L'Association
africaine de défense des droits de l'homme (ASADHO) estime que le
lieutenant-colonel Birotsho Nzanzu Kossi, condamné en 2014 par la Cour
militaire opérationnelle du Nord-Kivu dans l'affaire de l'assassinat du colonel
Mamadou Ndala, a été privé d'un droit fondamental garanti par la Constitution
qui est celui de faire appel de sa condamnation.
Lors
d'une conférence de presse, le président de l'ASADHO, Me Jean-Claude Katende,
et Me Péter Ngomo, ont soutenu que cette juridiction, créée en 2008 après
l'entrée en vigueur de la Constitution de 2006, ne respectait pas le principe
du double degré de juridiction.
Selon
les avocats, plus d'une dizaine d'arrêts auraient été rendus par cette cour,
conduisant à la condamnation de plus de 154 personnes, dont plusieurs à la
peine de mort, sans possibilité de recours.
La
Constitution est au-dessus de tout le monde
Pour
Me Jean-Claude Katende, le débat ne porte pas sur la culpabilité ou l'innocence
du lieutenant-colonel Birotsho, mais sur le respect des garanties
constitutionnelles.
«
Nous ne sommes pas ici pour examiner ce que Birotsho a fait ou n'a pas fait »,
a-t-il insisté, rappelant que toute personne condamnée doit pouvoir faire
examiner sa cause par une juridiction supérieure.
Le
président de l'ASADHO estime qu'une loi ordinaire ne pouvait pas déroger à la
Constitution en instituant une juridiction statuant en premier et dernier
ressort. Il appelle les médias et l'opinion publique à se mobiliser,
considérant que cette question concerne tous les citoyens.
Selon
lui, les personnes condamnées ont passé jusqu'à douze ans en détention, avec
des conséquences lourdes pour leurs familles. Il demande qu'une solution soit
trouvée afin de réparer ce qu'il qualifie d'« injustice grave ».
Me
Péter Ngomo plaide pour une décision politique
De
son côté, Me Péter Ngomo soutient que la Cour militaire opérationnelle a été
dissoute après la proclamation de l'état de siège. Il explique qu'au Nord-Kivu
et en Ituri, les autorités ont ensuite mis en place des cours militaires
ordinaires, conformément aux exigences constitutionnelles.
L'avocat
affirme qu'une reprise des procès est désormais difficile, voire impossible. Il
évoque notamment la disparition présumée des dossiers judiciaires à la suite
des événements survenus à Goma.
Pour
lui, une saisine de la Cour constitutionnelle aurait pu permettre de trancher
la question de la conformité de cette juridiction à la Constitution. Toutefois,
cette démarche n'a pas été engagée et les voies de recours demeurent limitées
en raison de l'absence d'un second degré de juridiction.
Dans
ces conditions, Me Ngomo plaide pour une décision politique permettant de
rétablir les droits des personnes condamnées par cette cour.
La
défense conteste les accusations visant Birotsho
Sur
le fond du dossier, Me Péter Ngomo affirme que les accusations de participation
à un mouvement insurectionnel et d'actes de terrorisme retenues contre le
lieutenant-colonel Birotsho ne reposeraient sur aucun élément probant.
Birotsho
n'avait aucun intérêt à comploter contre le colonel Mamadou Ndala, avec lequel
il collaborait au sein des FARDC.
Il
soutient que l'officier a été injustement impliqué dans cette affaire, tout en
estimant que le colonel Mamadou Ndala a été « victime de sa bravoure et de son
amour pour le pays ».
L'avocat
précise toutefois qu'il s'agit de la position de la défense, distincte des
conclusions judiciaires rendues dans ce dossier.
L'ASADHO
appelle à réparer les violations des droits
Pour
l'ASADHO, la disparition ou l'indisponibilité des archives judiciaires ne doit
pas empêcher les autorités de trouver une solution. Me Jean-Claude Katende
rappelle que la conservation des dossiers relève de l'administration judiciaire
et non du président de la juridiction.
L'organisation
estime que la dissolution de la Cour militaire opérationnelle traduit la
reconnaissance de son incompatibilité avec la Constitution.
Elle
appelle les autorités compétentes à prendre les mesures nécessaires pour
réparer les violations alléguées des droits fondamentaux des personnes
condamnées par cette juridiction, conformément aux principes de l'État de
droit.
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