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lundi 2 novembre 2026

Nord-Kivu : MSF dénonce des restrictions qui privent les survivantes de violences sexuelles de soins essentiels

L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les obstacles imposés par les autorités de facto du Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23, à la prise en charge des victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu. Ces mesures, qui portent atteinte au secret médical et à l’éthique des soins, auraient entraîné une baisse significative des consultations. MSF appelle à leur levée immédiate.

Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de l’accès aux soins pour les victimes et survivantes de violences sexuelles dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo. Dans un communiqué publié le 2 novembre 2026 à Goma, l’organisation humanitaire dénonce une série de mesures restrictives imposées depuis plusieurs mois par les autorités de facto du Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23.

Selon MSF, ces dispositions entravent l’accès aux soins médicaux, exposent les survivantes à des risques supplémentaires et compromettent les principes fondamentaux de confidentialité et d’éthique médicale.

MSF prend acte des engagements pris en octobre 2026 par la direction du FRN pour corriger la situation. Toutefois, elle constate qu’aucune mesure corrective concrète n’a, jusqu’à présent, été mise en œuvre.

Des conditions d’accès aux soins jugées abusives

Parmi les restrictions dénoncées figure la reconnaissance des violences sexuelles uniquement chez les personnes présentant des blessures physiques visibles. Une exigence qui, selon MSF, contribue à exclure de nombreuses victimes et survivantes de la prise en charge médicale.

Les nouvelles directives imposeraient également des examens physiques intrusifs et médicalement injustifiés pour établir la réalité d'une agression sexuelle.

Autre mesure particulièrement préoccupante, c'est l'obligation faite aux victimes de se présenter d'abord à la police avant de pouvoir bénéficier de soins. L'accès aux services médicaux serait, en outre, limité aux personnes qui consultent dans les 72 heures suivant l'agression.

Pour MSF, ces conditions constituent des obstacles majeurs, alors que les victimes doivent pouvoir accéder rapidement à une prise en charge médicale, indépendamment de leur volonté de porter plainte ou d'engager une procédure judiciaire.

Le secret médical et la confidentialité menacés

L'organisation humanitaire dénonce également l'utilisation obligatoire de formulaires comportant des questions jugées intrusives, stigmatisantes et sans pertinence pour le traitement médical.

Ces documents exigeraient l'identité et l'adresse des survivantes, ainsi que des informations détaillées sur les auteurs présumés des violences.

Une pratique qui, selon MSF, porte atteinte au secret médical et pourrait exposer davantage les victimes, notamment les femmes, à des représailles et à d'autres formes de violence.

Des patientes auraient par ailleurs rapporté avoir subi des interrogatoires ou des menaces destinés à les dissuader de fréquenter les structures sanitaires soutenues par les organisations humanitaires.

La pression s'exercerait également sur le personnel médical. Des professionnels de santé auraient été menacés de suspension, voire d'emprisonnement, en cas de non-respect des nouvelles directives. Certains seraient ainsi dissuadés de fournir des soins essentiels, tandis que d'autres auraient préféré interrompre leurs activités par crainte de représailles.

Une baisse importante des consultations enregistrée

Les conséquences de ces restrictions seraient déjà visibles dans plusieurs structures sanitaires soutenues par MSF au Nord-Kivu.

L'organisation fait état d'une diminution brutale du nombre de consultations pour violences sexuelles. Dans certains centres de santé, des dizaines d'enregistrements de consultations auraient même été effacés, entraînant une réduction artificielle des statistiques officielles.

D'autres établissements auraient cessé d'enregistrer ces cas ou n'en auraient signalé qu'un nombre particulièrement faible pendant plusieurs mois.

L'analyse des données de certaines structures soutenues par MSF révèle une baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité des soins en août 2026, comparativement à janvier de la même année.

Dans d'autres centres, la prise en charge serait passée d'environ 80 victimes et survivantes par mois en 2025 à seulement neuf en 2026.

Pour l'organisation, cette diminution ne traduit pas nécessairement une baisse des violences sexuelles, mais plutôt les difficultés croissantes rencontrées par les victimes pour accéder à des soins sûrs et confidentiels.

MSF appelle le FRN à appliquer ses engagements

La directrice des opérations de MSF, Akke Boere, estime que rendre la crise moins visible ne signifie nullement que les violences sexuelles ont disparu.

Elle souligne que la priorité doit être de supprimer les obstacles à l'accès aux soins, de renforcer la protection des victimes et de faciliter leur accès à la justice, plutôt que d'imposer des mesures qui aggravent leur vulnérabilité.

Après plusieurs échanges avec les autorités de facto, notamment avec leur direction, MSF affirme avoir obtenu des engagements destinés à mettre fin à ces pratiques. Mais leur application tarde toujours.

L'organisation demande ainsi au FRN de prendre immédiatement des mesures concrètes pour garantir une prise en charge médicale accessible, confidentielle et adaptée aux besoins des victimes.

Elle réclame notamment des directives officielles aux autorités sanitaires afin de mettre fin aux pressions exercées sur les professionnels de santé. Elle insiste également sur la nécessité de superviser les interventions de manière à préserver la confidentialité et à éviter toute intimidation des patientes et du personnel médical.

MSF rappelle enfin que l'accès aux soins ne doit en aucun cas être conditionné par un signalement préalable à la police ou par l'engagement d'une procédure judiciaire. Si la poursuite des auteurs demeure essentielle, elle ne peut constituer une condition préalable à la prise en charge médicale des victimes.

Plus de 19.400 victimes prises en charge au premier semestre 2026

Les violences sexuelles dans l'est de la RDC constituent une crise humanitaire persistante, aggravée par des décennies de conflits armés, les exactions attribuées aux différentes parties au conflit, la faiblesse des mécanismes judiciaires et de protection, ainsi que certaines normes sociales discriminatoires.

MSF indique actuellement fournir des soins médicaux dans 16 projets répartis entre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. L'organisation demeure l'un des rares acteurs humanitaires à assurer une prise en charge d'urgence des victimes et survivantes dans plusieurs zones de cette région.

À l'échelle nationale, près de 45.000 victimes et survivantes de violences sexuelles ont été prises en charge dans les structures soutenues par MSF en 2024. Ce chiffre est passé à 53.000 en 2025.

Rien que durant le premier semestre 2026, les équipes de l'organisation ont soigné plus de 19.400 personnes victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu.

Face à ces chiffres, MSF insiste sur l'urgence de garantir aux victimes un accès libre, sécurisé et confidentiel aux soins, sans discrimination ni condition administrative susceptible de retarder leur prise en charge.


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