L’organisation
Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les obstacles imposés par les
autorités de facto du Front pour la refondation de la nation (FRN),
anciennement AFC/M23, à la prise en charge des victimes de violences sexuelles
au Nord-Kivu. Ces mesures, qui portent atteinte au secret médical et à
l’éthique des soins, auraient entraîné une baisse significative des
consultations. MSF appelle à leur levée immédiate.
Médecins
Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de l’accès
aux soins pour les victimes et survivantes de violences sexuelles dans la
province du Nord-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo. Dans
un communiqué publié le 2 novembre 2026 à Goma, l’organisation humanitaire
dénonce une série de mesures restrictives imposées depuis plusieurs mois par
les autorités de facto du Front pour la refondation de la nation (FRN),
anciennement AFC/M23.
Selon
MSF, ces dispositions entravent l’accès aux soins médicaux, exposent les
survivantes à des risques supplémentaires et compromettent les principes
fondamentaux de confidentialité et d’éthique médicale.
MSF
prend acte des engagements pris en octobre 2026 par la direction du FRN pour
corriger la situation. Toutefois, elle constate qu’aucune mesure corrective
concrète n’a, jusqu’à présent, été mise en œuvre.
Des
conditions d’accès aux soins jugées abusives
Parmi
les restrictions dénoncées figure la reconnaissance des violences sexuelles
uniquement chez les personnes présentant des blessures physiques visibles. Une
exigence qui, selon MSF, contribue à exclure de nombreuses victimes et
survivantes de la prise en charge médicale.
Les
nouvelles directives imposeraient également des examens physiques intrusifs et
médicalement injustifiés pour établir la réalité d'une agression sexuelle.
Autre
mesure particulièrement préoccupante, c'est l'obligation faite aux victimes de
se présenter d'abord à la police avant de pouvoir bénéficier de soins. L'accès
aux services médicaux serait, en outre, limité aux personnes qui consultent
dans les 72 heures suivant l'agression.
Pour
MSF, ces conditions constituent des obstacles majeurs, alors que les victimes
doivent pouvoir accéder rapidement à une prise en charge médicale,
indépendamment de leur volonté de porter plainte ou d'engager une procédure
judiciaire.
Le
secret médical et la confidentialité menacés
L'organisation
humanitaire dénonce également l'utilisation obligatoire de formulaires
comportant des questions jugées intrusives, stigmatisantes et sans pertinence
pour le traitement médical.
Ces
documents exigeraient l'identité et l'adresse des survivantes, ainsi que des
informations détaillées sur les auteurs présumés des violences.
Une
pratique qui, selon MSF, porte atteinte au secret médical et pourrait exposer
davantage les victimes, notamment les femmes, à des représailles et à d'autres
formes de violence.
Des
patientes auraient par ailleurs rapporté avoir subi des interrogatoires ou des
menaces destinés à les dissuader de fréquenter les structures sanitaires
soutenues par les organisations humanitaires.
La
pression s'exercerait également sur le personnel médical. Des professionnels de
santé auraient été menacés de suspension, voire d'emprisonnement, en cas de
non-respect des nouvelles directives. Certains seraient ainsi dissuadés de
fournir des soins essentiels, tandis que d'autres auraient préféré interrompre
leurs activités par crainte de représailles.
Une
baisse importante des consultations enregistrée
Les
conséquences de ces restrictions seraient déjà visibles dans plusieurs
structures sanitaires soutenues par MSF au Nord-Kivu.
L'organisation
fait état d'une diminution brutale du nombre de consultations pour violences
sexuelles. Dans certains centres de santé, des dizaines d'enregistrements de
consultations auraient même été effacés, entraînant une réduction artificielle
des statistiques officielles.
D'autres
établissements auraient cessé d'enregistrer ces cas ou n'en auraient signalé
qu'un nombre particulièrement faible pendant plusieurs mois.
L'analyse
des données de certaines structures soutenues par MSF révèle une baisse de 41 %
du nombre de personnes ayant sollicité des soins en août 2026, comparativement
à janvier de la même année.
Dans
d'autres centres, la prise en charge serait passée d'environ 80 victimes et
survivantes par mois en 2025 à seulement neuf en 2026.
Pour
l'organisation, cette diminution ne traduit pas nécessairement une baisse des
violences sexuelles, mais plutôt les difficultés croissantes rencontrées par
les victimes pour accéder à des soins sûrs et confidentiels.
MSF
appelle le FRN à appliquer ses engagements
La
directrice des opérations de MSF, Akke Boere, estime que rendre la crise moins
visible ne signifie nullement que les violences sexuelles ont disparu.
Elle
souligne que la priorité doit être de supprimer les obstacles à l'accès aux
soins, de renforcer la protection des victimes et de faciliter leur accès à la
justice, plutôt que d'imposer des mesures qui aggravent leur vulnérabilité.
Après
plusieurs échanges avec les autorités de facto, notamment avec leur direction,
MSF affirme avoir obtenu des engagements destinés à mettre fin à ces pratiques.
Mais leur application tarde toujours.
L'organisation
demande ainsi au FRN de prendre immédiatement des mesures concrètes pour
garantir une prise en charge médicale accessible, confidentielle et adaptée aux
besoins des victimes.
Elle
réclame notamment des directives officielles aux autorités sanitaires afin de
mettre fin aux pressions exercées sur les professionnels de santé. Elle insiste
également sur la nécessité de superviser les interventions de manière à
préserver la confidentialité et à éviter toute intimidation des patientes et du
personnel médical.
MSF
rappelle enfin que l'accès aux soins ne doit en aucun cas être conditionné par
un signalement préalable à la police ou par l'engagement d'une procédure
judiciaire. Si la poursuite des auteurs demeure essentielle, elle ne peut
constituer une condition préalable à la prise en charge médicale des victimes.
Plus
de 19.400 victimes prises en charge au premier semestre 2026
Les
violences sexuelles dans l'est de la RDC constituent une crise humanitaire
persistante, aggravée par des décennies de conflits armés, les exactions
attribuées aux différentes parties au conflit, la faiblesse des mécanismes
judiciaires et de protection, ainsi que certaines normes sociales
discriminatoires.
MSF
indique actuellement fournir des soins médicaux dans 16 projets répartis entre
les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. L'organisation demeure
l'un des rares acteurs humanitaires à assurer une prise en charge d'urgence des
victimes et survivantes dans plusieurs zones de cette région.
À
l'échelle nationale, près de 45.000 victimes et survivantes de violences
sexuelles ont été prises en charge dans les structures soutenues par MSF en
2024. Ce chiffre est passé à 53.000 en 2025.
Rien
que durant le premier semestre 2026, les équipes de l'organisation ont soigné
plus de 19.400 personnes victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu.
Face
à ces chiffres, MSF insiste sur l'urgence de garantir aux victimes un accès
libre, sécurisé et confidentiel aux soins, sans discrimination ni condition
administrative susceptible de retarder leur prise en charge.
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