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jeudi 3 avril 2025

Les prélats catholiques et protestants donnent une caution à la rébellion pour dédouaner le Rwanda dans son entreprise criminelle (Tribune)

Le Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA) dirigé par Éric Kamba suit la situation cauchemardesque que vivent les populations congolaises des provinces du Nord et Sud-Kivu après la prise de la ville de Goma, sur fond d’un carnage de milliers de personnes, suivie de celle de la ville de Bukavu par les Forces Armées Rwandaises (RDF) et leurs supplétifs du M23. Cette conquête du territoire national continue malgré plusieurs cessez-le-feu annoncés et les multiples condamnations de la communauté internationale sur la présence des soldats rwandais sur le sol congolais et son exigence vaine de les voir s’en retirer.

Bien que la cause de la RDC, qui subit depuis 30 ans les affres d’une guerre lui imposée injustement avec son cortège d’une dizaine de millions de morts sans compter également de millions de déplacés et autres victimes collatérales, soit juste, il reste que le Président Félix-Antoine Tshisekedi doit enfiler un costume adapté à la situation et prendre en compte les réalités à géométrie variable de l’univers diplomatique quant au respect de la Charte des Nations Unies et du Droit international. 

C’est ici aussi l’occasion de dénoncer le jeu sibyllin auquel se livrent les grandes capitales s’identifiant à la communauté internationale et enclines à capter les minerais stratégiques de la RDC par ces temps de transition énergétique et numérique qui, tout en se dédouanant auprès de leurs opinions intérieures par des déclarations parfois tonitruantes envers le Rwanda au vu des manifestations de rue organisées ça et là par la diaspora congolaise, encouragée dans une certaine mesure par celle africaine, utilisent plusieurs dirigeants africains pour faire prévaloir autrement leurs thèses.

La preuve c’est qu’au dernier Sommet de l’Union Africaine, contrairement à la Charte de cette organisation et au Droit international, aucun pays, à part le Burundi, n’a daigné condamner l’occupation de la RDC par le Rwanda. Le CADA demande au président Félix-Antoine Tshisekedi de ne pas se résoudre au mutisme parce que c’est la guerre contre le pays, mais plutôt de se rapprocher davantage de son peuple et de le galvaniser autour d’un discours d’espoir et de résilience, et de lui demander de se méfier des chants des sirènes entonnés par ceux qui convoitent les ressources congolaises et qui sont préoccupés à balkaniser le pays.

A cet effet, cette ONG lui fait des recommandations ci-après :   

1. Réaménagement technique du Gouvernement sur fond d’une équipe de combat ;

2. Réorganisation du Cabinet du Président de la République par un casting rigoureux ;

3. Diminution drastique du train de vie des institutions en allant au-delà des mesures que le Gouvernement est en train de projeter en supprimant des institutions qui n’en valent pas la peine tels la Coordination de Changement de mentalité (CCM), dont le concept peut être rattaché à un ministère, et le CNSA. Il y a plus ;

4. Tourner une fois de plus la vis s’agissant de l’armée, des services de l’ordre et de sécurité qui ont montré des faiblesses en :

a. mettant en branle l’état-major général des FARDC récemment mis en place pour galvaniser les troupes, le chef d’état-major général récemment nommé ne se révèle pas ;

b. colmatant les brèches par une révisitation de la chaîne de commandement sur le terrain ;

b. réorganisant les fronts au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en améliorant le dispositif dans l’Ituri,

c. créant des verrous pour endiguer la progression des agresseurs dans l’ex-Katanga, le reste de la Grande Orientale et le Maniema ;

d. lançant un appel à des vaillants soldats congolais aujourd’hui dans la réserve de la République et dont le mérite se passe de tout commentaire.

5. Rationalisation du front diplomatique en recentrant l’action pour éviter toute dispersion ; ciblant des partenaires précis à même de soutenir la cause de la RDC ; sollicitant une assistance militaire crédible.

6. Mise en place sans atermoiement du Parquet financier et concrétisation des principales recommandations des états généraux de la Justice pour huiler la machine judiciaire.

6. Remise en cause de la communication officielle, voire au sein de la Présidence de la République afin de maintenir le moral du peuple et de l’informer à temps utile pour qu’il sache à quoi s’en tenir ; la guerre étant aussi médiatique. La mise en place, entre autres, d’une Task-Force de communication à même de gérer le flot d’informations pendant cette période et de riposter, est le bienvenu. Il faut garder allumé le flambeau entre les provinces occupées et le reste de la République.  

Par ailleurs, le Président de la République est appelé à recadrer les prélats catholiques et protestants dans leur démarche qui n’est qu’une caution de la rébellion et une tentative de vouloir dédouaner le Rwanda dans son entreprise criminelle en RDC en voulant faire voir que la crise est avant tout congolo-congolaise avec in fine l’affaiblissement du régime Tshisekedi ; mettre fin le plus rapidement possible à la crise qui sévit dans son parti, UDPS ; faire sortir de leur réserve les bonzes de l’Union Sacrée de l’Opposition qui assistent tels des spectateurs à la situation dramatique que le pays connaît.

A la RDC pour un lobbying de la reconnaissance du génocide congolais en se basant du rapport Mapping des Nations unies

La reconnaissance du génocide congolais est une question taboue au niveau de la communauté internationale. C'est pour raison qu’un groupe d’experts se réunissent pendant dix jours à Kinshasa pour construire un plaidoyer à l'international la reconnaissance du génocide commis en RDC. Cette table ronde est organisée par la Commission interinstitutionnelle d'aide aux victimes et d'appui aux réformes (CIA-VAR) et le Fonds National pour les Réparations des Victimes (FONAREV).  Cet événement revêt une importance capitale pour sensibiliser le public et mobiliser les décideurs en faveur d’une reconnaissance officielle des actes de génocide commis en République Démocratique du Congo (RDC). 

Une telle reconnaissance aurait des répercussions profondes sur les plans social, politique et juridique, à l’échelle nationale et internationale. Pour garantir l’efficacité et l’impact de cette table ronde, il est impératif de s’appuyer sur des éléments probants, étayés par des données scientifiques fiables et des arguments solides. Ces contributions serviront à défendre la notion du génocide pour des gains économiques (Génocost) lors des discussions et à promouvoir son inscription officielle dans les instances nationales et internationales. 

Le coordonnateur exécutif adjoint CIA-VAR, Blaise Ndombe, a déclaré que cette problématique de la reconnaissance du génocide congolais est la raison qui réunit le comité scientifique. En 2022, le législateur congolais a cristallisé la question du génocide commis sur le territoire de la République Démocratique Congo en consacra une journée dédiée à la commémoration de ces victimes dont la journée Génocost qui est commémorée le 2 août de chaque année. « Cette année, nous serons à la troisième commémoration parce que nous avons commencé à la commémorer depuis 2022. En 2023, les cérémonies officielles se sont déroulées à Kisangani dans la province de la Tshopo. Cette année, ça sera la troisième commémoration ». 

L'idée pour les travaux du comité scientifique consiste à travailler pour construire un plaidoyer qui permette à l'international la reconnaissance du génocide commis sur le territoire de la RDC mais aussi au niveau interne, « nous sommes en train de travailler pour faire en sorte que le peuple congolais se réapproprie cette calamité ou cette tragédie qui a été commise dans ce pays ». 

Construction d'un narratif pour le plaidoyer du génocide congolais

Blaise Ndombe a relevé que depuis quelques temps «nous constatons une certaine politique dans la guerre d'agression qui nous est imposée consistant à exterminer les populations des zones données pour permettre aux autres qui sont en train d'arriver notamment les populations rwandaises de pouvoir prendre possession. Donc, une importation des populations sur le territoire congolais. Cela se fait aussi avec des visées de pouvoir prendre le contrôle des espaces miniers pour permettre une certaine exportation ou une exploitation illégale de nos ressources. Donc, il y a beaucoup de  communautés qui ont été visées ». 

Le législateur congolais a pensé à un concept qu'on appelle le Génocost qui est en train d’être utilisé pour les commémorations. Le Comité scientifique est en train de travailler pour finaliser la construction d'un narratif par rapport à cette question mais aussi et surtout préparer la table ronde qui portera l'appropriation culturelle de cette situation. L'idéal est de parvenir à ce que toute la population congolaise se rende compte de cette situation parce qu'elle a été victime. La population congolaise n'a pas besoin qu'elle se reconnaisse comme victime mais qu'elle prenne conscience de son état de victimes de cette calamité.  

Blaise Ndombe a indiqué qu’il ne faut pas attendre que la reconnaissance vienne d'abord des étrangers mais ce sont des Congolais qui souffrent. « Nous sommes victimes et c'est nous qui devons porter d'abord sur cette affaire devant la communauté internationale pour faire rétablir effectivement qu'il y a eu génocide au Congo. C'est une question qui est presque taboue dans le milieu international mais nous sommes engagés en tant que peuple et pouvoir aller jusqu'à la fin ».  

Utilisation du concept génocide à la place des massacres à grande échelle 

La professeur Sara Liwerant, directrice adjointe de l'école de criminologie en charge de la recherche et chercheur pense que les résultats de l'atelier qui démarre a pour objectif d'élaborer une stratégie nationale de reconnaissance et d'appropriation de ce concept. Pour elle, c'est un enjeu absolument fondamental à différents niveaux tant pour les victimes que la société congolaise en général et aussi au niveau international pour qu’il y ait une reconnaissance effective des actes de génocides  qui ont été commis en RDC.  Concernant le concept génocide, c'est toute la discussion et l'intersection entre la définition juridique et la définition des sciences sociales les définitions juridiques, a-t-elle fait savoir. Ce sont des crimes internationaux comme génocide, crime contre l'humanité... 

« Donc, on ne va parler que de ces deux infractions. Il y a aussi le crime d'agression et les crimes de guerre. Alors qu'en sciences sociales, on parle plutôt de meurtres collectifs, de crime de masse, de démocide, de politicide. Toute la question, c'est de savoir comment désigner, qui désigne, comment on désigne, sans exclure justement certaines victimes ? »   

Le professeur Luzolo Bambi Lessa a rappelé que le génocide congolais englobe un peu la représentation criminelle de toutes les atrocités que la RDC a connu mais face à ce génocide, on constate un silence international. « Nous construisons les éléments d'une table ronde nationale sur le génocide congolais de manière à armer la RDC et toute la population congolaise à en revendiquer la reconnaissance de génocide subi par des Congolais et d'en tirer toutes les conséquences nationales et surtout internationales pour résoudre ce déni du taux de victimisation très élevé de la République Démocratique du Congo ».  

De 1993 à 2003, le projet de rapport Mapping reprend tous les crimes qui sont symbolisés par la date du 2 août 1998. Manifestement, la deuxième guerre qui a impliqué et qui a affecté le territoire congolais, a commencé le dimanche 2 août 1998. « C'est pourquoi, Nous avons retenu symboliquement cette date mais cela ne signifie pas que pour les atrocités pour lesquelles nous réclamons la reconnaissance de génocide ne date que de 1998. C'est à partir de 1993. Tous les faits comprennent le projet de Mapping jusqu'à aujourd'hui parce qu'au moment nous parlons les crimes sont en train de se remettre dans la partie orientale de la RDC ».

L’accord-cadre d’Addis-Abeba : Matata et Kitebi à la manœuvre pour récupérer 20 millions versés par la RDC

L’Accord-Cadre pour la Paix, la Sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région a été signé le dimanche 24 février 2013 à Addis-Abeba, d’où sa dénomination d’Accord d’Addis-Abeba. Cette initiative de paix a voulu mettre fin aux conflits récurrents et aux violences extrêmes répétées, en cherchant des solutions globales et spécifiques aux causes profondes des conflits ou guerre à répétition dans la région des Grands Lacs et en particulier à l’Est de la RDC. C’est le coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, le professeur Ntumba Luaba Lumu qui assumait les fonctions de secrétaire exécutif de la CIRGL, qui l’a déclaré le 21 janvier 2025 au cours d’une conférence de presse à Kinshasa.

Cet accord avait été proposé par les Nations unies. Les parties discutaient pour faire face à la première vague des attaques du M23 que l’idée de cet accord a germé. Cette proposition est venue de l’extérieur. A ce moment-là, au sein de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL) pendant l’année 2012 sept sommets successifs ont été tenus. Il était question de mettre sur pied une force internationale de la région dite « neutre » parce que les déclarations de la CIRGL spécifiaient bien que c’était à l’exclusion des pays impliqués dans la guerre, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda.

Les estimations de cette force étaient de 3.000 hommes. La Tanzanie avait proposé la mise à disposition de 1.000 hommes des troupes et de la logistique. Mais il se posait des problèmes financiers et logistiques. Les Etats membres étaient conscients qu’ils ne devraient pas attendre à ce que d’autres pays envoient des troupes dans la région pour qu’ils meurent pour la cause des Grands Lacs.

La RDC étant concernée par l’insécurité, elle avait mis 20 millions de dollars américains pour cette force internationale neutre. Cet argent avait été versé dans le compte de la CIRGL à la banque du Burundi. Ayant constaté la détermination des pays de la région, les pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies et le secrétaire général de l’Onu ont déclaré qu’il ne serait pas possible de développer deux forces internationales dans la même zone opérationnelle à côté de la Monusco. Il risquerait de se poser une question de coordination.

Les parties s’étaient convenu de mettre sur pied une brigade spéciale à intégrer au sein de la Monusco. Les pays membres de la région des Grands Lacs n’avaient pas adhéré directement à l’accord-cadre. Ils faisaient savoir que la plupart des éléments de l’accord-cadre figuraient déjà dans la déclaration de Dar es Salam en Tanzanie, dans le Pacte de Nairobi et de la CIGRL. Les pays du Conseil de sécurité pensaient redonner un nouveau souffle aux obligations contenues aux actes de la région et ensuite ils allaient mettre à la disposition des pays de la région les moyens financiers et logistiques conséquents.

Mais ces pays du Conseil de sécurité craignaient que cette force échappe à leur contrôle. Les structures de l’Onu tenaient à la contrôler. La CIRGL s’est battue pour obtenir cette brigade spéciale d’intervention qui avait fait ses preuves. Les Nations unies avaient posé comme condition que les pays de la région signent d’abord l’accord-cadre. Cette brigade spéciale d’intervention devrait évoluer dans le cadre d’un accord régional. D’où, la conclusion de l’accord-cadre d’Addis-Abeba.

En plus de 20 millions de dollars qui se trouvaient dans la caisse de la CIRGL, la Sadc a pu obtenir 500.000 dollars américains pour envoyer des militaires dans la partie orientale de la RDC à faire le mapping sur le terrain des groupes armés. Ce mapping avait servi à la brigade spéciale d’intervention.

Entre-temps, le Premier ministre de l’époque Augustin Matata Ponyo a commencé à harceler le secrétaire exécutif de la CIRGL et aussi Patrice Kitebi qui était ministre délégué auprès du Premier ministre pour retourner cet argent en RDC. Profitant de l’absence du secrétaire exécutif de la CIRGL à Bujumbura au Burundi, la RDC a envoyé une délégation des agents du ministère des Finances, de la Primature et de la Banque centrale du Congo avec une procuration spéciale pour récupérer cet argent. Matata et Kitebi ont donné au secrétaire général de la CIRGL un compte de la Banque centrale du Congo à Bruxelles en Belgique. 

La brigade spéciale d’intervention avait un véritable mandat offensif et la CIRGL avait obtenu des Nations unies que cette force resterait opérationnelle. Elle disposait de droit de pouvoir attaquer. Au départ, les Nations unies voulaient que cette force ne s’occupe que de la surveillance des frontières et non pas du contrôle des frontières. La nuance est que la surveillance des frontières consistait à suivre les mouvements autour des frontières et le contrôle des frontières pousserait à agir et à prendre des actions. Aujourd’hui, il y a finalement banalisation de cette brigade. Elle n’a plus rien de spécial. Si l’accord-cadre a pu obtenir des résultats, c’est grâce à cette brigade. Sans cette action, l’accord-cadre reste une sorte de coquille juridique et institutionnelle vide.

Ce qui est surprenant est que l’échec de l’accord-cadre se reflète à travers les engagements régionaux. Les pays voisins de la RDC ne l’ont pas respecté. Cet accord-cadre était spécifiquement mis en place pour encadrer la RDC. Au bout du compte, l’accord-cadre n’a pas pu faire face pendant pratiquement 10 ans à freiner l’insécurité dans la région.

Situation des droits de l’homme en RDC : « Il est encore temps d’agir »

La Représentante du Secrétaire général des Nations unies en RDC, Bintou Keïta s’est adressée le 1er avril 2025 devant le Conseil des droits de l’homme à Genève en Suisse en présence de Madame la ministre des Droits humains, de Madame la Vice-ministre des Affaires étrangères de la République Démocratique du Congo, de Madame la Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme et de Madame la Présidente de l’équipe des Experts indépendants sur la République Démocratique du Congo. C’était dans le cadre du Dialogue interactif renforcé sur la situation des droits de l'homme en RDC lors de la 58ème session du Conseil des droits de l'homme.

« Je vous remercie de me donner à nouveau l’occasion de m'adresser au Conseil sur la situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo. Je prends la parole aujourd’hui avec un sentiment d’urgence. Depuis ma dernière intervention ici, le 7 février 2025, la situation ne s’est pas stabilisée. Elle s’est aggravée. Le conflit s’enlise, la violence s’étend, et la souffrance des civils s’intensifie ».

Bintou Keïta a remercié les efforts du Haut-Commissaire aux droits de l’homme dont le travail est essentiel pour maintenir l’attention du monde sur la République Démocratique du Congo. Il renforce le plaidoyer en faveur d’une amélioration des droits humains dans le pays. Il rappelle aussi que cette crise n’est pas isolée. Et qu’il faut éviter qu’elle ne déborde vers l'ensemble de la région des Grands Lacs.

«Je salue l'engagement continu de l'Équipe d'experts internationaux, récemment venue en République Démocratique du Congo, dans la poursuite de son mandat pour faire avancer la justice et lutter contre l’impunité. Je souligne également le travail initial accompli par l'équipe de démarrage de la mission d'établissement des faits mandatée par le Conseil des droits de l'homme. Je plaide pour que toutes les parties apportent leur soutien et leur coopération à ce mécanisme important ».

Elle a noté avec intérêt l’intention des autorités congolaises de finaliser en urgence un cadre pour la justice transitionnelle, comme annoncé le 28 mars 2025. C’est un pas dans la bonne direction. Mais pendant que des efforts se poursuivent à Genève, à Kinshasa et ailleurs, les populations de l’est du pays souffrent d'un conflit prolongé. Les avancées du Mouvement du 23 mars, soutenu par les forces de défense rwandaises, l'activisme continu des ADF, de la CODECO et de diverses factions de Wazalendo perdurent. Résultat : les souffrances de centaines de milliers d'enfants, de femmes, de personnes âgées et déplacées à l'intérieur du pays s’aggravent.

Sur les 1.099 violations des droits de l'homme recensées par le Bureau Conjoint des Nations Unies pour les Droits de l’Homme depuis le début de l'année, 88 % ont eu lieu dans des provinces en conflit. 71 % de ces violations ont été commises par des groupes armés.

« Je suis profondément préoccupée par l'annonce récente de Thomas Lubanga - condamné par la Cour pénale internationale - de la création d'une coalition armée en Ituri à partir d'un pays voisin. Cette évolution inquiétante aggrave les tensions interethniques dans une zone déjà troublée et pose un risque de répétition de crimes internationaux ».

Et Madame Bintou Keïta de relever que « pendant que le conflit perdure, nous assistons à un revers inquiétant de décennies d'investissements et d'efforts pour faire respecter l'État de droit dans l'est de la RDC. C'est une évolution regrettable que nous ne pouvons pas permettre. Nous devons aux générations présentes et futures congolaises des sociétés justes, ouvertes et pacifiques. Des sociétés où la loi protège, où la vie a un prix, où la dignité n’est pas un luxe, mais un droit ».

Elle a parlé devant l’assistance avec un sentiment d’urgence. Un sentiment nourri par les réalités vécues chaque jour par les populations en République Démocratique du Congo. Là où les populations attendent que le droit reprenne sa place, et que la protection devienne une réalité. Il est encore temps d’agir.

Opacité dans la gestion de quote-part réservée aux projets communautaires

CNSA, l’inaudible institution fantôme

Ebuteli publie sa troisième note thématique de la série le 3 avril 2025 sur les institutions impliquées dans la gestion du processus électoral, intitulée « CNSA, l’inaudible institution fantôme ». Créé en 2017 dans le cadre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, le Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA) avait pour mission de veiller à la mise en œuvre des engagements politiques pris en vue de garantir des élections crédibles et apaisées. Huit ans plus tard, l’institution est réduite à un rôle symbolique, sans mandat clair, ni impact réel sur la vie politique du pays.

Cette nouvelle note d’Ebuteli décrypte l’effacement progressif du CNSA depuis 2019, son incapacité à jouer un rôle d’arbitre électoral, et son inadaptation face aux profondes recompositions du paysage politique congolais. Elle montre aussi comment son sous-financement chronique, le retrait progressif de ses membres, et la marginalisation de ses recommandations ont fini par le reléguer au rang de coquille vide.

En 2022, une année avant les dernières élections, le président Félix Tshisekedi a préféré nommer un autre responsable pour superviser le processus électoral, écartant ainsi de facto le CNSA. L’institution, déjà marginalisée, a ensuite été fragilisée par des soupçons relayés par des cercles proches du pouvoir, mettant en cause son président, Joseph Olenghankoy, pour sa supposée proximité avec les rebelles du M23. Bien avant, en 2020, une proposition de dissolution du CNSA avait même été déposée à l’Assemblée nationale, mais cette initiative n’avait pas été examinée.

Alors que la République démocratique du Congo traverse une crise sécuritaire majeure et que des consultations politiques sont engagées en vue d’un gouvernement d’union nationale, le silence du CNSA illustre sa mise à l’écart totale du débat politique. Une institution qui aurait pu, si elle en avait encore la légitimité, se positionner comme acteur de médiation.

Que faire, dès lors, du CNSA ? La note propose deux voies :

Le réformer en profondeur, en recentrant sa mission sur la médiation politique, en révisant la loi organique pour préciser ses prérogatives, en recomposant sa structure sur base des forces politiques actuelles, et en garantissant son indépendance ;

Ou le supprimer, en transférant ses missions à une structure plus crédible et adaptée, dans un cadre plus cohérent de réforme des institutions d’appui à la démocratie. 

Retournées dans leurs localités d’origine, les personnes déplacées par le conflit en RDC sont confrontées à une faim galopante et à des vies brisées

Alors que de nouveaux résultats montrent que la faim atteint un niveau record dans le deuxième plus grand pays d'Afrique, une grave pénurie de fonds et l'insécurité entravent les efforts du PAM pour atteindre des dizaines de milliers de personnes désespérées dans le nord-est du pays. Linda L. est de retour chez elle. Elle retrouve un champ plein de mauvaises herbes et un toit plein de trous. Elle retrouve un bétail autrefois précieux et d'autres biens pillés depuis longtemps. Un avenir incertain, alors que des combats féroces font rage dans le nord-est de la République Démocratique du Congo où elle vit.

« Je dois repartir à zéro », déclare cette mère de trois enfants depuis son village natal de Bweremana, dans la province du Nord-Kivu, après avoir récupéré l'équivalent d'un mois d'aide du Programme alimentaire mondial (PAM) : de la farine de maïs, des pois cassés jaunes, de l'huile végétale et du sel.

« Les besoins sont énormes », ajoute Linda, dont le nom de famille n'est pas divulgué pour sa protection. « Nous avons perdu beaucoup de choses. Ces dernières années, plus de cinq millions de personnes ont été déracinées dans le nord-est de la RDC, ravagé par le conflit, et certaines se sont réfugiées dans les pays voisins. Aujourd'hui, des centaines de milliers de personnes déplacées rentrent de force chez elles, après des mois de déplacement et d'hébergement dans des abris de fortune. Ils retrouvent des maisons et des moyens de subsistance détruits dans cette région vallonnée de petites fermes et de collines vert émeraude, où le maïs, le manioc et les bananiers prospéraient autrefois en temps de paix.

Mais la paix a longtemps échappé à l'est de la RDC. Une nouvelle étude sur la faim révèle que la région est confrontée à une insécurité alimentaire record, due à un mélange de conflits, de chocs économiques, d'anarchie et d'autres facteurs. Sur les 28 millions de personnes souffrant de faim aiguë, voire pire, dans l'ensemble du pays, plus de 10 millions vivent dans l'est de la RDC, soit 2,5 millions de plus que lors de la dernière flambée de violence, en décembre.

« La situation humanitaire en RDC se détériore à un rythme alarmant », déclare Eric Perdison, directeur régional du PAM pour l'Afrique australe et directeur par intérim du PAM en RDC. « L'aggravation des perspectives de la faim se heurte à un manque de financement massif auquel sont confrontés le PAM et de nombreux autres humanitaires en RDC. Alors que le PAM a pour objectif d'apporter une aide alimentaire et nutritionnelle à 6,4 millions de personnes cette année, nous avons besoin d'un soutien de 399 dollars pour les seuls six prochains mois.

Là où nous avons les moyens et l'accès, le PAM fait la différence en apportant une aide à plus de 700.000 personnes depuis le début de l'année. « Nous sommes déterminés à faire davantage pour soutenir les personnes à risque » dans l'est de la RDC, déclare M. Perdison, “mais nous avons besoin d'urgence de plus de ressources”. Renverser les chiffres de la faim en RDC sera une tâche colossale, en particulier dans l'est du pays. Outre le manque de financement et l'insécurité, les banques sont fermées, le franc congolais s'est effondré et l'inflation monte en flèche - les prix des aliments de base comme la farine de maïs, l'huile de palme et le manioc ayant bondi de près de 40 pour cent.

« Cela nous aide à lutter contre la faim en attendant les récoltes des champs », déclare Linda à propos de l'aide du PAM, qu'elle qualifie de “vitale”. Lorsque les combats se sont intensifiés près de Bweremana l'année dernière, Linda et ses enfants ont fui vers Goma, la capitale du Nord-Kivu, à environ 40 kilomètres de là. Elle y a rejoint des dizaines de milliers de personnes déplacées, dépendant entièrement de l'aide alimentaire du PAM pour survivre.

« Nous avons laissé de la nourriture dans la maison parce que nous venions de faire des récoltes », se souvient-elle en évoquant le départ précipité de la famille. « Lors de notre fuite, nous ne pouvions rien emporter - nous avons laissé des matelas et des draps à l'intérieur de la maison.

Reprendre à revivre

Aujourd'hui, la maison de Linda est vidée de tout, des ustensiles aux chaises, des matelas aux vêtements. Le bétail sur lequel sa famille comptait pour joindre les deux bouts et payer les frais de scolarité des enfants a également disparu. « J'ai du mal à me réinstaller », dit-elle, “car il y a beaucoup de choses qui manquent”. Ici et dans d'autres parties des provinces du Nord et du Sud-Kivu, les familles qui reviennent commencent à reconstruire ce qu'elles peuvent, en rafistolant les toits avec des tôles abîmées ou en tendant des bâches pour se protéger de la pluie. D'autres maisons sont complètement détruites, des bananiers et d'autres plantes jaillissent des décombres.

« Notre priorité actuelle est d'atteindre ceux qui en ont le plus besoin », déclare Wilfred Nkwambi, chef du bureau du PAM à Goma. « Nous avons besoin de sécurité et d'un accès sûr aux zones difficiles d'accès, afin que la nourriture puisse arriver à temps par les voies déjà détériorées de la chaîne d'approvisionnement. La situation est complexe ; nous avons affaire à des centaines de groupes armés non étatiques et ce n'est pas un chemin humanitaire facile à parcourir ».

Dans la ville de Sake, au Nord-Kivu, une autre jeune mère, Safi, est également confrontée à la question de savoir comment aller de l'avant après son retour d'un camp de déplacés situé à l'extérieur de Goma.

Les besoins sont tout simplement trop importants », déclare Safi. « Le conflit a laissé de nombreuses veuves. Le mari de Safi - un soldat - a disparu depuis des mois. C'est sans lui qu'elle a donné naissance à la plus jeune de ses trois filles. « Son numéro de téléphone est injoignable », dit-elle. Comme beaucoup d'autres, elle est revenue et a trouvé sa maison réduite en cendres. Aujourd'hui, elle vit avec sa mère et tente de gagner suffisamment d'argent pour acheter du charbon de bois en travaillant comme coiffeuse au bord de la route.

« L'aide alimentaire du PAM est vitale pour les personnes déplacées que nous sommes », explique Safi. « Elle nous aide à lutter contre la faim à la maison, car nous n'avons pas de travail sur lequel compter la plupart du temps. La réponse du PAM à la crise dans l'est de la RDC est soutenue par des donateurs tels que l'Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Fondation Stop Hunger, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse, l'UNCERF et l'Union européenne.