à la période 2018–2020, avec un contrat déjà validé sur le plan juridique. Il s’inscrit donc dans la continuité des politiques publiques, et non dans une initiative improvisée.

Le projet repose sur un modèle de délégation de service public, distinct d’un marché public classique. À ce titre, il a respecté les étapes requises, notamment l’avis de non-objection de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) obtenu dès 2019, ainsi que son inscription au Plan de passation des marchés. Ces éléments attestent d’un processus encadré par la réglementation en vigueur, loin des allégations d’opacité.

Les 12 millions de dollars américains : un malentendu

Autre point de crispation : le montant de 12 millions de dollars américains. Contrairement à certaines affirmations, il ne s’agit pas d’un décaissement direct de l’État, mais du coût global contractuel du projet. Dans ce modèle, l’opérateur privé assure l’investissement et se rémunère à travers l’exploitation de la centrale. Il ne s’agit donc pas d’un « cadeau », mais d’un mécanisme classique visant à mobiliser des financements privés dans le secteur énergétique.

Achevée depuis 2016, la Centrale de Kakobola était restée inexploitable pendant près de dix ans en raison de blocages administratifs et opérationnels.

La relance actuelle, impulsée notamment par une instruction présidentielle en mars 2025, répond à l'urgence de valoriser une infrastructure publique longtemps inutilisée et répondre aux besoins énergétiques des populations.

Des retombées concrètes pour les populations

La remise en service de la centrale devrait bénéficier directement à plusieurs localités du Kwilu, notamment Kikwit, Idiofa et Gungu. Entre 9.000 et 15.000 ménages sont concernés, avec une fourniture d’électricité annoncée en continu. Au-delà de l’accès à l’énergie, le projet ouvre la voie à une relance économique locale, favorisant le développement des petites et moyennes entreprises et l’amélioration des services sociaux, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

Le barrage demeure la propriété de l’État congolais. L’opérateur privé n’en est pas acquéreur, mais en assure l’exploitation, la maintenance et la distribution de l’électricité dans le cadre d’une concession. La durée de 30 ans évoquée correspond aux standards internationaux dans le secteur énergétique, permettant au concessionnaire de rentabiliser son investissement tout en garantissant un service durable.

Face aux accusations de « gré à gré injustifié » ou de « contrat opaque », les éléments disponibles indiquent plutôt une procédure validée et conforme aux règles en vigueur. En réalité, le véritable enjeu semble être ailleurs : transformer une infrastructure longtemps à l’abandon en un levier concret de développement.

Loin d’un scandale, le dossier Kakobola apparaît comme une décision pragmatique visant à corriger un échec passé. En remettant en service une centrale restée inactive pendant près de dix ans, les autorités entendent répondre à une urgence énergétique tout en stimulant l’économie locale.


DGI : renforcer le leadership des cadres pour accompagner les réformes

Des agents et cadres de la Direction générale des impôts (DGI) ont terminé le 27 mars 2026 à Kinshasa leur formation en développement du coaching et du leadership. L'objectif est de moderniser l’administration fiscale et d'instaurer une véritable culture de résultats.

Engagée dans un vaste processus de modernisation, la Direction Générale des Impôts (DGI) mise sur la formation de ses cadres pour améliorer la performance interne et la qualité de gestion des équipes.

Selon Brigitte Kunda Montongo, directrice des ressources humaines, cette démarche s’inscrit dans une volonté claire d’accompagner les réformes en cours au sein de l’institution.

« Lorsque la DGI a reçu cette opportunité, elle n’a pas hésité à envoyer ses cadres suivre cette formation essentielle au développement des équipes et au coaching », explique-t-elle. 

La DGI estime que la réussite de ses réformes passe avant tout par la qualité du management interne. Pour cela, l’accent est mis sur le leadership, l’encadrement et l’accompagnement des agents.

« Il y a des compétences que l’on peut ignorer simplement parce que le responsable hiérarchique ne sait pas créer un climat de confiance ou valoriser ses collaborateurs », souligne la DRH.

Dans ce contexte, la formation vise à doter les chefs d’équipe de compétences clés pour mieux identifier et valoriser les talents

instaurer un climat de confiance améliorer la communication interne et renforcer la performance collective.

Pour la DGI, ces initiatives de renforcement des capacités ne sont pas accessoires. Elles constituent un levier stratégique pour réussir les transformations engagées.

« Pour que les agents soient bien encadrés, il faut que leurs responsables soient eux-mêmes bien formés, notamment en matière de leadership et de coaching », insiste Brigitte Kunda Montongo.

Le changement va s’opérer dès que possible, assure le formateur Jamal-Eddine Benlahmar

À l’issue de la formation en leadership et coaching organisée au profit des cadres de la Direction Générale des Impôts (DGI), le formateur Jamal-Eddine Benlahmar s’est dit pleinement satisfait du déroulement des sessions et de l’engagement des participants.

« Franchement, c’est une formation pour laquelle j’ai pris énormément de plaisir. Les participants ont été très actifs, avec une réelle volonté d’apprendre. Je crois que nous avons réussi le challenge », a-t-il déclaré.

Durant plusieurs jours, les cadres de la DGI ont été formés aux techniques modernes de management, avec un accent particulier sur le leadership, la communication et l’accompagnement des équipes.

Pour le formateur, les résultats ne devraient pas tarder à se faire sentir : « Je suis convaincu que le changement va commencer à s’opérer dès lundi. Les participants vont mettre en pratique ce que nous avons vu ensemble pendant toute la semaine ».

Il souligne également la qualité des échanges, marqués par des questions pertinentes et une forte implication des apprenants que « nous avons réussi à créer une véritable prise de conscience de l’importance de leur rôle managérial. J’ai une confiance totale en cette équipe ».

Selon lui, cette dynamique devrait rapidement produire des effets positifs sur le fonctionnement interne de l’institution que « les répercussions seront visibles sur les équipes qu’ils encadrent ».

Les récompenses visent à encourager la participation, pas à discriminer, explique la professeure Shamila Singh 

Interrogée sur la remise de cadeaux à certains participants lors de la formation organisée pour les cadres de la Direction Générale des Impôts, la professeure Shamila Singh a tenu à clarifier la démarche.

« Il ne s’agit pas d’une discrimination, mais d’une manière d’encourager la participation et de reconnaître les contributions des participants durant la formation », a-t-elle expliqué.

Selon elle, ces distinctions ont été attribuées sur la base de l’implication et de l’engagement observés tout au long des sessions.

Elle souligne également que cette reconnaissance s’est faite de manière inclusive : « Comme vous avez pu le constater, les récompenses ont été attribuées aussi bien aux hommes qu’aux femmes ».

Pour la formatrice, cette initiative vise avant tout à promouvoir une culture du mérite et de l’engagement au sein des organisations.

« Les hommes comme les femmes peuvent contribuer de manière significative au sein d’une organisation. Ils peuvent être des leaders et apporter une valeur réelle ».

Un partenariat renforcé pour accompagner la formation des cadres

Intervenant à l’issue de la formation organisée au profit des cadres de la Direction Générale des Impôts, Me Liliane Ilingio Liande, du cabinet Desnil, a salué l’engagement de l’institution en faveur du renforcement des capacités. « Avec le leadership de la Direction générale des impôts, la formation est désormais inscrite dans ses objectifs stratégiques », a-t-elle affirmé.

Elle a indiqué que la poursuite de ce type d’initiatives dépendra de la volonté de la direction générale, tout en réaffirmant la disponibilité de son organisation à accompagner la DGI. « Si la direction générale décide de reconduire cette formation, nous serons prêts, en tant que partenaire, à l’accompagner dans cette mission ». Selon elle, ce partenariat est appelé à se renforcer, dans un contexte où la DGI joue un rôle central dans le fonctionnement de l’État.

« La DGI a une mission prépondérante, celle de doter le gouvernement des moyens d’action. Elle doit donc se dépasser et améliorer continuellement ses performances ». Me Ilingio insiste sur l’importance de disposer d’équipes bien formées, engagées et alignées sur une vision commune. « Il est essentiel de construire des équipes solides, partageant les mêmes objectifs et capables de porter les réformes ».

Une formation globalement réussie

 Concernant le déroulement des sessions, elle dresse un bilan positif. « La participation a été active, les échanges interactifs et le niveau des participants très élevé. Globalement, la formation s’est très bien passée ». Elle souligne toutefois que des améliorations pourront être envisagées.

« Nous allons analyser les fiches d’évaluation afin d’identifier d’éventuelles pistes d’amélioration pour les prochaines sessions ».


À travers un livre attendu, Me Pierre Okendembo Mulamba s’attaque à une controverse persistante : les limites du pouvoir du juge après cassation

Le doyen de la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, le professeur Vincent Kangulumba Mbambi, a procédé le 27 mars 2026 au baptême de l’ouvrage intitulé « L’étendue des pouvoirs et obligations du juge de renvoi après cassation », saluant un travail scientifique rigoureux et une contribution majeure à la doctrine juridique congolaise.

Beaucoup de témoignages élogieux à l’endroit de Me Pierre Okitandembo ont été entendus au cours de la présentation de son ouvrage, et tous ont souligné son courage. Car il faut du courage pour s’engager dans un travail scientifique aussi exigeant, au détriment parfois du temps consacré à la famille et aux proches.

Au-delà du savoir, cet ouvrage traduit aussi des valeurs humaines telles que le dévouement, la rigueur et la volonté d’apporter une contribution utile à la communauté juridique.

Comme cela a été dit dans plusieurs interventions, c’est dans cet esprit de partage du savoir que les scientifiques devraient continuer à travailler ensemble.

"Je me réjouis donc de voir ce projet aboutir. Mon souhait est que ce type d’initiatives soit encouragé et protégé, notamment contre les pratiques qui dénaturent les œuvres scientifiques, comme les reproductions illégales. Il est important de préserver la valeur du travail intellectuel. J’espère enfin que cet ouvrage produira les effets attendus, qu’il suscitera un véritable élan dans la réflexion juridique et qu’il inspirera d’autres contributions dans notre milieu".

Me Pierre Okendembo Mulamba a livré les motivations profondes qui ont guidé la rédaction de ce travail de longue haleine, entamé il y a plus de quatorze ans.

Prenant la parole devant un public composé de juristes et de praticiens du droit, l’avocat a expliqué que son ouvrage est né d’un constat récurrent fait au fil de sa carrière : l’existence de divergences notables dans l’application des décisions rendues après cassation.

« J’ai assisté, en tant qu’avocat, à plusieurs débats et querelles doctrinales, mais aussi à des décisions contradictoires de nos cours et tribunaux sur une même question », a-t-il déclaré. Selon lui, lorsque la Cour de cassation — autrefois la Cour suprême de justice — casse une décision, certains juges se conforment à ses orientations, tandis que d’autres s’en écartent, alimentant ainsi une insécurité juridique.

Face à cette situation, Me Okendembo Mulamba dit avoir voulu « apporter quelques mises au point » et contribuer à un débat qu’il qualifie de « débat du palais », c’est-à-dire interne à la communauté judiciaire.

Un vide doctrinal de plusieurs décennies

L’auteur souligne également la rareté des écrits sur la question en République Démocratique du Congo. Le seul travail de référence remonte à 1971, signé par Victor Maravant, ancien conseiller belge à la Cour suprême de justice, et ne couvre que onze pages. Depuis lors, malgré quelques évocations succinctes, notamment par Kengo wa Dondo dans une mercuriale, aucun ouvrage approfondi n’avait été consacré à cette matière.

« Entre 1971 et aujourd’hui, plus de cinquante ans se sont écoulés, alors même que plusieurs réformes législatives sont intervenues », a-t-il relevé, justifiant ainsi la nécessité d’une analyse actualisée et approfondie.

 Pouvoirs et obligations du juge : un équilibre nécessaire

Dans son ouvrage, Me Okendembo Mulamba met en lumière un principe fondamental : le pouvoir du juge est indissociable de ses obligations. Il s’appuie notamment sur un souvenir académique datant de 1986. « Un professeur disait qu'un ‘citoyen, mes droits en appellent au devoir’. Il en va de même pour le juge ».

Ainsi, s’il reconnaît au juge de renvoi le pouvoir de rejuger une affaire après cassation, il insiste sur les limites qui encadrent ce pouvoir. Parmi les obligations essentielles figure celle de se conformer à l’interprétation du droit donnée par la juridiction de cassation.

« L’une des premières obligations du juge de renvoi est de se conformer au point de vue de droit jugé par la Cour de cassation ou le Conseil d’État », a-t-il martelé. 

Un ouvrage appelé à susciter le débat

Conscient du caractère technique et sensible du sujet, l’auteur assume pleinement la portée polémique de son travail. Il espère que son ouvrage contribuera à clarifier la pratique judiciaire et à enrichir la doctrine congolaise.

« C’est du choc des idées que jaillit la lumière », a-t-il conclu, se disant prêt à alimenter le débat juridique autour de cette question cruciale.


Controverse au sein de l’Union sacrée : Bahati et ses alliés dénoncent l’ingérence d’élus “électrons libres”

Les regroupements proches du professeur Modeste Bahati Lukwebo se disent surpris par la présence de certains élus « électrons libres » reçus par le secrétaire permanent de l’Union sacrée de la nation, André Mbata.

Le communicateur de l'AFDC-A, Yvon Yanga, rappelle que ce dernier n’a ni qualité pour violer les règlements intérieurs de l’Assemblée nationale et du Sénat, ni compétence pour désigner les représentants du regroupement AFDC-A au sein de l’Union sacrée. De même, il ne lui revient pas de nommer les présidents des groupes parlementaires à l’Assemblée nationale ou des groupes politiques au Sénat.

Selon ce regroupement, la désignation et la reconnaissance des responsables des groupes AFDC-A sont strictement encadrées par les textes en vigueur dans les deux Chambres du Parlement. Toute représentation doit donc se faire dans le respect des règles établies.

Yvon Yanga insiste par ailleurs sur le fait que les personnes récemment reçues à l’Union sacrée ne disposent d’aucune légitimité pour engager ni les regroupements politiques, ni les groupes parlementaires, ni les groupes politiques concernés.

À ce jour, seuls les députés Vital Banywesize, président du groupe parlementaire AFDC-A à l’Assemblée nationale, et la sénatrice Vicky Katumwa, présidente du groupe politique AFDC-A au Sénat, sont habilités à recevoir des orientations et à engager officiellement ces structures. Enfin, le communicateur de ce regroupement politique appelle au respect strict de l’État de droit, tel que prôné par le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, soulignant que toute démarche politique doit s’inscrire dans le cadre des lois et règlements de la République.

La polémique remonte à la récente déclaration du professeur Modeste Bahati Lukwebo sur la Constitution, jugée controversée dans l’opinion politique. Ses propos ont suscité de vives réactions au sein de la classe politique, certains y voyant une prise de position sensible sur l’ordre institutionnel. Dans la foulée, la tension est montée au sein de l’Union sacrée de la nation (USN), avec l’apparition d’initiatives parallèles menées par certains élus qualifiés « d’électrons libres ». 

Ces derniers ont été reçus par le secrétaire permanent de l’USN, André Mbata, déclenchant une nouvelle vague de contestations. Le regroupement politique du professeur Modeste Bahati dénonce une démarche irrégulière, estimant que ces élus ne disposent d’aucune légitimité pour engager leurs structures respectives. Yvon Yanga accuse également André Mbata d’outrepasser ses prérogatives en intervenant dans des matières régies par les règlements intérieurs de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Depuis, le débat s’est intensifié autour du respect des textes, de la représentativité au sein de l’USN et de la gestion des groupes parlementaires. Cette affaire met en lumière des divergences internes persistantes au sein de la majorité, sur fond d’appel au respect de l’État de droit prôné par le président Félix-Antoine Tshisekedi.

Kinshasa : la SGA SARL porte plainte contre le Conseil national de cyberdéfense pour occupation illégale de l’immeuble GLM

L’avocat de la Société Générale d’Alimentation (SGA SARL), Me Roger Issobato Ebembi, a saisi le Procureur général près la Cour de cassation d’une plainte visant le Conseil national de cyberdéfense. Au cœur du litige : l’occupation jugée illégale de l’immeuble « GLM », anciennement connu sous le nom de « La Raquette », propriété de la société.

Dans sa correspondance, la SGA SARL, régulièrement immatriculée au RCCM et basée sur l’avenue Djolu dans la commune de Kasa-Vubu, affirme être la concessionnaire légitime de cet immeuble en vertu d’un certificat d’enregistrement datant du 18 février 1965. L’entreprise, représentée par son administrateur gérant statutaire, Dieudonné Gbua Te Litho, dénonce une occupation persistante des lieux par un service de l’État en violation de l’article 34 de la Constitution garantissant le droit de propriété.

Une propriété acquise légalement depuis 1965

Selon les éléments versés au dossier, l’immeuble « GLM » a été acquis en 1965 auprès de Cléophas Kamitatu par la Société congolaise des entrepôts frigorifiques réunis, devenue par la suite SGA SARL en 1971. À ce jour, la société affirme être l’unique détentrice des droits sur ce bien immobilier, enregistré au cadastre de la Gombe.

Malgré plusieurs correspondances adressées aux responsables du Conseil national de cyberdéfense entre 2023 et 2026, ainsi que des échanges directs avec certains de ses dirigeants, la SGA SARL indique n’avoir obtenu aucune suite favorable. Elle affirme que le service continue d’occuper les lieux en dépit des documents de propriété transmis.

Une bataille judiciaire déjà tranchée 

La société rappelle avoir obtenu gain de cause devant les juridictions compétentes. Un jugement du Tribunal de Grande Instance de Kinshasa-Gombe rendu le 25 juillet 2020, confirmé en appel le 11 juillet 2022, a ordonné le déguerpissement des occupants de l’immeuble. En exécution de ces décisions, une sommation de libérer les lieux avait été délivrée en septembre 2023. Toutefois, cette tentative s’était heurtée à une résistance appuyée par des éléments militaires, donnant lieu à un procès-verbal de constat.

Une occupation persistante malgré la libération officielle

Après le départ des précédents occupants, constaté par huissier le 30 août 2025, la SGA SARL affirme avoir été réinstallée dans ses droits. Mais, selon la plainte, des agents du Conseil national de cyberdéfense auraient ensuite investi les lieux sans titre ni autorisation, empêchant même le propriétaire d’y accéder.

Face à cette situation, la SGA SARL sollicite l’intervention du Procureur général afin de faire appliquer la loi et de mettre fin à ce qu’elle qualifie d’atteinte flagrante au droit de propriété. Elle réclame la restitution pleine et entière de son immeuble.

Kinshasa : la VSV dénonce la crise de l’eau potable et de l’électricité et interpelle les autorités

La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) exprime sa profonde inquiétude face aux difficultés persistantes d’accès à l’eau potable et à l’électricité dans plusieurs communes de Kinshasa. Cette situation compromet gravement les droits économiques, sociaux et culturels de milliers d’habitants de la capitale congolaise.

Selon les informations recueillies par l’organisation, de nombreux quartiers sont confrontés à une pénurie prolongée d’eau et à des coupures répétées d’électricité. Ces carences ont un impact direct sur les conditions de vie des populations, déjà fragilisées. L’accès à l’eau potable devient un véritable parcours du combattant, obligeant les résidents à parcourir de longues distances ou à recourir à des sources d’eau non sécurisées, avec des risques sanitaires importants.

Parallèlement, l’insuffisance d’électricité favorise l’insécurité dans plusieurs zones de la ville. L’obscurité prolongée est propice à la recrudescence du banditisme, des braquages et d’autres actes criminels.

Des quartiers durement touchés

Dans plusieurs communes, notamment Makala, Selembao, Kisenso, Mont-Ngafula, Kasa-Vubu et Kalamu, les habitants dénoncent une absence totale ou intermittente des services d’eau et d’électricité. Dans certains cas, les robinets restent à sec pendant des mois, voire des années, tandis que l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour, quand elle n’est pas totalement inexistante.

Face à cette situation, certaines populations ont déjà manifesté leur mécontentement. Des actions citoyennes, telles que des marches pacifiques et des sit-in, ont été organisées pour dénoncer l’inaction des autorités et les facturations jugées injustifiées.

Des causes connues mais peu d’actions concrètes

Les responsables des entreprises publiques concernées reconnaissent ces difficultés et les attribuent notamment au non-paiement des factures par plusieurs institutions étatiques, au vieillissement des infrastructures, aux actes de vandalisme, ainsi qu’aux conséquences de certains travaux urbains.

Cependant, la VSV estime que ces problèmes pourraient être résolus si les autorités prenaient pleinement leurs responsabilités. L’organisation dénonce notamment le fait que la population soit contrainte de payer des factures pour des services non fournis, parfois sous la menace de sanctions.

Des recommandations aux autorités

Face à l’urgence, la VSV appelle le gouvernement congolais à agir sans délai. Elle recommande notamment de contraindre les institutions publiques à s’acquitter de leurs dettes, de renforcer les moyens de la REGIDESO et de la SNEL, de lutter contre les constructions anarchiques et de sanctionner les responsables des dysfonctionnements.

L’organisation demande également aux entreprises de distribution d’améliorer la qualité de leurs services, d’adapter les facturations à la consommation réelle et de suspendre les paiements dans les zones non desservies.


mercredi 11 mars 2026

À Kinshasa, le Royaume-Uni célèbre la Journée internationale des femmes avec l’initiative élargie « Ambassadrice d’un Jour »

L’Ambassade du Royaume-Uni à Kinshasa a célébré la Journée Internationale des Femmes 2026 en organisant une nouvelle édition de son initiative « Ambassadrice d’un Jour ». Déjà mise en œuvre lors des années précédentes, cette initiative a été élargie en 2026 pour inclure non seulement les représentations diplomatiques, mais aussi plusieurs agences des Nations Unies ainsi que des partenaires du secteur privé. L’évènement s’est inscrit dans le thème mondial de l’année : « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. »

De jeunes femmes âgées de 14 à 18 ans, sélectionnées à l’issue d’un appel public à candidatures, ont passé la matinée à accompagner des dirigeantes et dirigeants au sein d’un large éventail d’institutions. Parmi les organisations hôtes figuraient l’Union Africaine, les gouvernements de France, de Suisse et de Belgique, l’Union Européenne, ONU Femmes, le Comité International de la Croix Rouge, UNICEF, Helios Towers, les gouvernements de Norvège, des Pays-Bas et de Suède, ainsi que l’entreprise Ernst and Young. L’élargissement à des agences des Nations Unies et à des entreprises privées a permis d’offrir aux participantes une vision plus diversifiée et plus inclusive des espaces de direction et de prise de décision en République Démocratique du Congo.

Dans l’après‑midi, l’ensemble des participantes et des partenaires s’est réuni à l’Ambassade pour une séance de restitution suivie d’une réception officielle. Les jeunes filles ont également participé à un atelier d’expression artistique et de communication animé par Maguy Kalomba, comédienne, dramaturge et directrice de la compagnie Mapendo Culture, figure majeure du théâtre congolais. Cette expérience a offert un espace sécurisant pour découvrir la puissance de leur voix et affirmer leur capacité à s’exprimer avec assurance.

Cette initiative a reflété l’ambition portée par la Ministre des Affaires Étrangères Britannique, Yvette Cooper, qui a souligné à plusieurs reprises que la promotion des droits, de la sécurité et du leadership des femmes et des filles doit demeurer au cœur de l’action internationale du Royaume-Uni. C’est dans ce même esprit que le Royaume‑Uni a annoncé vendredi dernier un financement renouvelé comprenant 6 millions de livres sterling — soit jusqu’à environ 8 millions de dollars américains — alloués exclusivement à l’UNFPA pour renforcer les services de santé sexuelle et reproductive ainsi que l’appui spécialisé aux survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre en RDC.

En élargissant « Ambassadrice d’un Jour » et en réunissant missions diplomatiques, agences des Nations Unies, organisations internationales et partenaires du secteur privé, l’Ambassade du Royaume‑Uni à Kinshasa a réaffirmé sa conviction que l’autonomisation des jeunes femmes est essentielle pour bâtir un avenir plus juste, plus inclusif et plus pacifique. Comme l’a souligné la Ministre des Affaires Étrangères, le leadership des femmes n’est pas une option : il est indispensable pour construire des sociétés sûres, équitables et résilientes.


L’ONU condamne l’escalade de la violence à Goma après la mort d’un membre de son personnel et de deux civils

Une attaque impliquant des drones d’attaque fait des victimes

Le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies en République Démocratique du Congo, Chef par intérim de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), et agent habilité par intérim des Nations Unies pour les questions de sécurité, Bruno Lemarquis, condamne fermement l’escalade de la violence observée mercredi matin à Goma, marquée notamment par l’utilisation de drones d’attaque ayant tragiquement entraîné la mort d’un membre du personnel des Nations Unies, et de deux civils, ainsi que des dommages à des habitations civiles.

« Je condamne avec la plus grande fermeté l’usage d’armes et de drones d’attaques qui mettent en danger les populations civiles et le personnel des Nations Unies. Cette escalade de la violence est profondément préoccupante », a déclaré Bruno Lemarquis.

Condoléances aux familles des victimes

Le Chef par intérim de la MONUSCO exprime ses plus sincères condoléances à la famille, aux proches et aux collègues du membre du personnel décédé, ainsi qu’aux familles des autres victimes civiles. Il salue le dévouement et le professionnalisme du personnel des Nations Unies au service du peuple congolais et exprime sa solidarité avec toutes les personnes affectées par cet acte de violence.

Un rappel des obligations du droit international

Monsieur Lemarquis rappelle que les attaques contre le personnel des Nations Unies pourraient constituer des crimes de guerre conformément au Statut de Rome établissant la Cour pénale internationale et rappelle à toutes les parties leurs obligations au regard du droit international humanitaire, y compris les principes de distinction et de protection des populations civiles et des sites civils.

Il appelle à ce que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cet incident et souligne la nécessité de mener une enquête rapide, indépendante et crédible afin d’identifier les responsables et de les traduire en justice.

Appel à la cessation immédiate des violences

« Nous appelons toutes les parties à cesser immédiatement les violences, conformément à leur engagement de respecter le cessez-le-feu ; à privilégier la voie de la solution politique et le dialogue afin de protéger les populations civiles ; et à capitaliser sur les gains récemment obtenus dans le cadre des efforts de paix », a ajouté Bruno Lemarquis.


mardi 10 mars 2026

Kinshasa : Daniel Bumba annonce de nouvelles mesures pour sécuriser les transports

Face à la recrudescence des enlèvements et à la montée de l’insécurité dans la capitale congolaise, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a annoncé dans un communiqué une série de mesures destinées à assainir le secteur des véhicules de transport avec chauffeur (VTC) et à renforcer la sécurité des passagers.

Identification et traçabilité des véhicules

Parmi les principales décisions figure l’identification officielle de tous les véhicules VTC opérant dans la ville de Kinshasa. Les autorités provinciales prévoient également la mise en place d’un QR code sécurisé obligatoire pour chaque véhicule, afin de permettre une traçabilité immédiate.

Carte professionnelle et géolocalisation 

Dans le cadre de ces réformes, chaque chauffeur devra également disposer d’une carte professionnelle. Par ailleurs, les plateformes VTC seront interconnectées avec l’Agence provinciale du numérique, ce qui permettra la géolocalisation des véhicules en temps réel.      

Entrée en vigueur et sanctions

Selon les autorités provinciales, ces nouvelles dispositions entreront en vigueur à partir du 23 mars 2026. Tout chauffeur opérant dans le secteur devra se conformer à ces exigences. Les contrevenants seront considérés comme suspects et pourraient faire face à des sanctions administratives et pénales. 

Restaurer l’ordre dans les transports

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du gouverneur Daniel Bumba visant à restaurer l’ordre dans le secteur des transports et à renforcer la sécurité des Kinois. Elle intervient après plusieurs opérations de contrôle routier déjà menées dans la capitale, mobilisant des milliers d’agents.

À travers ces mesures, les autorités provinciales entendent contribuer à l’instauration d’une capitale moderne, sécurisée et mieux organisée.

Le président de l'ACCO Kinshasa dénonce l’imposition de la carte professionnelle 

Des voix s’élèvent contre l’obligation faite aux chauffeurs de se procurer une carte professionnelle exigée par le ministère provincial des Transports. Pour le président provincial de l'association des chauffeurs du Congo (ACCO), Bienvenu Kimbula, cette mesure ne repose sur aucun fondement juridique solide.

À son avis, le permis de conduire délivré par l’État congolais constitue déjà l’acte officiel qui atteste de la capacité d’une personne à conduire. À ce titre, l’imposition d’une carte professionnelle supplémentaire par l’autorité provinciale serait injustifiée.

Un secteur largement informel

Bienvenu Kimbula rappelle également que la majorité des conducteurs évoluent dans le secteur informel. Il s’agit souvent d’une activité ponctuelle : un chauffeur peut travailler aujourd’hui dans le transport public et changer d’activité le lendemain.

Dans ce contexte, imposer une carte professionnelle obligatoire ne serait pas adapté à la réalité du terrain. Les chauffeurs informels, souvent engagés par des particuliers et sans contrat stable, peuvent perdre leur emploi à tout moment.

La crainte d’une pression fiscale supplémentaire

Les chauffeurs dénoncent surtout la multiplication des taxes et prélèvements qui pèsent déjà sur leur activité. Selon eux, plus de cinq taxes seraient déjà exigées dans leur secteur. L’introduction d’une nouvelle obligation payante serait perçue comme une tentative d’asphyxier davantage les conducteurs, déjà confrontés à des difficultés économiques.

Des avantages jugés inexistants

Autre inquiétude soulevée : l’absence d’avantages concrets liés à cette carte professionnelle. Les chauffeurs du secteur informel ne bénéficient pas des protections sociales accordées aux conducteurs travaillant dans des entreprises structurées ou dans l’administration publique, notamment en matière de sécurité sociale.

Ils estiment donc qu’il est injuste d’imposer cette mesure à des travailleurs qui n’ont pas accès aux avantages du secteur formel.

Un appel à la prudence des autorités 

Face à cette situation, les chauffeurs appellent le ministre provincial des Transports à faire preuve de prudence dans la mise en œuvre de ses réformes.

Selon eux, organiser le secteur des transports est une bonne initiative, mais cela ne devrait pas se traduire par de nouvelles charges financières pour les conducteurs.

Bienvenu Kimbula prévient que cette mesure risque de créer des tensions et de perturber la quiétude des chauffeurs dans leur travail quotidien si leurs préoccupations ne sont pas prises en compte.

Une Congolaise primée : Gosette Lubondo distinguée au Toyota Tsusho CFAO African Art Award

 

La photographe congolaise Gosette Lubondo figure parmi les cinq lauréats de la première édition du Toyota Tsusho CFAO African Art Award, une distinction consacrée aux artistes contemporains émergents du continent africain.

Sélectionnés par un jury international, les cinq artistes primés ont été choisis parmi une centaine de candidats. Le Grand Prix et les autres récompenses seront accompagnés d’expositions prévues au Togo, au Japon et en France.

Un prix pour soutenir la nouvelle génération d’artistes africains

Créé en août 2025 par les groupes Toyota Tsusho Corporation et CFAO, ce prix vise à offrir une plateforme durable aux artistes émergents du continent.

Pour cette première édition, 35 professionnels de l’art – curateurs, critiques et experts internationaux – ont proposé une centaine d’artistes reflétant la diversité des scènes artistiques africaines. Après une première sélection de douze finalistes, le jury international a retenu cinq lauréats répartis en plusieurs catégories : un Grand Prix, deux Prix d’excellence (ex æquo) et deux Prix des sponsors.

Selon Richard Bielle, l’objectif de cette initiative est de contribuer à faire rayonner la création africaine sur la scène internationale. « L’art n’est pas un simple accessoire de la société ; il permet aux sociétés de se refléter, de s’interroger et de se projeter dans l’avenir », a-t-il souligné.

Gosette Lubondo, une reconnaissance pour la photographie congolaise

Parmi les artistes distingués, la Congolaise Gosette Lubondo a remporté l’un des Prix d’excellence. Diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa en 2014, la photographe s’est imposée ces dernières années sur la scène artistique internationale.

Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs biennales et institutions, notamment lors de la Biennale de Kampala, de la Biennale de Lubumbashi, ainsi qu’au musée Hirosaki au Japon en 2024. En 2021, elle avait déjà été récompensée par le Prix Maison Ruinart à Paris Photo.

Ses photographies figurent aujourd’hui dans d’importantes collections internationales, dont celles du musée du Quai Branly – Jacques Chirac, du Kanal Centre Pompidou et du Fowler Museum de l’UCLA.

Des artistes venus de plusieurs régions d’Afrique

Outre Gosette Lubondo, le jury a également récompensé quatre autres artistes issus de différentes régions du continent.

Le Grand Prix a été attribué à l’artiste zimbabwéen Moffat Takadiwa pour son travail en techniques mixtes. Deux prix spéciaux ont également été décernés à Katlego C.L. Twala et Tizta Berhanu, tandis que l’artiste sud-africain Unathi Mkonto partage le Prix d’excellence avec la Congolaise.

Au-delà de la reconnaissance artistique, les lauréats bénéficieront d’une dotation financière, d’opportunités d’exposition au Togo, au Japon et en France, ainsi que de la publication d’un catalogue accompagnant ces expositions.

Un prix pour renforcer l’écosystème artistique africain 

À travers cette initiative, CFAO et Toyota Tsusho entendent contribuer à structurer et soutenir les écosystèmes artistiques africains. Le prix vise notamment à offrir aux artistes émergents une visibilité internationale et des outils concrets pour développer leur carrière.

Cette première édition confirme également la place croissante de l’art contemporain africain sur la scène mondiale, portée par une nouvelle génération d’artistes dont fait désormais partie la Congolaise Gosette Lubondo.

Justice économique : le projet Transforme promeut les modes alternatifs de règlement des différends

Le projet Transforme organise du 9 au 10 mars 2026 à Kinshasa deux journées de sensibilisation consacrées aux modes alternatifs de règlement des différends (MARD), en partenariat avec la Commission nationale OHADA. L’initiative réunit des étudiants, des jeunes professionnels du droit ainsi que des acteurs économiques.

Selon Seketula Yende Kithima, responsable de la cellule de passation des marchés et représentant du coordonnateur du projet Transforme, ces activités s’inscrivent dans la continuité des formations organisées en juillet et août 2025 à Kinshasa et à Matadi, dans la province du Kongo Central.

Des activités mêlant théorie et pratique 

Le programme prévoit plusieurs activités réparties sur la semaine. Une formation pratique est notamment organisée à l’hôtel Pullman avec des simulations de tribunaux arbitraux destinées aux étudiants et aux jeunes professionnels.

Des ateliers de sensibilisation sont également organisés à la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à l’intention des opérateurs économiques de secteurs stratégiques tels que les mines, les banques, les assurances, les infrastructures ou encore la propriété intellectuelle.

Des conférences thématiques sont aussi prévues dans plusieurs universités, à commencer par l’Université Protestante du Congo.

Améliorer le climat des affaires

Pour les organisateurs, la promotion de l’arbitrage et de la médiation constitue un levier important pour améliorer l’environnement des affaires en République Démocratique du Congo.

Le projet Transforme, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par le gouvernement congolais, vise notamment à renforcer la sécurité juridique et judiciaire des investisseurs.

Le programme soutient également plusieurs réformes structurantes, notamment la modernisation des guichets uniques de création d’entreprises, la mise en place du registre des sûretés mobilières et du registre des bénéficiaires effectifs, ainsi que l’amélioration du cadre juridique des zones économiques spéciales.

La justice alternative, un outil de développement

Pour le président de la Commission nationale OHADA, le professeur Roger Masamba, l’efficacité du système de règlement des différends constitue un pilier essentiel du développement économique.

« Les investisseurs recherchent avant tout un environnement juridique fiable dans lequel les contrats sont respectés et les litiges résolus rapidement », a-t-il expliqué, soulignant que l’arbitrage et la médiation représentent des instruments complémentaires à la justice étatique.

Ces mécanismes permettent notamment d’offrir des procédures plus rapides, flexibles et confidentielles dans le règlement des litiges commerciaux.

Former les acteurs de la justice économique

Le directeur général de l’École régionale supérieure de la magistrature de l’OHADA (ERSUMA), Karel Osirus Coffi Dogue, a pour sa part insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des professionnels du droit afin de positionner la RDC comme un futur pôle de l’arbitrage dans l’espace OHADA.

Il a notamment rappelé que l’ERSUMA propose des certifications internationales en arbitrage, médiation et gouvernance d’entreprise, accessibles en ligne pour les professionnels.

À travers ces initiatives, les partenaires du projet Transforme entendent encourager l’appropriation des mécanismes alternatifs de règlement des différends et contribuer à la construction d’un climat des affaires plus attractif en République démocratique du Congo.



   

 


RDC : le BCNUDH alerte sur l’horreur de l’esclavage sexuel et le sort tragique des enfants nés du viol

Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur des violences sexuelles liées aux conflits en République Démocratique du Congo. Au-delà des statistiques alarmantes enregistrées en 2025, l’organisme onusien dénonce dans un communiqué du 9 mars 2026 l’utilisation systématique du viol comme arme de guerre et met en garde contre l’émergence d’une génération d’enfants nés de ces violences et confrontés à une forte stigmatisation.

Un bilan humain alarmant

En 2025, le BCNUDH a documenté 887 cas de violences sexuelles, affectant 1.534 victimes, majoritairement des femmes (854) et des filles (672).

L’est du pays demeure l’épicentre de ces crimes, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, qui concentrent à eux seuls près de 80 % des victimes recensées.

Groupes armés et acteurs étatiques impliqués

Selon le rapport, 75 % des victimes sont imputées aux groupes armés. En tête figure le Mouvement du 23 mars (M23) avec 439 victimes, suivi des groupes Wazalendo, de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), de divers groupes Maï-Maï, des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces démocratiques alliées (ADF).

Le BCNUDH relève également que 19 % des cas documentés impliquent des acteurs étatiques, notamment les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC) et l’Agence nationale de renseignements (ANR).

L’esclavage sexuel et les enfants nés du viol

Le rapport met en lumière des pratiques particulièrement atroces, dont l’esclavage sexuel. Des femmes et des filles sont maintenues en captivité pendant de longues périodes, subissant des viols répétés et des grossesses forcées.

Les enfants nés du viol sont également au cœur des préoccupations. Beaucoup sont rejetés par leurs familles, privés d’enregistrement à l’état civil et exposés à un risque accru de recrutement par des groupes armés.

Une prise en charge encore insuffisante

Si environ 70 % des victimes accèdent à des soins médicaux d’urgence, moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge complète incluant un accompagnement psychologique, juridique et social. Cette situation laisse de nombreuses survivantes livrées à elles-mêmes face aux traumatismes.

Un appel urgent à l’action

Le BCNUDH appelle les autorités congolaises à renforcer la lutte contre l’impunité et à accélérer les poursuites contre les auteurs de crimes graves. L’organisation recommande également l’enregistrement systématique à l’état civil des enfants nés du viol afin de briser le cycle d’exclusion. Les groupes armés sont exhortés à cesser immédiatement les hostilités, à libérer toutes les femmes et filles détenues et à mettre fin à l’esclavage sexuel.

Enfin, la communauté internationale est invitée à renforcer son soutien financier pour garantir une prise en charge durable des survivantes, au-delà de la seule assistance médicale d’urgence.

lundi 2 mars 2026

Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : Washington accuse Kigali de soutenir la rébellion du M23 en RDC

Le Trésor américain frappe la Rwanda Defence Force et quatre hauts responsables. Les États-Unis ont annoncé le 2 mars 2026 une série de sanctions visant les Rwanda Defence Force (RDF), accusées de soutenir activement l'AFC/M23 dans l’est de la République Démocratique du Congo. Quatre hauts gradés rwandais sont également ciblés par ces mesures.

Selon le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain, « les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des RDF et de hauts responsables clés ».

Washington évoque des “violations flagrantes” des Accords de paix

Cette décision intervient quelques jours après la signature à Washington d’une déclaration conjointe pour la paix entre le président américain Donald J. Trump, son homologue congolais Félix-Antoine Tshisekedi et le président rwandais Paul Kagame.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré que « le président Trump est le président de la paix, et le Trésor utilisera tous les outils à sa disposition pour s’assurer que les parties aux Accords de Washington respectent leurs obligations ».

Il a ajouté que « nous attendons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des Rwanda Defence Force ». 

Goma, Bukavu et Uvira au cœur des tensions

Washington reproche aux RDF d’avoir appuyé la prise de plusieurs localités stratégiques par le M23, notamment Goma, Bukavu et plus récemment Uvira, à la frontière avec le Burundi.

L’offensive sur Uvira « a entraîné la mort de civils et forcé des milliers de personnes à fuir leurs foyers », souligne le communiqué américain, qui met en garde contre « le risque d’une escalade vers une guerre régionale ».

Des accusations de violations graves des droits humains

Les autorités américaines accusent les RDF d’avoir fourni un appui opérationnel direct au M23, notamment par l’envoi de troupes, d’équipements militaires avancés et la formation de combattants.

Le texte mentionne des « exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et actes de torture » commis avec le soutien des forces rwandaises. En contrepartie, Kigali aurait obtenu un accès à des zones minières stratégiques de l’est congolais.

Gel des avoirs et interdictions de transactions

Les sanctions prévoient le gel de tous les avoirs des personnes désignées situés aux États-Unis ou sous contrôle américain. Toute transaction impliquant les entités visées est désormais interdite.

Le Trésor américain précise toutefois que « l’objectif ultime des sanctions n’est pas de punir, mais de susciter un changement de comportement positif ».

Cette nouvelle étape marque un durcissement significatif de la position américaine dans la crise sécuritaire qui secoue l’est de la RDC, avec des implications diplomatiques majeures pour la région des Grands Lacs.

samedi 7 février 2026

RDC-USA : Le réveil d'un géant minier et le pari de la modernité

Par Daniel Massamba Meboya, expert, communication stratégique et chargé de l’Information honoraire – Agence américaine de l’Information

Le rapprochement entre le président Félix-Antoine Tshisekedi et l'administration américaine (marqué par les récents Accords de Washington pour la Paix et la Prospérité de décembre 2025) représente un tournant historique. Pour la première fois, la RDC n'est plus seulement perçue comme un réservoir de matières premières, mais comme un partenaire stratégique indispensable à la sécurité technologique mondiale.

Les piliers de l'alliance et les accords récents

Sous l'impulsion du président Tshisekedi, plusieurs engagements majeurs ont été scellés. Il s’agit de la Réserve d'Actifs Stratégiques (SAR) qui est un mécanisme novateur qui répertorie les gisements de minerais critiques (cobalt, lithium, cuivre) non encore concédés, offrant aux investisseurs américains un droit de premier regard en échange de garanties de financement massif.

Le Corridor de Lobito

C’est un accord sur les infrastructures visant à relier les zones minières du Grand Katanga à l'Océan Atlantique via l'Angola, brisant ainsi l'enclavement et garantissant une route d'exportation sécurisée, loin des zones de conflit de l'Est.

Le Projet Vault

Lancé début 2026, ce projet facilite l'entrée en bourse aux États-Unis de sociétés minières opérant en RDC (comme Copper Intelligence pour le cuivre de Butembo), assurant une transparence financière totale.

Les avantages pour le peuple congolais

Ce partenariat n'est pas qu'une affaire de gros sous ; c'est un levier de souveraineté :

• Transformation locale : les accords insistent sur la création de valeur ajoutée sur le sol congolais (raffinage), générant des milliers d'emplois qualifiés.

• Stabilité fiscale : une garantie de 10 ans sur le cadre fiscal attire des investissements de long terme, contrairement aux contrats "opaques" du passé.

Sécurité et Paix

En impliquant directement les Etats-Unis dans la chaîne d'approvisionnement, la RDC sanctuarise ses ressources. Washington a désormais un intérêt direct à ce que l'Est du pays soit pacifié pour protéger ses intérêts industriels.

Le paradoxe de l'opposition armée

Critiqué à Kinshasa, complice à l'Est, il est fascinant — et tragique — d'observer la réaction des leaders de l'opposition armée (notamment ceux liés à l'AFC/M23). Alors que le gouvernement signe des contrats légaux, transparents et débattus, ces acteurs crient à la "vente du pays".

L'hypocrisie démasquée

Le contraste est flagrant :

• Légalité vs criminalité : le président Tshisekedi agit dans le cadre du droit international, devant les caméras du monde entier. À l'inverse, l'opposition armée soutient l'agression rwandaise qui, selon les rapports de l'ONU, organise le pillage systématique de l'or et du coltan congolais via des réseaux mafieux.

Souveraineté vs Prédation : Ces opposants dénoncent une "perte de souveraineté" face aux Etats-Unis, alors qu'ils facilitent l'occupation de territoires congolais par des forces étrangères et le transfert illégal de minerais vers Kigali.

• Développement vs Destruction : les accords avec les Etats-Unis prévoient des routes et des centrales électriques (comme pour le Grand Inga) ; l'action des rebelles ne laisse derrière elle que des déplacés internes et des carrières minières gérées par l'anarchie.

Le constat est amer : Ceux qui prétendent "libérer" le Congo sont précisément ceux qui s'assurent que ses richesses continuent de fuir par les frontières poreuses de l'Est, sans qu'un seul franc congolais ne rentre dans les caisses de l'État.

Une diplomatie de résultats

La stratégie de "rupture" du président Tshisekedi porte ses fruits. En diversifiant ses partenaires et en s'alliant à la première puissance mondiale, il replace la RDC sur la carte du monde "propre". Les critiques des leaders armés ne sont, au fond, que le reflet de leur perte d'influence sur une économie qu'ils ne peuvent plus piller impunément.